‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 194 sur 197 · ALLEGORIE — ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEGORIE — ALLEMAGNE

expédition contre les Scythes , s’étant engagé témérairement dans leurs vastes solitudes, y perdit une partie de son armée, et y recut un ambassadeur qui lui présenta de leur part cing fléches, un oiseau, une souris, une grenouille , et se retira sans rien dire. Un Persan, qui avait quelque connaissance du caractére et du langage de ce peuple, expliqua ainsi leurs présents : « A moins que vous ne puissiez voler dans les airs comme les oiseaux , ou vous cacher sous la terre comme les souris, ou dans les eaux comme les grenouilles , vous n’échapperez point aux fléches des Scythes. » Il se trouva qu’il avait bien deviné ; mais Darius avait interprété cet embléme d’une manitre toute différente, et pourtant tout aussi plausible. Il prétendait que c’était un témoignage de la soumission des Scythes, qui Jui faisaient hommage des animaux nourris dans les trois éléments, et lui abandonnaient leurs armes.

Les premiers Péres de l’glise, qui pour la plupart étaient platoniciens, empruntérent de leur maitre cet usage des formes allégoriques , dont on peut dire qu’ils ont quelquefois poussé le godt un peu trop loin. Les Ecritures offrent elles-mémes beaucoup d’allégories , parmi lesquelles on distingue celles de Nathan et de Jérémie.

On connait les plus célébres de Vantiquité : Plutus, Prométhée , Psyché, etc.; ce sont des modéles de Vallégorie soutenue , c’est-A-dire de celle qui consiste a personnifier les étres moraux , qui vit d’images artistement combinées , revétues de couleurs habilement maniées, et de la métaphore, qui emploie un langage détourné et des formes étrangéres pour arriver 4 un sens direct et 4 un but déterminé. Il n’y a guére dans la littérature francaise d’allégories parfaites : elles sont pour la plupart prises en dehors des comparaisons harmoniques. Quant aux parades qui se jouent sur nos théatres, et que l’on veut bien appeler adlégories, il n’y a rien a en dire. De tous les peupies modernes, les Orientaux seuls ont parfaitement compris le génie de lallégorie : leur littérature présente en ce genre des modéles qui pour la grace, la vérité et Pimagination , n’ont presque rien & envier aux chefs-d’ceuvre de la Grece.

ALLEGRI (Grecorio), chanteur de la chapelle du pape , naquit 4 Rome, en 1590, et mourut dans cette ville, en 1640. Il était éléve de Nanino, et il passe encore aujourd@hui en Italie pour un des meilleurs compositeurs de son temps. La plus célébre de ses productions est un Miserere que i’on chantait tous les ans le mercredi-saint, 4 quatre heures , dans la chapelle Sixtine, et auquel on attribuait un effet prodigieux. On attachait tant d’importance a cette composition, quil était défendu de la copier, sous peine d’excommunication. Mozart prit sur lui d’enfreindre cette défense : aprés l’avoir entendue deux fois, il en fit une copie conforme au manuscrit. En 1771 ce Miserere fut gravé & Londres; en 1810 il parut a Paris, dans la collection des classiques. Le pape en enyoya une copie au roi d’Angleterre en 1773.

ALLEGRI (Antonio). Voyez Corrkce.

ALLEGRO, adjectif italien francisé qui sert 4 déterminer Je mouvement dun morceau de musique, et marque quil doit étre exécuté avec une certaine vivacité. C’est le premier des trois principaux mouvements ; il a au-dessus de luile presto, le prestissimo et le stretto, indiquant une plus grande vitesse, et au-dessous l’allegretto , qui annonce au contraire moins de rapidité. Ainsi, quoique le mot adlegro signifie proprement gai, il n’est considéré ici que par rapport au degré de vitesse du morceau et de chacune de ses parties, et il s’en faut qu’il s’applique toujours a des sujets joyeux : il convient parfaitement aux situations pathétiques ou bien respirant lagitation , Virritation, le désespoir, la fureur, etc. C’est pour cette raison que Von ajoute souvent au mot allegro un autre mot qui, décidant mieux le caractére de {a composition, aide encore Vexécutant & en comprendre a la fois le mouvement et expression, comme allegro giusto,

comodo, maestoso, vivace, agitato, spiritoso, etc., termes qui s’expliquent d@’eux-mémes. Allegro s’emploie aussi substantivement : un allegro de Mozart , de Beethoven ; l’allegro de cette symphonie en est la partie la plus brillante, ete. Adrien pe Larace.

ALLELU-IA ou ALLELU-IAH , mot hébreu qui signifie lowes le Seigneur! Saint Jéréme est le premier qui ait introduit le mot alleluia dans Je service de \église, Pendant longtemps on ne Vemployait qu’une seule fois Yannée dans l’Eglise latine, savoir : le jour de Paques ; mais il était plus en usage dans l’Eglise grecque , 00 on le chantait dans la pompe funébre des saints, comme saint Jéréme le témoigne expressément en parlant de celle de sainte Fabiole. Cette coutume s’est conservée dans cette église, ou ’on chante ’allelwia méme pendant le caréme. Saint Grégoire le Grand ordonna qu’on Je chanterait de méme toute année dans l’Eglise Jatine , ce qui donna lieu & quelques personnes de lui reprocher qu'il était trop attaché aux rites des Grecs. Dans la suite, ’Eglise romaine supprima le chant allelwia dans Voffice de la messe des morts , aussi bien que depuis la septuagésime jusqu’au graduel de la messe du samedi-saint, et elle y substitua ces paroles : Laus tibi, Domine, rex xterne glorix, comme on le pratique encore aujourd’hui. Le quatriéme concile de Toléde en fit méme une loi expresse, dans le onzieme de ses canons.

ALLELUIA ( Botanique). Nom vulgaire @une plante qui appartient au genre oxalide, de la famille des géranoides. C’est Poxalis acetosella, oxalide oseille des botanistes : elle est encore connue sous les noms vulgaires de svrelle, pain de coucou, oseille de bicheron, oseille a trois feuilles.

Cette plante, qui a trois 4 quatre pouces de haut, et dont

les feuilles sont alternes, a trois folioles en coeur, d’un vert gai en dessus et rougeatres en dessous, croit en abondance dans toute ’Europe septentrionale, dans les terrains humides, a Pombre des bois, le long des haies, etc. Quoique son acidité soit plus agréable que celle de Voseille, on la cultive cependant rarement dans les jardins. On la mange cuite ou en salade. On en fait un fréquent usage en médecine, aans les maladies inflammatoires & putrides. Elle fieurit ordinairement vers le temps de Paque; et son nom d’ad/eluia lui vient de ce qu’a cette époque on recommence dans les églises le chant d’alleluia, suspendu pendant le caréme. C’est de V’alleluia qu’on tire Yoxalate de potasse , connu dans le commerce sous le nom de sel d’oseille. L’alleluia n’est pas la seule plante dont on puisse obtenir l’oxalate de potasse ou sel d’oseille. Thomberg annonce que lVoxalide comprimée en fournit davantage , et Bosc propose la culture de Voxalide corniculée, comme plus riche encore en sel @oseille.

ALLEMAGNE, grande et fertile contrée de Europe centrale, offrant tous les climats de la zone tempérée, et formant un grand nombre d’Etats unis entre eux par la langue.

Géographie physique et politique.

L’Allemagne est bornée a Vest par la Prusse occidentale, le

’ grand-duché de Posen, la Pologne russe, la Gallicie, & laquelle

a 6té réunile territoire de la ci-devant ville libre de Cracovie, ct la Hongrie; ausud, par lamer Adriatique et !a haute Italie (Lombardie) ; & Pouest, par la Suisse , la France , la Belgique et la Hollande; au nord, par la mer du Nord, le duché de Schleswig et la Baltique. Elle est située entre le 22° 30° et le 36° 40’ de longitude orientale, et entre le 44° et le 55° de latitude septentrionale. Sa plus grande longueur, du nord au sud, est @environ 160 myriametres, et sa plus grande largeur, de Vest 4 Vouest, d’environ 130 myriamétres. Au point de vue géognosique, on la divise en Allemagne septentrionale, centrale ef méridionale, ou encore en basse et haute Allemagne, séparées par l’Allemagne centrale. L’Allemagne septentrionale ou basse Allemagne, qui a Ja forme dun triangle isocéle , comprend la Prusse, le Holstein, le

Hanovre, le duché de Brunswick , le grand-duché d’Oldenbourg, les principautés de Lippe, et les trois villes libres, Hambourg, Lubeck et Bréme, Ces contrées forment un vaste territoire plat, sablonneux, marécageux, qui s’éléve insensiblement & mesure qu’on avance vers le sud. A Pexceptien du Harz, ott le pic de Broken s’éléve a 1,150 métres au-dessus du niveau de la mer, on n’y rencontre guére de plateau atteignant une hauteur de plus de 150 métres, L’Allemagne centrale, bornée & Vest par un prolongement des monts Carpathes, comprend le grand-duché de Luxembourg, la Hesse ,‘la Saxe, les duchés d’Anhalt et de Nassau, les principautés de Schwartzbourg, de Reuss et de Waldeck, et le territoire de la ville libre de Francfort. A Vintérieur elle est traversée de Vest 4 Pouest par ‘deux chaines de montagnes : une, de largeur médiocre, s’abaisse et s’efface bientét; elle part du Harz, comprend le Wesergebirge, le Siebengebirge, le Westerwald et PBifel, et va se perdre dans les basses contrées de lAllemagne septentrionale ; autre commence en Silésie avec le Riesengebirge , se continue a travers la Saxe par lHrzgebirge, en Baviere par le Fichtelgebirge, puis par le Thuringerwald, et aboutit aux monts Rhoen, Spessart, Taunus ef Vogels, enfin, par dela le Rhin, au Hundsruck. Ces chaines communiquent d’un cété avec les Vosges par le Hundsruck, et de Pautre avec les Alpes par le Schwarzwald et le Behmerwald , enfin avec les Carpathes par les monts Sudétes et les montagnes de la Moravie. L’Allemagne méridionale ou haute Allemagne comprend les territoires situés entre les Alpes ef les montagnes de |’Allemagne centrale , PAutriche, la Baviére, le Wurtemberg, Bade, les principautés de Hohenzollern et de Lichtenstein , ot l’on rencontre les Alpes rhétiennes, du Tyrol , de Salzbourg et de Styrie, plus celles de la Carinthie et de la Carniole , avec des pics dont Vélévation varie entre 2,000 et 4,700 métres, avec des glaciers a une hauteur de 1,000 métres.

Des cing cents cours d’eau que Von compte en Alle-

magne , soixante sont navigables; les plus importants sont le Danube, qui a son embouchure dans la mer Noire, le Rhin, VElbe, la Weser, et ’'Oder, qui se déchargent dans la mer du Nord ou dans la Baltique. Le Danube, qui prend sa source dans le Schwarzwald (Forét-Noire) et coule de Youest 4 Pest, a pour principaux affluents l’Iller, le Lech, Y’Altmuhl, la Nab, le Regen, ’Isar, ’Inn, Ems, et la March. Au bassin du Rhin, qui prend sa source au mont Saint-Gothard, appartiennent l’Elz, la Kinzig, la Murg, la Pfinz, le Neckar avec ses affluents, l’Iaxt et le Kocher, le Main avec la Rednitz et la Nedda, la Nahe, Ja Lahn, la Moselle , la Wipper, la Ruhr et la Lippe. Le bassin de l’Elbe, fleave dont la source est située dans le Riesengebirge , comprend la Moldau, ’Eger, la Mulde, la Saale et le Havel avec la Sprée, son affluent. Au bassin de la Weser, fleuve qui prend ce nom 4 Munder, point ou la Fulda et la Werra confondent leurs eaux, appartiennent l’Aller avec ses affluents, la Leine et ’Ocker, la Wummer et la Hunte. Le bassin de YOder, qui asa source dans Jes monts Sudétes de Moravie, comprend la Neisse de Silésie, la Katzbach, le Bober, la Neisse de Lusace et la Wartha avec la Netze, son affluent. ; On ne compte en Allemagne qu’un petit nombre de canaux. Les plus importants sont le canal de Schleswig-Holstein, qui met en communication |’Eider avec la Ballique ; le canal de Mublrose, qui joint la Sprée a l’Oder ; le canal de Finow, entre Oder et l’Havel, et le grand canal de Havel au sud, le canal de Vienne et celui de Ludwig.

Cest dans VAllemagne méridionale et dans Allemagne septentrionale que se trouvent situés les principaux lacs , entre lesquels nous citerons ceux de Constance, de Chiem , de Wurm, d’Ammer, de Feder, d’Atter ef de Traun, au sud; au nord, ceux de Fleinhuder et de Dummer ; enfin les lacs de Schwerin, de Ratzebourg , de Malchow, de Ruppin , de

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Plau, etc. On rencontre aussi quelques petits lacs en Bohém et en Silésie.

Les embouchures de Elbe, de Ems, dela Weser et d la Trave forment autant de golfes. Dans PAllemagne méridionale la mer Adriatique en forme un autre entre Trieste et Quarnero, Dans le Stettiner-Haff, golfe que forme Oder 4 son embouchure, on trouve les deux iles d’Usedom et de Wollin. Un peu plus au nord, on rencontre Pile de Rugen, remarquable par ses roches calcaires. Les iles situées le long de la Frise orientale et des cdtes du grand-duché @Oldenbourg dans la mer du Nord, sont insignifiantes.

Le climat de VAllemagne est tempéré et généralement sain. Au nord, et plus particulitrement sur les cétes, il est humide et inconstant; dans les parties montagneuses il est dpre et méme un peu froid ; mais au sud il est tempéré et sec. On rencontre déja dans le Tyrol les produits particuliers au sol des contrées du midi, et on y respire Vair @'Italie. Cependant, toutes les especes d’arbres A fruits cultivées en Europe réussissent également bien au nord. Les productions naturelles de !’ Allemagne sont aussi nombreuses qu’abondantes. Le Mecklenbourg et le Holstein fournissent une excellente race chevaline. Les Marches voisines de la Baltique, et notamment la Frise orientale ainsi que la Suisse, offrent une espéce bovine remarquable par sa vigueur en méme temps que par !’ampleur de ses formes. On trouve plus particulitrement dans |’Allemagne centrale, notamment en Saxe et en Silésie, une remarquable race ovine. La Westphalie est justement célébre pour ses pores, comme aussi la Saxe Prussienne et la Baviére. En fait de gibier, il faut citer le cerf, le chevreuil, le chamois, le sanglier et le liévre. En fait de carnassiers, on rencontre le loup dans quelques parties de la Prusse Rhénane, le lynx dans le Behmerwald et l’ours dans quelques contrées des Alpes. Sur les cétes septentrionales habite le chien de mer, et la loutre dans presque toutes les parties de l’Allemagne. En fait de gibier 4 plumes, on peut citer les perdrix, les coqs de bruyére, les cailles, les canards sauvages , les bécasses , les faisans , les outardes. L’aigle et le vautour abondent dans les Alpes. L’éléve des oies et V’éducation des abeilles constituent une industrie particuliére au nord de Allemagne. La chasse aux alouettes se fait sur une large échelle en Saxe, et il en est de méme dans le Thuringerwald de la chasse aux oiseaux en général. Les fleuves et les riviéres abondent en poissons de toute espéce : on rencontre l’huitre par bancs sur les cétes de la mer du Nord.

Le régne végétal offre surtout le blé, la vigne, les 1égumes et les fruits de toutes espéces , le chanvre , le lin, le colza, le tabac, le cumin, l’anis, le fenouil. On rencontre d’immenses foréts de pins et de sapins au nord, de chénes dans l’Allemagne centrale , d’arbres a feuilles aciculaires , de mélézes et de bouleaux , au sud.

Le régne minéral ne donne pas un moindre nombre de produits : citons entre autres la terre a porcelaine , le cobalt, le soufre, ’ambre jaune, la manganése, la chaux, le marbre, le platre, Valbatre, Vardoise , la houille, la tourbe, le sel, enfin le mercure, le zinc , le cuivre, l’étain, Yargent, et surtout le fer et le plomb. On ne compte pas moins de mille sources d’eaux minérales.

La population totale de Allemagne était évaluée en 1852 4 42 millions ’habitants, répartis sur une superficie @environ — 11,000 myriamétres carrés. Dans ce chiffre on comprenait 35 millions d’Allemands et 6 millions de Slaves. C’est a cette derniére race que se rattachent les Tschéques on Bohémes, les Kassoubes de la Poméranie , les Wendes de Ja Lusace, les Slovaques et les Croates. Il y a en outre 400,000 juifs, disséminés dans les diverses parties du pays; et on compte en Illyrie, ainsi que dans le Tyrol , environ 350,000 Italiens. Prés de 500,000 Francais et Wallons sont dispersés dans Jes contrées situées 4 Pouest du Rhin ainsi que sur

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divers autres points de |’Allemagne. En Autriche on rencontre environ 6,000 Grecs et Arméniens, ainsi qu’un petit nombre de bohémiens nomades. A part les juifs, environ 22 millions @habitants appartiennent a la religion catholique et 19 millions a Véglise protestante. Le nombre des Hernhutes est d’environ 10,000 ; et on compte encore quelques milliers de mennonites, d’anabaptistes et d’autres sectes chrétiennes.

L’économie rurale, l’exploitation des mines, l’industrie manufacturiére et le commerce constituent les principaux moyens de subsistance des populations de l’Allemagne. L’économie rurale donne d’importants produits et a atteint un tel degré de perfection que l’agriculture, par exemple, ne le céde peut-étre qu’d celle de l’Angleterre, et I’éléve du bétail qu’a celle de la Suisse. Quant A l'industrie des mines, les Allemands l’emportent, sous ce rapport, sur toutes les autres nations. En ce qui est de l’industrie manufacturiére, ils luttent avec avantage, sinon pour le caractére grandiose des opérations, du moins pour le fini et la solidité des objets fabriqués , avec les Anglais et les Francais. Les toiles et les linges damassés de la Silésie et de la Lusace sont justement renommés ; la Saxe, la Bohéme, la Moravie et la Prusse, les Provinces Rhénanes surtout, se distinguent par leurs belles et importantes manufactures de draps. On fabrique de la blonde et de la dentelle 4 Neuchatel et dans ’Erzgebirge. Neuchatel est célébre pour la fabrication des montres et horloges ; Vienne, pour celle des objets de quincaillerie, de bimbeloterie et de fantaisie; le Tyrol, la Bohéme, les contrées du Harz, la Westphalie et les Provinces Rhénanes, pour la préparation des fers et des aciers ; la Bohéme, pour ses verres et ses cristaux. La Prusse et la Saxe possédent de nombreuses manufactures d’étoffes de soie et de coton, qui livrent 4 la consommation des produits d’excellente qualité; et tous les ans on expédie en Amérique ef en Orient pour plusieurs millions de soieries dElberfeld et de cotonnades de \’Erzgebirge. Le cuivre est traité avec une grande supériorité dans les provinces du Bas-Rhin; Vienne, Augsbourg, Dresde, Prague et Pforzheim excellent 4 travailler Yor et Vargent pour objets de luxe et d’ornement. La porcelaine de Saxe V’emporte toujours, en ce qui est de la pate, sur tous les produits analogues fabriqués dans les autres pays de l'Europe; et sous le rapport de la peinture, celle de Berlin soutient ayantageusement la comparaison , méme avec la porcelaine fran- ¢aise. On tire des carriéres de Zceblitz, dans V’Erzgebirge saxon, d’excellente serpentine, et elles sont en possession de fournir les vases et ustensiles confectionnés avec cette pierre, dont on fait usage dans la plus grande partie des pharmacies de l'Europe. On fabrique d’excellents creusets a Passau ef 4 Grossalmerode. La ville de Nuremberg, le Tyrol, V'Erzgebirge Saxon et le Voigtland ont la spécialité des jouets et de la bimbeloterie. Le commerce de |’Allemagne, qui, grace a l’esprit industrieux des populations, a la richesse des produits de son sol, et surtout depuis la création du Zollverein, a pris d’immenses développements, est encore tout particulitrement favorisé A Vintéfieur par des fleuves et des riviéres navigables , par de belles et nombreuses routes, par d’excellentes communications postales, par des chemins de fer, des foires, de grandes sociétés commerciales et de nombreuses compagnies d’assurances. Hambourg et Trieste sont les villes de PAllemagne ov le commerce maritime a pris les plus larges proportions : viennent ensuite Bréme, Lubeck, Altona, Emden , Kiel , Stettin, Stralsund, Rostock et Wismar. Leipzig, Cologne, Magdebourg, Berlin, Vienne, Elberfeld , Francfort-sur-Main et Francfort-sur-l’Oder, Breslau, Prague, Botzen, Laibach , sont des places de premier ordre pour le commerce intérieur. Les blés , le bois, la laine , la toile, Je fer, Je plomb, Je zinc, le mercure, la verroterie, le sel, les étoffes de laine et de coton, les bétes a cornes et

Jes chevaux constituent les principaux articles d’exportation.

Les Allemands ne le cédent 4 aucune autre nation pour ce qui est de la culture des sciences, des lettres et des beaux-arts; ils ont plus particuliérement réussi dans les études savantes et la philosophie speculative. Les progres qu’ils ont fait faire aux sciences théologiques, & la connaissance du droit romain, 4 la philologie et & la médecine, sont reconnus méme par les nations étrangeres, et un des traits de leur caractére national est de s’assimiler avec une facilité extréme tout ce qui se fait de bien chez leurs voisins. Il n’y a pas en Europe de pays ol l'on compte un aussi grand nombre d’établissements ayant pour but de propager les lumiéres et linstruction qu’en Allemagne; vingt-trois universités , quatre cents gymnases et lycées, de nombreuses écoles normales, une multitude d’établissements @instruction publique du premier et du deuxitme degré, une foule de sociétés pour la culture des sciences ou celle des beaux-arts, contribuent 4 répandre Je godt des arts et des sciences, non pas, comme en Angleterre et en France , dans les capitales seulement, mais méme sur les points les plus reculés du pays, et jusque dans les moindres localités. Les musées de Dresde , de Vienne, de Munich, de Berlin, de Cassel, etc., les bibliothéques de Munich, de Vienne, de Berlin , de Dresde, de Leipzig, de Goettingué , de Hambourg, de Wolfenbuttel , de Prague , de Weimar, de Gotha, de Darmstadt, de Cassel, de Francfort, de Breslau, sont au nombre des plus riches del’Europe. On trouve en outre des collections d’antiques 4 Dresde, 4 Vienne, 4 Munich et A Berlin ; des observatoires 4 Vienne , 4 Berlin, & Prague, a Munich, a Breslau, a Leipzig, 4 Lilienthal prés de Geettingue, et a Seeberg prés de Gotha; des collections Whistoire naturelle a Vienne, Berlin, 4 Goettingue, 4 Munich, 2 Hiambourg et a Neuwied. L’exploitation des mines a son école spéciale & Freyberg ; la sylviculture est enseignée dans les académies de Tharand, de Dreizigacker, de Mariabrunn , d’Eisenach ; il existe des instituts d’agriculture rationnelle et pratique 4 Moegelin dans la Marche, a Eldena prés Greifswald, 4 Schleisheim en Baviére, 4 Hohenheim en Wurtemberg, 4 Tharand en Saxe, & Rugenwalde dans la Poméranie-Ultérieure , etc.

Les divisions politiques de \’Allemagne ont beaucoup: varié suivant les époques. L’ancienne division ethnographique et géographique en petits districts appelés gaue (pagi), le plus souvent renfermés dans des limites naturelles et recevant leurs dénominations particuliéres, tantét @un cours d’eau, d’une montagne, ou de la nature de leur sol, tantét de la peuplade qui les habitait, ou encore d’un homme éminent, fut la base des partages politiques opérés sous les rois franks des races mérovingienne et carlovingienne. Quand ils eurent soumis a leur autorité les peuplades germaniques fixées dans l’intérieur de Allemagne, ces princes établirent dans les différentes divisions territoriales déja existantes des fonctionnaires chargés de rendre la justice en leur nom, de recueillir ’impdt qui leur était du, de conduire a la guerre la partie de la population tenue de prendre les armes , enfin d’administrer les intéréts particuliers des gaue suivant les usages préexistants. Ces fonctionnaires recurent la dénomination de comtes (Grafen ), CL. et les contrées soumises a leur autorité furent appelées comtés (Grafschaften). Mais ces gaue différaient beaucoup les uns des autres sous le rapport du chiffre de leur population, qui dépendait du plus ou moins de fertilité de leur sol , comme aussi sous celui de leur étendue, qui tenait au nombre plus ou moins grand d’habitants venus s’y établir. Les termes de gaue et de comtés (Grafschaften ) n’étaient donc pas toujours corrélatifs. Souvent plusieurs petits gawe étaient réunis sous Vautorité d’un méme comte ; quelquefois aussi un vaste gaw, subdivisé en gaue moin dres, comprenait plusieurs comtés. L’organisation ecclésiastique répondait tout a fait a cette premiére organisation

politique de l’Allemagne , et nous aide méme aujourd’hui a nous en faire une juste idée, parce qu’elle dura beaucoup plus longtemps.

Une autre division politique plus générale de ]’Allemagne, la division en duchés , s’établit lorsqu’a la fin de la grande migration des peuples, les nombreuses petites peuplades germaniques se groupérent pour former plusieurs grandes nations, comme les Franks, les Saxons, les Frisons, les Thuringiens , les Bavarois, les Alemans et les Souabes, et placérent a leur téte un chef qui prit le titre de duc. Cette division en duchés fut 4 la vérité détruite par les rois franks ; mais le partage des populations en groupes distincts qui en avait étéle résultat continua toujours de subsister. De méme, les Saxons et tout le nord de |’Allemagne gardérent leur droit particulier, tandis que le reste des nations allemandes adoptaient celui des Franks. Les divisions politiques introduites par Charlemagne, et consistant en grands arrondissements administratifs, placés sous Vautorité d’un seigneur temporel et d'un seigneur spirituel, se rattachérent méme jusquw’A un certain point a la précédente division de l’Allemagne en duchés ; mais elle ne put pas s’accorder avec la division ecclésiastique en diocéses métropolitains. Mayence ayant été érigée par Boniface en Eglise mére de toute !’Austrasie aussi loin qu’elle s’étendait alors 4 lest, refusa par la suite de restituer les évéchés de Constance et de Strasbourg aux antiques siéges métropolitains de Besancon, dont dépendaient les églises de Lausanne et de Bale, et de Tréves, -dont dépendaient les églises de Metz, Toul et Verdun. En revanche , force lui fut d’abandonner a Véglise ripuaire de Cologne, parvenue encore une fois 4 Vindépendance, et de laquelle dépendaient les églises d’Utrecht et de Liége, les éyéchés saxons fondés A la fin du huitiéme siécle, Munster, ‘Osnabruck, Minden et Bréme (ce dernier devenu bientot aprés siége métropolitain pour Ratzeburg , Schwerin et Lubeck), et de souffrir qu’un siége métropolitain fat érigé a Salzbourg pour les évéchés bavarois de Regensburg (Ratisbonne), Passau, Freisingen et Brixen. L’archevéché de Mayence s’étendit donc, 4 partir du commencement du neuvieme siécle, sur toute |’Alemanie (Strasbourg, Constance, Augsbourg, Neufchatel et Coire ), la Franconie orientale (Spire, Worms, Wurtzbourg et Eichstadt; mais Bamberg relevait directement du saint-siége), et la Saxe méridionale (Paderborn, Hildesheim, Halberstadt et Verden) avec les territoires slaves qui avoisinaient ses fronti¢res et lui payaient tribut. Quant aux pays slaves, par suite des progrés toujours plus grands de |’élément germanique, on érigea plus tard a !eur usage propre des siéges métropolitains a Magdebourg, d’ou re- Jevérent les siéges de Mersebourg, de Meissen, de Naumbourg.- Zeitz, de Brandenbourg et de Havelberg, ainsi qu’a Prague et A Olmutz. La aussi on imita l’ancienne division territoriale en gaue, sur la base des zwpanies slaves qui y corrvespondaient; et on groupa un certain nombre de divisions de ce genre sous l’autorité d’un margrave (Margraf, comte de la marche). Ces fonctionnaires, qualifiés dawces dans les anciens documents, ne tardérent pas non plus a parvenir, en raison de l’étendue de leur juridiction, a exercer une grande puissance, de sorte que sous Jes derniers Carlovingiens ils purent rétablir les duchés qui avaient existé autrefois dans les provinces frontiéres, la Saxe, la Thuringe, la Baviére et la Carinthie, 4 Vinstar des missi dominici dans ja Franconie orientale et l’Alemanie, et a l’exemple de ce que la puissance royale avait elle-méme établi en Lorraine. Les Othons s’efforcerent vainement d’assurer lunité ainsi compromise de |’Allemagne en conférant ces duchés a des membres de leur famille; les tentatives postérieures du roi Henri III pour les réunir de nouveau 4 Ja couronne ne furent pas moins inutiles; et tout au contraire, sous le régne orageux de Henri IV, leurs possesseurs parvinrent a assurer & leurs familles respectives I’hérédité de leurs titres et de leur puissance. C'est 4 cette méme époque que s'introduisit

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également V’hérédité des fonctions de comte, cause prin- — cipale de la désuétude dans laquelle finit par tomber peu a peu la division politique de l’Allemagne en gawe. En effet, grace a Vhérédité, et surtout sous le regne de princes faibles, les divers fonctionnaires de empire ne tardérent pas a s’habituer 4 considérer comme leurs propriétés privées des charges qu’ils avaient jusque alors administrées au nom du roi. C’est pourquoi, a leur tour, un grand nombre de propriétaires fonciers cherchérent 4 se dérober a leur juridiction en se placanf sous la protection immédiate du chef de empire, pendant que d’autres hommes libres inyoquaient la protection des villes ou celle de seigneurs tant spirituels que temporels. Déja d’ailleurs un grand nombre de villes s’étaient séparées de l’union des gaue, et le clergé surtout avait réussi de bonne heure a affranchir de toute juridiction temporelle les biens immenses, jusqu’a des comtés tout entiers, qu’il tenait de la libéralité des princes et des rois, et Jes gaue cessérent ainsi dés lors de constituer une division politique. On inventa de nouvelles dénominations pour les subdivisions des souverainetés territoriales de création nouvelle, et les comtes, de méme que les dynastes et autres nobles, prirent les noms de leurs principaux chateaux et autres possessions allodiales. C’est au onziéme siécle seulement qu’on voit cet usage s’établir en Lorraine; mais yers le milieu du douziéme siécle les gawe tombérent également en désuétude dans tout Je reste de Allemagne. Il n’y eut pas jusqu’aux quelques districts que les empereurs eussent sauvés de ce naufragé général et qu’ils avaient placés sous la surveillance supérieure de landgraves (Zandgrafen, comtes du pays) et de grands baillis (Landvegte, baillis du pays), par exemple, la Hesse, la Vetteravie, ]’Alsace, etc., qui cessérent alors d’étre appelés gaue (pagi) pour prendre la qualification de provinces, provincia ; et avec le temps ils se transformérent, eux aussi, en souverainetés territoriales indépendantes.

Les grandes souverainetés territoriales temporelles furent fondées par les familles qui, comme celles des ducs, des comtes palatins et des margraves, a l’époque de la décadence de Porganisation politique par gauwe, avaient les arrondissements les plus éfendus et qui y possédaient en méme temps non-seulement un grand nombre de propriétés ou allodiales ou a titre rémunératoire, mais encore qui ayaient plusieurs comtés tout entiers sous leur surveillance, par exemple les Brabants dans la basse Lorraine, les Etichons dans lahaute Lorraine, les Zeehringen dans l’Alemanie et la petite Bour.gogne, les Mérans en Bayiere et en Franconie, les Octenburg en Carinthie, les Babenberg en Autriche , les Guelfes en Baviére, en, Souabe et en Saxe, et les Hohenstaufen en Alemanie, en Franconie et en Bourgogne. La lutte entre les deux derniéres de ces puissantes familles amena la disso- Jution de deux duchés, dont ’un, la Saxe, mutilé pour former ce qu’on appela le duché de Westphalie , qui fut attribué comme propriété allodiale guelfé a Vélectorat de Cologne , et en une foule de troncons, ne fut plus que nominalement conféré 4 un prince de la maison d’Ascanie ; et dont Pautre, la Baviére, passa & peu pres tout entier sous les lois de la maison de Wittelsbach. Lors de V’extinction de la famille de Hohenstaufen , les deux autres duchés les plus importants, Ia Souabe et la Franconie, furent également démembrés. C’est ainsi qu’au milieu du treiziéme siecle Allemagne nous apparait fractionnée en une multitude de territoires de plus ou moins d’étendue , dont les possesseurs spirituels ou temporels obtinrent, par les priviléges que leur concéda l’empereur Frédéric II en 1220 et en 1232, la base de leur future souveraineté, et qui trouyérent & quelque temps de 1a dans l’interrégne Voccasion favorable pour la mieux constituer encore. Que si depuis cette époque beaucoup de ces territoires se trouvérent réunis et confondus avec d’autres , par suite de Pextinction d@’un grand nombre de familles , et notamment de la plupart des puissantes mai-

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sons princiéres que nous avons mentionnées plus haut, ou encore par suite de consolidations de fiefs , de droits de survivance , de mariages, de traités de succession, etc. ; si, par conséquent, le nombre des seigneurs temporels de l’empire se trouva considérablement diminué, et si, en revanche, V’étendue de certains territoires fut beaucoup augmentée ; enfin siiquelques familles, telles que celles de Habsbourg, de Wittelsbach et de Luxembourg, qui donnérent & PAllemagne des rois et des empereurs, purent accroitre singuliérement leur puissance tant qu’on n’eut pas institué Pindivisibilité des territoires et le droit de primogéniture , auxquels ne pouvait que trés-imparfaitement suppléer l’usage qui voulait que certains membres de ces familles entrassent toujours dans létat ecclésiastique, il ne put point se former de puissance territoriale prépondérante, durable , et il n’était pas rare de voir les héritiers d’une vaste principauté bien moins puissants que de simples comtes a qui il avait été donné de recueillir seuls ’héritage paternel. Mais une fois que la Bulie d’Or de ’empereur Charles IV eut fixé Je droit de successibilité d’aprés Pordre de primogéniture dans celles des parties de l’empire auxquelles était attachée la qualité d’électeur, on vit les diverses maisons souveraines imiter les unes aprés les autres cet exemple dans leurs possessions héréditaires. Dans la Marche de Brandebourg , le droit de primogéniture ne fut introduit qu’en 1473. C’est a cette époque aussi que l’on vit les Etats de l’empire les plus faibles s’unir et se liguer entre eux, afin de pouvoir de la sorte faire contre-poids aux grands Etats. Plusieurs siécles toutefois s’écoulérent encore pendant lesquels beaucoup de maisons souveraines s’obstinérent a persévérer dans l’antique pratique de diviser leurs héritages , persuadées qu'il y allait de leur grandeur et de leur éclat de compter le plus grand nombre possible de membres investis d’une part d’autorité souveraine et ayant droit de voter aux diétes. L’affaiblissement de puissance territoriale qui en résulta pour elles les mit hors d’état de pouvoir profiter des circonstances favorables grace auxquelles , dans le cours des trois derniers sidcles , @autres maisons ot n’existait plus la coutume des partages ont pu s’élever a la puissance et a la hauteur ot nous les voyons aujourd’hui, par la sécularisation des biens ecclésiastiques , par des médiatisations , par une grande viguenr de conduite dans toutes les querelles de successions , etc. , en général , en saisissant toutes les occasions possibles de favoriser et d’assurer leurs agrandissements. La division de lAllemagne en cercles efit peut- étre réussi a arréter les progrés ultérieurs de son incessant fractionnement politique, si déja dans les Ftats territoriaux n’avait point existé 4 un

certain état de développement le germe de leur future in-

dépendance , de méme que dans l’empire existait déja aussi le germe de sa compléte dissolution ; d’ou il résulta que cette institution ne put pas produire les importants résultats que son fondateur avait peut-¢tre en vue. En effet, déja a cette époque , sous prétexte d’abolir Je droit du plus fort et de donner & la justice une meilleure organisation, le roi Albert IJ songeait a douner une division plus naturelle a PAllemagne, qu’on se représentait alors comme composée de quatre parties, sans avoir égard cependant aux diversités nationales représentées a l’origine dans les duehés de nations (Volkshersogthtimern), non plus qu’a Ja distinction existant entre les peuples de droit saxon et de droit frank. La mort Yayant empéché de réaliser ses projets, l’exécution en fut essayée A diverses reprises sous son successeur. Mais ce fut Maximilien I qui le premier, en l’an 1500, en sachant faire respecter la paix du pays et préter main-forte a Yexécution des sentences prononcées par le tribunal de. la chambre impériale , réussit a établir, sous la présidence de J’empereur ou de son représentant, un comité des Etats de l’empire au nombre de quatorze, c’est-a-dire composé de tous Jes électeurs et de six députés a élire par six cércles institués a cet effet. Telle fit ’origine de ce qu’on appela les six DICT, DE LA CONVERS. — T. 1

anciens cercles de |’empire , ceux de Bavitre, de Souabe , de Franconie, du Rhin, de Westphalie et de Saxe , lesquels comprenaient tous les Etats réellement liés l’empire, mais dont par conséquent ne faisaient partie ni la Bohéme, m la Savoie, ni la Suisse, ni la Prusse, ni la Livonie, etc. , a exception des domaines de la maison d’Autriche et des électorats, parce que ceux-ci ne concouraient point a }'élection des six députés. En 1512 quatre nouveaux cercles furent créés pour ces derniers pays, & savoir : le cercle d’Autriche et le cercle de Bourgogne , pour les pays autrichiens ainsi divisés a cette époque ; un second cercle du Rhin, dit cercle du bas Rhin ou Rhénan électoral, pour les quatre électeurs du Rhin, et un second cercle saxon, dit Saxon inférieur, pour la Saxe électorale et l’électorat de Brandenburg, avec quelques territoires détachés de ce quejusque alors on avait appelé cercle Saxon supérieur. La constitution militaire établie par ’empereur Charles-Quint sur la base de cette division, encore trés-défectueuse sous le rapport ethinographique, et étendue a des objets de pure po ice, tomba peu a peu en décadence sous ses successeurs, jusqu’au moiment ou elle disparut complétement avec le lien commun qui jusque alors avait réuni toutes les parties de l’empire. Aujourd’hui encore il s’agit de savoir s’il sera possible d’organiser une institution assez semblable, mais répondant mieux aux besoins de l’époque en méme temps qu’ayant pour base les conditions ethnographiques et historiques, et propre a transformer une confédération en un Etat fédéral organique. Voyez Varticle ConréDERATION GERMANIQUE.

