ALLENT -- ALLEU
volume qui en ait vu le jour fut publié in-8° en 1805. Allent est aussi auteur d’un certain nombre d’articles du Dictionnaire de la Conversation, tous relatifs 4 larme spéciale dans laquelle il avait servi. Parmi les papiers qui ont été laissés par M. Allent, ona trouvé un Précis historique des Evénements de 1813 et 1814, accompagné de piéces justificatives, avec la copie des ordres du jour et prescriptions de l’empereur Napoléon et du gouvernement relatifs aux opérations militaires aux environs de Paris , manuscrit précieux qui a servia M. Kock pour son Hisfoire de la Campagne de 1814. CHAMPAGNAC,
ALLESOIR. Voy. Avtsoir.
ALLETZ (Pierre-Epovarp), né a Paris, le 23 avril 1798, était le fils d’un ancien commissaire de police, qui Jui-méme avait quelque littérature. Edouard Alletz étudia de bonne heure les belles lettres. Aprés avoir été professeur de philosophie morale a la Société Royale, il entra dans Ja diplomatie, oi il acheva sa carriére : il est mort consul a Barcelone, le 16 février 1850.
Edouard Alletz est auteur de plusieurs ouvrages remarquables , dont quelques-uns ont mérité les couronnes de l’Académie Francaise. Nous citerons : Institution du Jury en France, poéme (1819); Dévouement des Médecins francais et des Seurs de Sainte-Camille, poéme couronné par ! Académie Frangaise (1822); Abolition de la Traite des Noirs, poéme (1823); Walpole, poéme dramatique en trois chants (1825); Hssai sur ’ Homme, ou accord de la philosophie et de la religion (1826); Nouvelle Messiade (1830); Etudes poétiques du ceeur humain (1832 ); Tableau de l Histoire générale de ( Europe, depuis 1814 Jusqw en 1830 (1834); Caractéres poétiques (1834); Maladies du Siécle (1835) ; Lettre a M. de Lamartine sur la vérité du christianisme, envisagé dans ses rapports avec les passions (1835); De la Démocratie nouvelle ,
ou des maurs et de la puissance des classes moyennes |
en France ( 1837), ouvrage auquel Académie Frangaise a décerné un prix Montyon en 1838 ; Aventures d’ Alphonse Doria (1838); Hsquisses poétiqgues de la vie (1841); Harmonies de Vintelligence humaine (1845), etc., etc.
ALLEU. Les premiers alleux furent les terres prises , occupées ou recues en partage par les Francs, au moment de la conquéte ou dans leurs conquétes successives. Le mot
alod ne permet guére den douter : il vient du mot Joos |
(sort), d’ou sont venus une foule de mots dans les langues d@origine germanique, et en francais les mots lof, loéerie, etc. On trouve dans l’histoire des Bourguignons , des Visigoths , des Lombards, la trace positive de cepartage des terres allouées aux vainqueurs. Ces peuples, est-il dit, prirent les deux tiers des terres. On ne rencontre dans ’his-
toire des Francs aucune indication formelle d’un partage | semblable; mais on voit partout que le butin était tiré au |
sort entre les guerriers; et ce qui prouve qu’on n’en agit pas autrement quant aux terres, c’est qu’un manoir (mansus) s’appelait originairement loos (sort).
Par la nature méme de leur origine, ces premiers alleux étaient des propriétés entiérement indépendantes : on ne fenait un alleu, disait-on plus tard, que de Dieu et de son
parce qu’elle ne relevait de personne : ces mots indiquent clairement des souvenirs de conquéte. D’autres propriétés , acquises par achat, par succession ou de toute autre maniére, vinrent accrottre le nombre des aHeux. Cependant le mot alode demeura quelque temps affecté aux alleux primitifs , et les formules de Marculf offrent plusieurs traces de cette distinction : elles donnent la véritable explication de la terre salique , qui ne pouvait éfre héritée que par les miles. Selon Montesquieu, la terre salique était celle qui entourait immédiatement la maison (sal, hall) du chef de famille. 11 est plus probable qu’on entendait par ferre satique Valleu originaire , la terre acquise lors de la conquéte ,
et qui avait pu devenir, en effet , le principal établissement du chef de la maison. La terre salique des Francs Saliens se retrouve en ce sens chez presque tous les peuples barbares de cette époque : c’est la terra aviatica des Francs Ripuaires, terra sortis titulo adquisita des Bourguignons, hereditas des Saxons, terra paterna des formules de Mareulf, Peu & peu, cette distinction s’effaga, et le trait distinctif de Valleu résida dés lors non plus dans Vorigine de la propriété, mais dans son indépendance , et l’on employa comme synonymes d’allew les mots proprium, possessio, pradium, etc. Ce fut probablement alors que tomba en désuétude la rigueur de la défense qui excluait les femmes de la succession a la terre salique.
