‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 23 sur 197 · ABRIAL — ABRUTISSEMENT · texte numérisé non relu

ABRIAL — ABRUTISSEMENT

ABRIAL (Anpr&-Josern, comte),né a Annonay, en 1750, fut avocat au parlement de Paris, puis devint administrateur dun de nos comptoirs au Sénégal lorsque Maupeou bouleversa l’ordre judiciaire. Nommé en 1791 commissaire du roi au tribunal du sixiéme arrondissement, il obtint peu aprés le siége laissé vacant par Hérault de Séchelles au parquet du tribunal de cassation. En 1800 il fut envoyé en Italie pour organiser la république Parthénopéenne, et a son retour ilrecut du premier consul le portefeuille de la justice, qu’il quitta en 1802. 11 prit une part importante a la rédaction du Code Civil. Devenu sénateur en 1804, il obtint la sénatorerie de Grenoble, le titre de comte, le cordon de grand Officier de la Légion d’Honneur et mille autres faveurs, qu il oublia trop vite lorsque tomba Napoléon. Pair de France sous la restauration, il se montra ultra-royaliste & la chambre. A la fin de 1819 Abrial devint presque aveugle : il,recouvra la vue en 1828; mais il ne jouit pas longtemps de ce bonheur. 1] mourut le 14 novembre de la méme année. II a laissé quelques mémoires sur le galvanisme et sur le systéme de Mesmer. — Son fils, André-Pierre-Etienne, comte ABRIAL, néa Paris, le 5 décembre 1783, hérita de son titre de pair. Ayant pris séance en 1829, il préta serment au gouvernement issu de la révolution de juillet, et mourut a: Paris le 26 décembre 1840.

ABRICOTIER, arbre appartenant au genre prunier (prunus armeniaca, L.), dont il differe par son noyau arrondi comprimé , muni sur les cétés de deux saillies, l'une obtuse , l'autre aigué. L’abricotier est un arbre de moyenne grandeur. Son écorce est brune, ses rameaux étendus , ses fenilles grandes, presque en coeur a leur base; les fleurs sont blanches, sessiles, disposées par bouquets, quelquefois solitaires. Les fruits, nommés abricots , sont assez gros, un peu aplatis sur les cétés, couverts d'une peau jaune, légerement colorée en rouge au point tourné vers le soleil. Leur chair, jaune aussi, est tendre, pateuse , d'une saveur agréable. On fait avec l’abricot des confitures , des compotes ; on conserve aussi ce fruit dans l’eau-de-vie. Avec les amandes on fait un excellent ratafia. Les noyaux servent a faire la liqueur nommée eau de noyau.

Labricotier est originaire d’Arménie. On croit qu’il fut apporté dabord & Rome; depuis il a été cultivé dans une grande partie de l'Europe, on en a obtenu des variétés trésintéressantes , comme l’alberge et Vabricot-péche, dont la chair est fondante, parfumée, d'un godt exquis. L’alberge a la chair d’un jaune rougeatre, d'une saveur vineuse; l’abricot-péche est un des plus gros que Pon connaisse : son noyau est percé a ’une des extrémités.

L’abricotier se plait dans les terres légéres ; il demande a étre exposé au midi et abrité contre les vents du nord. On le cultive en plein vent ou en espalier : on Je tient aussi en buisson dans les parterres et dans les jardins de peu d’étendue. Il se greffe sur le prunier ou sur des individus provenus de ses semences. Le bois de l’abricotier est jaunatre et veiné ; mais il a peu d’emploi : les tourneurs en font cependant quelques ouvrages. Il découle des abricotiers une gomme qu’on peut substituer a la gomme arabique.

ABROGATION. C'est l’acte par lequel une loi, un usage, une coutume sont annulés. L’abrogation peut ¢tre expresse ou tacite : expresse, elle résulte d’une disposition positive d’une loi postérieure; tacite ou virtuelle, de la combinaison ou de l’ensemble de dispositions nouvelles et contraires a celles d’une loi antérieure.

ABROUTISSEMENT. Ce mot désigne le dommage qu’éprouve un bois lorsque dans les premieres années de sa Croissance il a été parcouru par les bestiaux, qui en ont mangé les jeunes pousses. Le préjudice trés-grave que cause abroutissement donne le droit de réclamer des dommages-intéréts. On le régle d’apres les procés-verbaux dressés par les gardes forestiers, plus particuliérement responsables de ces délits que de tous autres, En effet les abroutissements

causent bien plus de tort dans les bois et foréts que la hache. On attendrait inutilement du temps le complet rétablissement des bois abroutis, pour lesquels il faut recourir au plus vite 4 lopération du recépage.