Histoire.

Les Romains ne comprenaient pas seulement sous le nom de Germanie |’Allemagne proprement dite, mais encere le Danemark , la Norvége, la Suede, la Finlande, la Livonie et la Prusse. La grande migration des peuples détruisit cette antique Germanie, dont le nord de |’Allemagne actuelle ne formait qu'une faible partie. Des peuplades slaves, venues d’Orient, refoulérent les Germains jusqu’aux bords de Elbe et de la Saale et jusqu’aux montagnes qui séparent d’un c6téla Bohéme et de!’autre la Franconie et la Baviére. De nouvelles invasions slaves contraignirent les Germains a se jeter sur les provinces de l’empire d’Occident, puis a le détruire lui-méme. C’est au milieu de ces mouvements que se constitua l’Allemagne méridionale de nos jours, surtout les parties situées en deca du Danube et du Rhin. La vie romaine, qui s’y était acclimatée, y fut bientét complétement détruite ala suite de Vinvasion des Germains. Mais cette nouvelle Germanie resta limitée au territoire situé a l’est du Rhin; et pendant longtemps encore on continua de comprendre dans la Gaule la contrée située a Youest de ce fleuve, qui plus tard arriva a faire partie de Allemagne. Cette nouvelle Germanie se constitua vers la fin du cinquiéme siécle, mais sans porter encore alors la dénomination d’Allemagne. Six nations différentes constituaient la plus grande partie de sa population, les Frisons, les Thuringiens, les Franks, les Alemans et les Bavarois. Il est bien remarquable que les destinées de ces nations n’aient pas tardé a étre décidées par un peuple étranger, quoique également d'origine germaine, qu’on appelait Jes Franks Saliens. En soumettant successivement a leurs lois les différentes peuplades germaniques fixées a lest du Rhin, les Franks Saliens opérérent forcément leur réunion extérieure et groupérent ainsi les Germains en corps de nation, en unité politique, qui auparavant n’avait jamais existé dans la réalité. Mais la soumission des Germains par les Franks Saliens ne s’opéra que trés-lentement et peu a peu. Elle commenga dans les premiéres années du quatriéme siécle, et ne fut compléte qu’au commencement du neuvieme. Les Saxons furent les derniersd’entre eux aaccepter le joug ; et ce ne fut que de l’an 772 4 l’an 804 que les Franks, com: mandés par Charlemagne, parvinrent a les dompter.

Yous les Germains dont est issue la nation allemande se trouvérent alors réunis, en ce sens que l’empire des Frank: les comprit tous sous son autorité. Ce furent aussi les Franks qui introduisirent en Allemagne V’aristocratie féodale. Elle dominait chez les Franks Saliens méme de la Gaule, e! ceux-ci Pintroduisirent parmi les peuples germains de l’est du Rhin, Basée sur Ja grande propriété territoriale, cette aristocratie féodale produisit deux effets principaux. D’abord, elle limita considérablement le pouvoir de la royauté. Déja sous Charlemagne sa puissance était telle, que le roi, ou, comme il se fit appeler a partir de l’an 800, ’empereur, ne pouvait rien entreprendre de quelque importance sans son consentement. Sous les faibles, successeurs de Charlemagne la puissance de Varistocralie s‘accrut si rapidement gue ce fut elle, ef non plus la royanté, qui désormais conslitua réellement Je pouvoir public. Un autre pouvoir que les Franks Saliens introduisirent au dela du Khin, et qui se rattachait d’ailleurs par une foule de points a l’aristocratie, fut le haut clergé, composé des archevéques et des évéques. A partir du sixiéme siécle les évéques étaient déja en possession, dans le royaume des Franks de Ja Gaule, de grands fiefs, et faisaient ainsi partie de l’aristocratie. Les souverains franks, et notamment Charlemagne, en établissant I’Eglise romaine en Allemagne, paraissent avoir agi sous !’empire de cette idée, que pour maintenir la nouvelle foi religieuse parmi les populations germaines, encore grossiéres alors eta peine arrachées au paganisme, il était nécessaire d’employer des moyens temporels. Les nouveaux siéges épiscopaux furent en conséquence dotés des fiefs les plus importants; et c’est ce qui explique comme il se fit que dans empire d’Allemagne les prélats, 4 quide nouvelles faveurs furent encore constamment accordées, finirent par se trouver les membres presque les plus puissants de la si puissante aristocratie. Quand les petits-fils de Chariemagne se partagérent ’empire des Franks, Louis, ordinairement appelé le Germanique, regut, aux termes du traité conclu a Verdun en 843, tout le territoire situé a lest dv Rhin, et sur la rive gauche de ce fleuve les villes de Mayence, de Worms et de Spire

seulement, Cet Etat, qu’on peut déja considérer comme | constituant un empire allemand, bien que longtemps en- |

core apres on le trouve désigné sous le nom de France orientale ( Ost-Franken ), était compris au total entre le Rhin, PElbe, la Saale et les montagnes du Boehmerwald. Mais dans les contrées voisines du Danube, Jes conquétes faites sur les Avares par Charlemagne lavaient étendu jusqu’au Raab. Du vaste territoire que Allemagne possédait de ce cétéa la fin du neuviéme siécle, il s’en perdit beaucoup a la suite de invasion des Magyares ; mais elle n’en conserva pas moins aussi une bonne partie : ce furent les contrées postérieurement désignées sons les noms d’Autriche, de Styrie, de Carinthie et de Carniole. Les Carlovingiens qui régnaient a Vest du Rhin s’emparérent encore de la contrée appelée Lorraine ou Allemagne d’outre- Rhin, et qui était un démembrement de l’ancienne Gaule. Malheureusement leur race, dont les rejetons allérent toujours en s’affaiblissant davantage, ne subsista pas longtemps encore apres la conclusion. du trailé de partage de Verdun. Louis le Germanique mourut en 876. Aprés sa mort, trois royaumes particuliers se constituérent pendant quelque temps en Allemagne: ceux de Saxe, d’Alemanie et de Baviere, pour ses trois fils, Lonis, Carloman et Charles. Dés Pannée 382, ce dernier, surnommé le Gros, réunissait de nouveau |’Allemagne sous ses lols, par suite de la mort de ses {réres, et en 884 toute la France elle-méme. Cette reconstitution de empire de Charlemagne était toutefois plus apparente que réelle. En 887, l’aristocratie déposa Charles le Gros a la didte de Tribur, et il y eut alors, a proprement parler, deux empires d’Allemagne, l'un grand et l'autre petit. Celui-ci se composait de la Suisse allemande d’aujourd’hui, ov les seigneurs élurent |’un d’entre eux, le

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comte Rodolphe, Arnoulf, fils naturel de Carloman, fut élu roi dans le grand empire. Il mourut en 899, aprés une vie assez insignifiante, dont le seul éyénement de quelque importance fut une victoire qu'il remporta en 891 sur les Normands. Son fils alors encore en bas age , Louis \’Enfant, porta le titre de roi jusqu’au milieu de Vannée 911, époque de sa mort. Avec lui s’éteignit la race carloyingienne en Allemagne. ’

Vers cette époque, la majorité de |’aristocratie, qui avait alors jusqu’a un certain point pour chefs les ducs, semble avoir congu le plan de laisser la royauté et l’empire s’écrouler. Il y eut lieu de procéder 4 une élection générale d'un roi; mais les grands de la province de Franconie y prirent seuls part, et ils choisirent pour roi un des leurs, Conrad 1°", dont toutefois lautorité ne fut pas reconnue dans toutes les parties de l’Allemagne, A sa mort, arrivée en !’année 919, les grands de la Saxe et de Ja Franconie élurent pour roi Henri, duc de Saxe. Henri I® rétablit empire 4 peu prés dans les limites qu’il avait eues sous les derniers Carlovingiens. Il edt fallu une politique d’une habileté consommée et Je travail non interrompu de plusieurs siécles pour détruire Vessence de cet empire carlovingien avec sa constitution aristocratique , et pour le remplacer par un empire véritablement national d’unité. Aucun des rois de Ja maison de Saxe ne semble avoir eu l’énergie et la prudence qui eussent été nécessaires pour arriver aun semblable résultat. A la mort de Henri, arrivée en 936, Pempiré passa a son fils Othon I*, qui en 962 obtint ja ecouronne impériale. Indépendamment d’une victoire décisive quwil remporta, en 955, sous Jes murs d’Augsbourg sur les Hongrois, victoire dont le résultat fut de délivrer a jamais ’Allemagne des ravages de ces redoutables visiteurs,

. Yempire et surtout le duché de Saxe furent sous son

régne considérablement agrandis sur les rives de l’Elbe et de la Saale, par suite de la vigoureuse impulsion qu’il imprima a la guerre contre les Slaves, qu’avait déja commencée Henri I*. Othon I** mourut en 973. Ses deux successeurs, Othon JI, quirégna jusqu’en 983, et Othon III, qui régna jusqu’en l’an 1002 , sont d’une complete insignifiance historique , et nous offrent un nouvel et frappant exemple de cette fatalité qui semble condamner Jes grandes maisons souveraines a périr et a s’éteindre dans Ja faiblesse et létiolement complet de leurs derniers rejetons. A la mort @Othon f11, un collatéral de la maison de Saxe, le roi Henri If, monta sur le tréne. Ce prince ne se distingua que par ses tendances monacales et par son complet asservissement au clergé, qu’il combla de richesses en méme temps qu’il ajoutait encore A sa puissance temporelle. Avec lui s’éteignit en l’année 1026 la maison de Saxe, pour faire place 4 la dynastie franke ou salienne. Consultez Ranke, Annales de lV Empire d’ Allemagne sous la maison de Saxe (en allemand ; Berlin, 1837-1840 ).

Le roi Conrad II fut le premier souverain de Ja race salienne, laquelle occupa le trone vendant un siécle entier. Déja sous Othon I* Vitalie avait été réunie a |’Allemagne; Conrad IT en fit autant dela Bourgogne, dont une trés-petite partie seulement était allemande. Mais la souveraineté ainsi acquise par des rois allemands sur des territoires italiens et francais , surtout en ce qui est de cette déerniére acquisition, ne fut guére jamais que nominale. D’ailleurs Conrad If témoigna de la ferme volonté de mettre des digues a toute nouvelle usurpation de puissance de Ja part de l’aristocratie ; mais les efforts qu'il tenta cet effet jusqu’a sa mort, arrivée en 1039, restérent a peu prés sans résultats. Son fils et successeur Henri TIL fit encove plus explicitement connaitre quelles étaient ses idées 4 Pégard de Varistocratie; mais sa main de fer et son énergie furent ellesmémes impuissantes a triompher d’abus trop profondément enracinés. Henri M11 mourut en 1056, et la couronne passa a-son fils Henri TV, alors encore en bas Age. Sous le régne

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de ce prince s’établit, & partir de Pannée 1075, une lutte aussi violente que décisive entre la royauté et Varistocratie , soit que Henri TV ett véritablement concu le projet de forcer Paristocratie 4 se soumettre & son autorilé souveraine , soit que Varistocratie soupgonnat Vexistence de pareilles intentions dans Vesprit de ce monarque. Ce fut le pape Grégoire VII qui alluma ce vaste incendie, dans lespoir de faire reconnaitre et admettre dans empire, au milieu de la confusion générale qu’il causerait, son décret relatif aux investitures. La mort de Henri, arrivée en 1106, n’apporta elle-méme qu’une courte interruption a cette eflroyable lutte, qui recommenga sous son fils et successeur Henri V, pour durer jusqu’a la mort de ce prince, quoique avec une énergie moins sauvage. La race royale de la maison de Franconie s’éteignit en 1125, avec Henri V. Le plan dont cette maison semble, a partir surtout du régne de Henri III, avoir poursuivi la réalisation a Veffet @arriver a anéantir Varistocratie dans la forme qu'elle avait alors, avait complétement échoué, et & extinction de la race salienne l’aristocratie semble avoir exercé une puissance plus étendue que jamais par ses principaux représentants , les ducs, les margraves , les comtes, les archevéques et les évéques. Elle -était parvenue a se faire attribuer comme propriété héréditaire ce qui précédemment avait été considéré comme fonction d’origine royale, et elle avait usurpé les domaines royaux avec une grande partie des revenus royaux. A cété de la grande aristocratie , il s’en était en outre formé une moindre qui, retranchée dans ses chateaux, opprimait les populations des pays de plaines; et & ce moment la liberté n’eut plus d’autre refuge que dans les villes, dont Vimportance et la prospérité toujours croissantes datent de cette époque. Consultez Stenzel, Histoire de [Allemagne sous les empereurs de la maison de Franconie ( Leipzig, 1828) ; et Gervais, Histoire politique de VAllemagne sous le régne des empereurs Henri V et Lothaire III (2 vol., Leipzig, 1842).

A partir du moment ot s‘éteignit la maison de Franconie, on peut considérer |’Allemagne comme un véritable royaume électif dont disposait la haute aristocratie. Le roi Lothaire, dela maison de Suplinbourg , précédemment duc de Saxe, mort dés l’année 1039, ne fit sur le tréne royal de Allemagne qu’une fugitive et assez insignifiante

apparition. Mais les cent vingt années qui s’écoulérent ensuite eurent une grande importance sur l’assiette que |’Allemagne arriva 4 se donner. La célébre maison de Hohensfaufen monta sur le tréne avec Conrad III. Si ce prince n'est guére remarquable dans l’histoire que parce qu il fut la souche de sa famille en méme temps que le premier em- ‘pereur qui organisa une croisade ; en revanche |’empereur Frédéric Barberousse, quirégna a partir de l’an 1152, est une figure historique de la plus grande importance, La famille de Hohenstaufen semble avoir compris de bonne heure

- que vouloir fonder en Allemagne une souveraineté véritable, a l'instar de celle qui commengait a s’établir alors en France, était une entreprise entourée de beaucoup trop de difficultés, Elle jeta dés lors son dévolu sur l’Italie, et, dans l’espoir de parvenir a se constituer un véritable em-

pire, lempereur Frédéric engagea une lutte acharnée contre les villes lombardes. A partir de ce moment, |’Allemagne fut en quelque sorte abandonnée a elle-méme par ses rois et par ses empereurs ; et son aristocratie , qui dés lors visa a jouir d'une autorité souveraine et princiére, n’eut plus Wabstacle qui génat son ambition. L’empereur Frédéric , apres avoir échoué dans ses efforts contre I’'Italie, trouva la mort en Cilicie, en 1190, pendant une croisade qu’il avait entreprise. Son fils Henri VI hérita pour lui et sa famille du royaume héréditaire d’Apulie (Naples), et mourut en 1197. Philippe de Souabe, son frére, obtint bien les voix de quelques selgneurs ; mais d’autres princes élurent pour roi Othon IV, de la maison des Guelfes. La lutte entre ces

deux rois se termina en 1208, par |’assassinat de Philippe. Mais Othon IV n’occupa pas le tréne pendant longtemps , ear il en fut expulsé dés lan 1212 par Frédéric I, fils de Henri VI. L’'Italie excita encore bien autrement \a convoitise de Frédéric que celle de ses aleux. Désespérant, suiyant toute apparence , de pouvoir jamais parvenir a établir en Allemagne un véritable pouvoir royal , et afin de se créer de la sorte des appuis dans sa lutte contre I’Italie , il accrut. tellement la puissance de Ja haute aristocratie , qu'on en vit les principaux membres devenir alors peu a peu de véritables princes. Frédéric Il ne fit que de rares et courts séjours en Allemagne. Il avait laissé parmi les Allemands l’un de ses fils comme vice-roi. Ce fut d’abord son ainé, Henri; et quand celui-ci, apres avoir trahi, eut été vaincu et fait prisonnier, ce fut, a partir de 1236, le plus jeune, désigné dans Vhistoire sous la dénomination de roi, Conrad IV. Mais ces fils ne purent non plus rien faire en Allemagne qui contribuat & y fonder un véritable empire, et il semble méme que jamais pareil projet ne leur vint a lesprit. Quant A Frédéric U, ses efforts pour se créer une souveraineté solide en Italie l’entrainérent dans la lutte la plus sanglante non-seulement avec les Guelfes, mais encore avec le saint-siége, qui de tous les Etats souverains de !’Italie était celui qui voulait le moins entendre parler de la création d’un grand empire italien. Au synode tenu a Lyon en 1246, le pape Innocent IV lanca méme contre Frédéric II les foudres de l’excommunication et fit précher en Allemagne ainsi qu’en Italie la révolte contre les Hohenstaufen, comme un devoir auquel les fidéles étaient tenus a l’égard de l'Eglise. Il en résulta dans |’un et l’autre de ces pays la plus effroyable des confusions, au milieu de laquelle Frédéric IT mourut en Italie, en 1250. Comme Conrad IV se trouvait dans V’impossibilité de se maintenir plus longtemps en Allemagne, il accourut l’année suivante en Italie pour s’y conserver tout au moins le royaume héréditaire de Naples, dont le saint-siége était en train de s’emparer. Mais Conrad IV y mourut dés Vannée 1254; et son fils, Conradin, duc de Souabe, qui en 1268 abandonna l’Allemagne a I’effet de venir recueillir son héritage d’Italie, ne tarda pas non plus 4 y succomber. Avec lui s’éteignit la maison de Hohenstaufen , dont les membres avaient fini par constituer une famille bien plus italienne qu’allemande.

L’époque comprise depuis les derniéres années du régne de Frédéric If fusqu’a lavénement du tréne de Rodolphe de Habsbourg fut pour l’Allemagne une période de transition, pendant laquelle la puissance royale, quoiqu’elle allat toujours en s’affdiblissant , demeurée jusque alors au total celle qu’avaient exercée les Carloyingiens , perdit complétement ce caractére pour faire place au nouveau pouvoir qui devait désormais dominer dans l’empire, a la puissance des princes , puissance dont la formation et les progres furent @ailleurs insensibles. C’est cet intervalle que l’histoire désigne sous le nom d’inferrégne, parce que les rois qui & ce moment-la occupérent le tréne d’Allemagne firent tous preuve de la plus compléte nullité. Ces rois furent Henri Raspe, landgrave de Thuringe, opposé en 1246 a Frédéric IL par les princes ecclésiastiques ; Guillaume de Hollande, gui régna jusqu’en 1256; Alphonse X, roi de Castille, et Richard, comte de Cornouailles, élus 2 la mort de Guillaume, Pun par une partie des princes , l'autre par le reste d’entre eux. C’est la confusion extréme, résultat de cette période de transition, qui explique plusieurs faits particuliers de Vhistoire de ce temps-la : par exemple, l’origine des cours vehmiques ou de la Sainte-Vehme, de la Hanse et de la ligue des villes du Rhin. L’absence dun droit universel et de tribunaux universels se fit alors plus particuligrement sentir, quoique Frédéric II ett institué une magistrature désignée sous le nom de justice aulique, et chargée de faire respecter la juridiction supréme de l’empereur. L’absence de tout ordre et de toute sécurité dans les tribunaux fut

cause qu’on vit alors se réveiller avec une nouvelle fureur Vantique coutume germaine des guerres privées, Pendant deux siécles tout entiers lempire fut constamment en proie aux désordres les plus affreux et le thédtre d’assassinats , de brigandages et d’incendies toujours renaissants, sans que les efforts tentés pour y mettre un terme par quelques princes énergiques , entre autres par Rodolphe 1°", pussent les empécher, méme momentanément.

Linterrégne finit & accession au tréne de Rodolphe I*, comte de Habsbourg, élu en 1273, aprés la mort de Richard, roi et empereur des Allemands. II est impossible de ne pas reconnaitre que de ce régne date dans l'histoire del'Allemagne une ére nouvelle, encore bien qu’il ne soit pas trésfacile de tracer bien exactement la ligne de démarcation qui la sépare de l’ére précédente. A partir de ce moment la puissance impériale ne fut plus guére qu’une ombre, qu’un grand souvenir; et lempereur, quoique le siécle n’edt point a cet égard d’idées bien arrétées, ne fut plus que le chef de la grande aristocratie de l’'empire, composée essentiellement de princes temporels ou spirituels, mais en partie aussi d’un certain nombre de grandes villes, ou plutét deleurs magistrats, ayant peu a peu obtenn le droit d’assister aux diétes et d’y voter. Des assemblées d’états provinciaux avaient déja commencé sous le régne des Hohenstaufen a se constituer sur les territoires des différents princes. Ces assemblées limitérent Yautorité exercée par les princes sur leurs territoires respectifs, tout comme les diétes des princes avaient mis des bornes a Poxercice de l’autorité impériale dans empire. L’établissement d’innombrables souverainetés indépendantes est le caractére principal de cette époque. Dans toutes les affaires la nation dut obéir aux influences les plus opposées; mais quelquefois aussi il lui arriva d’étre complétement abandonnée a elle-méme. Les suites d'un tel état de choses furent le déveluppement de plus en plus énergique de l individualisme, dont témoignérent et la prospérité toujours croissante de tant de villes, et la conquéle de la Prusse, entreprise et achevée dans la période des Hohenstaufen par les chevaliers delordre Teutonique, tandis que d’un autre cdté le sentiment de la nationalité, de la généralité des intéréts , s’affaiblissait toujours davantage dans les cceurs. L’empereur Rodolphe s'efforca avant tout de mettre un terme aux brigandages des guerres privées, tout en sachant mettre a profit son pouvoir impérial afin de fonder dans son propre intérét et dans celui de sa maison une grande puissance héréditaire. La victoire qu’il remporta en 1278 sur Ottocar, roi de Bohéme, lui offrit a cet effet une occasion des plus favorables, attendu qu’elle valut en 1282 a sa maison l’acquisition de l’Autriche, de la Styrie et de la Carniole, auxquelles vinrent se joindre, environ une dizaine d'années plus tard, le Tyrol et la Carinthie. Rodolphe 1° mourut en 1291. Les électeurs, entre les mains de qui seuls le droit d’élire 'empereur avait fini par tomber, étaient peu disposés a favoriser la politique de plus en plus évidente de la maison de Habsbourg, et consistant a ne briguer le titre et le pouvoir de roi que pour Pemployer ason agrandissement. Au lieu donc d’élire encore un Habsbourg, ils cloisirent Je comte Adolphe de Nassau. Celui-ci ayant youlu suivre les traces de Rodolphe, les princes lui opposerent le propre fils de Rodolphe, Albert I, dont Pantagonisme amena aussi, en 1298, la ruine compléte d’Adolphe. Albert 1** se montra encore plus avide de richesses et d’agrandisaements territoriaux que son pére, et ses violences provoquérent la création de la Confédération suisse, Quand son neveu, Jean de Souabe, leut assassiné, les électeurs renoncérent encore une fois A la maison de Habsbourg suet élurent Henri, comte de Luxembourg. Henri VII obtint pour son fils et sa famille la conronne royale de Bohéme, et envahit ensuite Italie pour y tenter ce qul avait si mal réussi aux Hohenstaufen ; mais il y trouva la mort en 1313, empoisonné peut-étre par une main ifalienne, La nouvelle

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élection A laquelle il fallut alors procéder amena la division parmi les électeurs : les uns donnérent leurs voix 4 Louis, duc de la haute Baviére ; les autres, 4 Frédéric le Beau, duc d’Autriche. De la une longue et sanglante lutte qui se termina au profitde Louisle Bavarois. C’est sous son régne que la papauté, dont le siége était alors 4 Avignon, fit sa derniére tentative de quelque importance pour-se constituer dans l’empire d’Allemagne une puissance temporelle immédiate, en prétendant y exercer le droit de directe. Louis le Bavarois, pour avoir combattu une telle prétention, fut d’abord excommunié, puis déposé par le pape. Mais il en résulta en 1338 une résolution solennelle prise 4 Rense par les électeurs et les états de l'empire, qui déclarérent alors que le papé n’avait aucun droit de se méler de l’élection du roi des Allemands, et que sous le rapport temporel l’empire d’Allemagne était complétement indépendant du saint-siége. Malgré cela, il est vrai, le pape n’en réussit pas moins, en 1346, a déterminer quelques princes a élire empereur Charles de Moravie, devenu Ja méme année roi de Bohéme, par suite de la mort de son pére Jean; mais avant que la lutte s’engageat bien sérieusement entre lui et Louis , ce dernier mourut en 1347. Charles IV ne parvint pas cependant aussitét 4 se trouver seul maitre du tréne; car les fils de Louis lui opposérent comme anti-roi un petit prince, lecomte Gunther de Schwarzbourg. Le brave Gunther abdiqua en 1349, et mouruta quelque temps de Ja. Jamais empereur n’avait encore autant que Charles IV fait exclusivernent servir son pouvoir 4 Pagrandissement particulier de sa maison. Accrottre encore et faire fleurir son royaume de Bohéme, qui maintenant comprenait la Moravie, la Silésie et la Lusace, fut le but principal des efforts de toute sa vie, et il ne s’inquiétait du reste de Allemagne qu’autant que les intéréts particuliers de sa famille luien faisaient une inévitable nécessité. C’est aussi dans cette intention qu’en 1356 il publia la célébre Bulle d’ or, qui concéda aux sept électeurs de Mayence, de Tréves, de Cologne , de Bohéme, du Palatinat, de Saxe et de Brandebourg le droit exclusif d’élire les empereurs, le droit de co-souveraineté dans Yempire, et enfin ce qu’on appela le jus de non appellando. Cette mesure fut surtout prise pour le cas ou la maison de Luxembourg viendrait 4 perdre encore une fois le tréne impérial, et ou il fallait dés lors que cette famille , qui pos

sédait deux électorats, ceux de Bohéme et de Brandebourg , demeurat autant que possible souveraine et indépendante. A la mort de Charles IV, arrivée en 1378 , la dignité impériale passa a son fils Wenceslas. Celui-ci, par suite de la torpeur naturelle de son esprit , comme aussi des troubles qui éclatérent alors en Bohéme a l’excitation de Jean Huss et de Vesprit turbulent dont était animée la noblesse, ne put guére se méler des affaires intérieures del’empire. A ce moment Allemagne était sur le point de se dissoudre pour former une chaine particuliére de fédérations et de confédérations. Un violent antagonisme qui s’établit entreles fédérations des villes du sud et du centre de Pempire (Ligue des villes du Rhin et de Souabe ) et la fédération des princes de ces méimes contrées , provoqua une lutte qui se termina en 1382 d’une maniére malheureuse pour les villes, et empécha ainsi la dissolution compléte de Pempire de s’opérer. En 1400 Wenceslas fut déclaré déchu de ses droits par quelques princes de Pempire; mais jusqu’a sa mort, arrivée en 1419, il n’en continua pas moins de porter le titre de roi des Allemands. Robert du Palatinat, élu & sa place, fut un prince tout & fait insignifiant. A la mort de Robert, arrivée en 1410,

une partie des princes élurent pour empereur le frére de Wenceslas, Sigismond, roi de Hongrie, tandis que les autres donnaient leurs suffrages a Jobst de Moravie , cousin de Wenceslas. Jobst mourut dés Pan 1411, et Sigismond se trouva en fait le seul roi. Mais les temps ou il vécut furent troublés par les plus violents orages. Le synode tenu 4 Kostnilz et le pape avaient condamné Huss a étre brilé vif, anathématisé ses doctrines et déclaré héré-

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tiques ceux qui les partageaient. Sigismond , qui a la mort de Wenceslas éleva des prétentions au tréne de Bohéme , fut repoussé par les hussites exaspérés , et en 1420 le pape précha formellement la croisade contre ces sectaires. L’em~pire d’Allemagne se trouva donc entrainé, d’une part par PEglise, de Pautre par Sigismond, dans une guerre contre les hussites , qui fut dautant plus sanglante que ce n’était au fond qu’une guerre de religion. Cette guerre fournit la preuve manifeste de la faiblesse des Allemands toutes les fois quwils voulaient agir comme puissance unie, attendu que rien dans Vorganisation de empire ne se prétait 4 un tel but. L’empire n’en réussit pas moins pourtant, non point, il est vrai, par l’emploi des forces allemandes, mais par d’autres moyens, a anéantir en trés-grande partie la réformation religieuse tentée en Bohéme et a assurer a Sigismond le trone de cette contrée.

La maison de Luxembourg s’éteignit en 1347 en la personne de Sigismond. Albert If, duc d’Autriche, monta alors sur le troéne; mais il mourut dés lan 1439. Il eut pour successeur un autre Habsbourg, l’empereur Frédéric JII, sous le regne duquel la diéte de empire se divisa en ce que l’on appela les trois bancs des électeurs, des princes et des villes. On s’y occupa aussi des mesures a prendre pour arriver 4 Ja compléte abolition des guerres privées et a l’établissement d’une paix perpétuelle dans Yempire. La maison de Habsbourg obtint encore du vivant méme de Fiédéric II, par le mariage de son fils Maximilien avec Marie de Bourgogne, la possession des provinces des Pays-Bas, agrandissement qui ne Jaissa pas que d’exercer une grande influence sur ies affaires intérieures dé empire. Aprés un long régne, I'rédéric abandonna, en 1495, la couronne impériale 4 son fils Maximilien I®. Ce fut sous le régne de ce prince qu’en 1495, a la diéte tenue a Worms, on wiéclba, aprés de longs débats, quwil fallait absolument mettre un terme aux guerres privées, et que

les personnes ne relevant pas immédiatement de |’autorité

impériale seraient justiciables des tribunaux locaux, tandis que ceux qui en relevaient immédiatement, c’est-a-dire les princes et les Etats, seraient justiciables d’un tribunal aulique de !’empire qu’on créerait a cet effet. A diverses reprises d’ailleurs on proposa dans les diétes d’aviser aux moyens W@organiser un gouvernement commun a tout l’empire. En cela la pensée des princes et des Etats était évidemment Warracher ainsi 4 Vempereur ja puissance qui lui restait encore, et d’organiser une maniére de gouvernement représentatif ou d’Etats : aussi Maximilien combattit-il toutes les propositions faites dans ce sens. Le gouvernement de Yempire ne fut véritablement établi qu’en 1520, aprés la mort de Maximilien; mais il ne fonctionna que pendant trés-peu de temps. L’événement le plus remarquable du regne de Maximilien fut l’apparition sur la scéne politique de Luther, apparition qui eut lieu seulement dans Jes derniéres années de la vie de ce prince. L’empereur Maximilien mourut au commencement de 1519; au mois de juillet de laméme année, son petit-fils , Charles I°* comme roi de Castille, et Charles-Quint comme empereur d’Allemagne, fat éiu pour le remplacer. Une des raisons qui déterminérent ce choix fut le besoin qu’on éprouvait dans l’empire d’une protection suffisante contre les progrés toujours croissants de Ja puissance des Turcs; et cependant, d’un autre cété, c’était 1a une élection devant laquelle devaient a bon droit hésiter les princes, les états et les villes de !empire, en songeant que Charles, prince disposant de vastes possessions territoriales, pouvait tout aussi bien employer ses ressources et ses forces a accroitre encore la puissance impériale et & soumettre a son autorité supréme les princes et Jes états de l’empire. Ils cherchérent donc a se mettre a l’abri d’un tel danger en imposant des conditions et des prestations de serment au prince sur lequel ils arrétaient leurs suffrages; et c’est ainsi

qu’on soumit 4 Charles-Quint la premitre capitulation d’élection (wahlcapitulation ). Des nombreuses possessions territoriales dont il hérita, Charles-Quint ne se réserva que |’Espagne, Italie et les Pays-Bas; en 1522 il céda a son frére cadet, Ferdinand, ses Etats allemands, aA savoir PAutriche, la Styrie, la Carniole, la Carinthie, !¢ Tyrol et la Basse Autriche. Lt se posa de bonne heure en adversaire décidé de la réformation, qui chaque jour menacait de s’étendre et de se consolider davantage ; et il Yedt volontiers étouffée, si les nombreuses guerres qu’il eut a soutenir, tantét avec la France, tantot avec le Ture, lui en eussent laissé le temps et les moyens. Les protestants, pressentant les intentions de |’empereur, conclurent pour leur défense mutuelle la ligue de Schmalkalde. Par les victoires qu’il remporta en 1546 et 1547, l’empereur réussit, il est vrai, 4 la dissoudre; et il s’efforga ensuite, au moyen de ce qu’on appela l’Intérim, a préparer les voies aux protestants pour rentrer dans le giron de |’Eglise romaine. Mais Maurice de Saxe et ses alliés, qui faisaient cause commune avec la France, ennemie jurée de l’empereur, contraignirent ’empereur, contre toute attente, 4 abandonner les projets qu'il avait concus et a signer a Passau, en 1552, un traité de paix préliminaire. A partir de ce moment Charles- Quint renonca complétement a se méler des affaires de I’ Allemagne, et chargea de ce soin son frére Ferdinand, qui dés Pan 1532 avait recu le titre de roi des Romains. Pendant que se préparait Ja paix de religion, conclue en 1555, Charles-Quint resta complétement étranger aux négociations qui la précédérent. Au moment méme de la signer on recut dans empire Ja nouvelle de son abdication, et son frére, Ferdinand I*, monta alors sur le tréne impérial. La conclusion de la paix de religion de 1555 termina en quelque sorte le premier acte des événements dont la réformation fut pour |’Allemagne la cause déterminante. On a souvent prétendu que de la réformation datait l’affaiblissement de l’Allemagne, attendu qu’elle avait partagé la nation en deux camps ennemis, les protestants et les catholiques. C’est la une assertion qui manque de vérité. La scission fut bien moins le résultat de la réformation que de la résistance opposée 4 ce mouvement et des efforts faits a diverses époques pour le comprimer violemment dans une grande partie del’Allemagne. En effet, au milieu du seiziéme siécle, la plus grande partie, sans contredit , de la nation avait en toute Jiberté accepté Ja réformation. L’unité religieuse de la nation se trouvait 1a ow une incontestable majorité avait adopté ce changement. La minorité restée catholique, et qui ne resta telle que parce qu'elle y fut contrainte. par les princes, n’edt point tardé a se rallier a la majorité, si le catholicisme romain n’avait pas conservé une grande force dans lempire par cette circonstance que la majorité des princes demeura catholique. Que si deux seulement des plus puissants princes temporels de |’Allemagne , les souverains de l’Autriche et de la Baviére, demeurérent fermement attachés au catholicisme, tandis que les autres embrassaicent Jes doctrines de Luther, la plupart des archevéques et des évéques restérent fidéles a la religion catholique; fait @une importance extréme, attendu que ces prélats étaient en méme temps souverains temporels. Lors de la conclusion de la paix de religion, il avait été stipulé, par une clause connue sous Je nom de reservatum ecclesiasticum, qu’a moins d’encourir la perte de leurs principautés temporelles, les princes ecclésiastiques catholiques ne pourraient point embrasser le protestantisme. La paix de religion n’eut pas plus tét été conclue que les jésuites se jetérent sur l’Allemagne. Aiguillonnés par eux, les princes, surtout les princes catholiques ecclésiastiques , employérent toute leur puissance a essayer ce qu’on appela la contreréformation, et qui consistait a forcer les fidéles & rentrer dens le giron de l'Eglise catholique. On doit en outre déplorer non-seulement que de nombreuses querelles inté-

rieures soient venues déchirer \’Eglise protestante, mais encore qu’a cété de la réformation luthérienne, c’est-ddire de la réformation vraiment nationale en Allemagne, la réformation franco-suisse se soit également introduite dans le pays, et s’y soit fait un grand nombre de partisans, parce que cette division eut nécessairement pour résultat d’affaiblir ?ensemble de ce mouvement religieux. Les nouveaux rapports de I’Allemagne commencérent a se former & la mort de l’empereur Ferdinand I* , arrivée en 1564. Les possessions héréditaires de la maison de Habsbourg passérent alors a ses fils, qui créérent diverses lignes collatérales, dont la réunion ne put ensuite s’effectuer que sous le régne de l’empereur Léopold. L’empereur Maximilien I semble avoir personnellement été trés-bien disposé en faveur des protestants. Ll accorda en effet & ceux de la Bohéme et de l’Autriche la liberté presque compléte de conscience; tolérance qui eut pour résultat de faire faire au protestantisme des progres aussi rapides qu’extraordinaires dans tous les Etats autrichiens. Mais Maximilien IT ne vécut que jusqu’en 1576. Son fils et successeur, Rodolphe If, suivit une politique diamétralement opposée. Les efforts anti-protestants de cet empereur, a la cour de qui le parti des jésuites acquit de nouveau une prépondérance marquée, n’eurent cependant d’une part d’autre résultat que de contraindre Pempereur en 1609 a confirmer solennellement, par ce qu’on appela lettre de majesté, les libertés précédemment concédées a la Bohéme; mais dans l’empire d’Allemagne ils inspirérent aux protestants le soupcon quiils seraient attaqués par les catholiques au jour et a Yheure que ceux-ci croiraient favorables : quelques incidents , notamment la maniére dont on en agit avec la petite ville impériale de Donauwerth, l’indiquaient. En conséquence plusieurs princes et Etats de l’empire conclurent en 1608 une union a laquelle les catholiques de leur coté opposérent une union onligue. L’assassinat de Henri LV, roi de France, qui venait d’accéder a cette union, eut pour résultat de retarder la lutte pour quelque temps encore. Sur ces entrefaites , l’empereur Rodolphe II vint a mourir, en 1612, etson frére Mathias fut élu a sa place. Sous le régne de ce prince la situation de l’Allemagne continua d’étre toujours plus tendue. I] n’y avait pas seulement lutte entre le catholicisme et le protestantisme, mais encore au sein méme du protestantisme, ou les luthériens et les calvinistes persistérent 4 méconnaitre leur intérét commun en présence du catholicisme. Les populations de Ja Bohéme se révoltérent contre la maison de Habsbourg, dans la crainte que celle-ci ne vouldt point laisser la lettre de majesté en vigueur pendant le temps promis. L’empereur Mathias mourut en 1619, au moment ot ce conflit venait d’éclater ; et celui des membres de la famille de Habsbourg qui était animé du zéle le plus ardent pour les intéréts du catholicisme romain, et qui avait adopte tous les principes des jésuites, parvint a se faire élire empereur et roi.