Les alleux , exempts de toute charge ou redevance envers un supérieur, étaient-ils exempts de tout impdt, de toute charge publique envers l’Etat ou le roi, considéré comme chef de ’Etat? Avant la conquéte, les relations des Francs entre eux étaient purement personnelles ; Etat, c’était la famille , ou la tribu , ou la bande guerriére, sans que la propriété territoriale, qui n’existait pas encore, fat un des éléments de Vordre social. Aprés la conquéte, les Francs devinrent propriétaires. Il en devait résulter cette immense révolution que YEtat fut formé non plus seulement des hommes, mais aussi du territoire, et que les relations réelles se vinssent ajouter aux relations personnelles ; mais une telle révolution est nécessairement fort lente. I] s’en fallait bien que les Francs comprissent ce que c’est que l’Etat, dans le sens territorial, etle France ae secrut encore bien moins d’obligation envers cet Etat abstrait, qu’il ne concevait méme pas, que le Franc chasseur ou guerrier n’en avait autrefois envers la bande, dont il était toujours maitre de se séparer. Cependant, la société ne peut subsister dans cet état de dissolution qui nait de l’isolement des individus ; aussi le systeme de la propriété allodiale devait-il disparaitre peu a peu, pour faire place au systéme de la propriété bénéficiaire (voyes BENEFICE), seul capable a ce degré de la civilisation de former d’un grand territoire un Etat, et de la masse des propriétaires une société.
Pendant que cette révolution se préparait, la nécessité ne permit pas que les propriétaires d’alleux s’isolassent complétement, et imposa aux alleux certaines charges : 1° les dons volontaires qu’on faisait au roi, soit 8 l’époque des champs de mars, soit lorsqu’il venait passer quelque temps dans telle ou telle province ; Phabitude et la force les converlirent peu a peu en une sorte d’obligation, dont les al- Jeux n’étaient pas exempts; des lois en déterminent la forme, réglent le mode d’envoi, etc.; 2° les denrées, moyens de transport et autres objets 4 fournir, soit aux envoyés du roi, soit aux envoyés étrangers qui fraversaient le pays en se rendant vers le roi; cette obligation est peut-étre la premiére qui renferme évidemment la notion d’une charge publique imposée & la propriété pour un service public; 3° le service militaire. On a considéré cette obligation comme inhérente ala propriété allodiale ; c’est attribuer aux barbares des combinaisons trop réguliéres et frop savantes. Dans lorigine, le service fut imposé 4 Phomme a raison de
| sa qualité de Franc ou de compagnon, non 4 raison de ses épée. Hugues Capet disait tenir ainsi 1a couronne de France, |
terres : l’obligation était purement personnelle. On voit cependant s’introduire par degrés dans ces convocations militaires une sorte d’obligation légale, sanctionnée par une peine contre ceux qui ne s’y rendent pas ; dans certains cas la peine est infligée, bien qu’il ne s’agisse nullement de la défense du territoire. C’est sous Charlemagne qu’on voit clairement Vobligation du service militaire imposée a tous les hommes libres, propriétaires d’alleux ou de bénéfices, et réglée en raison de leurs propriétés. Tout possesseur de trois manoirs (mansus) ou plus est tenu de marcher en personne. Les possesseurs d’un ou de deux manoirs se réunissent pour équiper Pun d’entre eux a leurs frais , de telle sorte que trois manoirs fournissent toujours un guetrier.
