‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 21 sur 197 · ABRANTES — ABRAXAS · texte numérisé non relu

ABRANTES — ABRAXAS

froid. Cependant il ’emmena avec lui en Espagne et lui confia le commandement du corps chargé du siége de Saragosse; mais bientot, fatigué de sa lenteur, il le remplaga par le maréchal Lannes. Dans fa guerre d’Autriche, de 1809, Napoléon lui confia encore le commandement dun des corps de la grande armée ; et il le nomma ensuite gouverneur des provinces Illyriennes, En 1810 Junot obtint le commandement du huitisme corps de l’armée d’Espagne. Blessé a laf faire de Rio-Mayor, pendant la deuxiéme campagne de Portugal, ot il commandait uncorps sous les ordres de Massena, il rentra en France apres la retraite opérée par ce maréchal. En 1812, chargé du commandement du huitiéme corps de la grande armée, il fit preuve, pendant la campagne de Russie, de beaucoup de mollesse et d’indécision, et s’attira par son manque d’énergie la disgrace compléte de Napoléon, qui ne trouva rien de mienx a faire de Jui que de le renvoyer en Illyrie. Vers le milieu de 1813 sa raison s’égara , et force fut de Je ramener dans la maison paternelle, a Montbard , ou, deux heures aprés son arrivée, dans un acces de fiévre chaude , il se jeta par la fenétre; il mourut, le 28 juillet 1813, des suites de cette chute. Apres avoir été comblé des hienfaits de Vempereur, aprés avoir rempli les plus lucratives fonctions, Junot , toujours dissipateur, laissait sa famille presque sans ressources,

ABRANTES (Joséruine ou Laure PERMON, duchessen’), femme du précédent, naquit le 6novembre 1784, a Montpellier. Sa mére prétendait descendre des Comnéne. Son pére, commis aux vivres , obtint par Vergennes lentreprise des vivres de Parmée de Rochambeau en Amérique, ce qui lui procura une grande fortune. La révolution le ruina. Apres le 9 thermidor, Mme Permon ouvrit 4 Paris un salon que le général Bonaparte fréquentait ainsi que Junot. Lorsque Mme Permon eut perdu son mari, a l’époque du 13 vendémiaire, Bonaparte pensa , dit-on, la demander en mariage, mais son age lui fit regarder cette proposition comme une plaisanterie, et un refroidissement s’ensuiyit. A son retour d’Egypte Junot épousa Mile Permon. Aussi prodigue que son mari, elle dépensait énormément; elle ¢tait d’ailleurs de la société de la Malmaison, etsi on |’en croit, elle attira assez l’attention du premier consul pour donner quelque jatousiea Joséphine. A la fin de ’empire elle recevait une société qui déplaisait a Napoléon, et elle accueillit avec faveur la Restauration. Aprés avoir partagé la brillante fortune de Junot, elle mourut a Paris, le 7 juin 1838 , dans un état voisin de Vindigence, mais laissant la réputation d’une femme d’esprit et de talent, grace aux nombreuses productions littéraires dont la publication, dans les derniéres années de sa vie, avait seule fourni aux besoins de son existence. C’était assurément un noble spectacle que celui de cette grande dame demandantau travail les moyens de conserver un salon dont elle faisait Jes honneurs avec cette grace et cette liberté d’esprit que conservent bien rarement ceux qui ont a lutter contre les nécessités dela vie. Le premier ouvrage qu’elle ait fait paraitre, et aussi celui dont le succés fut le plus [égitime et le plus incontesté, a pour titre : Mémoires ou Souvenirs hisioriques sur Napoléon, la Révolution, le Directoire, le Consulat, Empire et la Restauration (18 vol., Paris, 1831-1835; deuxiéme édit., 12 vol., 1835), Un style facile, une exposition amusante, mais touchant trop souvent au bavardage, du reste une foule d’anecdotes curieuses et de portraits piquants , attirérent bien vite l’attention du public sur Panteur, a qui dés lors les entrepreneurs de revues et de recueils littéraires demandérent a Penvi des souvenirs, des récits rétrospectifs, dont Napoléon et les hommes de l’empire devaient faire tous les frais. Nul n’était mieux en position que madame d’Abrantés pour remplir les vues de ces spéculateurs; car les rapports de son mari pendant prés de dix-huit ans avec l’empereur lui avaient permis d’amasser d’inépuisables trésors en ce genre. Vinrent ensuite et successivement les Mémoires sur Ja