Appuyé parla ligue, ’'empereur Ferdinand 11 eut a peine comprimé en 1620 l’insurrection de la Bohéme, qu’on le vit essayer de mettre 4 exécution un double plan. II s’agissait pour lui d’anéantir de vive force la réformation , et de profiter de cette révolution pour accroitre et élever encore davantage la puissance de la maison de Habsbourg. En ce qui est du premier de ces plans, les moyens les plus violents furent employés pour le mettre a exécution dans les Etats héréditaires autrichiens, notamment entre les années 1622 et 1628 ; de sorte que toutes traces de la réformation y disparurent A peu prés complétement. La terrible guerre de Trente Ans éclata dans le reste de l’Allemagne, oi elle causa les plus horribles dévastations et dévora prés de la moitié de la population. Les puissances voisines ne pouvaient yoir d’un ceil indifférent les modifications profondes que l’empereur Ferdinand se proposait de faire subir a I’état de l’Allemagne. La France envisagea le coté politique de la

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question , tandis que la Suéde n’en eut en vue que le cété religieux, encore bien que Gustave-Adolphe, qui apparut en Allemagne en 1630, semble avoir eu aussi, du moins a une époque postérieure, des arriére-pensées politiques. La mort de Gustave-Adolphe, arrivée en 1632, délivra Ferdinand If d’un immense danger; l’assassinat de Wallenstein, en 1634, le débarrassa d’un non moindre péril, celui de se yoir détréner par le général de ses armées, par |’instrument méme dont il s’était servi pour exécuter ses plans. Une fois que la France et la Suéde avaient dd intervenir dans les affaires de¥ Allemagne, il ne pouvait qu’étre extrémement difficile d’empécher désormais ces puissances de peser dans la balance des destinées de ce pays. Cependant, apres la victoire remportée par Ferdinand I, en 1634, dans les plaines de Nordlingen , il edt encore été facile de faire la paix avec la Suéde. L’empereur conclut bien, en 1635, avec la Saxe la convention de Prague, par laquelle il sembla renoncer a ses projets contre le protestantismé ainsi que sur l’Allemagne ; mais comme une partie des protestants persistait a se défier de ’empereur, et comme la France, par des motifs égoistes , désirait la continuation de la guerre, on ne put point parvenir 4 une pacification générale. Ferdinand IT mourut en 1637, et eut pour successeur son fils Ferdinand I11, sous le régne duquel fut enfin conclue la paix de Westphalie, aux termes de laquelle Ja paix de religion de 1555 fut renouvelée et le bénéfice de ses prescriptions étendu aux calvinistes. C’est ala conclusion de Ja paix de Westphalie que Vhistoire de P Allemagne cesse, a proprement-parler, d’étre une unité. Il ne restait plus de l’empire que le nom, et ce ne fut que bien rarement qu’il lui fut encore donné de jouer un réle de quelque réalité. Par suite de Vhostilité et de la scission existant toujours entre les catholiques et les protestants, les princes cessérent désormais d’assister réguliérement aux diéfes. En 1663 on établit la diéte perpétuelle 4 Ratisbonne, et les princes, au lieu d’y assister en personne, s’y firent représenter par leurs envoyés. L’Allemagne, en raison de ce fractionnement, qui réagif méme a ce point sur le sentiment, national de ses habitants qu'il l’effaga presque complétement, devint alors une aréne dans laquelle se débattirent la plus grande partie des intéréts de Europe. Une circonstance qui contribua singuliérement a un tel résultat, ce fut que tant de grandes races princiéres allemandes possédassent en méme temps des trones étrangers, ou bien qu’elles en héritassent. C’est ainsi qu’en 1697 l’électeur de Saxe montait sur le tréne de Pologne, tandis que l’électeur de Brandebourg prenait en 1701 pour la Prusse le titre de roi, et que le duc de Brunswick-Lunebourg, élevé a la dignité d’électeur en 1692, était appelé en 1714 a occuper le tréne d’Angleterre. La tranquillité dont il fut donné a l’Allemagne de jouir aprés les dévastations de la guerre de Trente Ans ne fut pas de longue durée, L’empereur Ferdinand U1 mourut en 1657, et son suceesseur Léopold I°", indépendamment de ses luttes contre les Turcs, eut encore a soutenir contre la France la guerre de la succession d’Espagne, dans laquelle empire prit le parti de ’empereur, tandis que les électeurs de Baviére et de Cologne embrassaient celui de la France. Cette guerre, non moins sanglante et accompagnée d’égales déyastations, durait encore lorsque les affaires du Nord attirérent en 1706 les Suédois en Saxe. Léopold I**, mort en 1705, ne yit pas se terminer la guerre de la succession d’ Espagne, son fils Joseph I°*, non plus; et c’est seulement a son fils Charles VI qu'il fut donné de la finir, par la paix de Bade, de 1714.

L’intervalle qui s’écoula depuis cette époque jusqu’a lapparition de Frédéric le Grand sur la scéne politique peut étre considéré comme la période de la plus complete annulation de l’Allemagne; d’ailleurs il ne fut signalé non plus par aucun événement de quelque importance veritable. Charles VI mourut en 1740. Comme il ne laissait point de

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fils, mais seulement une fille, Marie-Lhéreése, il avait établi ce qu’on appela une Pragmatique-Sanction , en vertu de laquelle il déclarait sa fille seule héritidre de la totalité de la monarchie autrichienne. De ce moment date !’antagonisme de la Prusse et de l’Autriche , cause premiére de tant de miséres et de calamités pour l’Allemagne. Charles- Albert de Bavidre , Auguste de Saxe et Frédéric I, roi de Prusse, élevérent alors des prétentions & la possession de diverses parties des Etats autrichiens. La France, de son cté, erut voir la une occasion favorable pour affaiblir !’Allemagne et surtout l’Autriche , en méme temps que pour s’agrandir elle -méme. Dés 1740 éclata la guerre pendant laquelle on élut empereur d’Allemagne, sous le nom de Charles VI1, a V’instigation surtout de la France, Charles- Albert de Baviére, prince dépourvu de toutes les qualités qui lui eussent été indispensables pour jouer un tel role. Mais i] mourut dés l'année 1745. Marie-Thérése put terminer cette guerre sans faire aucune concession a la Saxe ou a la Bavidre ; toutefois elle dut faire & la Prusse le sacrifice de la Silésie. La paix se conclut avec la France en 1748, a Aix-la-Chapelle, sans grandes pertes de territoires pour YAutriche. Francois 1&, époux de Marie-Thérése , avait été élu pendant ce temps-la empereur en 1745; et l’antagonisme entre la vieille puissance de la maison d’Autriche et la jeune puissance de la Prusse , qui durait toujours , attira encore sur Allemagne les immenses calamités de la guerre de Sept ans, laquelle dura de 1756 & 1763. On ne saurait sans doute contester que l’élévation de la Prusse au rang de grande puissance n’edt essentiellement contribué a détruire antique assiette de empire. On ne peut pas nier davantage que cette destruction fit devenue nécessaire pour insuffler 4 |’Allemagne une nouvelle et plus vigoureuse vie politique. Naturellement donc la rivalité de la Prusse et de l’Autriche devait étre aussi ardente que jamais , méme aprés la guerre de Sept Ans. Cependant Francois 1°", aprés un régne assez insignifiant, avait été, en 1765, remplacé sur le trone par son illustre fils, l'empereur Joseph 11. Le titre d’empereur était désormais un mot a peu prés vide de sens. La vie de Joseph If a donc bien moins d’importance relativement a Yempire que par rapport aux contrées qui se trouvaient soumises a son sceptre. I] s’efforca d’y créer une nouvelle vie politique par Ja suppression d’un grand nombre de couvents, d’une foule d’inutiles cérémonies religieuses et du servage; par l’amélioration de administration de la justice, en affranchissant I’Eglise nationale du joug de celle de Rome, en corrigeant le systeme d’instruction publique , en accordant aux protestants Je libre exercice de leur culte, enfin en s’efforcant de provoquer le développement de toutes les forces actives et matérielles du pays. En ce qui est de ses rapports avec l’empire, le régne de Joseph II n’offre guére Wintérét qu’en raison des efforts qu’il tenta pour s’agrandir aux dépens de la Baviére. Mais ces tentatives furent déjouées par Frédéric II dans la guerre dite d’wn an (1778-1779) et par la création de la confédération des princes allemands (1785). La situation générale des Etats européens se trouvait singuliérement compliquée et embrouillée par diverses circonstances , notamment par Yéruption de la révolution frangaise, quand Joseph IL mourut, le 20 février 1790. Son frére et successeur, Léopold II, edt tout fait pour éviter une guerre avec ‘la France ; mais 4 sa mort, arrivée le 1°" mars 1792 , cette calamité était devenue si imminente, que l’empereur Fran- ¢ois IT, son fils et successeur, ne put pas conjurer plus longtemps Vorage. Quoique au début de la lutte terrible qui s’engagea alors VAutriche et la Prusse fissent cause commune , celle-ci s’en retira en 1795 en concluant la paix a Bale avec la France, et le reste du nord de |’Allemagne ne tarda pas a imiter son exemple. L’Autriche et le midi de P Allemagne durent donc soutenir seuls tout le poids de la guerre. Le traité de paix de Campo-Formio en 1797, et

celui de Lunéville en 1801, y mirent fin, en concédant a la France la possession de toute la rive gauche du Rhin. L’influence de la France, et surtout de Bonaparte , sur l’Allemagne, alla toujours croissant a partir de cet instant. En vertu de la mesure prise en 1803, et connue sous le nom de sécularisation, les principautés ecclésiastiques cesserent d’exister, et servirent a indemniser les princes temporels des pertes de territoire qu’ils avaient dQ subir sur la rive gauche du Rhin. On peut dire que la conscience de linévitable ruine de Vancien empire fut un des principaux motifs qui déterminérent Frangois If & ajouter, 4 partir du 11 aot 1804, 2 son titre d’empereur d’Allemagne celui d’empereur héréditaire d’Autriche. La ruine compléte de l’empire s’approchait d’un pas rapide. Dés 1805 Bade, le Wurtemberg et la Baviére s’en étaient séparés de faiten devenant les alliés de Ja France dans sa guerre contre PAutriche.

La création de la Confédération du Rhin (12 juillet

1806) fut le dernier coup porté a existence de lV'antiqae empire germanique. L’empereur Frangois JJ renonga a son titre dempereur d’Allemagne, et ainsi se trouva aboli jusqu’au nom méme d’empire d’Allemagne. La Confédération du Rhin ne fut pas seulement un acte important en ce qu'elle amena la dissolution de )’empire, mais aussi parce qu’elle eut pour résultat d’absorber par la médiatisation un certain nombre de petits princes de l’empire et beaucoup d’autres Etats qui perdirent alors ’indépendance dont ils avaient toujours joui pour se voir incorporés & d’autres Etats plus considérables , et surtout parce qu’elle servit 4 répandre et a populariser en Allemagne beaucoup d’idées et de principes que la révolution francaise avait eu mission de propager. La Confédération du Rhin ouvrit done pour ) Allemagne une nouvelle ére politique. A la suite de la guerre malheureuse faite par la Prusse ala France en 1806, guerre que termina le traité conclu a Tilsitt les 8 et 9 juillet 1807, la Confédération du Rhin put encore s’étendre dans le nord de!’ Allemagne. Elle avait pour mission de préparer ce pays a.la domination immédiate et prochaine de la France; domination qui se réyéla par la fondation des nouveaux Etats que Napoléon y créa alors, a savoir: le royaume de Westphalie, composé de démembrements opérés aux dépens de la Prusse, de la Hesse électorale, du Hanovre et du duché de Brunswick, et le grand-duché de Berg. La guerre nouvelle qui éclata entre la France et |’Autriche en 1809 se termina également, aprés une lutte aussi sanglante qu’opiniatre, par d’importantes cessions de territoire auxquelles celle-ci dut consentir, par Je traité de paix signé a Vienne le 14 octobre 1809, pour fonder un nouvel Etat frangais, le gouvernement général d’Hlyrie, et en méme temps pour procurer des agrandissements de territoire 4 quelques princes de la Confédération du Rhin. L’année suivante, Napoléon érigea le grand-duché de Francfort; et, afin de pouvoir mieux faire exécuter son systtme continental, dirigé contre le commerce de !’Angleterre, il réunit encore ala France les possessions des princes d’Oldenbourg, d’Arenberg et de Salm, jusque alors membres de la Confédération du Rhin , en méme temps que toute Il’étendue de cétes s’étendant jusqu’a V’embouchure de la Trave. Mais la guerre que Napoléon fit A la Russie en 1812 brisa sa puissance, Un dan d’enthousiasme vraiment national porta alors les populations de la Prusse, de |’Autriche, et successivement de tous les Etats de l’Allemagne, & courir aux armes pour prendre part a la guerre de la liberté ; et en deux campagnes (1813 et 1815 ) Napoléon fut complétement vaincu. Voy. les articles MIL uUIT CENT DOUZE, MIL HUIT CENT TREIZE (Campagnes de), NAPOLEON, CENT-JOURS, WATERLOO, etc., etc.

En vertu de la paix signée 4 Paris, la France dut restituer A l Allemagne tout ce qu'elle lui avait enlevé de territoires depuis 1790. Les grands-duchés de Berg et de Francfort, le royaume de Westphalie et le gouvernement général des provinces Illyriennes, créations de Napoléon, dispa

rurent, et les souverains allemands , réunis en congrés a Vienne , constituérent, le 8 juin 1815, une confédération d’Etats qui pritle nom de Confédérationgermanique. Ce congrés remit en possession de leurs Etats les princes que Napoléon en avait expulsés. La Prusse recouvra ses anciennes possessions, ou obtint des indemnités convenables pour celles qui ne lui furent pas rendues. On lui adjugea notamment la Poméranie suédoise et la province Rhénane. On restitua le Hanovre a ]’Angleterre. Le Lauenbourg échut en partage au Danemark, comme indemnité de la Norvége. Les Pays-Bas obtinrent le Luxembourg, érigé en grand-duché. Sila Baviére dut restituer & l’Autriche le Tyrol, le pays de Salzbourg et Je Vorarlberg, elle recut en dédommagement les principautés de Wurtzbourg et d’Aschaffenbourg. On arrondit le Wurtemberg et le grand-duché de Bade, en méme temps qu’on accordait de notables agrandissements aux duchés d’Oldenbourg et de Weimar. II n’y eut que le roi de Saxe , prisonnier des coalisés , qui dut se résigner a perdre Ja moitié de ses Etats, attribuée ala Prusse. Les deux Mecklenbourg, Weimar et Oldenbourg furent en outre érigés en grands-duchés, en méme temps que les villes de Francfort, de Bréme, de Lubeck et de Hambourg, déclarées villes libres, étaient admises a faire partie des Etats composant la Confédération germanique.

L’Allemagne avait donc recouvré ses anciennes limites, et ses populations n’obéissaient plus qu’a des princes allemands. Quoique Je congrés de Vienne efit sanctionné bien des usurpations, consacré bien des injustices; quoiqu’il edt manqué a de solennelles promesses et trompé les espérances les plus légitimes, nous devons reconnaitre qu’il lai fut beaucoup pardonné par les Allemands, a cause de la satisfaction qu’il s’était efforcé de donner au plus cher de leurs veeux, celui de leur unité et de leur indépendance nationales. Quant 4 l'unité qui devrait résulter de lois, d’institutions, de garanties communes, ce fut le cété faible de la reconstitution de l’Allemagne opérée par le congrés; et a cet égard force est de reconnaitre que l’assiette de Pancien empire germanique, malgré tous ses défauts, était plus satisfaisante. Par suite des obstacles qui vinrent alors paralyser toutes les tentatives faites pour arriver 4 une véritable organisation fédérative, le congrés de Vienne dut se borner a constituer en assemblée souveraine un congrés permanent de plénipotentiaires chargés de la solution de toutes les grandes questions de politique intérieure, en lui abandonnant le soin dinterpréter, selon les circonstances, les vagues promesses et les principes mal définis consignés dans lacte fédéral. La plus importante des questions ainsi ajournées était celle des libertés politiques a accorder a tous les sujets de la confédération. La nation allemande avait été appelée aux armes contre Napoléon par ses souverainsau nom dela liberté et de ’unité nationales ; elle ne séparait pas ces ceux idées, et croyait avoir droit & ce double prix de ses sacrifices et de sa victoire. On reconnaissait bien qu’il y avait injustice, et surtout danger, a les lui refuser ; mais les bonnes intentions des uns avaient échoné contre le mauvais vouloir des autres, et de l'impossibilité de se mettre d’accord était résulté Particle 13 de Vacte fédéral; article vague, stipulant qu'il y aurait dans tous les Etats allemands des constitutions d'états territoriaux. Aucun terme n’étant fixé pour l’accomplissement de cette prescription, Pexécution pouvait en étre indéfiniment retardée, 4 moins que la diéte n’intervint ; ce qui n’était guere probable. Si les princes avaient voulu prendre a cet égard V’initiative, les expressions de l’acte fédéral les laissaient dans l’incertitude sur Ja nature des constitutions A établir, Fallait-il admettre le syst¢me d’une représentation nationale dans Je sens des idées modernes, ou bien suffisait-il, pour se mettre en régle, de faire revivre les anciennes assemblées d’états territoriaux, ou figuraient seulement ¢ertaines classes et certaines corporations? L’une et Vautre de ces deux interprétations pouvaient ¢tre adoptées

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suivant les nécessités et les intéréts de chacun. — Les Etats du nord de l’Allemagne, ol, malgré le grand mouvement de la période napoléonienne , les idées, les habitudes et les lois étaient restées & peu prés stationnaires, se bornérent en général & conserver ou & rétablir ancien ordre de choses, tandis que les Etats du midi, qui avaient subi a un haut degré V’influence francaise, se rattachérent presque tous aux idées nouvelles, et se donnérent des constitutions dont les bases étaient analogues a celles de la Charte frangaise. L’Autriche seule, en dépit des intentions presque libérales qu’elle avait témoignées lors du congrés de Vienne, interpréta l’article 13 de l’acte fédéral de la maniére la plus étroite, la seule qui pit se concilier avec sa crainte habituelle de tout changement et de tout mouvement politique, ef se contenta de maintenir dans ses possessions allemandes les anciens états provinciaux, constitués de facon a ne géner en rien Vaction toute-puissante du gouvernement.

La Prusse, qui tenait ala fois 4 Allemagne du nord par la plus grande partie de ses possessions, eta PAilemagne du midi par ses nouvelles acquisitions sur le Rhin , se trouvait ainsi dans une position toute particuliére. L’esprit routinier et stationnaire des autres Etats du nord, ot, sans tenir compte de article 13, on avait rétabli le régime du bon plaisir , comme dans la Hesse-Electorale et le Helstein , ou bien ou lon avait remis en vigueur les anciennes constitutions féodales , comme en Saxe, en Hanovre et en Mecklenbourg; cet esprit, que le temps traine toujours péniblement a la remorque , n’avait jamais été celui du gouvernement.prussien. Pendant la période la plus malheureuse de son histoire, depuis la paix de Tilsitt jusqu’a Ja guerre de 1813, la Prusse avait travaillé avec une incroyable ardeur A la refonte de sa législation, avec l’intention bien arrétée darriver 4 la création d’un gouvernement représentatif. C’est elle qui au congrés de Vienne avait mis en avant les idées les plus libérales; le 25 mai 1815, c’est-a-dire avant la signature de l’acte fédéral , le roi avait méme rendu un édit ou il promettait 4 ses sujets une constitution représentative , et convoquait pour le 1°" septembre suivant les députés de toutes les parties du royaumc, pour travailler avec des commissaires royaux a un projet de constitution. On crut plus tard qu'il serait dangereux d’appeler a délibérer en commun les mandataires de provinces si différentes par leurs antécédents et par leurs moeurs , dont plusieurs faisaient depuis peu seulement partie de la monarchie et montraient méme déja quelques dispositions hostiles. L’assemblée promise ne fut donc point réunie. Le gouvernement prussien recula devant ses propres engagements, et, de plus en plus effrayé de la fermentation des esprits , finit par passer du cété de la réaction absolutiste.

Sauf les constitutions de Nassau et de Saxe-Weimar , remontant , l'une a 1815, l'autre @ 1816, la Baviére , le Wurtemberg et le grand-duché de Bade furent les seuls Etats de l’Allemagne qui ne craignirent point de donner a larticle 13 Yapplication la plus conforme aux idées dominantes. Le roi de Baviére octroya sa charte le 26 mai 1818, et le grand-duchié de Bade regut la sienne le 22 aodt de la méme année. Le Wurtemberg , aprés une lutte assez longue entre le roi et les états , et qui se termina par un compromis, se donna sa constitution le 25 septembre 1819. Weimar seul avait demandé pour sa constitution la garantie de l’assemblée fédérale , qui avait accordée sans difficulté ; les autres Etats, n’admettant pas que la diéte edt a s’occuper de leurs affaires intérieures, crurent devoir se passer de sa sanction. Mais le moment n’était pas loin ou cette assemblée , dont le réle jusque 14 n’avait été que passif, allait exercer sur les affaires de l’Allemagne un pouvoir dictatorial conféré par le consentement de tous Jes membres de la confédération. Expliquons rapidement comment cette unanimité fut obtenue, et quel intérét commun put concilier tant de volontés diverses.

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Les traités de Vienne et de Paris n’avaient pas répondu aux vyoeux du parti patriote , qui en général ne voyait de salut pour Punité de l’Allemagne que dans le rétablissement de la dignité impériale et dans la résurrection des vieilles libertés germaniques. Mais Punité de PAllemagne sous un chef, qui était aux yeux de ce parti le premier intérét national , ne se conciliait pas plus avec les intéréts de PAutriche et de la Prusse qu’avec ceux des autres princes, Les grandes puissances, tout comme celles du second ordre, se fatiguérent donc promptement des réclamations d’un parti qu’on trouvait d’autant plus génant qu’on s’était plus compromis avec lui lorsqu’on avait eu besoin de ses services, et quwil fallait @autant moins heurter de front qu’on ne pouvait oublier qu’a lui seul il avait soulevé Allemagne entiére contre le joug de Poppression étrangére. Ce fut sa propre lassitude qui vint en débarrasser les gouvernements. Les membres les plus importants de ce parti, découragés par la maniére dont leurs espérances avaient été trompées , se ralliérent a d’autres intéréts. Toutefois , Vil cessa d’exister comme parti organisé , son esprit n’en continua pas moins de régner parmi la jeunesse et dans les universités, ou Pon se nourrissait de réves de toute espéce sur la régénération de PAllemagne et la reconstitution future de Punité nationale.

En méme temps d’ailleurs se formait en Allemagne un autre parti, qui, loin de professer comme le parti patriote le culte du moyen Age et des vieilles institutions germaniques, Se rattachait au nationalisme philosophique et politique de la fin du dix-huiliéme siécle , et adoptait plus ou moins explicitement Je principe de la souveraineté du peuple. Ce parti, qui avait son centre d’action dans les anciens Etats de la Confédération du Rhin, s’efforga de développer autant que possible les nouvelles constitutions dans un sens démocratique. Quelques patriotes de 1813 s’y ralliérent dans Yespoir d’arriver 4 Punité nationale par les formes de l’unité moderne ; d’autres, au contraire , ne trouvant dans ce parti aucune de leurs sympathies pour le passé, et voyant dans les idées qu’il professait la résurrection de linfluence francaise, se rangérent du cété des gouvernements, dans Pespoir de les gagner plus facilement ainsi a leur utopie de restauration de ancien empire germanique. Si a ces éléments généraux d’opposition on ajoute le mécontentement de la noblesse médiatisée, laquelle ne pouvait se consoler de la perte de son indépendance politique, les clameurs de PEglise catholique, restée sans dotation, et encore beaucoup d autres griefs, occasionnés par les nouveaux arrangements, on devinera aisément quel dut étre le désordre qui régna dans les idées pendant les années qui suivirent immédiatement l’établissement de la Confédération germanique. La presse, qui jouissait encore d’une certaine liberté, devint naturellement l’écho de toutes ces prétentions si opposées ; et alors il y eut un incroyable péle-méle de déclamations patriotiques , de remontrances libérales et de doléances aristocratiques ou religieuses. Cette confusion, qui montrait clairement combien peu on devait redouter une coalition entre des éléments si hétérogénes, au lieu de rassurer les gouvernements, les effraya. Ne sachant d’ailleurs comment satisfaire & tant de réclamations , dont plusieurs n’étaient que trop légitimes , ils cédérent a instinct de la peur, et jugérent dangereux ce qui n’était qu’incommode. Ils se figurérent qu’ils avaient affaire 4 un grand et puissant parti révolutionnaire; et VAllemagne devint a leurs yeux le foyer d’une vaste conspiration ayant pour but le renversement de tous les trénes. Cette idée pénétra de bonne heure dans les conseils des princes, et y domina bientot a lasute d’événements auxquels la frayeur des uns et ta politique des autres attachérent une im portaa ce par trop exagérée.

L’esprit de 1813 ne s’était conservé avec toute sa pureté que dans les universités, foyer du patriotisme le plus exalté, ob Pon prenait encore au sérieux les réves de régénération germanique, si bien déjoués par la diplomatie. On y avait

remplacé les associations particuliéres en usage parmi lex étudiants par une association générale connue sous le nom de Burschenschaft, afin de substituer au patriotisme local le sentiment énergique de Vunité de la patrie commune. On s’inquiéta outre mesure de cette association ; on exagéra de méme l’importance et la gravité d’une manifestation faite au chateau de Wartbourg le 18 octobre 1817, par un grand nombre d’étudiants des universités d'léna , de Halle et de Leipzig , a l'occasion du troisiéme jubilée séculaire de la réformation et de celui de l’anniversaire de la bataille de Leipzig.

Des incidents vinrent encore ajouter alors 4 Virritation des esprits. Un mémoire émané dela Russie, dans lequel on signalait énergiquement Jes dangers résultant de !’esprit des universités allemandes, fut présenté a la fin de 1818 aux souverains réunis au congrés d’Aix-la-Chapelle. Cet écrit, tiré d’abord a un petit nombre d’exemplaires, puis réimprimé a Paris, et répandu en Allemagne, y excila une vive indignation, La jeunesse allemande tourna alors toute sa colére contre l’empereur de Russie. Elle attribua a linfluence du cabinet russe sur les divers princes allemands les pas rétrogrades de ceux-ci, et jura une haine a mort a ce nouvel ennemi de la liberté allemande. Auguste de Kofzebue, devenu conseiller d’Etat russe, publiait alors a Manheim une feuille satirique, ou il s’aftachait au cété ridicule du patriotisme germanique exalté. L’indignation depuis longtemps excitée dans les universités par ses écrits ne connut plus de bornes lorsqu’on apprit qu il était en correspondance secréte avec la cour de Saint-Pétersbourg, et que c’était probablement par ses rapports que s’était formée Yopinion d’Alexandre sur l'état de |’Allemagne. On s’exagéra hors de toute proportion Vimportance de cet adversaire , et les imprécations fulminées dans toutes les universités contre Kotzebue fanatisérent a tel point un étudiant, nommé Charles Sand , qu'il crut rendre un grand service a sa patrie en la délivrant de cet agent du despotisme étranger, et qu’en effet il alla le poignarder. Ce crime, approuvé par les uns, excusé par les autres , ne tarda pas a trouver un imitateur dans la personne d’un apothicaire , qui tenta d’assassiner le président [bell , haut fonctionnaire du duché de Nassau. Quoique l’instruction judiciaire , dont les résultats ne furent d’ailleurs connus du public que longtemps aprés , et prouvé jusqu’a l’évidence que c’étaient 14 des crimes isolés, les gouvernements prirent Valarme et crurent a existence d'une autre sainte Vehme. On muitiplia les emprisonnements , les perquisitions ; on arréta les plus exaltés des patriotes de 1813, et enfin on réunit a Carlsbad un congrés de ministres allemands, afin d’aviser aux mesures a prendre contre les dangers dont l’Allemagne était menacée. — Les projets arrétés a cet effet 4 Carlsbad furent présentés 4 la diéte le 20 septembre 1819, et immédiatement convertis en décrets fédéraux. Ils instituaient une commission extraordinaire chargée « de faire en commun « des recherches scrupuleuses concernant l’origine , l’exis- « tence et les ramifications des menées révolutionnaires « dirigées contre la constitution et le repos intérieur de la « confédération en général, ou de ses membres en parti- « culier. » Ce tribunal, espéce d’inquisition politique, eut son siége & Mayence, et subsista jusqu’en 1828. Les rapports qu’il fit de temps en temps a la diéte n’apprirent rien d’important , et ses efforts n’aboutirent qu’a recueillir force faits insignifiants et piéces sans portée. Vint ensuite le tour des universités. Ces établissements furent soumis a la surveillance de commissaires extraordinaires , nommés par les souverains , et munis de pouvoirs trés-étendus. La mission de ces agents était de veiller a l'exécution des lois disciplinaires en vigueur, et de rendre un compte exact de esprit dans Sequel les professeurs faisaient leurs cours ; les différents cabinets s’étant engagés réciproquement « a « éloigner de leurs universités et écoles publiques les pro-

« fesseurs qui s’écarteraient de leurs devoirs , en abusant « de leur influence sur l’esprit de la jeunesse pour propa- « ger des doctrines pernicieuses , contraires a ]’ordre et au « repos public, ou pour saper les fondements des insti- « tutions existantes ; A maintenir dans toute leur rigueur « les lois contre les associations secrétes , et a les étendre « particulidrement avec plus de sévérité encore a l’associa- « tion connue. sous le nom de Burschenschaft. »

Un arrété contre la presse , complément obligé de ces diverses mesures, décréta que méme dans les Etats ou la liberté de la presse existait en vertu de la constitution aucun écrit périodique, et en général aucun ouvrage de moins de vingt feuilles d’impression , ne pourrait étre imprimé qu’avec Vagrément de l’autorité. Chaque gouvernement était ainsi responsable des écrits publiés sous sa surveillance , et dans le cas ot un membre de la confédération se trouverait blessé par des publications faites dans un autre Etat, il pouvait porter plainte 4 la dite, qui devait faire examiner par une commission I’écrit dénoncé, et en ordonner la suppression s’il y avait lieu. Ces décrets opposaient A l’union des peuples, vainement poursuivie par les patrictes de 1813 , union des gouvernements déléguant leurs pouvoirs a la diéte; ils changeaient entitrement la nature des rapports existants dans la confédération , et déterminaient le caractére jusque la incertain de cette union. Les Etats secondaires , qui s’étaient montrés si jaloux de leur indépendance au congrés de Vienne, en firent le sacrifice volontaire a l’autorité fédérale :; c’est que tous les princes , en lui livrant leurs universités , en mettant leurs tribunaux a son service, en lautorisant 4 s’immiscer dans leurs affaires intérieures , sentaient fort bien que, tout en s’affaiblissant vis-a-vis de cette autorité, ils se fortifiaient dans la méme proportion vis-a-vis de leurs peuples.

Les universités , les sociétés secrétes et la presse une fois réduites ainsi a Pimpuissance , restait Popposition constitutionnelle des Etats de lAilemagne méridionale. Les dé. crets du 20 septembre concernant la presse lui avaient a la vérité enleyé son point d’appui le plus puissant; mais cela ne suffisait ni a l’Autriche ni a la Prusse. L’existence seule de constitutions représentalives importunait ces deux puissances. C’était pour elles , et surtout pour la Prusse, dont les promesses avaient été si explicites, un reproche et une menace continuels. En 1823, le roi de Prusse, réalisant a sa maniére l’article 13 du pacte fédéral, donna successivement a chacune de ses provinces allemandes des diétes provinciales , dont les convocations furent rares, les attributions excessivement bornées, les délibérations sans publicité et action presque nulle.

En 1824, la diéte fédérale supprima entiérement la puplicité de ses délibérations , qui jusque 1a étaient en partie arrivées 4 la connaissance du public, Elle renouvela dans la méme année les décrets de 1819, dont la durée n’avait pourtant été fixée qu’a cing ans, en déclarant : « que dans « un Etat (édératif comme !’Allemagne , ot chaque pays a sa « constitution judiciaire propre et sa police particuliére, des « lois répressives contre les délits de presse seraient sans « efficacité ; que la paix et lordre ne peuvent étre assurés « dans une semblable union que par des lois de censure, « @esf-a-dire par une surveillance continuelle sur la presse, « exercée au nom de la confédération par les autorités lo- «cales, ef, en cas de besoin, par l’autorité fédérale. » Le but qu’on s’était proposé par cette politique ne fut pourtant que fort incomplétement atteint.

Depuis l’époque ot parurent ces décrets jusqu’en 1830, le repos matériel de Allemagne ne fut sans doute point troublé; mais le feu couvait sous la cendre. Les libéraux tonstitutionnels, bien autrement dangereux que les patriotes de 1813, par Vhabileté pratique avec laquelle ils poursuivaient. un but nettement arrété, rongeaient impatiemment le double frein de la censure et de la police.

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Obligés d’ajourner leurs prétentions et leurs espérances, ils n’attendaient qu’une occasion favorable pour recommencer Ja lutte. Les mesures prises contre la presse , en empéchant les Allemands de s’occuper de leurs propres affaires , les poussérent tout naturellement a s’intéresser a celles de leurs voisins, et ramenérent par Ja Vinfluence des idées frangaises. Il se forma en Allemagne des partis analognes a ceux qui étaient en scéne de autre c6té du Rhin ; les ré. volutionnaires francais eurent des représentants parmi la jeunesse des universités , qui, en dépit des lois les plus sévéres , continua.A s’organiser en sociétés secrétes. La classe moyenne elle-méme , réduite par les lois de censure a ne vivre , penser et sentir que dans les journaux étrangers , s'imprégna peu a peu des principes adoptés par la bourgeoisie frangaise, et appela de tous ses yoeux le moment qui lui permettrait de s’élever au niveau politique de cette classe, tant enviée. Quant au peuple, qui alors s’occupait de théories politiques en Allemagne moins que partout ailleurs, les souverains de quelques Etats parvinrent a se Valiéner, les uns par une mauvaise administration , les autres par le maintien des vieux abus et de charges hors de toute proportion avec ses ressources, quelquefois enfin par une conduite scandaleuse, qui ne respectait aucun droit ni aucune convenance. Dans le Brunswick et la Hesse-Electorale notamment , Pexaspération produite par dintolérables vexations était préte a éclater & tout moment, ef les partisans des innovations sentaient bien que 1a du moins l’appui du peuple ne leur ferait pas défaut. Ce moment tant désiré vint enfin ; ce fut la révolution de juillet qui en donna le signal.

Dés le mois de septembre 1830, des insurrections éclaterent presque simultanément sur divers points de la confédération.

En Saxe, on forga le vieux roi Antoine 4 abandonner le pouvoir a son neveu, le prince Frédéric, qui fut déclaré corégent. Un ministre hai du peuple fut remplacé par un homme en possession de la confiance du peuple. On obtint le changement de la constitution, la réduction des impéts et une nouvelle loi municipale.

Dans le duché de Brunswick, le peuple chassa de ses Etats le duc Charles , prince dur, extravagant et débauché , aprés avoir assailli sa voiture & coups de pierres et brilé son palais. Le prince Guillaume , frére cadet du duc, fut appelé a le remplacer. Ce nouveau souverain renvoya le ministére , et promit une constitution nouvelle, qui fut donnée le 12 octobre 1832. :

La révolution de Hesse avait été préparée , comme celle de Brunswick , par une longue série d’actes extravagants et tyranniques. On demanda la convocation des Etats, la réforme des abus et le renvoi de la maitresse du prince , a-l’influence de laquelle on attribuait la plupart des actes qui avaient soulevé le peuple. L’électeur, n’ayant pas sous la main des forces suffisantes pour résister, promit tout ce qu’on voulut. Il conyoqua les états , qui s’assemblérent le 16 octobre et rédigérent une nouvelle constitution, qu'il accepta, Quelque temps aprés, il quitta sa capitale et finit plus tard par remettre les rénes du gouvernement a son fils.