Enfin, fes pauvres mémes, qui ne posstdent point de terres, mais seulement des biens meublts de fa valeur de cing solidi, sont tenus de se réunir au nombre de six pour équiper et faire marcher ’'un d’entre eux. Non-seulement les alleux comiae les bénéfices , mais les propriétés ecclésiastiques mémes, étaient soumis A cette charge. Sous Charles le Chauve elle fut restreinte au cas d’une invasion du pays par l’étranger. La totalité des hommes libres , sous le nom de landwehr, était alors tenue de marcher.
L’indépendance des alleux, fondée sur l’indépendance personnelle du possesseur, devait en partager les vicissitudes ; aussi voit-on de trés-bonne heure les rois faire des fentatives pour mettre des impdts sur des hommes et des terres qui se croyaient le droit de n’en supporter aucun. Ces tentatives amenérent des révoltes : le plus faible céde; mais ces charges se renouvellent aussi souvent que le roi est assez fort pour écraser les résistances.
Ce serait une grande erreur de croire qu’aprés la conquéte tous les Francs devinrent propriétaires, et qu’ainsi le nombre des alleux se trouva tout 4 coup assez considérable : il n’y eut que peu ou point de partages individuels. Chaque bande comprenait un certain nombre de chefs suivis d’un certain nombre de compagnons ; chaque chef prit ou recut des terres pour lui et ses compagnons, qui ne cesstrent pas de vivre avec lui. Les lois sont pleines de dispositions qui réglent les droits et le sort de cette classe d’hommes; elles ordonnent la convocation 4 l’assemblée publique (placitum) des -hommes libres qui habitent sur la terre d’autrui. Enfin, nous avons la formule du contrat par lequel un homme se mettait alors non-seulement sous la protection, mais au service d’un autre, 4 charge d’étre nourri et vétu, et sans cesser d’étre libre. Les usurpations de la force et les donations aux églises tendirent encore a restreindre le nombre des propriétaires ; les faits historiques, les lois, tout atteste que du septitme au dixiéme siécle les propriétaires de petits alleux furent peu A peu dépouillés ou réduits a la condition de tributaires par les envahissements des grands propriétaires. Les comtes eux-mémes , les évéques, les abbés , se rendaient sans cesse coupables de spoliations semblables, et les capitulaires abondent en dispositions destinées a les réprimer. Les donations aux églises ne contribuérent pas moins A diminuer le nombre des propriétaires d’alleux. Marculf nous a transmis un grand nombre de formules diverses pour les donations aux églises ; tantét on leur transmettait absolument et immédiatement la jouissance aussi bien que la propriété, pour le salut de son dme, la rémission de ses péchés, et afin de s’amasser des trésors dans le ciel; tantét on se réservait usufruit du bien concédé, qu’on ne possédait plus alors qu’a titre de bénéfice viager de l’Fglise. Tant que dura l’anarchie de l’invasion, la protection dune église ou d’un monastére était presque la seule force dont les petits propriétaires pussent espérer quelque sécurité : on la recherchait par des donations. Les églises étaient des lieux d’asile : on les enrichissait pour les récompenser du refuge qu’on sen promettait ou qu’on y avait trouvé. Les domaines de certaines églises étaient exempts de tout tribut ou redevance envers le roi : on donnait ses terres A ces églises en s’en réservant l’usufruit, afin de participer ainsi a leurs immunités. Enfin, un assez grand nombre d’églises étaient exemptes et exemptaient leurs vassaux ou ceux qui cultivaient leurs biens du service militaire, et les souverains furent obligés de réprimer par des lois Pempressement des sujets 4 se procurer cet avantage. — Mais une cause contraire agissait pour créer de nouveaux alleux. La propriété des alleux était, dans Yorigine du moins, pleine, perpétuelle, et celle des bénéfices précaire et dépendante. Tant que dura cette différence, les possesseurs de bénéfices s’efforcérent de les convertir en alleux : les Capitulaires déposent & chaque pas de ces efforts. Enfin , sous Charles le Chauve un phénoméne sin-