Restauration , la Révolution de 1330 et les premieres années du regne de Louis-Philippe (6 vol., 1836); puis les Souvenirs dune ambassade en Espagne, et une Histoire des Salons de Paris. Dans ces différents ouvrages on sent que l’auteur est sur son véritable terrain, La duchesse raconte ce qu'elle a vu, ce qu'elle a entendu dire; elle nous présente histoire en déshabillé, et elle nous intéresse parce qu'elle est presque toujours véridique. Elle ne réussit pas moins quand elle décrit les cercles aristocratiques; et A ses descriptions on reconnait bien vile que ce monde exceptionnel n’a pas de secrets pour elle. Mais quand elle s’essaya dans le roman, elle ¢cliowua complétement. Dans sa Catherine II (1835), son Amirante de Castille (1832), ses Scenes de la vie espagnole (1836), on ne trouve ni imagination ni poésie.

Junot laissa quatre enfants : Vainé, Napoléon-Andoche Junot, duc d’ABRANTES, né & Paris en 1807, fut tenu sur jes fonts de baptéme par Napoléon et Joséphine. En janvier 1815 Louis XVIIf le confirma dans le titre que son peretenait de ’'empereur. Altaché pendant quelque temps au corps diplomatique, il dut renoncer a cette carriére par suite du facheux éclat que recut dans de nombreux proces l'état de ses affaires privées. Jl s’occupa alors de littérature, fréquentant surtout les petits théatres, et mourut 4 Paris en mars 1851. — Son frére cadet, Adolphe- Alfred Michel Juxor, né & Ciudad Rodrigo le 25 novembre 1810, lui succéda dans le titre de duc d’Abrantés. Parvenu au grade de capitaine d’état-major, et attaché en qualilé d'aide de camp au général Mac-Malion en 1848, il fit plusieurs campagnes en Afrique, Elevé au grade de chef d@escadron en 1852, il devint en 1854 aide de camp du prince Jéréme-Napoléon. II fit la campagne d’{lalie, comme lieutenant colonel et fut mortellement frappé a la bataille de Solferino, le 24 juin 1859. — Joséphine Junor D’ABRANTES, née & Paris le 5 janvier 1802, se fit admettre en 1825 dans la congrégation des sours de la charité, rentra dans le monde en 1827, et épousa en 1841 M. James AmeT, commissionnaire de roulage. Elle a écrit divers ouvrages de morale et d’édification. — Constance JuNoT D’ABRANTES, née a Paris le 12 mai 1803, epousa M. Lois AUBERT, ancien garde du corps, plus tard rédacteur du National et préefet de la Corse en 1848. M™e Constance Aubert a participé a la rédaction de divers recueils littéraires, ef publié des articles de modes et de variétés dans différents journaux. Elle a fondé les Abeilles parisiennes en 1843. Z.

ABRAXAS (Pierres d’). On donne ce nom a des espéces de pierres taillées, dont la forme varie a Vinfini, et sur lesquelles se trouve gravé, au milieu de figures fantastiques , la plupart du temps composées d’un tronc et de bras humains, d’une téte de cog, d’un corps de serpent et autres symboles a doubles sens, la mot grec Abraxas ou Abrasaz. On prétend qu’elles proviennent de Syrie, d’Egypte et d’Espagne , et elles sont trés-nombreuses dans tous ‘es cabinets La secte gnostique des basilidiens fut la premiére et la seule qui se servit du mot Abra.ras; et il est assez probable que ce mot désigne (en tenant compte de la valeur numérale des lettres de l’alphabet grec) le nombre 365, qui est celui des jours de la révolution annuelle du soleil. Or, ce n’était pas au Dieu supréme, mais 4 ensemble des esprits qui président aux destinées de Vunivers, gu’on donnait ce nom parmi les basilidiens. Les doctrines et les meeurs de ces sectaires furent plus tard transférées par les priscilliensen Espagne, ou l’on a effectivement trouvé un grand nombre de ces sortes de pierres. Les symboles du gnosticisme furent ensuite adoptés par toutes les sectes 4 tendances magiques et alchimistes, et ces pierres furent confectionnées A ’époque du moyen Age pour servir de talismans, L’amalgame grossier et bizarre des figures qu’elles représentent est déja une preuve que les graveurs, en les tragant, n’avaient pas de pensée précise, et qu’ils les composaient soit d’imagination,

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