L’insurrection du Hanovre éclata au mois de janvier 1831, Bien que réprimée, elle eut pour résultat d’obtenir du souverain le changement des institutions. Il déclara que les yooeux et les plaintes du pays lui avaient été cachés jusqu’alors, mais que son intention était d’y faire droit, Le comte de Munster, premier ministre, qui était détesté du peuple hanovrien, fut destitué, et le duc de Cambridge, frére du roi, fut nommé vice-roi.

Dans la méme année, la seconde chambre de la Bayiére déclara contraire a la constitution un édit de censure rendu par le gouvernement, et renyersa le ministére quilavait signé,

Le grand-duc Léopold de Bade alla plus Join ; il supprima la censure dans ses Etats, aux applaudissements de l’Allemagne entiére,

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Dans d’autres tals, enfin, la presse rompit violemment les liens dans lesquels la diéte fédérale avait tenue enchainée, et ni la diéte ni les gouvernements n’osérent pour le moment arréter son essor. Dans la Baviére rhénane, la Tribune Allemande, da doctenr Wirth, et le Messager de lV Ouest, de Siebenpfeiffer, attaquérent sans ménagement le pacte fondamental de la Confédération , et signalérent cette union comme une ligue des princes contre la liberté des peuples.

Les insurrections de la Saxe, du Brunswick et. de la Hesse-Electorale tirérent cependant la didte de l’inactivité dans Jaquelle dix ans de calme lavaient tenue plongée. Le 21 octobre 1830 elle langa un décret aux termes duquel tous les gouvernements allemands s’engageaient a se préter mutuellement secours pour réprimer Jes mouvements populaires; mais en méme temps on y exprimait l’espoir que les gouvernements remédieraient paternellement aux griefs légitimes 1a ot ils se produiraient par des voies légales, et feraient disparaitre de cette maniére tout prétexte A de coupables résistances. Ces paroles conciliantes, auxquelles, du reste, personne ne se laissa prendre, démontraient clairement que des mesures plus sévéres avaient été jugées impolitiques & un moment ou une gnerre universelle paraissait imminente, ot la guerre de Pologne tenait en échec la Prusse et lAutriche, et ou cette derniére puise sance avait a lutter en Italie contre une révolution naissante. Mais le triomphe du parti de Ja paix en France et les ¥ictoires de l'armée russe rendirent courage aux meneurs de la confédération. Le 27 octobre 1831, la diéte déclara quelle repoussait toutes Jes adresses touchant des intéréts généraux; « attendu qu’elle les regardait comme « une tentative dangereuse contre Vordre public et lan- « torité des gouvernements, tendant a exercer sur les af- « faires communes de |’Allemagne une influence illégale et « incompatible avec la position des snjets vis-a-vis de « leurs souyerains, et des souverains vis-a-vis de la con- « fédération. » L’année suivante elle supprima plusieurs journaux, entre autres la Tribune Allemande et le Messager de V’Ouest. Mais les rédacteurs de ces deux feuilles refuserent d’obéir aux décrets de la diéte, qu’ils signalérent comme un attentat ala constitution bavaroise. Traduits en justice, le triomphe dun acquittement vint augmenter Vaudace des deux journalistes. Une grande manifestation populaire ayant été préparée pour le 27 mai, jour anniversaire de la constitution bavaroise , le docteur Wirth invita tous les amis du peuple allemand a y prendre part. Une foule immense, venue de tous les pays constitulionnels de Allemagne, se rassembla, en effet, autour des ruines du vieux chateau de Hambach. Cette féte de Hambach hata la promulgation de mesures réactionnaires dont la diéte s’occupait depuis longtemps. Ces mesures, publiées le 28 juin 1832, enveloppérent dans une méme proscription le parti démocratiqne et le parti constitutionnel , mirent toutes les assemblées représentatives sous la surveillance de l’assembiée fédérale, et rent complétées par les décrets du 5 juillet concernant la presse et les associations. Les gouvernements s’engagérent de nouveau 4 surveiller les habitants ou étrangers suspects, ase communiquer mutuellement leurs découvertes relatives aux associations, et a se préter, en cas de besoin , une prompte assistance. On renouvela les décrets de 1819 relatifs aux universités. Enfin, pour réduire au silence tous les journaux, la diéte rétablit la censure dans le grand-duché de Bade.

Les. résolutions de Francfort atteignirent complétement le but qu’on s’était proposé : lesyste¢me monarchique triompha partout des commotions qui l’avaient un moment ébranlé. Ce n’est pas que le parti démocratique, quoique réduit a ]’impuissance, messayat de résister ; ses partisans, malgré la vigilance de la police, n’avaient pas cessé de former entre eux des sociétés secrétes, ot ils continuaient 4 conspirer pour

Vunité de l’Allemagne. Les complots de ce parti eurent pour principal résultatla déplorable échauffourée de F ranefort, ala suite de laquelle il fut écrasé et ses principaux membres dispersés. Le parti constitutionnel, sans écho dans la presse, Sans appui au dehors, protesta vainement, a des majorités considérables, dans les asseniblées représentatives de Bade, de Wurtemberg et ailleurs , contre les résolutions de Ja diéte. Nulle part les gonvernements ne tinrent compte de ces réclamations. Appuyés toujours par la noblesse, qui partout constituait les premiéres chambres, ils allérent jusqu’a interdire Vimpression des adresses dans lesquelles les secondes chambres consignaient ces réclamations, et dans la Hesse-Electorale comme dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt , on prononca deux fois, coup sur coup, la dissolution des chambres. La Prusse et |’Autriche, profilant de leurs victoires sur les Etats constitulionnels, et afin de se fortifier dans Ja position qu’elles leur avaient faite vis-a-vis de ceux-ci, songérent a préparer de nouvelles mesures pour étre ajoutées a celles qui existaient déja. Un congrés ministériel fut réuni a Vienne, en 1834, dont les conférences eurent pour résultat les décrets fedéraux promulgués a la fin de la méme année. Le premier établit un tribunal arbitral ( Bundesschiedsgericht) pour juger les différends qui s’éléveraient entre un gouvernement et ses chambres. En donnant leur adhésion 4 Vinstitution d’un tel tribunal, les princes constifutionnels, pour se fortifier vis-a-vis de leurs assemblées, se placérent volontairement sous la dépendance des deux grandes puissances, lesquelles, n’ayant pas d’assemblées représentatives, devaient toujours étre juges, sans jamais éfre parties. Le 13 novembre 1834 Ja diéte enleva aux autorités académiques leur ancienne juridiction en matiére de police; le 15 janvier 1835 elle défendit aux ouvriers allemands de voyager dans les pays ou étaient tolérées des associations de nature A troubler la tranquillité des autres Etats; le 18 avril 1836 elle décida que les comptes-rendus des débats des chambres ne pourraient étre reproduits par les journaux que d’aprés la rédaction des feuilles officielles. Enfin, par un décret du 18 aodt de la méme année, elle déclara que toutes les ftentatives contre Pexistence, Vintégrité ou la sdreté de la confédération seraient poursuivies et punies, dans chacun des Etats, comme si elles étaient dirigées contre lui-méme, et Jes gouvernements des divers Etats s’engagérent a se livrer réciproquement les accusés politiques qui ne seraient pas leurs sujets.

En dehors de la politique, la Prusse avait étendu-son in. fluence au moyen de l’union douaniére ou Zotlverein.

Malgré son apparente immobilité, j’Allemagne avail subi de 1843 & 1847 un travail intérieur qui l’avait préparée a recevoir le contre-coup des événements de février 1848, L’opinion y avait suivi avec le plus vif intérét la longue lutte qui s’était engagée en Hanovre entre l’esprit des temps nouveaux et le génie des temps anciens, incarné en la personne du souverain de ce petit royaume. Plus tard, les efforts tentés en Prusse par certains prétres catholiques (a la téte desquels il faut citer Jean Ronge et Czerski) pour secouer le joug de la hiérarchie romaine et se rapprocher, sur divers points importants de doctrine, des principes professés par l’Eglise protestante, eurent également le privilége de capliver l’attention publique. Bientét on vit s’y rattacher des dissensions religieuses éclatant au sein méme de lEglise prolestante, et provoquées par Jes prétentions de PEglise officielle, appuyées par un roi qui attachait un grand prix 4 passer pofir le représentant plus ou moins infaillible de ’Eglise évangélique.

Le fait le plus saillant de ’année 1846, en raison dela vive émotion qu’il produisit en Allemagne, fut le triple mouyement insurrectionnel qu’on vit éclater presque en méme temps, au mois de février, dans le grand-duché de Posen, a Cracovie et en Gailicie.

En 1847 le roi de Prusse, cédant volontairement a l’esprit des temps nouveaux, fit officiellement annoncer qu’il se décidaita tenir, atrente-quatre ans de distance, les promesses solennelles de son prédécesseur & ses sujets, lorsqu’il les appelait en 1813, au nom de la liberté, a briser le joug de !’étranger. La sensation causée par l’annonce de l’octroi prochain dune constitution au peuple prussien fut immense en Allemagne ; et cette démarche si décisive démontra encore mieux combien était profond l’antagonisme latent existant entre les cabinets de Vienne et de Berlin, celui-ci se mettant désormais résolument a la téte du mouvement qui entraine les sociétés modernes vers de nouvelles destinées, tandis que Pautre persévérait , sous linspiration de M. de Metternich, dans cet état de torpeur et d’immobilité qui en a fait le représentant des intéréts , des préjugés et des passions du vieux monde, Nous devyons dire toutefois que lorsque la charte tant de fois annoncée et promise aux populations prussiennes fut enfin rendue publique, la déception fut générale en Allemagne a la vue d’un monument auquel son architecte s’était efforcé de donner les proportions heurtées, le plan bizarre ef la configuration surchargée et embrouillée d’une vieille cathédrale gothique, au lieu d’un édifice aux proportions simples, uniformes et grandioses, répondant aux idées comme aux besoins de l’époque, et tel qu’on pouvait d’ailleurs Pattendre de la présence dans les conseils de Frédéric-Guillaume IV de tant d’hommes d’Etat notoirement dévoués au triomphe de la cause du progrés. Nous n’avons pas a examiner ici !’ensemble et les dispositions particuliéres de cette charte, dont il sera plus rationnellement question a l'article spécial consacré A la Prusse dans ce dictionnaire; nous nous bornerons a constater qu’en dépit de toutes les précautions minutieuses prises par le législateur pour y faire dominer !’élément aristocratique, ou, pour mieux dire, nous ne savons quelles vagues théories d’une prétendue école historique, trouvant dans le perfectionnement et l’application des formes et des idées du passé la meilleure base 4 donner aux libertés publiques comme a l’indépendance nationale de la Prusse, et aussi a la prépondérance politique qu’elle est appelée a exercer en Allemagne, |’élément populaire n’avait pas tardé a se faire luiméme une part plus large dans la distribution des réles politiques. Aussi le roi Frédéric-Guillaume IV, aux prises avec les votes et les discours de la seconde curie deJa diéte générale du royaume, ne farda-t-il pas a en étre aux regrets d’avoir par trop précipitamment cédé aux veux et aux besoins de son siécle.

Pendant qu’au nord de Allemagne l’opinion suivait avec anxiété les développements pénibles assurément, mais incontestables, de V’idée libérale arrivant 4 pénétrer peu a peu jusque dans les conseils du prince, une des puissances du midi, la Baviére , scandalisait ?Allemagne et Europe par le spectacle étrange qu’elle offrait en ce méme moment a l’observation. IJnitiée aux bienfaits dela vie constitutionnelle par le feu roi Maximilien, la Baviére était devenue sous le régne de son fils et successeur, le roi Louis, une monarchie quasi absolue, livrée au bon plaisir de ministres créatures dévoudes de la Société de Jésus. On était parvenu peu a peu a y anéantir le peu de liberté de la presse laissée aux populations allemandes par les résolutions de la diéte fédérale de 1832; et de jour en jour la prospérité publique et privée y déclinait rapidement sous l’action délétére exercée par la prépondérance du clergé sur la direction générale des affaires. La session ordinaire des chambres s’ouvrit au commencement de l’année, et tout aussitdt la tribune de la chambre élective y retentit des plus énergiques protestations adressées de tous les points du pays, sous forme de pétitions, contre les mesures restrictives apportées par le pouvoir a Pexercice de cette précieuse liberté, inéme dans les limites, déja si restreintes, prescrites par les décisions fédérales. M. d’Abel, ministre de Vintérieur, eréature toute dévouée du parti prétre , fut & cette occasion Pobjet des plus justes

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et des plus énergiques attaques de Ja part des députés

voués au triomphe de lidée de progrés et de liberté. Ces

protestations seraient.sans doute, comme tant d’autres ,

demeurées inutiles , et n’auraient en rien influé sur la situa-

tion non plus que sur la direction générale des affaires, si

un accident étrange n’était venu leur préter une portée po-

litique qu’elles ne pouvaient réellement pas avoir alors. Une

femme galante, d’assez bas étage, a laquelle un proces ré-

cent plaidé aux assises de Paris avait donné une certaine célébrité, parce qu’elle y avait figuré comme maitresse @une espéce de chevalier d’industrie tué en duel par un individu

appartenant a la méme catégorie sociale, Lola Montés,

figurante dans le corps de ballet du théatre de la Porte-

Saint-Martin A Paris, était venue au commencement de l’année donner des représentations chorégraphiques a Munich et y exécuter quelques-unes de ces danses lascives qui ont la propriété de charmer les générations actuelles, et qu’on décore de noms espagnols pour leur donner un certain vernis de naiveté et d’innocence qui doit en faire le charme aux yeux de spectateurs blasés et corrompus. Le roi Louis de Baviére,

malgré ses soixante hivers bien comptés, ne put aperceyoir

au théatre les graces excentriques de la danseuse parisienne

sans concevoir tout aussit6t pour elle la passion Ja plus vive.

Lola Montés, au bout de quelques mois, ne fut pas seule-

ment la maitresse avouée du vieux roi, qui fit pour elle des folies qu’on ne pardonnerait pas méme a un mineur récemment émancipé ; elle en arriva a exercer une influence réelle sur la direction des affaires et 4 disposer des portefeuilles , tout comme pouvaient faire de leur temps a Versailles la Du Barry ou la Pompadour. Un luxe insolent vint encore ajouter au scandale, qui fut porté au comble quand on vitle roi Louis donner a cette prostituée le titre de comtesse de Lansfeldt , auquel était attaché un majorat considérable, et en outre la faire présenter publiquement a la cour sous ce nouveau noir.

M. d@’Abel, le tout-puissant ministre de l’intérieur, aprés s’étre d’abord complaisamment prété aux caprices de son royal maitre, avait fini par comprendre que la favorite ne tarderait pas a le primer complétement, et de dépit il avait remis sa démission entre les mains du roi. Ce prince eutalorsa reconstituer un cabinet , et ne put nécessairement le recruter que parmi des hommes hostiles aux idées et aux principes qui pendant si longtemps avaient constamment prévalu dans les conseils de la couronne. Cette révolution ministérielle , ce changement absolu de systéme, étaient un événement des plus heureux pour le pays; seulement on ne pouvait s’empécher de déplorer qu'il edt été uniquement Je produit d’un caprice de femme. Bientét, par l’insolence qu’elle montra en maintes occasions, Lola Montés blessa profondément le sentiment de nationalité du peuple bavarois, et de graves émeutes provoquées par sa folle conduite exigérent une répression énergique, mais bien propre a irriter encore da-

vantage les rancunes populaires. L’année 1847 s’écoula ainsi pour PAllemagne, dont l’attention se trouvait partagée entre la lutte de Vesprit- nouveau & Berlin contre l’esprit des temps anciens, et les scandales causés & Munich par lim-

bécile passion du vieux roi pour une danseuse des boule-

varts de Paris. Le triomphe décidé remporté a cette méme époque en Suisse par le parti démocratique sur le parti

aristocratique, appuyé des sympathies de tous les gouverne-

ments européens, ne contribua pas peu non plus a dorner en Allemagne une force nouvelle a Pidée ibérale, qui ne devait pas tarder, sous la pression d’événements imprévus et alors encore fort peu probables, a prendre des allures démocratiques et bientot méme démagogiques.

Si en Baviere force était restée en définitive a Yordre matériel, il y régnait par contre dans les: idées morales une trop grande confusion pour que dé nouveaux et prochains orages n’y fussent pas perpétuellement & redouter. Les intrigues politiques , dont Lola Montés en vint tout naturellement a ¢tre lame, devaient en provoquer explosion.

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Devenue Pobjet non pas seulement du mépris, mais encore de Vexécration des masses, la favorite avait cherché a se constituer dans Puniversité méme, et parmi les étudiants , un certain nombre de défenseurs assez corrompus, malgré leur jeunesse , pour comprendre parfaitement que la protection de la maitresse du roi leur assurerait un avancement facile et rapide dans les diverses carriéres auxquelles ils se destinaient dés lors pour braver les préjugés et défendre en toute occasion la royale prostituée contre les insultes de ceux de leurs camarades, assez arriérés pour croire encore a la sainteté obligatoire des lois de la morale. De |a des rixes entre étudiants, dans lesquelles Lola Montés eut l’incroyable impudence de se porter elle-méme au secours de ses protégés. Une ordonnance royale prononga le 10 février 1848 la cléture des cours de l’université de Munich pour une année, comme punition des scénes de désordre dont elle venait d’étre le thédtre. Cette mesure sévére, loin de calmer irritation , Paccrut encore, et le lendemain les manifestations prirent un caractére tel que la troupe dut charger les rassemblements pour les disperser. Il y eut dans cette échauffourée des blessés et méme des morts. La municipalité de Munich se réunit alors, et envoya une députation supplier le monarque de rapporter son ordonnance relative & Puniversité. Cet acte était la condamnation la plus explicite de la conduite tenue dans toute cette affaire par le gouvernement. Mais le vieux roi se’ roidit contre le verdict de Popinion , et refusa de faire droit aux si justes remontrances de la municipalité de sa bonne ville. Cet imprudent refus irrita encore davantage les masses, qui se ruérent alors sur ’hotel habit¢é par lindigne favorite, et le saccagérent de fond en comble ainsi que le dépot de police et quelques propriétés particuliéres voisines du théatre de ces désordres. Lola Montés n’échappa méme pas sans peine a Ja fureur populaire, et son royal amant, qui, probablement pour lui porter secours , commit limprudence de se méler incognito 4 la foule, fut légérement blessé dans cette échauffourée, dont le résultat fut de donner a la morale et a l’opinion publique une tardive satisfaction.

A quelques jours de la éclatait 4 Paris cette étourdissante réyolution de février que prévoyaient si peu ceux-la méme qui furent appelés a en profiter immédiatement. Le contrecoup s’en fit tout aussitot sentir presque simultanément, et avec une rapidité égale a celle du fluide électrique, au nord, au midi, 4 Pouest et au centre de lAllemagne, dont les populations étaient depuis longtemps mares pour une réyolution que hatérent singuliérement, d’une part , le mouvement réformateur de la Prusse, et de l’autre le spectacle de toutes les abjections de l’ancien régime que présentait depuis une année la cour du roi Louis de Baviére.

Nous aurons 4 présenter dans ce dictionnaire le tableau de ces graves événements dans les articles spéciaux relatifs a YAutriche, a la Baviére, au Wurtemberg, a la Saxe,ala Prusse, au Hanovre, aux grands-duchés de Bade, de Hesse, et de Nassau, etc., etc., auxquels nous renverrons le lecteur. L’aspiration des populations allemandes a la grande unité nationale, depuis plus de trente années le réve constant de tous les cceurs généreux et de toutes les intelligences élevées, fut la pensée commune qui présida & ce puissant mouvement de rénovalion sociale. Mais les passions manvaises, les appétits désordonnés devaient bient6t le détourner de ses voies preiniéres. C’était dabord le sentiment de la dignité humaine justement blessée des choqnantes inégalités sociales base de |’édifice vermoulu, si péniblement relevé par la coalition européenne en 1815, qui, la comme ailleurs, avait demandé satisfaction & un ordre de choses plus conforme 4 la raison. Mais 1a aussi des frelons politiques voulurent dévorer en quelques instants le miel, fruit du travail de plusieurs générations d’abeilles intelligentes et patientes. Les aventuriers de la démagogie se précinitérent avec une ardeur sans pareille sur

la proie facile que leur abandonnaient la généreuse confiance des uns, la stupéfaction des autres et bientot aussi le découragement fatal de tous.

Vhistoire du complet avortement de cette grande démonstration humanitaire formera sans contredit ’une des pages les plus curieuses et en méme temps les plus instructives des annales générales du dix-neuviéme siécle. Le fait dominant de cette période si décisive est incontestablement la réunion a Francfort d’une assemblée dAibérante commune a lAllemagne tout entiére , et ayant pour mission de Jui donner cette unité politique définitive qu'elle cherche inutilement depuis si longtemps. La confédération germanique telle que le congrés de Vienne J’avait constituée en 1815, avait momentanément disparu sous le souffle destructeur des événements dont le pays tout entier avait été le théatre en mars 1848. Le parlement de Francfort, chargé de la remplacer, et dans lequel ’élément démocratique était prépondérant, échoua dans ses efforts, parce que dés qu’il lui fut donné d’envisager en face la situation générale de I’Allemagne et de prendre un parti, il se trouva tout aussitét annulé par les intéréts essentiellement divergents dont, malgré son origine révolutionnaire , il se trouvait lexpression, et surtout parce que ces intéréts s’y trouvérent immédiatement en conflit. En dépit des tendances ouvertement républicaines de la minorité, il s’était dés son début placé sous légide monarchique, et avait centralisé les pouvoirs fédéraux entre les mains d’un archiduc d’Autriche. Un instant méme, en voyant cette assemblée proclamer hautement qu’elle était préte a mettre toutes les forces de la confédération au service de l’Autriche pour lui venir en aide dans sa lutte contre les populations italiques, puis réclamer pour |’Allemagne le versant italien des Alpes, et jusqu’au territoire de Venise, on put croire qu'elle allait s’efforcer de reconstituer le vieil empire germanique du seiziéme siécle ; projet qui impliquait nécessairement Vidée de faire rentrer dans Ja grande unité germanique, non pas seulement la Hollande et la Suisse Allemande, mais encore la Lorraine et l’Alsace, et alors on put comprendre tout ce qu’il y avait de chimérique et de radicalement impossible dans ces idées de fraternisation entre les grandes nations européennes que les publicistes et les orateurs de la démagogie étaient parvenus a mettre a Ja mode. La vieille constitution germanique n’avait été détruite que pour tout aussitdt faire poindre les graves périls qui résulteraient inévitablement pour lindépendance et la sécurité des autres nations de |’Europe, surtout pour celles d’origine romane, de la concentration de toutes les forces et de toutes les ressources des diverses populations germaines entre les mains d’un pouvoir unique, que ce pouvoir fat monarchigue ou démocratique. Aprés deuy. années d’une existence orageuse, cette assemblée de Francfort, successivement abandonnée et reniée par ceux-la méme qui avaient été ses plus ardents promoteurs, expira de vieillesse et d’impuissance. Remplacée en 1850, a la suite d’un accord intervenu entre la Prusse et ’Autriche, par un pouvoir central provisoire, elle n’a laissé d’autres souvenirs que ceux qui se rattachent a Vinutilité de ses luttes pour constituer la chimére de l’unité germanique, et aux projets révolutionnaires des démagogues qui croyaient pouvoir faire impunément table rase en Allemagne de toutes les institutions préexistantes, détruire toutes les anciennes divisions politiques indépendantes et reconstituer avec toutes ces ruines quelque chose de plus ou moins analogue a l’unité nationale frangaise ou a celle des Etats-Unis de Amérique du Nord.

[ Aprésla chute du parlement allemand, la Prusse eut d’abord la haute main sur les affaires d’Allemagne. Le 28 mai 1849 elle émit son projet de constitution d’un nouvel empire allemand. « La Prusse, qui n’avait pas voulu recevoir la couronne d’Allemagne des unitaires de Francfort dit M. Thomas, se la donnait a elle-méme; l’Aliemagne se confédérait ou plutdt elle était fondue sous son patronage ;

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elle ne formait plus qu’un Etat purement germanique dans | Franceet l’Angleterreprotestérent contre Padnassion de now

lequel Autriche n’entrait pas. L’Autriche, dans ce projet, fonctionnait en dehors de l'Allemagne comme un corps entiérement distinct sur lequel V’Allemagne devait toujours s’appuyer vis-a-vis de ’étranger, dont elle pouvait se rapprocher, en traitant de gré a gré pour toutes les questions intérieures , mais sans jamais dorénavant accepter aucune communauté d’existence. L’Autriche devenait ainsi, au mépris de Vhistoire , une puissance non germanique ; l’Autriche protesta. » Des trois rois signataires de union du 26 mai 1849, sur laquelle était basé le projet de constitution du 28, deux se dédirent. La Prusse assembla un parlement a Erfurt, et 1 elle déclara qu’elle acceptait tous les éléments de lancienne fédération et reconnaissait les droits de l’Autriche, mais a la condition que cette confédération aurait un nouvel organe, qui ne serait plus la diéte, et qu'elle Jaisserait subsister dans son sein l’union particuliére créée par la charte du 28 mai. « L’Autriche rentrait ainsi dans l’Ailemagne, suivant ’expression de M. Thomas, mais la Prusse se réservait le privilége d’avoir sa fédération a elle au milien de la grande; elle admettait en quelque sorte deux Allemagnes au lien d’une, ce qu’on appelait alors l’union large et Vunion restreinte. Qu’elle edt beaucoup ou quelle eut peu d’alliés, elle voulait élever cette wnion comme un boulevard contre l’Autriche, »

Mais l’Autriche s’était raffermie. La charte du 28 mai 1849 se trouva remise en question au moment méme oii elle était exécutoire. Le 8 octobre 1850, 4 l’ouverture officielle du Collége des princes, Yun des corps politiques érigés par la charte du 28 mai, et déja qualifié de provisoire, Ja Prusse concéda que le maintien de son union restreinte serait subordonné a assentiment de l’ancien corps fédéral. C’était reconnaitre la nécessité de le reconstituer. L’Autriche allait plus loin. Elle posait en droit que la diéte diplomatique de Francfort, remplacée un instant par la diéte parlementaire et révolutionnaire, n’avait jamais cessé d@exister, ef elle intervenait les armes ala main dans la Hesse au nom de cette autorité. Bien plus, elle prétendait entrer désormais dans la confédération avec toutes ses possessions. La Russie offrit ses bons offices ;et le comte de Brandebourg alla porter 4 Varsovie les propositions de la Prusse. Il était chargé d’accepter l'incorporation de la monarchie autrichienne tout entiére dans Ja confédération; mais il devait s’arranger de maniérea en amoindrir les suites en demandant entre la Prusse et l’Autriche parité dans l’exercice de la présidence, parité dans le pouvoir exécutif, c’est-a-dire a peu prés le renouvellement de Vintérim du 30 septembre 1849, avec la liberté de former des alliances séparées au sein dela fédération. L’Autriche refusa, a Varsovie, les propositions prussiennes, et ne se relacha point des siennes. Elle ne voulut point partager le pouvoir exécutif, qu’il fallait, disait-elle « vigoureux, » et demanda que la Prusse se désistat officiellement de sa charte du 28 mai 1849, Quand il s’agit enfin de répondre par la force a ces dures exigences , il se trouva que Ja Prusse n’était pas suffisamment préte, et elle en revint aux négociations. M. de Manteuffel alla prometire 4 Olmiitz que l’on ferait ce que désirait lAutriche. Des conférences ‘s’ouvrirent 4 Dresde entre Jes principales puissances allemandes, Une commission proposa de constituer un gouvernement fédéral composé de neuf membres ayant onze voix, et de recevoir dans la confédération )’Autriche et la Prusseavec toutes leurs possessions indistinctement. Une armée de 125,000 hommes toujours préts devait étre A la disposition du pouvoir exécutif. Les onze voix étaient ainsi réparties : l’Autriche et la Prusse, chacune deux voix ; la Bavidre, le Hanovre, la Saxe et le Wurtemberg, chacun une voix; la neuviéme et la dixiéme voix appartenaient collectivement & des Etats secondaires, et la onziéme aux plus petits Etats allemands. La Prusse n’admit pas cet arrangement qui avait été préparé par PAutriche. La

veaux pays dans la Confédération germanique. Le roi de Wurtemberg, dans une lettre rendue publique, demanda une représentation du peuple allemand auprés du pouvoir fédéral; une seconde commission adopta cet avis, apres avoir indiqué cing propositions destinées a fortifier le pouvoir dang chaque Etat eta abroger les derniéres mesures révolutionnaires. Le ministre de Prusse demanda un sursis. L’Autriche accorda deux voix de plus aux petits Etats. La Prusse n’en voulait que cing, deux permanentes et trois temporaires, et insista pour avoir la parité dans l’exercice de la présidence. On ne put ainsi s’entendre; et comme on était d’accord sur la nécessité de reconstituer un pouvoir central, l’ancienne diéte fut tout simplement reconstituée par le retour des envoyés des différents Etats 4 Francfort.

La lutte entre la Prusse et |’Autriche n’existait pas seulement sur le terrain politique. La Prusse éloignait aussi ?Autriche du marché allemand, en lui refusant ’entrée dans Je Zollverein, Les quatre royaumes, les deux Hesse, Bade et Nassau se coaliserent, et la Prusse dut conclure un traité de commerce avec |’Autriche pour renouveler son association douaniére. Les mémes puissances se réunirent, en 1854, dans des conférences tenues a Bamberg, pour appuyer le systéme de neutralité de l’Allemagne pendant la guerre d’Orient. Quelques efforts aboutirent pourtant dans les questions économiques. Un projet de code du commerce général fut mis A V’étude, des conventions communes furent conclues relativement a |’établissement de chemins de fer, des banques créées, un systéme unique de monnaies adopté, une réforme postale préparée, etc. La guerre d’Italie vint encore montrer Vantagonismme des deux grandes puissances qui divisaient l’Allemagne. Tandis que quelques petites puissances révaient de voler au secours de |’Autriche, la Prusse maintenait son systéme de neutralité, ne voyant pas d’intéréts allemands engagés dans la possession de la Lombardie par |’Autriche, non plus qu’elle n’en avait vu dans la possession du Danube par la méme puissance. La chambre des députés de Prusse reconnut, en 1861, que l’Allemagne ne devait pas s’opposer a la reconstitution de l'Italie : ¢’é-

| tait avouer que la possession de Venise par l’Autriche n’in-

téressait pas PAllemagne. Cependant, suivant le ministre Schleinitz, « une alliance intime de Ja Prusse avec |’Autriche sera toujours une des plus solides garanties pour la conservation de l’intégrité du territoire allemand et de léquilibre européen. Les deux Etats ont besoin l'un de Pautre sous ce rapport, et nulle autre combinaison ne saurait remplacer cette alliance. Mais elle ne pourra étre ulile qu’en tant qu’elle reposera sur une parité comp'éte et que des deux cétés il y aura amitié vraie. » Quoi qu’il en soit, la diéte prenait quelques mesures pour arriver a l’unité militaire, |’ Allemagne apprétait bruyamment ses armes, quoique onlacrat décidée a attendre les événements l’arme au pied. « Ce fut Je dessein de ceux qui réglérent les affaires de ’Europe ala fin de la guerre (de 1815), disait un journal anglais, de créer en Allemagne une puissance que l’on voulait mettre dans la double condition de ne pouvoir jamais prendre Vinitiative de Vattaque, et d’étre cependant assez forte pour pouvoir toujours se défendre. On voulait faire de Allemagne une masse immense, un rempart infranchissable 4 tout ennemi extérieur, un lac dont les eaux pouvaient étre troublées a la surface par le vent, mais devaient toujours reprendre leur calme et leur niveau. Dans ce dessein on organisa en Allemagne une hiérarchie d’Etats aussi soigneusement et aussi absurdement gradués entre eux que les degrés sans fin dela noblesse... Ce plan ingénienx a réussi sous de certains rapports.La grande nation allemande, avec sa littérature, sa civilisation et sa valeur, n’a été remuée par aucune impulsion agressive. Le malheur c'est qu’avec la puissance d’attaquer les autres celle de se défendre a aussi disparu. La machine de Vempire alle-

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mand est ainsi organisée qu’elle donne 4 chaque membre de la confédération un, intérét individuel et particulier presque toujours oppose, soit dans la réalité, soit plus souvent encore dans la forme, a celui du corps entier. »

Mais lopinion se pronongait de plus en plus pour lunité de la patrie allemande ; les chefs d’Etat et la divte furent donc forcés de chercher a résoudre ce probléme, Obéissant a des mobiles divers, 4 des principes opposés, ils ne purent y reussir. On vit alors reparaitre les anciens partis de |’ Allemagne restreinte et dela grande Allemagne. L’Autriche, qui était a la téte de la grande Allemagne, demandait avant tout la garantie de Vintégrilé du territoire fédéral; sous le nom d’Allemagne restreinte, le Nationalverein entendait l’Allemagne régénérée par linilialive de la Prusse. Au milieu de 1863, Pempereur d’Autriche convoqua en congrés tous les souverains de la Confédération germanique ; mais le roi de Prusse refusa d’assisler aux réunions, et, par suite de ce refus, le congrés échoua. Aprés l’avenement de Christian 1X au trone de Danemark, la diéte ayant ordonné Pexécution fédérale dans le Holstein, ce pays fut occupé sans coup férir par des troupes saxonnes et hanovriennes. La Prusse et |’Autriche demandérent ensuite occupation du Schleswig; la diéte repoussa cette demande, d’accord avec lopinion publique, qui appuyait les prétentions du prince d’Augustenbourg au trone ducal. L’Autriche, fort indécise sur ce qu’elle devait faire, se laissa entrainer par la Prusse qui dissimulait 4 peine ses désirs d’annexion. Lune et autre déclarérent qu’elles procéderaient a l’occupation comme puissances libres. Apres la conclusion de la paix, qui mit fin, le 30 octobre 1864, a cette guerre des ducheés, la Prusse exigea de la diéte le rappel des troupes fédérales, en alléguant que le but de ’exécution élait alteint. La diéte résista d’abord , mais l’attitude menacante du cabinet de Berlin la décida a céder. Dans les premiers mois de 1865, elle adopta cependant une proposition en vertu de laquelle les deux grandes puissances devaient reconnaitre les droits du prince d’Augustenbourg et remettre les duchés ason administration. La Prusse rendit ce vote illusoire en provoquant la convention de Gastein, qu’elle signa avec l’Autriche le 14 aoat. D’aprés cette convention, les deux puissances ayant acquis, par suite du traité d’octobre 1864, des droits incontestables sur le Schleswig et le Holstein, s’en partageaient la possession ; PAutriche gardait le Holstein, et la Prusse le Schleswig. Cette prise de possession des duchés, malgré les décisions de la diéte, constituait en quelque sorte la rupture du pacte fédéral; elle souleva un cri @indignation dans toute Allemagne.

Des difficultés surgirent bientot dela situation réciproque de |’Autriche et de la Prusse dans les duchés; elles amenérent des contestations et des récriminations qui s’envenimérent de jour en jour. Les choses en vinrent a ce point que PAutriche soumit, le 1¢7 juin 1866, aux délibérations de la diéte la question du Schleswig-Holstein ; la Prusse protesta, accusant l’Autriche de violer la convention de Gastein et de lui adresser une provocation directe. Laguerre devenait imminente. L’Autriche, appuyée par la diéte, se mit en campagne, ayant pour alliés le Hanovre, le Wurtemberg, le grand-duché de Bade, la Baviere, la Saxe, la Hesse électorale, le grand-duché de Hesse-Darmstadt. La bataille de Sadowa, livrée le 3 juillet 1866 , décida bientot du sort de |’Allemagne. Par le traité de Prague, signé le 23 aout suivant, PAutriche reconnut la dissolution de la Confédération germanique, et donna son consentement a une nouvelle Confédération de l’Allemagne du Nord, dont elle ne ferait point partie. L’indemnilé de guerre qu’elle eut a payer monta a quarante millions de thalers. L’empereur d’Autriche, en oulre, cédait au roi de Prusse tous les droits acquis par lui sur les duchés de Schleswig et de Holstein, réservant seulement le vote des populations du nord du Schleswig. Parmi les alliés de )’Autriche, c’est le roi de

Hanovre qui eut le plus a souffrir; il perdit entiérement ses Etats. La Saxe euta payer, comme indemnité de guerre, dix millions de thalers; le Wurtemberg, huit millions de florins; le grand-duché de Bade, six millions de florins. La Baviere, outre une indemnité de trente millions de florins, dut céder les territoires de Gersfeld et d’Orb; le grand-duché de Hesse-Darmstadt, trois millions de florins, et céda un territoire de 1,100 kilométres carrés.