ABRUPTO, AB ABRUPTO, EX ABRUPTO. Mots empruntés du latin et formés du verbe abrumpere, qui signifie rompre, casser tout @ coup. On se sert ordinairement de cette expression pour désigner un discours fait sans préparation, entrant rapidement en matiére.

- ABRUTISSEMENT. L’abrutissement n’est pas |état de la brute, c’est ’état de Phomme abaissé Jusqu’a la brute ; est la situation morale et intellectuelle o& tombe Vindividu de notre espéce qui a renoncé yolontairement au privilége de son étre, ou qui en a été privé par une puissance , par des circonstances indépendantes de sa yolonté. L’abrutissement west ni l’état primitif de !homme, ni l'état de barbarie, ni Pétat sauvage : c’est une condition inférieure, qui implique Vidée dune dégénération profonde, et dont les causes sont diverses. L’ignorance et les erreurs qu’elle fait commettre, la misére et les vices ou elle jette, Pimmoralité et les exces auxquels elle conduit, sont les raisons ordinaires de l'abrutissement, auquel se rattache presque toujours la pensée de fautes graves et volontaires. Ainsi, la stupidité native ou Vidiotisme, quelque forme qu’elle prenne, fat-ce celle du crétinisme, n’est pas qualifiée d’abrutissement, ou du moins ne doit pas l’étre, vu qu’elle est un état primitif qui exclut toute idée de faute personnelle, d’aberration résultant d’une volonté humaine. Pour qu’il y ait lieu d’appliquer la qualification @abrutissement , il faut Pidée d'une dégénération amenée par une série de fautes personnelles ou daberrations voulues. C’est dans cette derniére catégorie que rentre Vabrutissement calculé qu’on reproche aux anciens gouvernements d’Asie et d’Afrique , et sur lequel il est plus aisé de trouver de vagues déclamations que des faits précis. Je vois dans l’antiquité des habitudes d’un intolérable despotisme , imposé avec audace, souffert avec ignominie; je n’y vois pas de systéme d’abrutissement dirigé contre des nations entiéres. J’y vois des institutions de castes, des aberrations cruelles et coupables, qui eussent fini par abrutir les populations en les privant de leurs priviléges les plus inviolables ; mais je n’y vois pas lintention d’abrutir. La politique la plus grossiére veut des hommes, elle ne veut pas de brutes. Plus elle est grossiére, et mieux elle sait que les hommes seuls payent et combattent. La brute nest pour la politique qu'un fardeau, qu'un péril, et, si peu éclairée qu’elle soit, elle sait quil n’est pas besoin de créer le péril, de procurer le fardeau. Ce qu’on appelle a tort systeme dabrutissement, dans la politique ancienne, c'est cette opinion, qui n’est pas encore bannie tout a fait de la politique moderne, que la science raisonne , tandis que l’ignorance obéit sans raisonner, et qu’il est bon d’avoir dans un Etat plus de gens qui ne raisonnent pas que de gens qui raisonnent, comme s’il était possible de semer un champ ou de planter un arbre sans user de cette faculté si noble et si pure dont Dieu a fait don a toute créature humaine. Cette opinion est bien affligeante, et elle a régné sans doute dans l’antiquité, mais nulle part elle n’y a conduit a un systéme arrété d’abrutissement ; nulle part un pareil systéme ne peut étre concu. Donec, au. lieu de combattre plus longtemps cette chimére, il importe qu’on examine sans aucune préoccu pation spéciale les véritables causes de l’abrutissement et les moyens de les faire disparaitre. Nous avons indiqué ces causes. Elles se trouvent dans l’ordre des choses morales ; c’est la qu’il faut en chercher les remeédes. Donnons a chaque ¢tre humain des lumiéres, non certes completes, mais suffisantes pour Pceuvre & laquelle il est appelé ; et veillons a ce que par de fortes habitudes d’ordre et d’économie ii use avec raison et tempérance de toutes ses lumiéres : alors disparaitra du milieu de la société civilisée ce dégottant spectacle de Yabrutissement, amené par des fautes personnelles ou des

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