Ainsi, le dualisme de l’Autriche et de Ja Prusse cessait Wexister au sein de PAllemagne. L’empire d’Autriche conservait néanmoins dix adouze millions de sujets allemands. Tous les pays constituant le reste de |’Allemagne se trouverent partagés en deux groupes, suivant qu’ils élaient au nord ou au midi du Mein. L’ensemble des pays situés au nord forma la Confédération de VAllemagne du Nord, ot le pouvoir législatif fut exercé par deux assemblées : le Conseil fédéral et le Reischslag (parlement). La présidence de la Confédération appartint a la couronne de Prusse, qui eut droit, en cette qualité, d’entretenir les relations internationales, de déclarer la guerre et de conclure la paix, de faire les alliances et autres traités, d’accréditer et de recevoir les envoyés diplomatiques. L’exercice de la présidence conférait en outre a la Prusse le droit de nommer Je chancelier ainsi que les autres fonctionnaires de la Confédération, de convoquer le Conseil fédéral et le Reischstag , d’en faire ouverture, de les proroger et de les clore. D’un autre c6té, toutes les forces militaires de la confédération étaient placées sous le commandement du roi de Prusse, qui obtenait de la sorte ’armée que le parlement prussien lui avail si longtemps refusée. En définilive, par cet ensemble de dispositions, l Allemagne du Nord se trouvait compleétement dans la main et sous Ja domination de Ja Prusse.

Tandis que l’ Allemagne du Nord se constituait, les Etats du Sud s’étaient rapprochés de la Prusse. En signant leurs traités, le grand-ducheé de Bade, le Wurlemberg et la Baviére concluaient avec cette puissance une alliance défensive et offensive, par laquelle se trouvait garantie Pintegrilé mutuelle de leurs territoires. Ils s’engageaient amettre en cas de guerre toutes leurs forces militaires a la disposition les uns des autres, et la Baviére, le Wurtemberg et Bade confiérent éventuellement le commandement en chef au roi de Prusse. Secrétes au début, ces conventions furent publiées au mois de mars 1867. Une autre convention fut signée, le 4 juin de la méme année, entre la Prusse, le Wurtemberg, le grand-daché de Bade et le grand-duche de Hesse, pour reconstituer le Zollverein sur de nouvelles bases, et établir l'association douaniére de la Confédération de l’Allemagne du Nord avec les Etats du Sud. Un parlement douanier, formé de députés speciaux élus dans les Etats du Nord et dans les Etats du Sud, ouvrit ses séances a Berlin, le 27 avril 1868.

A partir des derniers mois de 1867, une agitation assez considérable se manifesta dans les Etats du Sud pour une union plus inlime avec la Confedération du Nord. Ede fut combattue par des manifestations opposées; mais la déclaration de guerre faite au mois de juillet 1870 par Napoléon II, en menacant toute l’Allemagne, amena l’union des divers partis et réalisa définitivement les plans de la Prusse. La Saxe, la Hesse, Bade, la Baviére et le Wurtemberg signérent sans hésitation ordre de mobilisation de leurs armées, mises sous le commandement de généraux prussiens. Dés le 6 novembre, Bade, le Wurtemberg et la Hessé s’accordérent a accepler la constitution de lAllemagne du Nord. La Baviére et la Saxe ne tardérent pas a les imiter. Enfin, ’empire d’Allemagne proclamé le 18 janvier 1871, dans la grande salle des glaces du palais de Versailles, et déféré au roi de Prusse, supprima la ligne du Mein et fut la consecration de Punité de Allemagne, mais @une Allemagne dominée et enchatnée militairement par Vhabileté machiavélique du gouvernement de Berlin.

Langue allemande.

La langue allemande (die deutsche Sprache) est une des branches de la langue germanique primitive. Quelques auteurs écrivent teutsch , qwils font dériver de ¢eut, teuton ; mais il est plus exact de le faire dériver de theut, teut , diet (peuple). La langue germanique primitive se divise en trois branches : la branche allemande proprement dite , la branche scandinave, et la branche anglo-saxonne ou anglaise. La division de la langue allemande proprement dite en haut et bas allemand , \esquels se subdivisent en plusieurs autres dialectes provinciaux , remonte aux temps les plus reeulés. Quelque différents que soient les mots et les formes grammaticales de ces idiomes particuliers , il est aisé de reconnaitre qu’ils ont une commune origine.

Lorsqu’on parle de la langue allemande en général , on entend ordinairement par 1a celle dont font usage les écrivaina et dont se rapproche le langage des classes instruites de Allemagne , lequel est plus ou moins exempt de l’accent et des idiotismes propres au dialecte provincial. La question de savoir ou Yon parle l’allemand le plus pur ne peut guére étre résolue avec impartialité. Suivant Adelung , l’allemand le plus pur est celui que ’on parle dans la haute Saxe, et méme seulement en Misnie. Par langue des écrivains on entend le dialecte qui a été employé depuis Luther par les meilleurs auteurs , ef admis par la haute société de toutes les contrées oti la langue allemande est en usage. C’est dans le midi de lAllemagne, particuliérement dans les contrées qui avoisinent les basses Alpes et les Carpathes , de méme que dans les pays plats situés au sud-ouest et a Vest, que la langue est le moins exempte de provincialismes, méme parmi les classes instruites. La (dans la haute Souabe, la haute Baviére et ’Autriche), les voyelles sont dures et les consonnes sifflantes ; ici (dans la Westphaiie occidentale, le bas Rhin, le Mecklenbourg et la Poméranie) elles sont longues , molles et trainantes : différences dues en grande partie 4 ’influence du climat. Au centre de l’Allemagne , et particuligrement dans. la haute Saxe, la prononciation est plus exempte de ces inflexions et plus épurée ; mais en se rapprochant des Riesengebirge Vaccent devient tantot rude, tantét psalmodiant et monotone, et vers le bas Brandebourg, trainant et languissant. Dans la basse Saxe méridionale (Hanoyre, Brunswick, Goettingue) la langue commence déja a étre plus pure ; cependant c’est au dela des trontiéres de l’Allemagne, dans la Courlande et la Finlande , cliez les descendants des anciens colons allemands , qu’elle est parlée dans sa plus grande pureté, parce qu’aucun provincialisme populaire n’est jamais venu la défigurer.

On ne sait rien de certain sur l’origine de la langue allemande; quelques auteurs la font dériver de lindien , d’autres du persan, d’autres encore lui donnent une origine commune avec le grec ; Morhof a méme été jusqu’a prétendre que le grec est dérivé de Vancien idiome allemand. Des recherches faites sur ces deux langues, dif Voss, prouvent qu’elles ont une origine commune, et on découvre méme plus de douceur dans la langue teutone, alors qu’elle était encore dans l’enfance, que la langue grecque n’en présente dans ses premiers monuments. Les plus vieilles traditions rapportent que des hordes d’anciens Grecs recurent du nord de la Thrace Vart de cultiver laterre, et leurs premiéres idées morales en méme temps que le culte de Bacchus. Or, Phistoire nous montre dans ce pays des Thraces, appelé plus tard Scythie, une race germaine, les Gotlis de la mer Noire, qui, bien que séparés déja de leurs ancétres depuis plus de dix siécles, n’en conservaient pas moins dans les formes du langage une ressemblance frappante avec les Grecs. La langue de Vhabitant du sud, favorisée par le commerce, la beauté du climat et la liberté, parvint a un haut degré de perfection. Celle du nord demeura stationnaire, mais elle n’en conserva pas moins au milieu de sa barbarie primitive

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un caractére plein de force et pur de tout mélange. Aussi est-elle restée langue mére, langue radicale, la seule qui, parmi les idiomes batards de Europe asservie, puisse rivaliser avec la langue grecque. Méla dit qu’une bouche romaine pouvait a peine prononcer les mots de la langue des Germains, et Nazarius assure que les sons qu’ils produisaient excitaient des frissonnements. Vraisemblablement ils se composaient d’un assemblage de consonnances dures, de fortes aspirations et de voyelles graves. Néanmoins, il ne faut pas croire a la lettre les assertions des Grecs et des Romains déja amollis, qui appelaient la langue des Germains rude et barbare seulement peut-étre parce qu’elle leur était étrangére. L’exemple de la langue polonaise actuelle nous pronve que la répétition fréquente des consonnes ne rend pas une langue nécessairement dure ; car la foule de consonnes qu’elle contient n’empéche pas que, parlée par des gens bien élevés, elle ne soit encore douce et sonore. Du reste, il se pourrait que la langue allemande primitive edt été plus riche en mots servant a désigner des objets sensibles qu’en expressions propres a rendre des idées abstraites, dont les Ger-’ mains, enfants des foréts, s’occupaient encore fort peu. — Les premiéres traces de lexistence d’une littérature allemande se font remarquer chez les Goths, qui, chassés de Jeurs foyers par les Huns vers le milieu du quatriéme siécle, vinrent s’établir dans les basses contrées du Danube. On les confond souvent avec les Scandinaves; antérieurement ils habitaient la Meesie , aujourd’hui Valachie, et durent vraisemblablement leur civilisation au voisinage des Grecs. Ulphilas, Goth distingué, qui détermina ses compatriotes 4 embrasser le christianisme, vers l’an 360, introduisit parmi eux l’art de Pécriture, et, aprés avoir été nommé évéque, traduisit Ja Bible. La plus grande partie des quatre évangélistes et un fragment de l’Epitre aux Romains, traduits par lui, sont parvenus jusqu’a nous. Nous trouvons dans la langue dont il se sert un mélange du haut et du bas allemand encore en usage de nos jours et des mots étrangers, peut-étre thraces, dont les formes grammaticales ne différent pas beaucoup de V’idiome allemand actuel. Une des particularités les plus remarquables de la langue dont se sert Ulphilas, c’est qu’on y trouve un nombre analogue au duel des Grecs. Les noms de nombre ains, twai, thrins, etc., indiquent déja la transformation du haut allemand en bas allemand. On y trouve aussi beaucoup de mots anglo-saxons encore usités aujourd’hui dans la langue anglaise; d’ailleurs le haut allemand y apparait partout comme base fondamentale.

L’aurore de la littérature et la formation de la langue ne datent que du huitiéme siécle, de l’époque de Charlemagne. Le peu de littérature qui existait avant ce temps se composait d’ouvrages primitivement écrits en latin d’église, traduits en slave, ou sont servilement imitées la construction et jusqu’aux inflexions des mots latins. L’idiome alors en usage était le haut allemand de nos jours, mais orthographié d’aprés la prononciation grossiére du peuple. Cependant, c’est vers ce temps que parurent les chansons qui, pour la premiére fois , donnérent a la langue une allure poétique.

Avec Charlemagne (768 a 1137) commenca Vére des Franks, dans laquelle des choses si grandes et si utiles furent accomplies ; car ce n’est pas seulement par ses conquétes que Charles mérita son glorieux surnom, mais encore par tout ce qu'il fit pour la civilisation. Il imposa des noms allemands aux mois et aux vents, entreprit la rédaction d’une grammaire allemande, et fit d’incroyables efforts pour perfectionner la langue, la poésie et les sciences. Toutefois, les progrés furent lents, et ne devinrent sensibles que sous le regne de ses successeurs,

La langue ne fit @ailleurs que peu de progrés sous les rois saxons (912 a 1024), époque a laquelle fleurirent Labeo e{ d'autres, Parmi tous les poétes et tous les écrivains de ce

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temps , aucun ne s’étant rencontré qui fat assez fort pour imposer des régles fixes et certaines 4 la langue, il en est résulté ce manque @unité et de régularité en ce qui touch Yinflexion et la désinence des mots qui existe encore aujourd’hui. Ti en fut de méme sous les empereurs franks (1024 & 1136), période dans laquelle on remarque Willeram et surtout auteur anonyme d’un panégyrique en vers d’Anno, évéque de Cologne , mort en 1075. Ce poéme annonce lapproche Wun siécle plus brillant pour la littérature et la poésie, celui des empereurs de la maison de Hohenstaufen, qui comprend aussi l’époque des Minnesengers. Les changements qui s’opérérent alors dans la langue sont trésremarquables ; ils furent occasionnés par la substitution du dialecte de la Souabe & l’idiome frank. Cette nouvelle Jangue prit done les formes imparfaites de lancienne, et les perfectionna selon les besoins de Vesprit poétique qui dominait alors. Quelques poésies qui nous sont restées de ces temps-la font voir comment la langue des Franks s’est successivement fondue dans Vallemand de la Souabe. La difficulté qn’elle offre & la lecture provient des mots sousentendus ou ayant recu une autre signification , ainsi que des inflexions , des dérivations et de la construction qui ont été changées. Peu & peu Vidiome de la Souabe perdit sa supériorité en Allemagne, et presque tous les autres dialectes eurent les mémes droits. L’association des Meisterse nger ne contribua pas peu a ce résultat. Sans méconnaitre ici le prix des descriptions pleines de sentiment qu’or trouve dans Hans Sachs, on peut dire qne la langue y a peu gagné en richesse et en expression. L’école de poésie dont il fut le fondateur ne lui a été favorable que sous le rapport de Punité et de la régniarité. Mais ces qualités de la langue devaient aussi finir par se perdre. Comme la lecture de la Bible était interdite aux laiques, et qu’en justice et dans la chaire on se servait d’une langue tnorte étrangére, la langue primitive finit par dégénérer. Cette décadence, toutefois, fut arrétée par Luther, qui traduisit la Bible avec un rare bonheur de style, et qui en corrigea soigneusement chaque nouvelle édition (les Psaumes en eurent jusqu’a sept, de 1518 4 1545). Il rendit en termes nobles ce qui était grossiérement exprimé, et mit dans tout leur jour les mouvements d@éloquence qui s’y troe~sient placés sans ordre et sans conyenance. Dés ce moment la langue allemande fut généralement usitée dans les relations usuelles et littéraires.

A ce créateur de la nouvelle syntaxe allemande succédérent presque sans interruption des continuateurs de cette noble tache. D’abord lénergique Opitz, qui étudia la poésie a Pécole de Vantiquité et a celle des poétes étrangers ; le fougueux maitre de Haller, Lohenstein, qui, dans son Arminius et Thusnelda, ajouta a la richesse de la langue par des expressions pittoresques et des tournures nouvelles; et enfin Paimable Hagedorn, qui fit perdre a la langue allemande cette roideur d@’école qui lui était particuliére, et sut Ja rendre aussi flexible que propre aux inspirations de la joie et de la sagesse de la vie.

Vers la fin du dix-septiéme siécle la langue allemande fut gatée par Vinfluence de la langue frangaise. Cette influence se fit encore plus sentir vers le milieu du dix-huitiéme siécle, ou la langue francaise prévalut presque partout dans la vie sociale ( voyes V'ouvrage intitulé : Tyrannie de la langue et de esprit de la France en Europe, depuis le traité de Rastadt ; par Radloff, Munich, 1814). Le nouveau purisme introduit par Gottsched et par sa larmoyante école témoigna d’excellentes intentions; mais trés-certainement si Pon n’avait jamais en que les productions de l’école de Gottsched a mettre en avant, le mépris dont le roi Frédéric U faisait profession pour la langue allemande, et qu’il manifesta dans une lettre écrite en francais (De la Littérature Allemande, Berlin, 1780), se fit trouvé complétement justifié. Cette lettre a dailleurs été réfutée par l'abbé Jérusalem (Sur la Langue et la Littérature Allemandes, Berlin, 1781);

DICT. DE ™.A CONVERS. — T. Ia

par Jean Meeser, sous le méme titre (Osnabruck, 1791), et par Wezel (Sur la Langue, les Sciences et le Gott en Allemagne, Leipzig, 1781). En résumé, on peut dire que trois qualités caractérisent surtout la langue allemande : sa flexibilité , qui consiste dans sa force inépuisable, dans le secours des syllabes d’inflexion et de dérivation, ainsi que dans la faculté d’assembler les mots pour en former de nouvelles significations ; sa riehesse, car le nombre des mots dont elle est composée dépasse de beaucoup celui de toute autre langue vivante, et ce nombre s’accroit encore tous les jours, en raison des priviléges illimités concédés a cet égard aux écrivains, poétes ou prosateurs; enfin son universalité, c’est-a-dire le pouvoir qu’elle posséde d’embrasser le génie de toutes les langues cultivées, pour s’approprier ce qu’elles ont de meilleur. [1 n’y a pas de nation dans la langue de laquelle on ait encore reproduit Jes poésies d’Homére et de Virgile avec autant de bonheur que Voss, les dialogues de Platon comme Schleiermacher, les oeuvres dramatiques de Shakspeare et de Calderon comme Schlegel, Gries et Malsburg ; les poémes de l’Arioste et du Tasse comme Gries et Streckfuss , le Dante comme ce dernier et Kannegiesser, Cervantes comme Lieck.

La langue allemande serait plus riche si les Allemands n’en avaiert pas eux-mémes restreint les bornes. On doit vivement regretter que le haut allemand soit devenu la langue des écrivains, a | exclusion du bas allemand. Qui sait, en effet, ou auraient conduit les essais d’idylles de Voss en plat allemand, les poémes de Hebel, ceux de Grubel dans le dialecte du Wurtemberg, et d’autres encore? Un dictionnaire qui comprendrait linventaire complet des richesses de Ja langue allemande devrait contenir tous les dialectes, indiquer tous les idiotismes et expliquer tous les glossaires. En attendant un travail complet sur cette importante matiére, on peut mentionner avec reconnaissance les services rendus en ce genre, par Adelung, Campe, Fulda, Kinderling, Voigtel, Storch, Eberhard, ete.; teurs essais, malgré des lecunes graves, étaient de bons modéles a suivre. Les freres Grimm ont dépassé leurs devanciers dans cette voie.

La premiére grammaire allemande qu’on connaisse fut composée au seiziéme siécle, par Valentin Ickelsamer, sous le titre de Teutsche Grammatica darauss einer von ihm selbs mag lesen lernen (grammaire allemande par laquelle on peut apprendre a lire de soi-méme). Les grammaires composées au dix-septiéme siécle, par Opitz , Morhof, Schottel, etc., méritent aussi d’étre citées. Les grammaires les plus récentes qui aient obtenu les suffrages des juges compétents sont celles d’Adelung, de Heynatz, de Moritz, de Roth, d’Hunerkoch et de Grimm.

Littérature allemande.

Guillaume Schlegel a dit que tes Allemands n’ont pas encore de littérature, et sont seulement sur le point d’en avoir une. Mais en s’exprimant ainsi ce critique se renfermait dans le sens restreint qu’a en francais le mot /iftérature , sans y comprendre les ouvrages d’érudition et de sence, qui cependant n’en font pas moins partie de la litterature @un peuple « Si l’on entend par littérature, « continue-t-il, une accumulation désordonnée, incohé- « rente, de livres qui ne sont pas animés d’un esprit com- «mun, qui Woffrent pas méme entre eux Vunité @une « direction nationale déterminee , dans lesquels les traces « et les pressentments d’un meilleur avenir se perdent « presque entiérement dans un chaos d@efforts manqués « et mal compris, d’absurdités et de pauvretés d’esprit mal « déguisées, et de manies baroquement ambitietses, au lieu « @une poésie déterminée par la nationalité et portée a la « perfection dans un nombre considérable d’ouvrages appar « tenant a tous les genres, alors, sans doute, nous avons une « littérature; car on a observé avec raison queles Allemands « étaient l'une des principales puissances écrivantes de PEus

« rope. » Comme ces paroles vont jusqu’a nier existence d’une unité nationale dans les productions intellectuelles de lAllemagne , la question de savoir « si les Allemands possédent en ce sens une littérature, cest-i-dire un certain nombre douyrages se complétant les uns par les autres, formant dans leur ensemble une espéce de systime, et dans lesquels une nation trouve exposés ses idées et ses sentiments les plus chers » , cette question , disons-nous, découle de cette autre, qu’on a tant de fois agitée ; Les Allemands ont-ils un caractére nalional? Schlegel voudrait « que ces écrits satisfissent tellement tous les besoins intellectuels de la nation, qu’aprés des générations, des siécles entiers, elle y retourndt sans cesse avec un nouyel amour; » mais c’est 1a une condition qui se modifie puissamment par les phases de la civilisation et par les destinées que subit un peupie. La question une fois ainsi posée, il n’y aurait pas méme de littérature frangaise en général (ce que Schlegel cependant ne parait point vouloir admettre ), mais tout au plus peut-étre une litiérature francaise du siécle de Louis X1Y. Heureusement, nous nous rappelons a ce propos un jugement remarquable sur les Allemands, émis précisément par le frére de Péerivain précité, par Frédéric Schlegel, qui les compare aux Romains. « Ce qui distingue particuliérement les Allemands de ce dernier peuple, dit-il, c’est un amour plus profond de la liberté; elle ne consiste pas seulement chez eux dans un mot, dans une maxime, mais elle y est un sentiment inné. !ls ont pensé trop noblement pour vouloir imposer a toutes les nations leurs propres meeurs et leur caractére; mais ce dernier n’en poussa pas moins racine partout oi le sol ne lui fut pas complétement contraire, et l’on vit aussit6t alors un esprit d’honneur et d’amour, de vaillance et de fidélité, s’y développer d’une manieére éclatante. Par cette liberté originaire du sol, qui est un trait impérissable dans le caractére de la nation, celle-ci conserva jusque dans les temps de repos et d’inaction apparente quelque chose de plus primitif et de plus constamment romantique que ce que nous offre méme le monde fabuleux de lOrient. Son enthousiasme fut plus joyeux, plus naif, plus désintéressé, moins exclusif et moins destructeur que celui de ces admirables fanatiques qui ont embrasé la terre plus rapidement et plus universellement encore que les Romains. Une probité sentie, qui est plus que la justice de la loi et de Yhonneur, une fidélité sincere, ef une bonté dame inaltérable comme celle de enfant, tel est le fond le plus intime, et, je Pespére, a jamais indestructible, du caractére allemand. »

Ces qualités , qui se retrouvent dans les ouvrages des Allemands, ont dd suffire pour imprimer un cachet d’ensemble a leur littérature et lui assigner un rang a part. Aucune nation n’a travaillé avec autant d’ardeur que les Allemands dans toutes les parties de la science; aucune autre n’a exposé sous des formes développées et logiques des vues si diverses sur la vie humaine; aucune na montré une culture d’esprit aussi généralement systematique, et n’a si bien satisfait aux exigences de cet esprit dans toutes les branches des connaissances humaines. Que si trop souvent chez eux Yesprit d’indépendance a pu dégénérer en arbitraire, en licence, et dans la littérature en manie d’écrire et dimiter, en confusion, en paradoxes, en déréglements de tout genre, ie peul-On pas Gire que jes autres litteratures ne furent garanties de ces défauts que par les directions exclusives qu’elles adoptérent et par un attachement immuable a des autorités une fois établies? De 1a sans doute leur cachet plus particulier, plus national; mais peut-¢tre n’est-il pas beaucoup de peuples qui eussent pu se tromper 4 la maniére des Allemands ! Par contre, leur esprit spéculatif, cet esprit qui ne peut se détacher de la vie et de ses diverses siluations sans les avoir comprises, les a rendus plus propres que d’autres peut-Ctre 4 la culture des sciences, encore bien qu’ils puissent s’enorgueillir de posséder des ouvrages

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poétiques dune profondeur et d'une intimité de sentiment telles qu’on ne saurait les rencontrer chez aucune autre nation, eb surpassant de beaucoup tout ce qu’une élégance extérieure de formes peut avoir de séduisant. Aussi bien il ne faut pas oublier que chaque littérature dépend des destinées du peuple auquel elle appartient; en elle se refléte en quelque sorte sa vie nationale, car les périodes littéraires réfléchissent comme une image du caractére et de la situation morale de chaque nation, Or, sous ce rapport encore la littérature allemande forme un tout plein d’unité , quelque difficile quwil puisse étre souvent de découvrir les fils qui lient les parties de cet immense tissu.

Le mot litéérature supposant nécessairement des monuments écrits, nous ne pouvons rechercher avant Charlemagne les origines de la littérature allemande. A la suite des terribles bouleversements amenés par la grande migration des peuples, les rapports sociaux des tribus allemandes entre elles devinrent alors plus stables, et leurs habitations fixes ; des peuples étrangers en se mélant a elles leur communiquérent quelques éléments de leur civilisation : on rédigea des lois, dont les recueils (surtout ceux des Bourguignons, des Alamans, des Bavarois, des Frisons et des Saxons ) font partie des premiers documents de la culture intellectuelle allemande. A partir du huitiéme siécle, on voit, grace aux nobles efforts de saint Boniface, l’apdtre de PAllemagne, le christianisme se propager de plus en plus parmi les tribus germaines ; et 14 comme partout c’est a PEglise que Phumanité fut redevable des efforts les plus féconds qu’on ait jamais tentés en faveur de la civilisation. Les ecclésiastiques furent les premiers qui essayérent d’écrire dans une langue encore rude; et les quatre évangélistes traduits par ’évéque Ulphilas dans l’idiome des Mieso- Goths (vers l’an 360) sont le plus antique monument écrit de la langue germanique.

Les Franks établis dans les Gaules fondérent dés le sixiéme siécle des écoles dans lesquelles s’instruisirent leurs ecclésiastiques, et qui furent imitées ensuite chez les autres tribus allemandes. Cette éducation , 4 la vérité, se bornait communément a la lecture , a l’écriture et 4 un peu de mauyais latin; mais il est remarqnable que la langue allemande ait été de toutes celles de l'Europe moderne la premiére a se développer comme langue écrite , et que seule elle posséde des essais en prose antérieurs a Charlemagne. Cependant les plus anciens monuments de ce genre ne sont guére que des traductions du latin, alors la langue de la religion et du culte, celle dont se servaient de préférence les ecclésiastiques, seuls dépositaires de toute science; circonstance qui la comme partout ailleurs retarda singuliérement le développement de la langue nationale. Les anciens et précieux mythes résumés dans le chant des Niebelungen ( Miebe/ungentied ) et dans le livre des Héros ( Heldenbuch ) n’avaient pas encore été recueillis avant la venue de Charlemagne, et se transmettaient jusquealors de bouche en bouche. Onne peut done pas dire qu'il existat encore de littérature dans le sens que nous attachons a ce mot.

La premiere période de la littérature allemande commence a Chatlemagne, et va jusqn’a ’époque des emperenrs de fa maison de Souabe, ou celle deg Vinnesarnaer. conimrens intervalle de 768 a 1137. Cuarlemagne fonda un grand nombre d’écoles ecclésiastiques, telles par exemple que celles de Fulda, de Corvey, ete., @ot sortirent les savants les plus distingués et les hommes les plus habiles de ce temps. il établit a sa cour, @aprés les conseils d’Alcuin, une espece de société littéraire, aux travaux de laquelle il prit part Iuiméme. Il fit recueillir en outre beaucoup de documents sur la langue allemande, surtout des lois et des poésies, ordonna de précher en allemand et de traduire du latin en langue vulgaire des ouvrages propres a lenseignement du peuple. Sans doute, il edt été 4 désirer que ses successeurs continuassent son ceuyre civilisatrice; mais il n’en faut pas moins

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reconnattre que la scission et la séparation politique qui sopéra peu de temps apres lui entre Allemagne proprement dite et lenipire frank ne laissa pas que d’étre trds-favorable au développement original de la langue et de la ci- Vilisation des Allemands , dont les progrés furent des plus rapides & partir de Pavénement de la dynastie de Saxe (919), principalement sons le régne des trois Othons, et plus tard, sous les empereurs de la maison de Franconie (10°). Ce fit la période des chroniqueurs Fginhard, Wilichind, D'thrnar, Lambert, Bruno; ce fut aussi celle des philosophes, tels ewAleuin et Raban-Maur (de 776 4 856), et surtout des anteurs qui écrivirent en langue allemande, comme Otfried de Weissenhbourg, dont la traduction métrique des quatre Evangiles, admirable de fidélité et de concision , peut étre regardée comme le véritable début de la littérature nationale; ou encore comme Notker (abbé Saint-Gall, mort en 1022); Willeram (abbé d’Ebersberg en Baviére , mort en 1085), ete.

La seconde période de la littérature allemande cornmence aux emperetirs dela maison de Souabe (1138), et va jusqu’é Ja réforme de Luther.

1/ Allemagne n’était plus alors le pays sauvage des Germains de Tacite; Jes marais avaient été desséchés , les foréts éclaircies on brilées; Vair et le soleil s’y étaient fait jour; le climat et les habitants s’étaient adoucis. Les relations continuelles des Allemands avec VItalie et les autres pays de l'Europe, leurs fréquents voyages a Rome a l’occasion du couronnement des empereurs , linitiatfon a la connaissanee des murs étrangéres, résultat des croisades, et la noble émulation d’égaler ce qu’on avait vu de beau et de Jouable chez les autres nations, furent autant de circonstances qui amenérent une heureuse révolution dans l’esprit des Allemands, Les meeurs et les maniéres se polirent par Jes brillants développements de la chevalerie ; la masse des jdées s’agrandit, les idées, les sentiments s’ennoblirent; et comme la langue suit toujours Je perfectionnement et les progres qui s’opérent dans la maniére de penser, les parties les plus policées de Allemagne se trouvérent ainsi peu A peu en possession de tous les ¢léments nécessaires pour fonder une litiérature naiionate. C’est en Alamanie, dénomination qui comprenait la Souabe et une grande partie de Ja Suisse, que brillérent les premiers rayons de cette aurore liitéraire ; et le dialecte alaman acquit , comme idiome en usage a Ja cour impériale, un développement si supérieur a celui de tous les autres, quwil devint en littérature , comme ce fut aussi plus tard le cas pour le haut allemand , Ja langue universelle de P’Allemagne. Ce fut la période de la poésie chevaleresque et des Minnesanger, appelée comynunément période de Sonabe. Aux Minnesenger succéderent jes Melsferseenger ( maitres chanteurs), dont le talent . plus brillant, annoncait cependant déja un déciin. On peut dire de cette poésie romantique, riche de vigueur et @harmonie , quelle ouvrit Pére de la véritable littérature nationale. Les recueils de documents , de coutumes et de lois qui furent rédigés avec tant de zéle dés le milieu du treizieme siécle, et parmi lesquels nous nomimerons le Miroir de Saxe et le Miroir de Soucabe, temoignent en méme temps du haut prix qu’on attachait dés lors en Al- Jemagne a Vhistoire des movurs et des institutions nationales, A dater du onziéme siécle les Allemands s’appliquéerent aussi A Pétude du droit romain, en méme temps qu’a celle de Phistoire spéciale des diverses provinces. A cet égard on peut citer la Chronique de V’évéque Otton de Freisingen et son Histoire de Frédéric [°, les écrits de Henri de Herford, mort en 1370; de Gobellinus Persona (1420), et autres ouvrages analogues , tous en latin; la Chronique rimée d’Ottocar de Horneck, né vers 1264, Je plus ancien ouvrage historique @une certaine étendue qui existe en langue allemande, et les Chroniques de Jean de Koonigshofen , de Jean Rothe, Jean Shurnmayer, ete., toutes en allemand,

La Chronique universelle de Sébastien Franke est le premier essai d’histoire universelle qu’on rencontre dans cetle littérature.

Les études philosophiques ne firent pas moins de progrés. Si jusque alors on s’était borné a traduire et a copier les ouvrages des anciens et des Arabes relatifs a cette science, A ce moment on voulut qu’elle devint une arme a Pusage de la théologie. Entre autres Allemands célébres dés le treiziéme siécle parmi les philosophes scolastiques , nous citerons le dominicain Albert le Grand, de Lauingen sur le Danube (mort en 1280), qui enseigna la philosophie a Paris et dans plusieurs villes de lAllemagne , et fit des recherches importantes sur Vhistoire naturelle. Le mystique Jean Fauler (mort en 1361) occupe également une place remarquable parmi les écrivains théologiques de cette époque. Ses successeurs dans le siécle suivant furent Geiler de Kaysersberg, 4 Strasbourg; le salirique Sébastien Brand (né en 1468, mort en 1520), et Thomas Murner.

Les mathématiques, Pastronomie, la mécanique, ne furent pas cultivées avec moins d’ardeur en Allemagne vers la fin de cette période, d’oti datent plusieurs des plus importantes inventions des temps moderns. Si la rareté et | cherté des livres, l’organisation si défectueuse des écoles , a le monopole que les moines et les ecclésiastiques s’efforcaient de conserver dans les sciences, avaient jusque alors singuliérement géné les développements de la littérature ; en revanche, & partir du quatorziéme siecle, les institutions d’enseignement supérieur qu’on fonda partout , et au quinziéme siécle invention de limprimerie, exercérent une influence si décisive sur la marche de Ja civilisation, qu'il faut dater de ce moment une ére nouvelle pour Ja littérature. Elle coincide ailleurs avec Ja chate de empire d’Orient (1453), dont les savants se réfugiérent en Italie et répandirent de 1a les semences d’une nouvelle civilisation par la propagation du savoir antique.

esprit de liberté que étude des langues et des littératures anciennes éveilla dans les universités contribua puissamment a la direction nouvelle que prirent alors les idées religieuses. Parmi les hommes qui s’étaient déja distingués dans ces études avant la réformation , il faut nommer Rod. Agricola (né en 1442, mort en 1485), professeur 4 luniversité de Heidelberg; Conrad Celtes (né en 1459, mort en 1508}, le premier poéte lauréat qu’ait eu Allemagne ; histerien Jean Trithemius (néen 1462, mort en 1516), et surtout Reuchlin (en latin Capnio), professeur a Tubingen (né en 1454, mort en 1525); Ulrich de Hutten (né ep 1458 , mort en 1523); Mélanchthon , Joachim Camerarius , et le célebre Erasme, de Rotterdam. Le rétablissement de Pordre et de Ja paix a Vintérieur de ’Allemagne par Maximilien 1°, ce zélé protecteur des arts et des sciences , ainsi que Paflermissement de la constitution de empire, et une aisance plus générale, ne contribuérent pas peu aux rapides progrés qne firent alors les lumiéres et Ja civilisation.

La ¢roisiéme période de la littérature allemande comprend espace de temps qui va de la réformation jusqu’a nos jours et que nous partagerons en trois époques : 1° jusquwau commencement de la guerre de Trente Ans (1618); 2° jusqu’a la fin de la guerre de Sept Ans (1765); 3° de ja, jusqu’a notre époque.

1° C'est de la Saxe électorale, pays si florissant, que partit Vimpulsion puissante qui devait mettre en action toutes les forces intellectuelles de Allemagne au seiziéme siécle. Les vives discussions que les partisans de Ja -réformation eurent a soutenir alors contre leurs adversaires Jes portérent a faire des études profondes en méme temps qu’elles exercaient et développatent leur talent. A Luther, ce type énes > gique de Pépoque, qui précha avec tant de yigueur Pindépendance de lesprit, et qui reproduisit dans sa langue les documents primitils du christianisme avec tant de perfection qu’on Va nommé ayee raison le créateur de la prose alle-

mande (quoique quelques traductions .. classiques eussent déja contribué a former le style), a Luther, disons-nous , vint s’adjoindre le disciple de Reuchlin, le savant et aimable Mélanchthon, Si le premier agissait plus a la face du monde et en homme politique, son ani travaillait au méme but, en silence, par Pamélioratiop des écoles et la propagation des saines études. Les princes protestants , sv tout les électeurs et les dues de Saxe, aidérent aux efforts de ces deux hommes en fondant un grand nombre de bibliot éques et d’écoles préparatoires pour les universités. Tandis que dans l’Allemagne catholique les progrés de la science restaient entravés par des préjugés ecclésiastiques et par les jésuites, la théologie et la philologie se prétaient un mutuel appul dans les pays protestants, surtout en Saxe et 4 Wittenberg , qui étaient alors le foyer scientifique de l’électorat. Ce fut seulement aprés ’établissement dans l’Eglise protestante d’un dogme plus positif que les études philologiques commencérent a décliner (depuis le dix-septiéme siécle), et qu'une thévlogie scolastique et querelleuse reprit alors le dessus , tenue toutefois en échec par la théosophie et le mysticisme. Mélanchthon avait taché de remplacer par ses excellents manuels la barbare philosophie de l’école. Ensuite on chercha a se rapprocher de la doctrine primitive aes péripatéticiens. Les mystiques s’attachérent, les uns a la cabalistique , dont Reuchlin s’était beaucoup occupé a propos de littérature hébraique , les autres Ala chimie et 4 Vastronomie, qui alors n’étaient guére autre chose que de Valchimie et de l’astrologie. A leur téte on rencontre le fameux Paracelse, V. Weigel, Jacob Beehme et autres.

Les sciences naturelles en général furent cultivées avec distinction en Allemagne dés le seiziéme siécle. fl faut nommer ici avant tous le fameux métallurgiste George Agricola (de Meissen) , et Conrad Gessner (mort en 1565), le pére de Vhistoire naturelle. Théophraste Paracelse, que nous yenons de citer, imprima une nouvelle direction a la chimie (a partir de 1526) , qu'il appliqua avec bonheur a la médecine; entre autres agents puissants de thérapeutique quwil emprunta a cette science, nous citerons les préparations mercurielles ef. les opiacés. La médecine ainsi que les mathématiques et la mécanique firent aussi quelques progrés notables vers cette méme époque. Albert Durer écrivit en langue allemande un ouvrage sur la perspective, et lastronomie cite encore avec orgueil les travaux de Copernic et de Tycho-Brahe ; Kepler vint aprés eux.

Dans Je domaine de Vhistoire, dont le style eut de la peine 4 se former, la Chronique de Carion, écrite en allemand (1532), excita un intérét général; elle fut méme traduite en plusieurs langues ; !’ Histoire universel’e de Sleidan, en latin, fut plus applaudie encore. Mais ce fut a Vhistoire spéciale des provinces que s’attachérent de préférence la plupart des écrivains. Des le milieu du seiziéme siécle, on s’appliqua a recueillir les chroniques et les documents du moyen Age; en commenga aussi 4 étudier Phistoire étrangére, et les centuriateurs de Magdebourg firent preuve de zele et d’exactitude. L’histoire littéraire fut créée, pour ainsi dire, par Conrad Gessner. En 1564 parut le premier catalogue des livres de la foire de Francfort. Les relations personnelles entre Jes savants étaient devenues plus fréquentes et plus intimes par l’établissement de sociétés savantes, et par des correspondances.

9° La guerre de Trente Ans menaga un instant de détruire en Allemagne toute civilisation; cependant les savants, bien qu’enveloppés dans les malheurs publics, et privés pour la plupart de tout appui, surent encore demander a la culture des lettres de nobles et douces compensations pour l'état @indigence compléte oii la plupart d’entre eux se trouvaient réduits. La langue et Ja poésie allemandes furent méme perfectionnées durant cette période désastreuse, @une manicre sensible, par les poétes dits de l’école de Silésie : tels que Martin Opitz (1597 A 1639), Flemming, André Gryphius, et

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autres, ainsi que par l’établissement de plusieurs sociétés littéraires (celle de ordre des Palmes, dite la Fructifiante ; celles de lordre des Cygnes, de Vordre des fleurs des bergers de la Pegnitz, etc. ), qui datent de cette époque. La paix dé Westphalie (1648) n’en fut pas moins un bienfait immense pour lAllemagne épuisée. Dans les divers Etats, surtout dans ceux ot avait prévalu la réformation, les princes se disputérent dés lors 4 lenvi la gloire de protéger la liberté des études et le développement de la pensée. Hermann Conring, Samuel Puffendorf, sont de grands noms, qui do: vent ¢tre cités ici, de méme qu’Otlo de Guéricke. qui bri!) a la téte des physiciens allemands. Dans la théologie domina le dogmatisme le plus absolu, contre lequel le piélisme de Spener et de quelques autres hommes pieux exerca un contre-poids salutaire.

La littérature allemande avait toujours ét4 tellement entravée dans ses progres par les circonstances politiques, qu’a cette époque méme la prose n’avait pas encore pu acquérir une forme précise et arrétée. On sentit alors le besoin d’une grammaire , et quelques savants, principalement le célebre Daniel-Georges Morhof ( mort en 169: ) et Juste-Georges Schottel, s’efforcérent d’y satisfaire. Grace a leurs travaux , on vit la langue allemande employée depuis Charles Thomassius a traiter des questions scientifiques; mais elle restait toujours mélée de mots étrangers, surtout de mots latins et francais. Quand Vinfluence politique de la France s’accrut, la manie d’entreméler l’allemand de mots francais et de prendre les étrangers pour modéles augmenta encore. Le plus grand génie qui apparut alors parmi les Allemands, Leibnitz lui-méme (1646-1716), aimait mieux s’exprimer en fran¢ais que dans sa langue maternelle. De quelle importance ne furent donc pas les efforts de Chrétien de Wolf pour faire parler en allemand 4 la philosophie un langage intelligible! L’Académie des Sciences de Berlin , fondée sous les auspices de Leibnitz, effectua de grandes découvertes dans les sciences mathématiques et naturelles. Partout des sociétés et des réunions littéraires se formérent. La librairie commenga a devenir une branche importante de commerce, et des instituts critiques s’élevérent comme autant de tribunes en faveur des sciences et des arts. La dégénérescence du systéme de Wolf dans ses applications aux sciences amena bient6t un vain amour des belles-lettres. Les Allemands semblérent alors vouloir acquérir ce qui leur manquait encore, c’est-a-dire la pureté et le gout dans leur langue maternelle. Alexandre Baumgarten, le fondateur de l’esthétique, et Gottsched (1700-1766 ), le puriste, qui voulait introduire le gout francais d@’une poésie et d’une prose souples et flexibles , mais sans génie, furent les grands promoteurs de cette révolution intellectuelle. L’école de Gottsched (appelée aussi celle de Leipzig) fut puissamment combattue par celle de Zurich , qui avait pour chefs Bodmer et Breitinger. Haller, Hagedorn, Gellert, J.-E.Schlegel, donn®rent a la langue nationale plus d@élan, de facilité et de grace. En méme temps, la vigueur du génie allemand était dirigée vers Pétude de Vantiquité classique par des philologues et des archéologues ( Jean-Mathieu Gessner, Jean-David Michaélis , Jean-Antoine Ernesti, Christ, et d’autres ), & partir surtout de la fondation de luniversité de Geettingue.

3° Tant d’efforts portérent leurs fruits quand vint la troisitme époque de la période dont nous parlons, grace a Lessing, a Klopstock,a Winckelmann, aHeyne, aux deux Stolberg, 4 Herder, 4 Wieland, a Voss, a Schilleret AGethe, noms illustres , qui doivent inspirer du respect 4 toute nation civilisée. — Le premier de ces écrivains, Lessing, doué d’un esprit vaste et d’une rare sagacité , combattit puissamment le godt frangais , encore 4 la mode, et fonda une excellente école de critique. L’enthousiasme de Winckel mann pour l’antiquité et Part. déposé dans un ouvrage immortel, et jeté comme le résultat énorme @tne philosophie sublime au milieu de la corrup-

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lion et de la pauvreté du monde littéraire d’alors, est devenu parimi les Allemands le modéle de ce qu’il y a de meilleur et de plus noble. Klopstock, par ses ouvrages vraiinent imuimortels, élevala langue et la poésie allemandes 4 une hauteur et a une richesse qu’on avait crues impossibles jusque alors. La littérature anglaise, par Pimmense influence qwelle eut sur Allemagne , coopéra puissamment a ce résultat. C’est surtout la traduction des @uvres de Shakespeare qui donna Vimpulsion premiére a ce mouvement. Les connaissances huniaines dans lesquelles les Allemands brillerent le plus a cette époque furent : 1° la théologie (depuis Michaélis et Ernesti, Mosheim, Reinhard , Schleiecinacher, de Wetlte ); 2° et surtout la philosophie métaphysique, partie du domaine de lesprit humain que fécondeérent les vastes travaux de Jacobi, de Kant, de Fichte, de Schelling , etc.; 3° la philologie (il suflira de rappeler les beaux travaux de Heyne, de Wolf, d Hermann, de Bockh, etc. ); 4° Phistoire, dans laquelle i] nous suflira encore de citer les grands ouvrages de Jean de Muller, de Woltmann, de Schrockh, de Schmidt, dKichhorn, @Heeren, de Zschocke, de Manso , de Dolin , de Niebuhr, de Luden, de Ptister, de Raumer, de Ranke, etc.) ; 5° la mythologie ( Voss, Creuzer, Kanne, Ranier, Geerres ); 6° et enfin la critique.

Essayer Wapprecier Pépoque la plus récente de la littérature allemande est une entreprise qui a ses dangers; car, quelque brillantes ou insignifiantes ailleurs qwaient été ses productions , nous Mavons peut-étre pas, Comme contemporains des écrivains a qui on en est redevable, toute la liberté de critique qui serait nécessaire. Aussi bien, n’oubliant pas que loute littérature relkéchit jusqu’a un certain point son époque, nous admettrons dabord que les événements des derniers temps ne sont pas restés sans exercer une grande influence sur la littérature contemporaine. Les critiques futurs, 2 moins que tout ne nous trompe dans nos previsions , devront faire dater de Pannée 1813 , époque de la délivrance du joug étranger, une nouvelle ére pour Vhistoire littéraire du peuple allemand. Aussi remonterons-nous a cette époque pour chercher Porigine de la littérature du jour et de sa bizarre contexture. De méme que le malheur fait rentrer individu en lui-méme, ainsi les peuples allemands , pendant qu’ils gémissaient sous un joug insupportable, apprirent & se mieux connaitre et a comprendre ce que leur situation avait d’insuffisant, mieux qwils n’auraient pu le faire dans une suite non interrompue d’années de bonheur. Alors, en effet, le besoin vaguement senti d’une amélioration de leur sort les réunit tous, d’abord dans un méme désir, et ensuite dans un méme enthousiasme, lorsque Pheure

de la délivrance eut sonné. Mais le joug une fois secoué, |

quand on se demanda et ce qu’on avait réellement vou.u et ce qu’on avait acquis, on s’apercut que, quelque accord qu’on eit mis a souhaiter un changement , néanmoins cet accord mexistait plus pour spécifier la nature de ce changement, et qu’en fait méme d’améliorations les opinions étaient divergentes. Il résulta de la que tandis que ceux-ci voulaient faire disparaitre toutes les entraves de esprit, ceux-la lui commandaient, au contraire, de fléchir aveuglément sous le sceptre du positif, et que pendant que les uns évoquaient lesprit dun sysiéme qui avait péri, les autres cherchaient a réaliser quelque chose de nouveau, et 2 formuler ce quin’était encore que vaguement pressenti. Si d’un coté on raillait jusqu’a Pimpudeur tout ce qui se rattache a la religion , de autre la superstition édifiait de nouveaux autels a ses idoles. I] est donc naturel de penser que ce désaccord dans les opinions a di laisser son empreinte sur le caractére général de la littérature ; caractére qui ne pouvait étre que celui d’une polémique aussi vive qu’animée. Tous les efforts tentés pour empécher, & Vaide de la plus odieuse censure, Pexpression haute et franche de Popinion, échouérent @ailleurs devant Penthousiasme de la pensée, et devant la conviction

profonde qu’on s’était faite que penser n’était point un privilege, mais bien un drot/ appartenant a chacun; en un mot, que ce droit imprescriphle ne tenait pas sewement a la science, mais 4 la vie, et devait, par conséquent, plutdt se transmettre avec celle-ci quavec celle-la. ‘Toutefois , un des caractéres particuliers de cette époque fut la direction éminem nent pratique de la littérature, qui s’eflor¢a toujours de tiver Vidée par le fait. Aprés avoir ainsi élabli le point de vue de la hauteur duquel état actuel de la littérature allemande s’offre A nous dans son ensemble, malgré la diversité de ses directions , nous allons passer en revue chacune de ses branches en particulier, et montrer dans un apercu rapide ce qu’on y a fait de plus remarquable.

Dans la ¢héologie, la lutte entre le rationalisme et le supernaturalisme a continué avec non moins de vivacité que jamais dans les écoles, alors que hors de ces limites le mysticisme et le fanatisme ne laissaient pas que de faire de nombreux prosélytes. Ii ne peut échapper a Vuil de Vobservateur impartial que cette tendance d'une grande partie des contemporains vers le mysticisme eut en elle-inéme quelque chose de louable, maigré les aberrations grossiéres dun sentiment mal dirigé , et qu'il y avait toujours du mérite a en signaler les effets, bien que d’une maniére obscurément mystique, comme I’a fait Ewald dans ses Lettres sur

‘le mysticisme ancien et le mysticisme moderne. Lors de

la réunion des deux Eglises protestantes, Schleiermaclier exposa les doctrines de P’Eglise évangélique, dans son Dogme de la foi chréticnne, de maniére a concilier les deux opinions en présence. Les protestants comprirent la nécessité de redoubler defforts et de vigilance pour combattre le catholicisme, et par suite Purgence de réformer I’Eglise protestante (par exemple, Schuderoff, Greiling et d’autres). D’autres cherchérent a perfectionner la science elle-méme, par exemple Gesenius, Bretsclineider, Umbreit, Justi et Winer, La théologie pratique ne resta pas non plus sans culture, et des modeéles d’éloquence sacrée sortirent des méditations des Ammon, des Drasecke, des Schuderoff, des Tzschirner, etc. Les savantes recherches de lexégése menérent a une critique rigoureuse qui, chez Strauss, par exemple, ahoutit & tout nier. D’autres, reculant devant une négation aussi radicale, ont cependant poursuivi la critique des textes sacrés et leur interprétation historique. Bunsen montre beaucoup de telérance dans son Dieu dans Uhistoire. Ewald manifeste aussi le sentiment de lhumanité dans son Histoire des peuples d' Israél. ;

A Vinstar de la théologie, la jurisprudence subit, elle aussi, influence du temps. Non-seulement plusieurs questions de dreit de la plus haute importance, telles que celles de la contrefagon des livres, de la liberie de la presse, de la navigation des fleuves, furent soulevées et fortement discutées; mais Vesprit du siecle réclama en outre la compléte réforme de lorganisation judiciaire, et surtout, Comme base de la liberté civile, la participation du peuple aux affaires politiques et la publicité des débats judiciaires. Ici aussi la lutte ne tarda pas a s’engager entre les partisans du passé et les novateurs, et le vieux déiaut des Allemands, d’écrire longtemps avant d’agir, eut encore une nouvelle occasion de se produire. Parmi les écrits importants publiés a ce sujet, nous signalerons ouvrage de Feuerbach intitulé ; Considérations sur la publicité de Vadministration de la justice (1821). Cependant, la méthode historigue dans le droit civil ne manqua pas non plus de partisans. Les travaux de Savigny, Hugo, Eichhorn, Goeschen et autres, lui donnérent un grand éclat, et la mirent en grande vogue. Que si elle fut employée trop souvent a faire l'éloge de tout ce qui élait ancien et a perpétuer un certain pédantisme, on ne saurait mécohnaitre qu'elle n’ait conduit a une intelligence plus profonde des ancivnnes législations encore existantes, et a faciliter la tache den séparer Jes parties qui ne

| conviennent plus a l’époque actuelle. Le développement

législatif du droit eriminel fit en méme temps de grands

progrés, par les éerits de Kleinschrod, de Feuerbach, de Grolmann et de Mittermaier. Un grand nombre de manuels encyclopédiques et meéthodiques, parmi lesquels on distingue ceux ds Hugo, de Falck et de Wening, vinrent en outre faciliter étude de la jurisprudence.

.La philosophie, qui ne s’était fatiguée que trop longtemps a renverser d’anciens systémes et a en produire de nouveaux, obéit a la voix du sidcle, et sortit des bornes de Pécole pour entrer dans la réalité, aprés avoir trouvé des objets dignes de son activité dans les différentes questions intéressant |’Ptat et PEglise. Le forinalisme sans vie d’une école antérieure avait depuis longtemps cessé de suitire, et Jes artifices de la dialectique ne pouvaient plus convenir a une €poque qui n’avait appris a apprécier la spéculation que dans son rapport immédiat avec la vie.

Un grand suceés fut presque constamment le partage des écrits qui dais le champ de la politique, et dans un lanvage dégagé des formes de lécole, qnoique rédigés en général sous Pinfluence des idées du moment, combattaient les théories particuliéres a chaque parti,

Tandis qu'on s’efforgait d’approfondir les sources de Phistoire d’ Allemagne, autres monuments étaient explor és. Luden et Plister ot rendu des services par leurs His/oires des Allemands. Pendant que Frédéric Saalfeld peignait ’epoque contemporaine, le moyen age trouvait dais Henti Luden un écrivain qui le représentait sous ses véritables couleurs 5 et histoire générale devenait Vobjet des travaux particuliers de Luden, de F.-C. Schlosser et de Ch. de Rotteck. Wilken a réussi 4 jeter tin nouveau jour sur la période des eroisudes. L’histoiré ancienne t’a pas non plus éte négligée : BW. Riller, Ranke, Fr. de Raumer s’y sont fait une répulation méritée. Celle de Vancienne Gréce fut éclaircie dans plusieurs points essentiels par Ch.-O. Muller et Fr. Kortum ; et G. Wachsniuth a su nous offrir, méme aprés Niebuhr, quelque chose de trés-remarquable sur Vhistoire priinitive des Grees et des Romains. Citons encore : Rome au moyen dge de Gregorovius; le Siécle des découvertes d’Osear Peschel; Histoire de VEglise chrétienne de Baur; Histoire @ Italie de Reumont; les travaux de Rocholz de Philipson, cic. — La discussion sur la inythologie des anciens peuples, qui avait déja commence depuis quelque temps, et sur le terrain de laquelle le yénie de Creuzer avait ouvert de nouvelles voies, cette discussion, dans laquelle beaucoup de personnes wont vu autre chose qhe la vieille Jutte du mysticisme contre le sens commun, a été continuée par Creuzer, Moeser, Ritter, Voss, Hermann, Othon Muller, Lobeck, Baur, Mannhardt, Kulin, Albert Weber, Brugsh, Jolowicz, Haug et dautres. 1 a été reconnu, toutefois, qu’on avait poussé trop loin la manie de rapporter tout ce qui yegarde la Gréce a une sagesse primitive d’origine indienne. Les ingénieux romans composés a ce sujet n’ont pas pu soutenir longtemps les investigations d’une critique impartiaie.

Les sciences purement philologiques, que les Allemien ts ont toujours cullivées avec amour, ne furent pas négligées pendant qu’on se livrait & ces recherches, Nous yappellerons ici les éditions d’auteurs anciens données par Ast ( Platon), Poppo (Thucydide ), Backh (Pindare), Hermann (Sophocle), Lobeck (Phrynichus), Both (Horace, apres Féa), Bekker (orateurs attiques ), Schafer, etc. ; les traductions de Thierseh ( Pindare), de F. Henri Voss ( Aristophane), de Anedel (Lucréce),de Schwab, Osiander et Tafel (tous les prosateurs et poétes classiques grecs et romains); les travaux lexivographiques de Jean-Georges Schneider, Pussow, Lunemann et de plusieurs autres ; Ja grande entreprise de Vacadémie de Berlin, le Corpus Inscripltionum Grecarum, rédigé par Beeckh ; Vexcellente gramiairve latine de Charles-Louis Schneider, etc.

La philologie allemande, science nouvelle, fut créée, il y @ trente ans a peine, par Jacob Grimm, Ce fut lui qui, par

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un ouvrage remarquable, oi l’érudition la plus vaste se cache sous le titre modeste de Grammaire Alilemande, domna limpulsiou a étude sérieuse des anciens monuments litté~ raires des peuples germaniques. Grimm réussit la ouavaient échoué Bodmer et méme Lessing. Sa grammaire embrasse l’allemand dans tons ses dialectes, dans tous ses Ages» et constitue cette vaste langue a l'état de systéme et de science. Apres avoir étudié les forines poétiques dans son opuscule sur les Meistersenger, il publia les Antiguiles du Droit allemand ( Deutsche Rechtsalter(himer ), ouvrage gigantesque, que lui seu) pouvait éditer. « Jamais livre, dit M. Michelet, n’éclaira plus subitement , plus profondément, une science. J] n’y avait la ni confusion ni doufe. Ce n’était pas unsystéme plus ou moins ingénieux, ¢’était un magnifique recueil de formules empruntées a toutes jes jurisprudences, a tous les idiomes de Allemagne et du Nord. Nous entendimes dans ce livre, non les hypothéses d’un homme, mais la vive yotx de Pantiquité elle-méme; Virrécusable témoignage de deux ou trois Gents vieux jurisconsultes, qui, dans leurs naives et poéliques formules, déposaient des croyances, des usages domestiques, des secrets méme du foyer, de la plus intime moralité allemande. » Parmi les travaux gue provoqua exemple de Villustre professeur de Goettingue, il faut classer au premier rang I’ Histoire et la Nouvelle histoire de la littérature poetique des Allemands, par Gervinus. Dans cet ouvrage, auteur prend la poésie allemande a son berceau, et, la suivant pas apas, nous fait assister a toutes les phases de son développement.

Dans Vaspiration 4 Punité qui tourmente l’Allemagne, la poésie est devenue plus vague et vaporeuse que jamais.

Dans un autre ordre, on trouve des études de paysages en quelque sorte ose placentdes personnages vivants ; c’esl ainsi gue MM. Dolch, Erdmann et Keil ont peint les étndiants allemands, M. Eichmann les Tures actuels , M. Riehl le Palatinat, ete. — Les recherches biographiques ont pris aussi une grande importance en Allemagne, et l’on remarque suitout celles qui se rapportent & Goethe, Humboldt, Schil- Jer, Albert le Grand, Bacon, Ulrich de Hutten, Souvarof, etc. Enfin les voyageurs ont fourni un contingent important : indiquons les voyages de Barth en Afrique, de Mollhausen dans ?Amérique du Nord, de Richard Vendt et du baron de Haxthausen en Russie, d’Otto Speyer en Italie, de Frank! a Jérusalem. Le Cosmos de Humboldt a pu donner une id ‘e de Petat d@’avancement des sciences naturelles en Allemagne.

Quelqués publications d’anciens poémes nationaux et des études sur les douziéine, treiziéme et quatorziéme siécles sont encore a signaler, comme le Comte Rodolphe, poéme du douziéme siécle, publié par Guillaume Grimm, avec d’excellentes annotations; le poéme de Roland, du méme sidcle, publié en entier par le méme auteur, avec les images copiées sur Je manuscrit de Heidelberg, et précédé d’une ingénieuse introduction a histoire de la légende; Iwein, poéme du treiziéme siécle, publié par Lachmann, avec un glossaire de Benecke; les Poésies des Minnesenger, les Niebelungen, texte original et traduction en allemand moderne par Lachmann, Simrocl, etc., etc. Nous terminerons cette nomenclature par la Mythologie allemande de Jacob Grimm, I’Histoire du Cantique allemand jusqwau temps de Luther, par Hoffmann, excellent et consciencieux travail, et les Zléments de la Philologie allemande du méme auteur, recueil bibliographique et critique des principaux ouvrages, sources et documents pour servir a histoire de la littérature allemande.

La littérature indienne, qui il y a peu de temps encore n’était connue que par des traductions, a été cultivée avec éclat par Anguste-Guillanme Schlegel, F.-G.-L. Kosegarten, Othon Frank, Francois Bopp et L. Dursch. Enfin les travaux de Gesenius, Hammer et Goerres dans les langues orientales ont dotéla littérature allemande d’une foule d’ouyrages critiques et historiques d’une haute importance

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Les romans. — Ia Jeune Allemagne.

Le roman, c’est l’épopée de la société moderne, c’est le champ clos oi elle discute ses intéréts, of se trahissent ses | inquiétudes et ses faiblesses, ot se dévoilent ses désirs et ses folies, oi elle se livre sans retenué aux transports de la vicloire, et plus souvent aux gémissements de la défaite. Aulourd’hui que le but du roman n’est plus uniquement d’a- | muser, mais bien plutét de faire du prosélytisme au profit de certaines questions sociales ou politiques, la question Wart a dQ nécessairement faire place 4 la question de tendance. Cette observation s’applique surtout au roman moderne allemand. A cété de la vulgaire foule de romanciers ne visant qu’A amuser et émouvoir, il s'est formé en Allemagne une école nouvelle, une école de tendance, dont les productions , diftérentes de celles des autres romanciers quant au but, n’en sont pas moins dissemblables quant a la conception et a la forme. Les coryphées de cette littérature sont pour la plupart des ecclésiastiques , des professeurs,, de soi-disant socialistes , qui ont adopté le genre du roman pour développer et populariser des systémes ou des préceptes de morale chrétienne, etc. , etc. , mieux quils ne le pourraient sans doute, qui dans ses sermons, qui dans sa chaire. Nous ne nommerons ici comme types de cette école que Théodore Mélas, quia publié trois volumes de romans sur Parchitecture chrétienne ; Wiese , qui dans ses romans intitulés Hermann et Frédéric, fait de la propagande prolestante; et Steffens, professeur & Berlin, qui épanche dans ses romans et nouvelles, d’ailleurs pleins de poésie, lexubérance de sentiments et de ravissements apocalyptiques quwil lui serait difficile de concilier avec ses écrits philosophiques. Cette école ne considere pas lart comme un but, mais comme un moyen; pour elle, lart ne trouve pas sa sanctification en lui-méme, il ’emprunte uniquement de sa tendance. Aussi les caractéres que cette littérature nous dépeint ont-ils rarement leurs types dans la réalité, Ses héros marchent toujours la téte entourée de nuages; et dans les événements quelle -prépare Vabsurde le dispute sans cesse & Yimpossible. Mais peu lui importe la verité de ses créations ; ce quelle veut surtout, cest arriver A ses conclusions. Elle y arrive sans doute, miais le plus souvent au détriment de la vérité et du bon sens.

Aprés la mort de Geethe, Tieck fut le prenaier représentant de la littérature allemande. Chef du romantisme, il re vint le premier A Ja réalité, 4 son époque, non sans avoir contribué de toute la puissance de son génie a fortifier la domination de ce faux moyen Age qui avait envahi la littérature entiére. Ses contes, animés du souffle de la poésie la plus pure et la plus naive, exhalent ce parfum pénétrant des sombres foréts germaniques qui enivre l’Ame et lattire doucement dans Je domaine du merveilleux. Dans ses nouvelles et ses romans, dont nous ne mentionnerons ici que /a Révolie des Cévennes, Tieck a élevé a la littérature de son pays des monuments qui ne périront pas. Autour de lui se groupent, a des distances inégales, Jmmermann, Wilibald Alexis, Rehfues, Burlen et Sternberg.

Immermann, poete dramatique, qui s’est essayé dans un roman intitulé les Epigones, appartient par le fond a une école nouvelle, datant de 1830, appelée /a Jeune Allemagne, et dont nous parlerons plus loin.

Dans son Cabanis, W. Alexis revendiqua pour le roman historique allemand le caractére de l'art national, ce qui ne contribua pas moins au succes de l’ouvrage que Vintérét du sujet. Parmi les productions de ce romancier, Rosamunde, Monsieur de Sacken , se distinguent par lhabileté qu'il y déploie a saisir sur le fait les ridicules et les faiblesses de Yépoque, et par Vesprit mordant avec lequel il flagelle la corruption de la vie sociale.

Rehfues, pseudonyme sous lequel se cache un des pretiers magistrats prussiens, entra dans la carriére littéraire

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a un Age déja avancé. Son roman Scipio Cicala attira l’attention d'un public d’élite par la peinture vive et originale de la vie italienne, talent dans lequel cet écrivain ne connait pas de rival. Quelques autres productions, entre autres le Siége de Castel-Gozz0 et la Nouvelle Médée, sont venues depuis augmenter et consolider sa répulation.

Burlen est appelé en Allemagne Tieck traduit en prose ; nous ajouterons dans Ja prose la plus ennuyeuse. Ses romans sont des paysages éclairés par les rayons langoureux dune lune blafarde; point de passions, partant point de luttes. Tout y est résignation, paix, repos et ennui profond.

Sternberg, écrivain de qualités brillantes, aprés avoir sa~ crifié passagérement a Vécole de la Jeune Allemagne, chercha 4 faire revivre la littérature de Crébillon fils, a l’usage des boudoirs allemands. Son Edouard montra tout ce quwil avait de vraie poésie dans ame, Aujourd’bhui, le roman allemand, qui est surtout cultivé par Mugye, Mundt , Muller, Auerbach et Paul Heyse, semble particuli#rement se plaire a la peinture des scenes rustiques.

L’école de la Jeune Allemagne, ou, si vous aimez mieux, la littérature du déchirement ( Zerrissenheitsliteratur ), comme on appelle ses productions au dela du Rhin, s’inspire de ennui et du dégott du monde, mais surtout du désir @une société nouvelle, d’un monde différent du nétre, dune nouvelle terre enfin.

Avant Goethe la littérature s’était constamment tenue a Pécart, loin, bien loin du monderéel, vivant d’une vie idéale qu’elle s’était créée a l'ombre des grands in-folio, dans le cabinet silencieux du savant solitaire. Aussi la poésie de cette époque ne respire-t-elle que la mélancolie, et ses désirs sontils tous tournés vers la tombe. La méme ou elle s’attache ala vie, Cest une vie factice qu'elle éyoque. La premiére condition de l'art était alors d’oublier la réalité, pour s’abimer corps et Ame dans un monde qui n’existait nulle part, dans un fant6me. Goethe vint enfin faire cesser cette contradiction. Non-seulement il entraina la poésie dans le domaine de la réalité, mais de leur choc méme il fit jaillir un élément tragique inconnu jusque alors a la littérature moderne. Cet élément, cest la lutte de lindividu contre la société.

Dans les ouvrages de Goethe, le héros est toujours un homme dont les droits personnels , en conflit avec ceux de la société, s’insurgent contre elle. Mais si les héros de Goethe provoquent notre sympathie, ils ne l’entrainent cependant qu’en succombant et par Ja raison méme quils succombent. Cest cette tendance imprimée par Goethe a la littérature moderne, ou plutot la fausse interprétation a laquelie elle donna lieu, qui produisit ’école dont il est ici question, l’école de la Jeune Allemagne, bien que celleci ne se soit révélée que lors des commotions politiques de 1830.

Le besoin de réformes impérieusement commandées par le temps que les gouvernements s’obstinaient a méconnaiire , les mesures répressives par lesquelles on tenait enchainée toute manifestation libre de la pensée et de Vesprit national, avaient amassé dans les cceurs de Ja génération nouvelle un fonds @inyincible malaise et de mécontentement violent. A des espérances d’amélicrations prochaines continuellement décues, a des désirs de progrés incessamment comprimés, avaient bientot succédé chez le plus grand nombre une indifférence railleuse, un scepticisme navrant, auquel une philosophie mal comprise ajoutait le désenchantement et je dégont de toutes choses. Faute d’autre issue, ees éléments de fermentation, qui menagaient Allemagne d’un bouleversement tout a Ja fois politique, religieux et moral, firent enfin explosion dans la littérature, par ’organe dun homme dont lironie amére, la raillerie dissolvante, unies a Vimagination la plus puissante et a tous les charmes de la poésie, éblouirent l’Allemagne et la subjuguérent,

Cet homme, ce fut Henri Heine. Son livre des Reise-

bilder parut, et ce fut un événement. Tout en se placant loin des partis et des écoles, Heine les domina bientot. Ses poésies ( Buch der Lieder ), publiées peu apres et portant a un plus haut degré encore l’empreinte de ce caractére étrange, qui souffre et qui raille ses propres souffrances , consolidérent cette domination par l’effet inoui qu’elles produisirent sur les esprits. C’est que dans Heine la jeunesse allemande s’était reconnue elle-méme. C’étaient bien 1a ses souffrances et ses désirs , ses espérances et ses déceptions , sa sensibilité facile et cette sceptique raillerie qui en empoisonne la source. I] y avait chez Heine comme une fureur de destruction qui le poussait & briser les plus belles créations de son imagination, et cela précisément au moment ot elles entrainaient nos plus ardentes sympathies, afin de ne pas laisser en nous le moindre doute sur le néant dont elles étaient faites. A une époque ot on refusait de s’intéresser a des productions ne s’inspirant pas de la situation du moment, cette déplorable tendance a démontrer limpuissance de l’art dans sa lutte avec la réalité mateérialiste porta une rude atteinte a la littérature allemande, en introduisant dans Part méme Vélément de sa propre destruction.

Cet élément , que Heine, en le baptisant d’aprés la source ot il découle, appela lui-méme le déchirement \Zerrissenheit ), et auquel nous donnerons le nom de destruction , comme infiniment p's approprié a ses résultats, domina la littérature nouvelle dunt nons allons marquer les principaux caractéres. Ce fut la révolution de Juillet qui lui ouvrit la carriére. On sait ce que produisit du Rhin jusqu’a YElbe la mémorable victoire remportée par le peuple de Paris en 1830. La presse, délivrée pour un moment dn poids qui Pétouffait, éleva vers le ciel mille cris tumultueux Les matiéres politiques devinrent a Vordre du jour; et la littérature tout entiére s’y absorba.

Mais Heine cessa d’étre seul le héros du jour, on le trouva trop poéte : i] dut partager cet honneur avec Louis Barne, crilique spirituel, d’une intelligence vive et fine , écrivain politique aux convictions sincéres , au style nerveux , mordant , unique; cour loyal et chaleureux, rempli d’amour pour sa patrie et de sainte indignation contre tous les abus. Quand la presse politique se trouva muselée de nouveau , les éléments en fermentation furent lancés Cans d’autres directions, et il éclata alors une véritable insurrvction littéraire. On s’acharna contre toutes les anc’ennes gloires de Allemagne : universités, érudition, vieille poésie, enfin tout ce qui avait vieilli faute de ne s’étre pas retrempé a la source féconde des idées du temps, fut attaqué, poursuivi sans relache par l’école nouvelle, qui s’intitula elle-méme la Jeune Allemagne. Ce now lui fut donné par Wienbarg, penseur spiriluel, plein de passion sincére, le seul talent vrai et d’une conviction profonde que cette école ait produit, qui avait fait a Puniversité de Kiel des lecons hardies et brillantes sur lesthétique, ou il avait tracé le programme de la révolution littéraire qui se préparait. En publiant sous le titre de Batailles esthetiques les tecons qui Pavaient forcé de renoncer a sa chaire, Wienbarg commencait en ces termes : « C’est a toi, Jeune Allemagne, que je dédie ces discours, et non pas a Vancienne. » C’est ainsi que ce nom de Jeune Allemagne ful adopté par tous les écrivains qui se rangérent sous la nouvelle banniére.

En méme temps que les Batailles esthétiques pénétraient dans le public, Henri Laube, esprit vif et hardi, d'une invention plus brillante que profonde, débutait dans le monde Htteraire par un roman intitulé da Jeune Europe, dans lequel il annoncait un monde nouveau. Ce monde, dont lancienne Gréce, la révolution frangaise et les propres illusions de auteur ont fourni les éléments, mest, a proprement dire, quwune création extravagante, dont les tétes Jes plus folles s’accommoderaient 4 peine. Dans tout autre moment, loin de produire le moindre effet, une pareille

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production n’eit excité qu’un immense éclat de rire. Mais a cette époque, ou la confusion des idées était extréme, des — productions comme celle de Laube devaient profondément remuer les esprits. De part et d’autre on se mit donc a discuter sérieusement Ja possibilité dune nouvelle Europe, ou du moins d’une nouvelle Allemagne, construite sur les bases indiquées par Laube et Wienbarg.

La confusion, qui marchait déja si bon train, devyait s’augmenter encore par l’arrivée de nouveaux auxiliaires. Ce fut d@abord Gutzkow, jeune critique a la plume acérée, sans ménagement, et se complaisant dans un scepticisme froid et désespéré. Aprés un livre fin et spirituel, intitulé Maka Guru, ot i] raconte avec un talent vraiment original et plein de verve satirique les piquantes aventures d'un dieu indien, il fit paraitre le roman de Wally la Sceptique, mélange de sanglante ironie et d’insolente indifférence, oil, sous prétexte d’accuser son siécle, il le calomnie, a la fagon de Basile, en se livrant en méme temps a de maladroites attaques contre le christianisme, ses dogmes et — sa morale. Les gouvernants s’émurent des dénonciations réitérées élevées & propos de cette production étrange par Wolfgang-Menzel, qui de critique passionné s’était fait accusateur public. Le roman de Gutzkow fut saisi, ce qui en augmenta le succés, et ’auteur condamné a trois mois de détention dans la prison de Manheim ; condamnation dont la doueenr dut singuligrement mortifier un homme qui aimait 4 se poser en martyr de ses opinions et qui avait écrit cette phrase : Celui qui n’est pas accoutumé a Vidée qu'on peut le guillotiner dans le plus prochain quart d’heure ne jouera jamais un grand role de notre temps!

Plus sincére que Gutzkow, et suivant une direction plus sérieuse que Laube, Théodore Mundt chercha d’abord & entrainer la Jeune Allemagne vers des idées plus saine: puis finit par s’y absorber. Frappé de la stérilité de cette école, et croyant sincérement, comme Wienbarg, a la régénération de Allemagne, il chercha avec ardeur ce qui manquail le plus a tous ces écrivains, c’est-a-dire des principes nettement concus. Dans un roman qu’il publia sous le titre de Lebenswirren, il s'inspira de la confusion méme des idées de son époque, qu'il chercha a débrouiller dans un tableau saisissant et plein de vérité. Un second roman,

| intitulé Madonna, lui servit a développer ses doctrines.

Elles consistent en un panthéisme a la fois mystique et sensuel, que l’auteur prétend avoir trouvé dans le catholicisme, et qu’il cherche a concilier avec esprit du protestantisme. Le scepticisme de la nouvelle école, pour lequel Mundt avait jusque alors montré peu de sympatbie, éclata cependant dans un troisiéme ouvrage, qui rendit cet écrivain solidaire de toutes les erreurs de la Jeune Allemagne. La Mere et la Fille, roman publié peu de temps apres le précédent, est une violente satire contre la société.

Le dernier venu de cette école, celui dans lequel elle se résume avec toutes ses aberrations et toutes ses monstruosités, cest Ernest Willkomm. Le livre de Willkomm est intitulé : les Gens fatigués de l Europe, scenes de la vie moderne (Die Europa muden, modernes Lebensbild). L’auteur, en voulant peindre la société de son époque, a réussi a atteindre jusqu’aux derniéres limites de Pextravagance. Willkomm, malgré les absurdes monstruosités qu’il a accumulées a plaisir dans son roman, n’en est pas moins un critique fort distingué. Dans une revue qu’il dirige, il lutte énergiquement contre les tendances frivoles des théatres allemands et la décadence de l'art dramatique.

Mundt, depuis son dernier livre, produit d'un aceds de misanthropie auquel des tracasseries littéraires ou autres ne sauraient servir d’excuse, semble avoir déserté la Jeune Allemagne pour s’inspirer 4 de plus nobles sources.

Lauhe, Je seul parmi les chefs de l’école que le public nait jamais pris au sérieux, est rentré dans les sentiers battus; son style pimpant et léger a du charme pour cette

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—¢lasse de lecteurs qui se payent dela fausse monnaie de

Boerne et de Heine.

Wienbarg se tait, et Gutzkow a reconnu son erreur, du moment oi sa vanité désabusée lui a eu démontré le cdté facheux de tout parti pris. Dans son roman de Blasedow ef ses fils, il est revenu depuis & la peinture de caractéres , ol il excelle par un grand talent @observation.

Voila done le résultat auquel a abouti ce grand mouvement de la nouvelle école! Elle, qui avait voulu d’abord réformer Europe, ensuite régénérer Allemagne, elle n’a laissé dans Ja littérature de son pays que la trace de ses productions avortées et informes, que la mwvaise graine de ses doctrines, qui y germera longtemps é. 9re.

11 nous reste A parler des femmes auteurs. La littérature des femmes auteurs de l'autre cété du Rhin avait toujours été celle du calme, du repos de Padme, de la résignation. Elles se plaisaient & célébrer les vertus domestiques, le bonheur du foyer. Aucune d’elles n’agita jamais, que nous sachions, la question de ’émancipation, ni ne voulut développer, a Paide Mune fiction inventée ad hoc, quelque profonde idée de philosophie ou de science sociale. Madame la ~omtess* de Hahn-Hahn s'est irrilée de ce calme, peu digne d'une époque od il est convenu que toute femme ayant le sentiment de sa véritable mission sociale doit, avant tout, protester hautement contre l’asservissement de son sexe. Son tempérament fougueux s’est indigné de la paix profonde qui régnait dans la littérature de ses compatriotes , et, animée @une sainte colére , elle y a porté le brandon des doctrines nouvelles. Madame de Hahn-Hahn a composé plusieurs ro~ mans, dans lesquels elle prouve victorieusement que Thomme est indigne de la femme. De plus, elle a la prétention d’avoir inventé un genre nouveau. Des romans !... elle rougirait Wen avoir écrit. Ulrich, la Comtesse Faustine, Sigismund Forster, Cécile, et quelques autres ouvrages encore, sont, selon elle, non pas des romans, mais des révélations. Ce sont, selon nous, de pales copies @un auteur francais du sexe de madame de Hahn-Hahn, mais que celle-ci est loin d@égaler en puissance créatrice. Elle se croit de la meilleure foi du monde une femme extraordinaire, et donnerait tout pour faire partager cette opinion au public.

Madame Bettina d Arnim y est arrivée sans efforts , en se laissant aller 4 sa pente naturelle. Le nom de madame d@Arnim, ou plutot celui de Betfina, est populaire en Allemagne. C’est que ce nom est inséparable de celui de Geethe. La source qui nous révéle cette femme extraordinaire, cette nature @élite, c'est sa propre correspondance avec le grand écrivain, publiée sous le titre de : Correspondance de Gethe avec un enfant. Le troisiéme volume de ces lettres nous fait connaitre la premiére jeunesse de madame d@’Arnim. Bettina est femme et sceur de poétes; mais certes le plus grand poéte des trois, c’est elle-méme. Quelques années apres la publication de sa correspondance avec Goethe, madame d@’Arnim fit paraitre un livre intitulé Giéinderode. C’est encore un recueil de lettres échangées entre elle et une amie

de couvent, mademoiselle de Giinderode. Il nous apprend °

toutes les divagations , toutes les poétiques folies de cette dame mystique qui a nom Bettina. Mais ne dirait-on pas que cest une contagion de l’époque? Madame d’Arnim, cet*s intelligence passionnée , s’est mise, elle anssi, 4 publier un livre sur les questions 4 ordre du jour. Toutefois, hatonsnous de le dire, la politique, les questions sociales, dans la bouche de madame d’Arnim, c’est encore de la poésie. Cet ouvrage, portant pour titre unique : Ce livre appartient au roi, était dédié au roi de Prusse. Sous forme d’entretiens entre la mére de Goethe, le bourgmestre de Francfort et un pasteur protestant, Panteur y traite toutes les grandes questions qui agitent les générations actuelles. C’est une pythonisse sur son trépied; elle sonde les mystéres de la création , les ceuvres de Dieu et des hommes. Philosophie, religion, ‘institutions politiques et sociales, elle passe tout en DICT. DE LA CONVERSATION. — T, 4,

pression, r’étaient guére propres a la scéne;

revue; or, si nous l’en croyons, il faudrait renouveler tout cela. La censure de Berlin aurait probablement arrété les réves inspirés de madame d’Arnim, si celle-ci n’edt prévenu les censeurs en mettant son livre sous la protection du roi. Madame d’Arnim n’a pas trouvé @imitateurs, par Ja raison qu’un genre unique ne s’imite pas.

Madame Palzow, écrivain des plus distingués, se révéla au public il y a quelques années. Son premier roman, Godwie- Castle, est un chef-d’cuvre de finesse et d’observation, Madame Palzow excelle surtout dans la peinture des mceurs de Varistocratie du moyen age

Parmi les écrivains dont les productions sont toujours bien accueillies du public féminin, il faut encore citer ici mesdames Fanny Tarnow, Amélie Schoppe, Henriette Hanke, Caroline Woltmann, Julie Sortari, Frédérike Lohmann, Emilie Caroli et Wilhelmine Gersdorf.

Thédtre allemand.

Des représentations improvisées du genre des marionnettes, qui remontent peut-étre au treiziéme siécle, telle est l’origine du théatre allemand. Les divertissements et les mascarades du carnaval y donnaient lieu. Des histcires bibliques dramatiquement exposées et appelées mystéres, des especes de proverbes en action , dits moralilés, qu'on représentait alors surtout dans les couvents, telles furent les premieres piéces de ce théatre. A partir du milieu du quinziéme siécle, on voit ces pieces, particuliérement celles du genre comique, traitées par Hans Rosenblut, dit Schnepperer (les premiers jeux de carnaval qui aient été imprimés ), et par Hans Folz; et au seiziéme siécle, par le fertile Hans Sachs et par Ayrer. Il est probable qu’elles étaient représentées , surtout dans les villes impériales, par des amateurs, ou par des troupes nomades dites Mastnachtspieler (joueurs de carnaval ) qui ont beaucoup d’analogie avec les proverbiers (Spruchsprecher) du temps des Meistersenger. Les waductions des anciens, de Térence par exemple, qui parurent alors, n’exercérent aucune influence sur les masses, ef ne furent méme pas représentées. Des divertissements mimiques continuérent a former, avec les piéces proprement dites, le fonds du répertcire.

Au dix-septiéme siécle, le thédfre eee allemand ne fit encore aucun progrés. Les poétes se bornérent a traduire les théadtres étrangers, mais ils parvinrent a donner ainsi A la scéne allemande un ensemble pius régulier. Aprés Martin Opitz, qui composa quelques eéras a imitation des Italiens, par exemple de la Daphné de Rinuccini, les comédies mélées d’ariettes et les farces chantécs devinrent plus fréquentes. On trouve cependant déja au commencement de ce siécle des troupes de comédiens régulitrement organisées , qui, par la représentation de piéces traduites des théatres étrangers, clerchaient a faire concurrence aux joweurs de mystéres et de carnaval.

Des traductions de Guarini introduisirent le genre dit pas toral. André Gryphius ( né 4 Grossglogau, en 1616, mort en 1664 ) composa dans ce genre beaucoup de piéces pour le théatre. Son style est souvent ridiculement ampoulé, mais cet écrivain a de l'imagination, et au total on peut dire de lui quwil fut utile au thédtre, sous le rapport de Vexposition dramatique et du développement des caractéres. Les drames de Lohenstein, emphatiques au dela de toute exils obtinrent cependant de grands succés , et n’exercérent malheureusement qu’une trop grande influence sur le théatre allemand et surle goat du public. C’est de cette époque que datent les grandes piéces héroiques, imitées le plus souvent du francais et de Vespagnol, ou Je pathos le plus absurde se débitait & grands tiraillements de poumons, au milieu d’horribles grincements de dents, de torsions de bras et de jambes, et dune effroyable consommation de papier doré et d’autres oripeaux. Iffland décrit @une manitre piquante

le théatre de eette époque dans son Essai sur la Tragédie ( Almanach théatral de 1807 ). Il nous dépeint en ces termes la déclamation des acteurs dans ces pieces héroiques et Jeurs habitudes hors du thédtre : « Us avaient la bouche tellement pleine de leurs tirades qu’il leur était impossible de prononcer un seul mot cossme les autres hommes, et leurs regards erraient toujours au milieu des nuages... Plus la société s’opiniatrait A refuser a l’acteur ses droits civils, et plus celui-ci portait la téte haute, a la maniére de Jean-sans-Terre. {] était trés-rare qu’on le vit hors du théatre sans une énorme rapiére fitrement appendue a son cote... En leur qualité de héros grecs ou assyriens, ils réunissaient dans léur costume Ie présent au passé. » Un personnage inévitable dans& ces piéces héroiques était une espéce de niais, appelé d’abord Courksed, puis Pickelhering, et enfin Hanswurst.

En 1669 parut imprimée une traduction du Polyeucte de Corneille, qui fut représéntée par tine troupe ambulante dirigée par un certain Veltheim, lequel improvisait aussi des ballets et des parades 4 Vitalienne. D’un autre cété, on traduisit et représenta fréquemment les pices de Moliére. Mais les acteurs ne purent pas perfectionner leur art, a cause des errements suivis par les poétes de Vépoque et dé la lutte constante qu’ils avaient 4 soutenir contre l’Eglise. Is trouvérent toutefois des protecteurs et des défensetirs; et les troupes devinrent de plus en plus communes, en méme temps qu’il s’opérait une classification de rdles plus précise. Mais pendant les trente premiéres années du dit-huitiame siecle les pieces héroiques n’en continuérent pas fidins 4 composer Ie fonds du répertoire, avec des opéras et de parades improvisées , qui, en raison des licences que pouvaient prendre les interlocuteurs, étaient souvent beaucoup pliis géiitées du public que toute autre espece de représentations scéniques.

En 1708 wh certain Stranitzky fit jouer 4 Vienne, ot jusque alors on n’avait représenté que des piéces italiennes , une coniédie allémande. 11 employa dans cette piéce le dialecte si comique de la Baviére et du pays de Salzbourg, et transforma l’Arlequin, qui dans fes piéces italiennes était Je comique obligé et par excellence, en Hanswurst allemand. La coniddie et le personnage furent beaucoup goités du public vienndis.

Caroline Neuber, née A Weissenborn, est célebre dans Vhistoiré du théatre allemand ; elle cumolait & cette Epoque Jes fonctidns d’actrice et de directrice de troupe, et traduisdit 6h Outre aveé assez de bonheur des piéces empruntées a deg thiéatres étrangers. Elle joua d’abord a Weissenfels et a Leipzig, puis A Hambourg; et sticcessivement dans toutes les contrées del’Allemagne.G otts ch ed exerca sur elle beaucoup @inflwence. fi la détermina a représenter les pieces que lui et ses ainis traduisaient du frangais, ainsi que sa grande tragédie de Caton mourant, et se donna beaucoup de peine pour stibstituer sur la scéne une fort plate correction de diction a Ja boursonflure de la déclamation dalers.

Au milieu de cette absence complete de toute originalité , il était impossiblé qu’un théatre national naquit. On vit bien paraitre 4 cette époque quelques poétes dramatiques doués de talents véritables , mais aucun deux ne put sé défendre de Sacrifier au godt frangais, Le théatre allemand ne gagnaa Jeurs travaux que d’acquérir plus de régularité dans sa forme.

Lessing, par $a critique et ses ceuvres dramatiques, rendit des services Autrement grafids a lart théatral des Allemands. 11 détrona le gotit franeais, et appela l’attention publique sur les chefs-d’@nvre du théatre anglais. I] introduisit en mime temps ati thédtre Ja tragédie bourgeoise, et essaya dabolir Pisage de ta versification dans Je drame; tache dans Jaquielle il fut secondé par Engel: Sa Miss Sara Sampson fut Jé modéle de pidces Wun nonvel ordre, Sa Minna de Barn- Aélin est ONS composition phis importante, et son Amilie

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Galotti fut un pas immense fait vers le perfectionnement de la tragédie.

Ces tentatives trouvérent naturellement une foule d’imitateurs, et les tableaux de famille ainsi que la comédie larmoyante devinrent bient6t a lordre du jonr. Engel, Stéphanie, Junger, Hubert, Schroeder, Grossmann, Wezel, Babo Hagemeister, et surtout Lenz, cet auteur si original ; exploitérent ce genre, qui malgré ses défauts ne laissa pas que @amener un changement avantageux a l’art théAtral.

L’apparition des tragédies bourgeoises, dit Iffland, comme Miss Sara Sampson et le Pere de Famille de Diderot, embarrassa d’abord singuliérement les troupes de comédiens, habituées a jouer les piéces héroiques. Les acteurs reconnnrent avec effroi qu'il fallait faire parler naturellement les personnages qui y étaient introduits, et que le poete empruntait @ la nature et non a son imagination. Toutes les tentatives faites pour allier enflure au naturel échouérent honteusement. Cette révolution dans Vart fut, au reste, secondée par l'apparition de quelques artistes yéritables, qui, pour la premiére fois, firent entendre sur les planches le langage de la nature et de la sensibilité. Dés que les Allemands eurent commencé a étudier Jes poétes dramatiques anglais , ceux-ci exercérent une puissante influence sur le théatre allemand. Schroeder est le premier qui fit jouer des piéces de Shakspeare arrangées par lui. La tragédie bourgeoise ne tarda pas cependant a dégénérer en drame larmoyant. A cette époque de sensiblerie, dit encore Iffland, tout le monde pleurait au théatre; on se souciait peu d’étudier un caractére ; pourvu qu’on penchat la téte vers la terre, qu’on soupirat sans cesse, qu’on jetat de temps a autre les yeux vers le ciel et qu’on prit des attitudes de désespoir, pourvu surtout qu’on versat des torrents de larmes, on passait pour un grand acteur. Goethe et Schiller eux-mémes payérent tribut a cette mode; mais ils rompirent bientdt dune maniére éclatante avec ce systéme erroné. —

Inspiré par Pesprit géant du poéle anglais, Goelne, dans son Gals de Kerlichingen, agrandit le domaine de la scéne allemande , et combattit puissamment le genre larmoyant, qui jusque alors en avait eu la possession exclusive. Mais alors arriva linévitable nuée (imitateurs, qui eurent bientét précipité le théatre allemand dans un autre extréme. On ne vit plus de tous cétés, pendant un certain temps, que des pieces de chevalerie, qui n’ayaient, comme le remarque Schlegel, rien d’historique que les noms et les costumes des personnages, rien de la chevalerie que les casques, les écus et les longues rapiéres, rien du vieux temps de I’Allemagne que la grossidreté du langage, et ott les pensées étaient aussi communes que modernes. ;

Dans la comédie, Iifland a fait école pour Purbanité du langage et Part du dialogue. Kotzebue vise trop aux coups de théatre et a Veffet ; on ne saurait toutefois lui refuser Ja connaissance du thédire, une grande entente de la scene, une rare facilité de dialogue , et beaucoup d’esprit.

Les événements politiques des derniers temps ont influé de la maniére la plug malheurense sur le théatre allemand, qui maintenant en est réduit le plus souvent A n’offrir a ses habitués que des traductions du frangais et de Panglais ou de Vespagnol. Le malenest méme venu ace point, qu’il n’ya pas desi méchant vaudeville joué a Paris qui ne fasse le tour de Allemagne, et qui n’y obtienne l’honneur de plusieurs traductions et imitations. fas

L’auteur dramatique dont le public, celui du nord particulidrement, s’est le plus oceupé A une époque, est Raupach. Son nom pent d’autant moins ¢étre passé sous silence que son plus grand mérite consiste précisément dans la seule qualité requise aujourd’hui pour étre admis a Phonneur de Ja représentation, c’est-a-dire dans lentente de Ja scene. D’ailleurs, la fertilité de Raupach est si prodigieuse, quel excuse ep quelque sorte les défauts et les cdtés faibles

ases places, L’ouvre la plus importante de cet auteur con

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siste en une série de drames, dont la grande histoire de la |

rage impériale des Hohenstaufen est le sujet. Une si yaste création , digne d’étre entreprise par ya génie plus puissant, fut chez Raupach moins le produit dune inspiration spontanée que le résultat dun concours de cirgonstances dont il a sutirer profit, Raupach s’était rappeléque, dans son Cours de Littérature dramatique , Frédéric Schlegel avait signalé el décril & grands traits le cOté dramatique de cet épisode de Vhistoire nationale, Au moment méme od la mémeire de Raupach lui rendait ce service, Raumer yenait de publier sa célébre Histoire des Hohenstaufen, dont nous avons parle plus haut. Raupach n’eut done autre chose a faire quia mettre en dialogue le récitde Vhistorien; ef comme il régnait en maitre absolu sur le théatre de Berlin, qui acceptait toutes ses pices les yeux fermés , son facile talent , une fois en besogpe, se mit a tailler des drames par douzaines, qui tous deyinrent populaires dans la capitale de la Prusse. La scene berlinoise fut, du reste, la seule ou ces drames historiques eurent un succes franc et décidé. Ce qui les soutint surtout, ce fut le jeu de Lemm, excellent tragédien, dont la mort a laissé un grand vide sur le thédtve de Berlin et enleva a Raupach son meilleur interpréte. L’ Lcole de la vie, conte dramiatisé du méme auteur, obtint uo vrai succes de vogue , tant les émotions y sont violentes. Raupach eut ensuite I'idée de compleéter iimmortel Tasse de Goethe, par une tragédie intitulee da Moré du Tasse. Pour que le titre fat exact, cette piéce devrait s’appeler le Tasse mourant, puisque Von y yoit le poéte, a demi fou, mourir lentement pendant cing actes.

Ce qui frappe particuligrement dans les productions des modernes , c'est la pauvreté de l’inyention. Pour étre juste, il faut cependant reconnaitre que, de tous les poetes dont les productions alimentent la scene allemande, Raupach est le seul chez qui ce précieux don ne fasse pas défaut. Ses premiers drames se distinguent par des situations trés-habilement ménagées ; il excelle dans l'art de choisir un sujet, et ue manque pas d’esprit dans ses comédies. Ses pieces les mieux réussies sont: Zsidore et Olga, Cardinal et Jésuite, les Contrebandiers, UV Esprit du temps, la Réine prudente, et lly acent ans.

Le succes quwobtint Ecole de la vie de Raupach engagea le baron de Miinch- Bellinghausen a choisir pour sujet de diame, sous le pseudonyme de Halm, Vhistoire de la patiente Griseldis , immortalisée par le génie de Boccace. Son drame, parfaitement bien écrit, a eu ug grand succés. Oua parlé de son Adepte, encore moins de son Camoéns ; mais le Gladiateur de Ravenne, joué sous le voile de I’anonyme a euthousiasmé l’Allemagne.

M. Grillparzer, auteur de U’Aieule, a fait représenter plus tard un des plus beaux drames de l’époque, /e Réve est une vie.

M. Auffenberg, le Raupach de l’Allemagne méridionale , Sinspirant des romans de Walter Scolt, parvint a créer plusieurs drames de mérite. Son Alhamora est une composition monstrucuse , qui participe de tons les genres , sans apparlenir spécialement a aucun. Quedire d’un ouvrage dramatique en trois volumes?

Parmi lesdrames qui ont obtenu des succés , il faut citer : VElection de Vempereur, de Schenk; les Vénitiens, de Relistab; Manfred, de Marbach; Clo¢ilde Montalvi, de Firmmich ; les Fils du Doge, de Reinhold.

Charles immermann, Pun des poétes dramatiques les plus distingués de l’Allemagne, ravi aux lettres par une mort prématurée , ne put faire accepter au public de Berlin son dernier drame, les Victimes du Silence. Talent hors ligne , Immermann ne pouvail étre populaire aune époque de décadence comme celle du théAtre allemand actuel. Tous ses travaux, tous ses efforts, n’avaient d’autre but que de ramener la scéne allemande dans une voie digne d’elle. Mais iléchoua ob bien d’autres avaient échoué avant lui.

A mesure, d’ailleurs , que les grandes ceuvres tragiques deviennent plus rares sur la scene allemande, le nombre aes bons acteurs diminue en proportion. L’Allemagne ne posséde plus aujourd'hui un seul comedien sorti de l'admirable pépiniére d’artistes dramatiques formée par Itfland et son école, Les anciennes traditions se perdent, en méime temps

que les productions des auteurs wodernes v’ont plus le

privilége de développer de wouveaux talents. L’acteur n'ayant plus de caractéres originayx a créer, n@ trouvant nulle part de difficultés a vaincre , se laisse aller a la peute

| dela routine et néglige jusqu’a la simple diction. Diyn autre

colé, le défaut d’iuterprétes intelligents paralyse la force créatrice des auteurs, et on peut dés a present prévoir que le temps n’est pas loin ot la tragédie originale allemande aura entiérement disparu de la scéne.

La comédie est dans un état plus critique encore. La littérature allemande abonde, sans doute, en pices qui portent ce titre; mais la comédie proprement dite continue & faire défaut 4 PAllemagne. La seule piéce du répertoice qui ait droit 4 ce nom est encore la Minna de Barnhelm, de Lessing. Tous les autres écrivains qui ont cultivé la comédie ont sacrifié leur talent, el souvent un taleat fgrt distingué, aux besoins du moment ainsi qu’au mayvais goat du public. L’habitué dy théatre allemand, en général, o’a pas Pintelligence es belles situations et de la fine observation, Ce quwillyi faut, cest une bonne grosse plaisanterie, le boa gros rire, ou bien du sentimental , du larmoyant, mais rien qui sorte de la sphére domestique. Il ne sait apprecier ni la fivesse comique ni la grandeur tragique. D’ou il résulle que la comédie, ou Ge qu’ou appelle ainsi, pour réussir alascéne, doit yarier sans relache de la houffonuerie 4 cg geare batard qu’on appelle en Allemagne tableaux de famille (Familiengemaelde), et qwil ne faut pas confondre avec le drame bourgeois frangais. En fait de genre national le théatre allemand n’a prodnilrien que Von puisse opposer aux comédies anglaises , aux vaudevilles frangais , vyoire méme aux masques italiens. Pour ce qui est de la yérité, de l’observation , de l’esprit et de Pintelligence du coeur hu main , aucun poéte comique de ce pays n’approche, méme de loin, de Moliére, de Shéridan ou de Goldoni. La vie allemande, ne dépassant guére le cercle étroit du foyer domestique, donne moins de prise 4 l’ohservation que celle des autres pe iples; il ya @aillenrs dang ce pays trop de régions priyilégiées, rendnes inabordables par ta censure; et le champ de la haute comédie y est tellement circonscrit, que le talent le mieux inspiré ne pourrait se mouvoir daus un cercle si restreint. De 1a vient que la comédie allemande n’a élé cultivée par aucun taient de premier ordre. Les hommes quisubviennent, sous ce rapport, a la consemmation jourualiére de la scéne, sont pour la plupart des acteurs ou des auteurs trés-médiocres. Quelquefois sang doute un homme de talent consacre a la prospérité d’un théatre les heureux dons naturels quilui sont échus en partage, mais il est bien rare quil en résulte un véritable profit pour art méme.

Ce que nous disons 1a s’applique particuliérement 4 Raupach , dont le talent comique est incontestable, et qui pour tant n’a rien créé dont Part ait veritablement profité. L’esprit qu’on admire dans ses productions ne briile pas par sa propre finesse : il a besoin d’étre soutenu, relevé par le geste et Paccent de l’acteur. Les comédies de Raupach , aussi bien que ses drames, n’ont obteny de succés que par Vhabileté de Vinterprétation. Nous excepterons toutefois son drame d’{sidore e¢ Olga, dont la valeur poétique est réelle.

A cété de Raupach, il faut nommer Bauernfeld , auteur trés-fécond, dont les comédies brillent par un slyle pur, par Vart dy dialogue et par @’habiles situations. Mais ‘a force comique manque absolument a cet écrivain , et l’inyention n’est pas non plus ce qui le distingue. Nous ajouterons ici les

soms des auteurs comiques dont les productions ont le plus occupé la scéne allemande a notre époque ; Deinhardstein , auteur du Hans-Sachs, directeur intelligent du théatre impérial de Vienne; Albini, Toepfer, Charles Lebrun, Charles Blum, \,ai excelle dans arrangement des piéces élrangéres ; Elsholtz , Maltitz, et Cosmar, l’infatigable traducteu. de MM. Scribe, Alexandre Dumas et de tous les auteurs francais en vogue.

Un genre nouveau, ou plutot renouvelé d'Iffland, a obfenu plus tard un grand succes sur le théatre allemand. Comme il tient du drame et de la comédie, sans étre précisément ni Pun ni lautre, il lui a fallu une dénomination nouvelle que l’on a cru avoir trouvée dans le titre de pieces de conversation ( Conversationsticke ). Le public adopta ces piéces avec dautant plus de plaisir que tous les théatres étaient , quant au personnel, en parfait état d’en soigner la représentation L’auteur qui ressuscita ce genre fut madame la princesse Amélie de Saxe,

Cest, comme nous lavons dit , le drame d’Iffland, mais dun genre plus relevé , et te. qu'il convenait de l’écrire pour la haute soci*é. La disposition des piéces de la princesse Amélie est en ,enéral trés-simple et l’exécution fort habile ; le style en est pur, le dialogue ¢légant, fin et spirituel. Le dialogue est méme, a propremei.. parler, toutela piéce ; action

s’y réduit & peu de chose : de la ce nom de ziéces de con- |

versation. Voila tout ce que !’on peut dire a Péloge des comédies de la princesse de Saxe, productions dont le genre est indéterminé, vague, ou il n’y a ni dessin de caracteres ni lutte de passions. Le seul bien qu’elles produisirent, ce fut d’expulser de la scéne les drames du genre larmoyant et terrible de madame Charlotte Birch-Pfeilfer ; drames vrai ment barbares , auxquels le bon public allemand avait cependant pris beaucc ~ de godt. Les piéces de la princesse de Saxe qui ont obtenu le plus de succes sont : Vérité ef Mensonge, la Fiancée de la Capitale, Eleve, V’Oncle, et la Fiancée du Prince. Elles ont été traduites en francais par M. Pitre Cheval-er.

Un homme d’une naissance non moins illustre, le duc Charles de Meklenbourg-Strélitz , a fait représenter, sous le pseudonyme de Weisshaupt, une piéce du méme genre, intitulée : les Isolées, dont le mérite consiste également dans la perfection du dialogue.

Le langage de la haute société, disons méme de la bonue compagnie, a été rarement, e' toujours fort imparfaitement, reproduit dans la comédie allunande. Les comédies de Kotzebue, et méme celles d’Iffland, qui régnérent pen¢ »at si longtemps sur la scéne allemande, y avaient introdun un langage qui n’était, a vrai dire, celui d’aucune classe de la société, une véritable langue de convention. Les auteurs dramatiques qui leur succédérent furent a la vérité plus naturels ; aucun d’eux ne descendit dans le dialogue a fa trivialité de Kotzebue; mais peu étaient a portée d’étudier les hautes classes, qu’ils avaient la prétention de peindre, et de s’approprier la langue qu’ellesy parlent. Il n’est donc pas étonnant que les personnes d’un gout pur, séduites par un langage nouveau pour elles dans le domaine ou il se produisait, et pourtant simple, naturel et familier, s’y soient laissé prendre et aient passé facilement sur le reste. On ne peut cependant nier que cegenre ne soit unacheminement vers un ayenir meilleur. Les imitateurs ne tardérent pas non plus a s’en emparer ; mais celle fois ce furent des imitateurs intelligents, tels que Leutner, dont la comédie Frere e¢ Sour, tout en suivant la tradition, est bien plus riche en effets dramatiques que les piéces de la princesse Amélie. Devrient, acteur du théatre de Berlin, neveu du célébre Louis Devrient, se servit du méme cadre pour écrire une comédie intitulée : des Erreurs, qui mit en émoi le public et la critique. C’est a ce genre qu’appartiennent encore l’Ecole des Riches et le Feuillet blanc deM. Gutzkow. (Voyez la plupart des noms cités. )

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L’ancien chefde file dela Jeune Allemagne débuta au théétre par un drame , Richard Savage, dont le succes fut grand et mérité, L’auteur s'est inspiré des malheurs de cet infortuné et vaniteux poéte anglais, fils illégitime d’une grande dame, qui refusa toute sa vie de le reconnaitre. Le Richard Savage de Gutzkow n’est pas celui de histoire, chez lequel la présomption , la vaniité et Vorgueil blessé avaient étouffé tout sentiment filial. Ce pamphilétaire se souciait bien en vérité de l'amour de sa mére! Ce qu’il lui fallait, c’était un rang, des richesses, un champ a son ambition démesurée! Gutzkow, en rendant son héros plus intéressant, l’a rendu en inéme temps plus dramatique. I y a dans sa piéce des scénes Wun grand pathétique; le style en est fortement coloré et toujours a la hauteur du sujet. Ce drame peut étre considéré comme Pun des plus beaux du théatre allemand moderne. Dans son Patkul, le méme auteur a représenté les idées et les t. dances de notre époque ; il y a exprimé des sentiments de nationalité qui surprennent dans la bouche de Pauteur de Wally.

L’Allemagne , nous en avons la certitude, recéle encore beaucoup de jeunes poétes tout aussi méritants que ceux que nous venons de nommer. Leurs efforts reunis parviendraient peut-étre a retenir le thédtre sur la pente funeste ot il s’est engagé, si les directions théatrales , au lieu d’encourager les talents naissants , ne prenaient pas soin en quelque sorte de les rebuter en leur rendant la scene tout a fait inabordable.

| Le public, habitué depuis longtemps aux traductions et

a Vimitation des piéces élrangéres, leur abandonne a cet égard un pouvoir absolu. Le public allemand, celui des

| théatres du moins, n’exige pas qu’on lui donne des ouvrages

originaux. Peu lui importe l’art national , pourvu qu’on I’aynuse. Ajoutez a cela que l’auteurdramatique, a moins d’étre W@une féecondité prodigieuse , ne trouve pas dans I’exercice de son talent les garanties d’une existence assurée. Les directions de théatre n’attribuent aux écrivains aucun droit d’auteur; elles se rendent propriétaires des piéces de leur répertoire; et ’auteur, une fois son ouvrage vendu, ne peut plus le retirer, ni prétendre a une part quelconque de la recette quil aura produite. Les grandes scénes ont pour la plupart un tarif d’aprés lequel elles fixent la rétribution des pieces , et auquel l’auteur doit se conformer. Cette rétribution est dordinaire si minime, elle compense si peu les vexations et les dégouts de toute espéce auxquels tout auteur doit se résigner avant d’arriver a la représentation de ses ouvrages, quel’on a en vérité de la peine a concevoir comment il se rencontre encore des écrivains dramatiques en Allemagne.

Le droit de propriété dramatique n’a été fixé par une loi gu’en 1837, et encore en Prusse seulement. Cette loi, fort imparfaite d’ailleurs, parce qu’elle ne protége les auteurs dramatiques que contre le vol de leurs manuscrits, peut cependant étre considérée comme un progrés, quand on se reporte alé’ & de choses antérieur. Elle interdit la représentation dé tout ouvrage dramatique sans lautorisation préalable de Pauteur, de ses héritiers ou ayant-droit , Zané que cet ouvrage wa pas été publié par la voie de Vimpression. L’auteur seul peut accorder cette autorisation, et aprés sa mort ses droits compétent a ses héritiers ou ayantdroit pendant lespace de dix ans. Toute contravention est punie d’une amende de dix a cent thalers (40 a 400 francs), et en outre, si la représentation a eu lieu sur un théatre permanent, de la ‘confiscation de la recette brute de la soirée , au profit de Pauteur, déduction faite @’un tiers pour la caisse des pauvres.

Une scéne qui, malgré sa position infime, déploie bien plus p’originalité que maint grand théatre a prétentions littéraires et arlistiques, c’est le thédtre populaire de la Léopoldstadt, 4 Vienne. Les pidces qu’on y joue sont tout bonnement des farces locales, mais dun genre trés-original et dont on se ferait difficiletnent une idée en France. C’est ua

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mélange de réalités et de fictions, de faux et de vrai, de morale et de folie ; un monde de fées, de démons, d’enchanteurs,

a tj

d'honnétes bourgeois et de stupides valets, Ajoutez a cela

des feux artifice, des pantomimes, de magnifiques décors, et vous aurez une idée de la récréation favorite du peuple de Vienne, récréation a laquelle la bonne société ne dédaigne pas de prendre part. Ce genre, qu’on appelle piéces viennoises, fut perfectionné, sinon inventé, par un acteur comique du premier ordre, nommé Raimund. Avant lui, Préhauser et Schuster avaient déja charm uvi * leurs inventions comiques ce bon peuple viennois, de toutes les populations allemandes la plus affamée de spectacles. Mais Raimund éclipsa bientdt tous ses devanciers, auteurs et acteurs, et resta jusqu’a sa mort le favori du public. Cet artiste, d’un comique si profond et si vrai, qui avait tant de fois désopilé la rate de ses compatriotes , se tua dans un acces de délire, Les meilleures piéces de Raimund sont: le Diamant du roi des Esprits, la jeune Fille du monde des Fées, le Roi des Alpes et le Misanthrope. Ce sont de véritables drames populaires, mélés, il est vrai, de merveilleux et de fantastique, mais de ce merveilleux naif auquel on suppose toujours un sens profond, et qui convient si bien A ame réveuse du peuple allemand. C’est ce petit thédtre de la Léopoldstadt qui produisit la fameuse Nymphe du Danube, dont PAllemagne entiére fut engouée pendant des années.

Il nous reste a parler des auteurs dramatiques qui se sont Yolontairement fermé l’accés du théatre en refusant de se plier aux exigences, aux caprices de la foule, et qui se cortentent pour leurs ceuvres des suffrages éclairés dun petit nombre de lecteurs d’élite. En lisant leurs ouvrages , on s’apercoit aisément quils se sont peu préoccupés des

exigences de Ia scéne, non-seulement de celle des théatres allemands, mais de la scene en général, tant leurs créations se développent au dela des conditions imposées a la représentation. Ce sont surtout les drames de Grabbe que nous avons ici en vue , comme les product s de cette partie de la littérature dramatique qui offrent lvoriginalité la plus bizarre,

Grabbe, génie singulier, ci »ctere étrange, allie dans ses drames une grande puissance créatrice a l’imagination la plus désordonnée. A Page de dix-neuf ans il avait déja composé un drame : le Duc de Gothland, ceuvre irréguliére, bizarre, mais qui dénote une force réelle et une grande abondance didées. Le malheur de Grabbe fut de n’avoir pu ni maitriser les impressions d’une enfance misérable , ni surmonter les entraves qu’il rencontra plus tard dans la vie. Un sentiment de haine, de rancune contre la société, se réfléchit dans tous ses ouvrages. I] edit voulu que la nation allemande l'adoptat et lui donnat mission de lui faire des chefs-d’cuvre. « Vous yous enthousiasmez pour des étrangers, écrivait-il ; pourquoi ne pas me préter aussi votre appui? Vous parlez avec idolatrie de Shakspea, et il ne tient qu’a vous de faire de moi’ un Shakspeare! » II disait encore ailleurs: « On se prend d’enthousiasme pour un drame comme Faust ; quelle misére! Donnez-moi trois mille thalers par an, ef je vous ferai bien autre chose. » Grabbe fit auire chose, en effet. Dans ses drames de Don Juan et Faust, Hannibal , Barberousse, Henri IV, tout est colossal, exagéré, monstrueux. Pour écriie un drame historique, il ne se contente pas d’un fait, d’un événement > quelque dramatique qu’il soit : il lui faut une époque , un peuple. S’il peint la passion, la vertu, le vice, c’est sans transitions, sans nuances, et toujours dans leurs manifestations les plus tranchées. La Bataille d@’ Arminius , quwil termina en mourant , est son meilleur drame. I! laissait inachevée une épopée dramatique intitulée : Napoléon et les Cent jours.

Buchner, poéte dramatique, enlevé a la fleur de Page, dont

les créations sont moins gigantesques, mais en revanche bien autrement a la portée de la scine, appartient a l’école

de Grabbe. Son drame la Mort de Danton représente d'une maniére saisissante une des phases les plus terribles de la révolution francaise. Danton est pour cet écrivain Pexpression la plus parfa'te de la grandeur républicaine. Tous les caractéres que Buchner représente dans son drame sont tracés de main de maitre. Nous devons encore mentionner les noms de Daller, de Wiese, de Wilkomm, de Mosen, @Uchtritz, et surtout celui de Hauch, Danois de naissance , qui, 4 exemple de son compatriote Géhlenschlaeger, s’est inspiré de la muse allemande, Sa tragédie de Tibére et son drame le Siége de Maéstricht ont pris place a coté des plus belles productions de la poésie dramatique des allemands.

Les revues et les recueils consacrés a l'art dramatique qui se publient en Allemagne caractérisent assez bien par leur direction particulitre état de schisme ou se trouve aujour- Whui le thédtre allemand. C’est ainsi que les ouvrages dramatiques destinés a la représentation scénique , et nous comprendrons dans cette catégorie les traductions , imitations, etc., sont représentés par une foule de recueils et de revues critiques , dont les principaux sont !Almanach des Thicutres de Cosmar, les Annales Dramatiques de Franck, la Revue des Thédtres de Lehwald; tandis que les piéces purement littéraires ne s’appuient que sur les Annales de Willkomm, excellent et consciencieux recueil de littérature et de critique dramatiques, dont le titre allemand est : Jahrbicher fiir Drama, Dramaturgie und Theater.

Nous venons d’esquisser rapidement l’état actuel du thédtre on Allemagne. L’art dramatique y subit depuis bien des années une crise doulourense dont il est difficile de prévoir le terme, mais dont les résultats ne sont malheureusement que trop évidents. Un fait non moins affligeant qu'il nous faut constater, c’est la rareté toujours plus grande des bons comédiens. L’Allemagne, si riche en institutions musicales, et qui posstde, outre les conservatoires de Vienne, de Berlin, de Prague et de Leipzig, un si grand nombre @académies lyriques et de sociétés pour la propagation du chant, n’a pas une seule école de déclamation pour former ses acteurs et corriger la prononciation vicieuse de la plupart d’entre eux. Aussi n’est-il pas rare d’entendre, méme sur des scenes de premier ordre, tantét l’accent trainant de la Saxe se marier disgracieusement a l’apreté du dialecte bavarois , tantét le langage flasque et efférainé de l’Autriche contraster péniblement avec la prononciation pure et nettement accusée de lhabitant du nord. La critique, non pas cette critique complaisante qui est a la solde des directions, mais la critique intelligente, sévére et honnéte, lutte depuis longtemps, mais en vain, contre un état de choses qui tend a consommer la ruine de art dramatique. Nous craignons bien qu’elle n’y perde ses peines ; car nous pensons que pour relever le thédtre *lemand 4 une hauteur vraiment nationale, il ne faudrait ,as moins qu’un de ces hasards mystérieux qui font naitre les grands poétes, et A leur suite les grands artistes dramatiques.

Influence extérieure de la littérature allemande.

L’influence de la pensée allemande sur la littérature des autres nations a toujours été, sinon brillante, du moins profonde et réelle. Nous ne parlerons pas ici du mouvement immense auquel la réforme de Luther donna l’impulsion, ni des écrits de ce réformateur, traduits dans toutes jes Jangues , et dont l’effet fut prodigieux. Ce sont 1a des résujtat. quwil appartenait 4 lhistoire @enregistrer comme étant ple particuliérement de son domaine. Depuis cette mémora},. époque jusqu’au milieu du siecle dernier, la littérature allemande n’a dailleurs rien preduit qui représentat digne ment Vesprit germanique. Notre assertion, qu’on ne loublie pas, ne s’applique qu’aux belles-lettres proprement dites, car V’érudition et la science allemande ont toujours été pleinement appréciées par les autres peuples de PEurope. En effet , Phistoire littéraire , Pesthétique, la philoso-

phie, Varchéologie, les ouvrages encyclopédiques, etc. , doivent aux Allemands sinon leur origine, du moins de grands développements et un haut degré de perfection.

Liinfluence que Leibnitz et plus tard Kant exereérent sur la pensée étrangere , A son insu et presque malgré elle, fut immense. Mais s'il n’a été donné a la littérature alllemande proprement dite de franchir les limites du terroir originel qu’aprés la venue de Goethe et de Schiller, la haute considération qu'elle acquit & cette époque s'est toujours accrue depuis , surtout parmi les nations qui se rapprochent de Allemagne par laffinité des races et par celle de la langue.

La premiére qui se présente & nous sous ce rapport est la nation anglaise. L’Angleterre, on ne saurait le méconnaitye, malgré une résistance quelque peu opiniatre , se sent entrainée par une sympathie secréte vers les idées et les spéculations de l’Allemagne. Déja méme des voix s’y sont élevées contre les soi-disant envahissements de la germanomanie. Quoique peu fondées, ces clameurs indiquent du moins que l'étude de la littérature allemande est de plus en plus cultivée dans ce pays. En effet, la langue allemande y marche presque de pair ayec les langues classiques ; et ce sont les plus illustres d’entre les chefs de la littérature anglaise moderne, par exemple Coleridge et Carlisle, qui ont initié leurs compatriotes aux productions de la pensée germanique. Taylor aussi contribua beaucoup a la connaissance de la littérature allemande, par son excellent ouyrage intitulé ; Historic Survey of German Poetry. Si cefut jadis étude de Shakspeare quiarracha les Allemands a la plate imitation des littératures étrangéres, et qui leur donna Vintelligence de leur propre génie, il est exact a’ ajouter qu’aujourd’hui l’étude de Faust est devenue une source intarissable Winspirations pour les poétes anglais. Ce chef- Weuvre de Gathe a été traduit a différentes reprises, par Shelley d’abord (mais en partie seulement) ; vinrent ensuite les traductions de lord Francis Levison Gower (1825), de Syme el de Blackie (1834), celles en prose de Hayward ( troisiéme édit., 1838) et de Talbot (deuxiéme édit., 1839). La plus parfaite de toutes est celle qui parut accompagnée de la Fiancée de Corinthe de Schiller, par Anster (1838) , puis celles de Birch, de G. Lefévre et de Lewis Filmore. Birch, Bernays et A. Gurney firent aussi des tentatives pour reproduire la seconde partie de la tragédie de Faust. Parmi les ouvrages de Goethe qui aprés Faust ont eu le plus de succés, il faut nommer Werther, le Tasse, la Chromatique, plusieurs fois reproduits par la traduction, de méme que la plupart de ses poésies lyriques. Aprés Goethe, Schiller est Yauteur allemand qu’affectionnent le plus les Anglais, et surtout les Anglaises. Tous les drames de Schiller ont été traduits en anglais, et méme par divers traducteurs. La premiére traduction des Brigands date de 1792. Parmi les traductions anglaises qu’on a de ses poésies lyriques, celle de son poéme la Cloche a excité une universelle sympathie en Angleterre.

Aprés ces deux écrivains , dont les poésies choisies viennent tout récemment encore d’étre traduites par Dwight, Louis Uhland est de tous les poétes lyriques de PAllemagne celui qui a le plus de réputation de Pautre cété du détr oit. En fait de pr roductions modernes , le Peter Slemihl de Chamisso est devenu populaire. Cruikshank en a publié une traduction accompagnée Millustrations magnifiques et devenue célébre en Europe.

Les travaux de la philosophie allemande n’ont pas trouvé en Angleterre un accueil aussi brillant que les ouvrages dont nous yenons de parler. Quelques écrits de Kant y ont cependant été traduits. En revanche , les travaux philologiques de Allemagne ¥ jouissent dun succes incontesté, La plupart des grammaires, particuligrement la grammaire hébraique de Gesenius, les travaux lexicographiques du méme auteur, ceux de Matthias, de Buttmann, de

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Zumpt, ont été reproduits a Vusage des Anglais. Les ou yrages d’archéologie de Beeckh, d’Hermann , d’Ottfriec Muller, de Wachsmuth , de Becker, etc., ont été traduits avec beaucoup de soin. Les travaux historiques et @histoire littéraire des Niebuhr, des Ranke, des Raumer, des Schlosser, des fréres Schlegel, et¢., etc., n’y sont pas moins appréciés. Parmi les femmes qui ont contribué a populariseren Angleterre la littérature allemande , mesdames Sara Austin et Jameson occupent le premier rang. Les Voyages en Allemagne des touristes anglais se miultiplient aussi chaque année. Citons ici Vienna, par mistriss Trollope; Austria, par Turnbull; Germany and Bohemia, par Gleig; Germany, the spirit of her history, par Hawkins; Austria; its literary, scientific and medical institutions, par Wilde. Les revues et magasins littéraires, particuliérementle Foreign quarterly Review, s’occupent aussi de plus en plus de littérature allemande, et chaque jour la librairie anglaise publie d’excellentes traductions @ouvrages allemands dans tous les ordres @idées, avec de remarquables appréciations critiques et biographiques sur les hommes auxquels on en est redevable, et qui pour la plupari sont de ceux qui ont le plus illustré la littérature allemande.

Le Danemark, plus rapproché de l’Allemagne sous le double rapport de la position géographique et de Paffinité didiome, s’est aussi plus familiarisé avec les produits de la pensée allemande. Si on y traduit moins qu’ailleurs, c’est qu’en Danemark tout homme tant soit peu instruit connait parfaitement la langue de Klopstock et de Herder. Non-seulement les principaux poetes danois se sont formés en Alle magne, mais un grand nombre dentre eux, tels qu’G2hlenschleger , Baggesea, Ewald, Frédérika Bran, et d’autres encore, ont enrichi la littérature allemande elle-méme de productions dune haute importance. Klopstock, Schiller et pius récemment Hebel, le gracieux auteur des Poésies alémanes, avaient trouvé de généreux Mécénes en Danemark , notamment a la cour des ducs de Holstein-Aug ustenburg, maison princiére collatérale de la maison régnante, et appelée peut-Ctre quelque jour, par suite de Vextinction dela ligne masculine, a faire rentrer dans la grande famille allemande, comme Etat indépendant, les duchés de Schleswig-Holstein , ce plus beau fleuron de la couronne de Danemark.

En France, on peut dire que ce fut madame de Staél qui donna limpulsion premiére a l'étude suivie de la littérature allemande. Sans doute avant elle quelques tentatives avaient déja été faites pour familiariser Pesprit frangais avec les productions littéraires de Vautre coté du Rhin. C’est ainsi qu’on avait traduit la Messiade de Klopstock et plusieurs ouvrages de Gessner, et qu’un choix assez indigeste de drames et de comédies avait été publié sous le titre de Thédtre Allemand et de Nouveau Thédtre Allemand (1795). On avait été méme jusqu’a représenter des piéces de Kolzebiie sur la scéne francaise, et Werther avait produit en France presque autant de sensation que dans la patrie de Goethe. Mais le livre De lAllemagne révéla au public francais existence d’une poésie nouvelle; et en lui indiquant les sources fécondes auxquelles s’inspire lesprit germanique , il excita le vif désir d’en sonder les profondeurs, désir qui a toujours existé depuis chez les hommes instruils, et qui n’a pas laissé que d’exercer par ses résultats une influence marquée sur la direction de leurs travaux. Aujourd’hui, en effet, nous voyons en France tous les esprits sérieux attacher un grand prix a l'étude de Part, de la poésie et de la science des Allemands.

Que si Angleterre songe plutot a s'approprier par des traductions les travaux historiques de PAllemagne, on peut dire que sa philosophie est ce qui attire plus particuliérement l’attention du public francais. Parmi Jes hommes dont Jes efforts ont puissamment contribuéa populariser les idées des philosophes allemands, il faut nommer MM. Tissot,

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Barchou de Penhoén , Cousin, E. Quiinet, le traducteur de Fichte, et Pautetir de Vexcellente Histoire de la Philosophie allemande depuis Leibnits jusqu’t Hegel (1838). En 1831 on a vu l’Académie des Sciences morales et politiques mettre au concours exposition des divers systémes plildsophiques de PAllemaghe depuis Kant. Dans ces derniers temps , les Systémes de Schelling et de Hegel ont été popularisés en France , soit par la traduction des ouvrages de ces philosoplies, soit par l’exposition originale de leurs doctrines, —

Les travaux historiques dont la France s'est plus spécialement emparée par la traduction sont ceux de Jean de Miiller , I’ Histoire des Hohenstaufen de Raumer, I Histoire de la Réforme de Marheincke, VHistoire de la Papauté de Ranke, les ouvrages de Hurter, de Kohlratisch , etc.

Quant a la poésie allemande, la France s’est bornée presque exclusivement 4 la période classique, c’est-a-dire a Schiller et 8 Goethe, dont les ouvrages ont été reproduits par des traductions multipliées. Le développement récent du lyrisme allemand n’a Wailleurs jusque ici que fort peu captivé Vattention du public frangais.

Parmi les travaux importants et récents spéctalement consacrés 4 PAllemagne, nous citerons ici les Notices politiques et littéraires sur VAllemagne, de M. Saint-Mare Girardin ; les Etudes sur Allemagne, de M. A. Michiels, et Pexcellent ouvrage de M. H. Fortoul, intitulé de ?Art en Allemagne. Plusieurs écrits périodiques, tels que la Revue Germanique et la Revue du Nord, qui ont paru pendant longtemps, étaient uniquement consacrés a populariser en France les produits de l’esprit germanique. La Revue des Deux Mondes a publié et publie encore tous les jours de conseiencieux articles sur le mouvement intellectuel d’au dela du Rhin. Mentionnons encore les belles et savantes Tecons de MM. Fauriel , Edgar Quinet, Ozanam et Philaréte Chasles 4 la Sorbonne et au Collége de France, et disons qu’en aucun temps la pensée allemande n’a été plus dignement représentée en France que de nos jours.

De tous les pays de ’Europe méridionale, I’Italie est celui dont les rapports avec Allemagne sont les plus directs. Malgré le peu d’homogénéité existant entre le caractére et la langue des deux nations, la littérature allemande avait su se frayer de bonne heure un chemin jusqu’au coeur de V’Italie. Elle y était entrée 4 Ja suite de Winckelmann. La Messiade , les Idylles de Gessner, le Musarion de Wieland y étaient connus et appréciés des le siecle dernier. Mais 14 comme ailleurs les noms aujourd’hui les plus populaires sont ceux de Goethe et de Schiller. Werther inspira 4 Villustre Ugo Foscolo sa belle imitation de Jacob Ortis. Le Museo Dramatico publia les traductions de Faust et de Gatz de Berlichingen, et les drames de Schiller ont eu pour interprétes Ferrario, Vergani, Léoni, L. Maffei , savant appréciateur de la Jangtie et de la littérature allemandes, et plus récemment madame Degli Scolari. Les piéces de Kotzebtie se maintiennent constamment sur la scéne italienne a cété de celles de Goldoni. Un excellent recueil de poésies allemandes a été publié par A. Ballati, sous le titre de Saggio di versi allemanni recati in versi italiani. La critique et la philosophie allemandes pénétrérent en Italie en dépit de maint obstacle. En 1833 Landonio a traduit le Laocoon de Lessing; et en 1836 Paoli a publié a Milan! Histoire de la Philosophie deTennemann. M. César Cantiia écrit, sous le titre de Saggio sulla Literatura Tedesca, une excellente histoire de la poésie allemande, dans laquelle il a rendu avec beaucoup de sentiment et une élégance extreme de poéliques extraits tirés des meilleures traductions de la muse germanique, depuis les Minnesenger jusqu’a Uhland et Henri Heine.

Parmi les peuples slaves, les Bohémes, trés-familiarisés avec la langue allemande, sont ceux qui possddent les meil-

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leures traductions des chefs-d’ceuvre de cette littérature , les drames de Schiller sont aussi applandis sur les différents théatres de la Bohi@me que sur les scénes allemandes.

Ce fut encore Je génie allemand qui féconda le tardif dé veloppement de la littérature en Russie. Lomonossow , 1é pere de la poésie russe, se forma en Allemagne a l’école de Christian Wolf; il s’attacha particuliérement 4 limitation de Giinther, poéte de l’école saxonne , qui florissait au commencement du dix-sepliéme siecle. Derzawin popularisa en Russie le genre de Klopstock , et Zukowsky y introduisit la ballade allemande et le vers iambique du drame de Schiller. La ballade de Ludmilla, imitation de la Lénore de Burger, est restée populaire en Russie. Huber traduisit le Faust de Gothe, et Bakounin la Correspondance de Gethe et de Bettina.

De toutes les contrées slaves , la Pologne est celle qui résista le plus longtemps aux influences de esprit germanique, Cependant I’école romantique, dont Mickiewicz est le chef, s’y est développée sous inspiration de la poésie allemande et anglaise. C’est ainsi que Mickiewicz a traduit lui-méme plisieurs ballades de Schiller, et que Kaininski a popularisé Schiller par des traductions que la critique polonaise a proclamées autant de chefs-d’@uvre.

Philosophie allemande.

Il fallait que la prose edt acquis un certain degré de perfection pour que la philosophie jetat quelque éclat. Tant que les Allemands écrivirent de préférence en latin, ils s’attachérent 4 la philosophie dominante, a celle des scolastiques, par exemple, qu’ils combattirent a partir du quinzieme siécle ; mais plus tard, grace 4 leurs vastes connaissances dans les humanités , ils répandirent , Philippe Melanchthon entre autres, des opinions philosophiques puisées aux sources pzres de Pantiquité classique.

La philosophie allemande se distingue autant par sa constante tendance A former des systémes et a déduire des conséquences scientifiques de principes simples , mais larges , que par sa direction cosmopolite. Elle commence vers la fin du dix-septiéme siécle avec Leibnitz, le premier esprit véritablement philosophique qu’etit encore produit l’Allemagne. La théorie de Leibnitz sur les idées innées , sa monadologie et sa théodicée , sa tendance vers un principe supréme , occupérent vivement tous les esprits spéculatifs de son temps. II fonda le réalisme rationnel , opposé au sensualisme de Locke, et qui s’attache a faire remonter par la démonstration toute la sctence philosophique a des vérités nécessaires et innées admises par la raison. Wolf appliqua ces idées 4 la forme démonstrative du syst?me qui dominait & ’époque du régne de Frédéric le Grand. I] eut le mérite de présenter les sciences philosophiqnes dans un ensemble clair et encyclopédique; mais le principal défaut de sa philosophie provint de ce qwil croyait ne pouvoir trouver la vérité que par des définitions et des démonstrations (méthode démonstrative ). Ses innombrables éleves poussérent cette manie des formules au dela de toutes limites permises. Wolf trouva dans Ch.-A. Crusius depuis 1747 et dans J.-G. Daries de redoutables adversaires , plutot cependant dans les détails que dans ensemble. Toutefois, parmi les philosophes de son école on en cite plusieurs qui perfectionndrent quelques sciences particulieres , et surtout la logique : par exemple, Lambert, Plouquet, Reimarus, Baumgarten, etc. Vint ensuite (1768-1780) lécleetisme philosophique. Quelaues philosophes s‘attachérent alors A Descartes , qui a fait de la séparation du corps et de Pesprit tin des caractires fondamentaux de la philosophie moderne; d'autres suivirent les recherches psychologiques de Locke, de Féder, de Garve, ete. Excité par le scepticisme de Hume et par lEssai sur ’ Entendement de Locke, Vesprit‘profond d@’Emmanuel Kant chercha enfin , A partir de 1780, A fixer les bornes de lentendement

humain , en opposition aux théories sans limites émises sur ce sujet par les dogmatiques, et, tout en supposant l’existence des notions psychologiques, & examiner la maniére dont procéde la raison dans le raisonnement. Il arriva 4 ce résultat : que l’entendement humain ne va pas au dela de la conscience et de la vision , qu’il n’existe dés lors point de connaissance du surnaturel ; mais que la raison pratique, qui commande catégoriquement , nous persuade ce que la raison spéculative ne saurait démontrer, Reinhold prétendit comprendre la critique de Kant dans une théorie de Vimagination , tentative que Schulze combattit avec succés par Jes armes du scepticisme.

Quoique la différence existant entre la pensée et l’étre fut démontrée dans toute son évidence par cette doctrine , la critique de Kant fit naitre parmi les Allemands Je godt dune méthode philosophique plus libre que celle qui avait jusque alors dominé. C’est Kant qui ouvre (1780) Pére de la philosophie la plus récente, formant la seconde période de la philosophie allemande proprement dite.

Fichte, penseur profond et hardi, yoyant que la philosophie de Kant s’arrétait 2 moitié chemin vers Pidéalisme, exposa avec les plus rigoureuses conséquences un systéme @idéalisme a lui , dans lequel il cherche a faire dériver toute science et toute vérité dun seul principe , le moi. Adhérant ala doctrine de la subjectivité de Kant , Fichte a fait du moi, sujet dela conscience , Vactivité absolue produisant aussi Pobjet ; ce qui, 4 proprement parler, déiruisait la véalité des objets.

De la philosophie de Fichte naquit celle de Sc..2lling, qui fonda un nouveau systéme en opposant directement a la philosophie idéale subjective un idéalisme objectif, ou, en d’autres termes, une philosophie naturelle, dans laquelle on s’éléve de la nature jusqwau moi, de méme que lon procéde du moi a la nature dans la philosophie idéale opposée. Schelling chercha 4 unir ces deux faces de la philosophie a Paide dela doctrine de Videntité , qwil formula plus tard. Dans cette derniére , ?absolu est admis comme Videntité de la pensée et de /’étre, et Vintuition intellectuelle comme la connaissanee de cette identité.

Disciple de Schelling , Hegel a cherché a établir un idéalisme absolu dans une methode striclement dialectique , en considérant lidée absolue comme la raison se comprenant , en tant qu’absolu, dans son développement nécessaire , et en la représentant dans son existence en elle-méme (la logique), dans son existence dans Vautre (la philosophie naturelle) , et enfin dans son retour en elle-méme (ia philosophie de esprit).

Les systémes que nous venons de citer doivent ¢étre regardés comme une série continue d’opinions et de points de vue philosophiques. Beaucoup d’autres systémes et opinions philosophiques furent développés par leurs auteurs, soit en opposition 4 ceux que nous venons d’exposer, soit en s’attachant 4 un de ces syst¢mes dont ils rectifiaient Vidée fondamentale , ou bien qu’ils présentaient dans une forme pu.s parfaite. C’est ce qu’on peut dire de Ja nouvelle théorie de la raison pure de Fries, et du synthétisme transcendental de Krug, ot l’on trouve, liées en forme systématique, toutes les doctrines principales de la critique de Kant.

Bardili chercha de méme a rendre Pabsolu la base de toute philosophie. Il le trouva dans la pensce, et @est pour cela qwil voulut rendre la logique la source des connaissances réelles, J.-J. Wagner et Eschenmayer cherchérent, ou a rectifier la doctrine de Schelling , ou a la perfectionner,

Parmi les esprits profonds dont la philosophie a un caractére tout particulier, et qui développerent leurs opinions en opposition avec celles des philosophes précités, nous citerons Jacobi ( Doctrinedu Sentiment et de la Foi), Koeppen et plusieurs de ses disciples ; viennent ensuite Bouterweck, par son rationalisme, fondé sur la croyance a la raison; Platner et Schulze, par leur scepticisme conditionnel, et

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Herbart, par ses fragments métaphysiques pleins de persptcacité, qui semblent pour la plupart n’étre que des essais critiques sur les différents systémes.

La majeure partie des systémes et des opinions que nous venons de mentionner appartiennent , si on les considére du moins au point de vu. te leur perfectionnement , aux vingt premiéres années de notre siécle. Une circonstance assurément dignede remarque, ¢’est que les travaux des Allemands dans les sciences philosophiques aient été poussés a cette époque avec d’autant plus de profondeur et d’étendue que @immenses événements politiques se succédaient avec une plus étonnante rapidité, alors qu’un homme devenu larbitre des destinées de l'Europe tenait enchainée dans ses mains l’indépendance politique de l’Allemagne. Les événements non moins mémorables qui brisérent ’empire de ce conquérant, et les efforts tentés par les différents Etats, désormais affranchis du joug de l’étranger pour recommencer une nouvelle vie politique indépendante , semblent cependant coincider avec des phénoménes complétement inverses dans la sphére d’activité de la philosophie allemande. On remarque en effet aujour@hui, d’ucz. ¢4té, qu’aucune des opinions philosophiques que nous avons silées n’est généralement dominante, et que la plupart de ceux qui s’occupent du perfectionnement et de la propagation des doctrines philosophiques adhérent , soit & une des opinions exposées plus haut, et qui ont été produites par la péviode récente de la philosophie allemande, soit 4 une opinion quelconque de Pancienne philosophie; qu’ils les développent et les perfectionnent ence quiest de la forme et du contenu, dans l’ensemble et dans les détails , par la critique ou la dogmatique , et qwils formulent d’aprés ces principes des théories isolées ,. par exemple en morale et en esthétique, ou encore qu’ils cherchent 4 corriger la base fondamentale psychologique supposée par Kant, et a fonder la philosophie sur la psychologie empirique, comme a fait derniérement le philosophe Beneke.

A cette direction psychologique se rattachent la maniére W@envisager la philosophie sous le rapport historique, et l'étude de Vhistoire de la philosophie. Il est naturel, en effet, que la diversité et la lutte des opinions spéculatives enga- — gent lesprit humain a récapituler ce qui existait déja, a se livrer a des considérations sur la connexité que les opinions contemporaines peuvent avoir entre elles, sur ordre dans lequel elles se succédent les unes aux autres, ainsi que sur les progrés qui ont lieu dans le développement de la science. Mais il en résulte aussi trés-facilement une certaine tiédeur, une certaine indolence, quand on n’envisage la philosophie que sous son rapport historique, surtout la ei fait défaut une cerlaine perspicacité de esprit. On n’est alors que trop porté a croire qu’une science sur les principes de laquelle on n’est pas encore d’accord depuis plus de vingt siécles qu’on la cultive n’a guére de valeur et de vérités réelles. Cette opinion s'est en effet fort accréditée ; et, loin qu’on puisse le nier, il est, au contraire, démontré par l'état actuel de la littérature philosophique que les études scientifiques tendent décidément vers le positif et Vhistorique plutot que vers tel systéme philosophique de préférence a tel autre. On pourrait méme ajouter, a l’égard de ces systé nes, quil est survenu un découragement et une indifférence propres seulement a favoriser la critique et Papplication des idées philosophiques a certaines sciences isolées, ainsi qu’on a lieu de le remarquer, surtout dans les sciences naturelles, dans la médecine, la jurisprudence et la théologie. Les incertitudes et les vicissitudes des systémes de la philosophie allemande ont été Pobjet de critiques ou de satires plus ou moins spirituelles et piquantes. Avec un peu de bonne foi, force est bien pourtant de reconnaitre que lon ne peut juger sainement de la yerité Pune opinion et que lon ne peut en reconnaitre clairement erreur quautant quelle a revétu la forme dun systéme rigoureusement déduit. C'est la ce que s’est efforeé

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de faire esprit profond des Allemands. Plus il existera de systémes, plus ils différeront entre eux, et plus la pénétration du penseur deviendra étendue. Aussi, quel profit les philosophes allemands n’ont-ils pas tiré de ces différents systémes, et combien les inconvénients de ce procédé n’ontils pas été comparativement moindres que ses avantages ! Ajoutons que non-seulement les sciences philosophiques , mais encore toutes les autres en général, sont redevables de progrés notables 4 cet esprit d’investigation essentiellement philosophiaue; qu’il n’est aucune connaissance humaine que les Allemands waient scientifiquement élaborée,

bien que quelquefois l’application des systétmes dominants |

‘A ces sciences ait conduit a de ridicules excentricités, a de véritables extravagances; enfin, qu’aucune nation moderne n’a jamais exercé une telle influence sur la culture scientifique de Europe entiére. Henri HoeRTEL.

Il ya déjalongtemps, Henri Heine faisait cette remarque : « On n’a qu’a comparer histoire de la révolution francaise avec Vhistoire de la philosophie allemande pour croire que les Frangais, qui avaient tant d’occupations réelles pour esquelles il leur fallait absolument veiller, nous auraient priés, nous autres Allemands, de dormir pendant ce temps-!a et de réver pour eux, et que notre philosophie allemande ne serait que le réve de la révolution frangaise... Les Kantistes représentent la Convention, qui renouvelle le monde; le grand moi de Fichte, niant toutes les autres existences, c'est Napoléon; puis M. Schelling peut figurer de toutes fagons bonnes cu mauvaises la Restauration. » Le méme écrivain humouristiqne ajoute ; « Il vaut mieux qwun peuple ait sa philosophie avant sa révolution; les téles que la phiosophie a employées a la méditation peuvent 4tresiauchées 4 plaisir par la révolution , tandis que la philosophie n’aurailjamais pu employer les tétes fauchées par la révolution... Attendez un peu; les Kantistes bouleverseront sans miséricorde; les idéalistes transcendantaux regarderont le marfyre comme pure apparence, enfin les philosophes dela nature s’identifieront eux-mémes avec |’ceuvre de destruction... Ce sera une terrible révolution. » Nous avons attendu beaucoup, et il nous semble que Heine voyait un peu l’Allemagnea travers Paris.

La philosophie allemande a surtout été accusée de panthéisme, systéme dont Hegel est le logicien, et Schelling le poéte , suivant la remarque de M. Baudrillart. « Les oppositions de ces deux esprits , ajoute ce critique, l’un plein d’élévation et de souffle, l'autre d’une rare vigueur, avide de déductions et de classifications, poussant jusqu’a Vidolatrie le culte des notions purement abstraites et semant sur la route de la métaphysique, de la morale, de la logique, de |’esthétique et de la philosophie de Vhistoire, parfois des vues aussi fécondes qu’originales, et plus souvent encore des formules vides, ces oppositions se perdent dans l’unité du résultal, la doctrine de l’identité absolue. Qu’elle chante des hymnes ou procéde par apophthegmes, la doctrine religieuse des deux philosophes aboutit a un dieu qui n’a pas la conscience de !ui-méme, qui crée univers et ordre qui y régne sans le savoir, qui successivement devient minéral, plante animal et homme, n’arrivant enfin 4 débrouiller un peu sa propre notion qu’avec Spinosa (a La Haye, vers 1660 ) et mienx encore avec Schelling et Hegel, au commencement de notre siécle, dans deux coins privilégiés de l’Al- Jemagne... L’humanité s’est toujours refusée & lhonneur qu’on prétend lui décerner au nom de fa philosophie. Il semble que sa propre apothéose lui cause une sorte de dégout et deffroi; je parle, bien entendu, dela masse seulement; car il y a toujours des gens que ce réle de dieu séduit.

« Récapitulons les principales phases de ce drame philosophique qui rappelle la tentative’ et la chute de Pantique Prométhée. Kant a isolé homme de tout rapport avec Ja vérité en soi; car son infraction purement personnelle a Ja logique n’a pas de valeur scientifique : voila le premier

acte. Fichte a déclaré le moi humain le seul absolu : voila le second acte. Schelling lui reconnait le méme caractére, mais il le divinise en le rattachant 4 sa source infinie par ’élan spontané de I’intuition: voila le troisitme acte. Hegel confirme homme dans sa divinité a l’aide da raisonnement ; voila le quatriéme acte. Mais il est dans Ja na ture de tout grand systéme d’avoir, si on peut parler ainsi, un aboutissement pratique. C’est la réalité qui dit le dernier mot dela Jogique, et elle le dit souvent fort brutalement. Nous touchons iciau dénoiment, ef M. Feuerbach, avee ses allures excentriques 4 la Diderot, n’a plus gu’a entrer en scéne. Il s’annonce lui-méme comme apportant au genre humain la bonne nouvelle, Je véritable évangile social, la philosophie de Vavenir, ou autrement ’humanisme. M. Louis Feuerbach est hégélien et il ne est pas. Il ne lest pas en ce

, quwil rejette les abstractions vides, les grands mots creux... fl

est hégélien en ce qu’il accepte la divinité de Vhomme et ne voiten Dieu qu’uneidée. D’od il conclut que c’est un nov-étre. « La religion, dit-il, tient 4 une méprise facile, mais dé- « plorable. Nous sommes portés a nous dédoubler, 4 nous « diviser nous-mémes, puis a regarder l’une des moitiés « nées de cette séparalion comme supérieure a la nature hu- « maine. Néanmoins cette moitié prétendue supérieure nest « rien si elle n’est la meilleure partie de notre nature méme. « Dieu est pour ’homme le recueil de ses pensées ef de ses « sentiments les plus élevés, l’album ou il écrit les noms des « étres qui lui sont le plus chers et le plus sacrés. » La doctrine de Feuerbach peut donc étre considérée comme un produit de ’hégélianisme, bien qu’elle ait toutes les apparences d’une réaction anti-hégélienne : amie du réalisme, éprise du fait, courant aux jouissances et réhabilifant la chair. « Il faut, écrit Feuerbach, que le flegme scolastique de la « métaphysique allemande s’imprégne fortement des prin- « cipes sanguins du malérialisme frangais. » Il aspire de toutes les maniéres 4 nous convaincre que la matiére est tout; il répéte sur tous les tons que l’esprif n’en est qu’une fonction subalterne, qu’avant de penser l’homme ftette, et qu’il n’y a d’autre a priori que la faim et la soif. Matiére, sensibilité , réalité sont pour Jui des mots synonymes. Le moi, ce fameux moi de Kant et de Fichte, c’est un carps qui sait qwil vit. Critique des religions, haine aux métaphysiques idéalistes, protestations ardentes en fayeur de {a morale, amour étalé du bien public, culte enthousiaste de la civilisation, ces traits du matérialisme francais reparaissent avec Feuerbach. Il va dans cette voie du matérialisme plas Join qu’on n’était encore allé peut-étre. Voulez-vous ssycir le moyen le plus efficace de réformer l’espéce humaine? réformez d’abord le régime alimentaire. « La nourriture, « écrivait Feuerbach en 1850, est le lien qui unit lame « au corps, le principe qui identifie les deux substances... Le « phosphore est la matiére qui pense en nous. Plus le cer- « veau posséde ou recoit de phosphore, plus et mieux il « pense... Nourrissez donc l’homme de maniére a y aug « tmenter la masse de phosphore. C’est usage des pommes « de terre qui a amorti le feu des nations modernes; rem- « placgons ce tubercule’malfaisant par un aliment qui électrise « le corps, par la purée de pois. Le double progrés de la « science et de la société dépend de la multiplication du gaz « phosphorique... » Les excés pratiques qui peuvent sortir de cette donnée métaphysique, Tout le monde est Dieu, ou il n’ya point de Dieu, on les devinerait aisément... L’égalité dans l’essence divine entraine |’égalité dans les jouissances terrestres. Que si l’essence divine disparatt 4 son tour pour ne laisser que la matiére, la conséquence est la méme. En vain a tous ces excés qui Vont effrayé 4 son tour, M. Feuerbach a-t-il essayé d’opposer cette dernidre maxime, qu’// n’y a que Vhonnéte homme qui ait le droit détre athée. Digue impuissante! Comme c’est le sort commun de tous les chefs de doctrine et de parti, M. Feuerbach a été débordé par sa propre école. » Ainsi, aprés une vive

réaction contre le baron d’Holbach, la philosophie allemande retomberait dans les fanges de Lamettrie.

Ecole allemande.

Dans les arts, comme dans la philosophie, )’Allemagne fait entrer quelque peu d’abstraction et de roideur. Son école se rattache au gothique qui fut cultivé au moyen Age sur les bords du Rhin. On trouvera le commencement de son histoire 4 l'article Eco-es pe pemnrurE ( tome VIII, p- 315 et 316). Martin Schoen, Albert Diirer, Lucas Cranach et Holbein sont ses principaux représentants. Sous VYinfluence de la réforme, la pratique de art s’affaiblit chez les Allemands. Au commencement du dix-neuvitme siécle, Frédéric Overbeck donna le signal de la réaction. A lui se joignirent bientét Pierre Cornelius, Guillaume Schadow, Philippe Veit, Jules Schnor, Guillaume Wach, Charles Vogel, Henri Hess, etc. Cette école cherchait avant tout la pensée, Vexpression intime. Cornelius fonda une branche de l’école allemande & Munich ; autour de Jui se groupérent Hermann, Kaulbach, Gassen, etc. G. Wach, qui avait étudié dans les ateliers de David et de Gros, devint le chef des artistes de Berlin, et eut pour disciples Bégas, Henning, Alborn, etc. Schadow fonda Yécole de Dusseldorf, dont sortirent Lessing et Edouard Bendemann, Hildebrandt, Hubner, Stilke, Schrodter, Reinick, etc. Cornelius est moins ennemi du clair-obscur et du coloris qu’Overbeck : il se plait dans les sujets compliqués ; Pécole de Berlinse tient plus prés dela réalité; ’école de Dusseldorf est exacte de dessin, mais froide et plate de couleur. « L’Allemagne, a cit M. Théophile Gautier, abandonnant le faire naif et minutieux, le naturalisme d’Albert Diirer et de Lucas Cranach, semble se complaire dans Yesthétique de Part ; a peine si elle daigne jeter un regard distrait sur la nature : elle ne fait pas des tableaux, mais des poémes ; ce sont des inventions cycliques, les apocalypses des religions, ou bien encore des symboliques et des systémes philosophiques ow les figures interviennent plutot comme signes hiéroglyphiques que comme représentation de individu. Cette école toute intellectuelle méprise la cou- Jeur, Phabileté de pinceau, l’agrément de la touche. Elle ne peint pas, elle écrit ’idée. » L. L.

ALLEMAGNE (Mer d’). Voyes Norn ( Mer du).

ALLEMANiin (tiythologie). Voyes GERMANIE, tome X, pag. 276-277.

ALLEMANDE ( Musique et Danse). Ce mot a deux significations bien distinctes. 11 désigne d’abord un air instrumental, originaire d’Allemagne, comme l’indique son nom, air qui se jouait 4 quatre temps lents et est depuis plus d’un siécle tombé en désuétude. Il commengait toujours au temps levé, et !’on en faisait surtout un fréquent usage sur le luth. — En second lieu, il indique une danse fort usitée autrefois en Allemagne, en Suisse ef en France, et Yair qui sert 4 en régler les mouvements. Cette danse fort gaie était 4 deux temps ou a deux-quatre, et ordinairement composée de trois parties. Elle s’exécutait par autant de couples que l’on voulait; le cavalier et la dame se tenant par la main marchaient trois pas en avant et demeuraient un pied en l’air, faisant ce que l’on appelait une gréve ; puis ils reprenaient de méme jusqu’a ce qu’ils fussent au bout de la salle, les autres couples suivant le premier, ce qui terminait la premiére partie. Pour la seconde, on revenait par le méme procédé au point d’ou Yon était parti, et si l’on voulait en rétrogradant ; enfin pour la troisitme on renouvelait les mémes pas, mais en précipitant le mouvement et sautant davantage. Adrien DE LaracE.

ALLEN (Tuomas), mathématicien anglais, né a Uttoxeter, dans le comté de Staffordshire, en 1542. Il fit ses études au collége de la Trinité a Oxford, oii il pritle grade de maitre s-arts en 1567. Trois ans aprés il abandonna son collége et ses relations pour se retirer & Glocester-Hall, ot

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