ABUSER — ABYSSINIE
de Ja masturbation. — Du verbe abuser on a fait le substantif abuseur, pour qualifier celui qui trompe, qui abuse.
ABYDOS. Nom que portérent deux villes de lantiquité, Lune, située dans l’Asie Mineure, & Vendroit le plus resserré de Hellespont, vis-a-vis de Sestos en Europe, est célébre par les amours d’ Héro et de Léandre et par le pont de bateaux que Xerxés y fit jeter. Elle porte aujourd’hui le nom de Nagara Baroun, et, comme toute la cote, elle est hérissée de batteries qui dominent les Dardanelles. — L’autre Abydos, aujour@hui Med/founeh ( cest-a-dire la ville enterrée ), se trouve en Egypte, sur la rive gauche du Nil, au sud de Ptolémais. Elle fut autrefois la premiére ville de Egypte aprés Thebes ; mais déja du temps de Strabon ce n’était plus qu’un village. Ce n’est plus maintenant qu’une ruine, ol Yon yoit encore des peintures et des hiéroglyphes remarquables, C’est la que fut trouvée, en 1818, la fameuse table chronologique dite Table des prénoms d’ Abydos, oi les anciens pharaons sont désignés par leurs noms royaux.
ABYME, que le Dictionnaire de l’ Académie écrit abime, bien que ce mot vienne du grec déucc0c, ce qui n’a point de fond, ce qu’on ne peut pénétrer, s’entend généralement dua gouffre trés-profond, ot Yon se perd, d’ou lon ne peut sorfir. Au physique comme au moral, ce mot emporte avec lui Vidée dune profondeur immense jusqu’ot lon ne saurait parvenir.
La Genése ( VIT, 11 )mentionne ’'abyme comme nn vaste gouffre qui, toutes ses sources ayant été rompues, répandit a la face de la terre une moitié des eaux du déluge, dont Pantre moitié résulta des cataractes du ciel, ouvertes en méme temps. L’Apocalypse (IX, 6, 10) fait de ’abyme un puits dont la clef fut donnée 4 une ¢toile tombée du ciel, et qui Pouvrit. Il s’éleva de ce puits une fumée comme celle dune fournaise, d’ot. provinrent des espéces de sauterelles semblables 4 des chevaux de combat, avec des couronnes Wor, des visages Vhomme, des cheveux de femme , des cuirasses de fer et une queue de scorpion. Il est conséquemment indubitable que Vabyme du commencement de la Bible , oti les flots épurateurs de Vespéce humaine rentrérent aprés que les méchants furent noyés, est demeuré le grand réservoir dont nos puits artésiens démontrent Vexistence, tandis que celui que désigne la fin de la méme Bible,
fant au contraire un foyer d@’embrasement, ne peut étre qwur? soupirail de cette région incandescente ayouée par les plus savants géologues, qui s’étend a vingt ou trente lieues d’épaisseur sous nos pas, et dont les éruptions volcaniques sont également d’évidents témoignages. — Quant aux sauterelles sorties de Ja fumée de l’abyme , de graves docteurs de ’Eglise, & qui nous devons de si lucides commentaires sur des livres qu’on doit révérer dautant plus qu’on Jes comprend moins, de grands docteurs , disonsnous, y reconnaissent les hérétiques. Pour eux, létoile qui donna a proprement parler la clef des champs a de si étranges bétes fut la figure palpable de Luther.
Un naturaliste qui a traité sous un autre point de vue le mot abyme dans un dictionnaire spécial le définit de la sorte : « Gouffre profond, dont Pimagination se plaif 4 exagérer « Yimmensité , et qui pour le vulgaire communique aux « entrailles de notre planéte, parce que certaine mytho- « logie fait mention @un puits ténébreux d’ou sortirent « tour 4 tour des masses d’eau et d’épaisses fumées. Ces « prétendus abymes ne sont guére que des grottes obscures, « des trous plus ou moins considérables dans lesquels on « wose pénétrer, d’antiques excavations s’enfoncant dans « Je sol d’une facon plus ou moins verticale, des cratéres « de volcans éteints, des lacs enfoncés dans quelque étroite « et rude vallée que la sonde aurait inutilement interrogés ; « de tels accidents de terrain, généralement superficiels , « sont trop peu importants dans Vhistoire physique du globe « pour mériter attention du savant et que nous perdions
« du temps 4 les examiner ici, les récils exagérés de cer- |
orcT. DE LA CONVERSATION,
« tains voyageurs et la crédulité des ignorants leur ayant « donné toute leur célébrité. » On voit par ce passage que Pabyme n’avait pas la méme impogtance aux yeux de celui a qui nous venons d’emprunter quelques lignes , qu’a ceux des Calmet ou des Lachetardie.
Bory pe SAINT-VINCENT, de l’Académie des Sciences,
— Le mot abyme s’emploie aussi figurément en parlant des choses impénétrables a4 Vesprit humain. C’est ainsi qu’on dit que les jugements de Dieu sont des .bymes.
En termes de blason , on dit dune piéce qui est au milieu de Vécu et ne charge ni ne touche aucune autre piece, quelle est en abyme. Exemple : I porte d’azur a trois étoiles @or, un croissant d’argent mis en abyme. Un petit écu au milieu d’un grand est en abyme.
ABYSSINIE ou HABESCH. C'est, dans le sens le plus large, le territoire du grand plateau oriental de l’Afrique centrale, qui s’éléve en terrasses, au nord-est de la mer Rouge, dans la direction du sud-ouest, qui s’abaisse au nord dans les basses terres marécageuses et boisées de Ja Kolla ou Mazaga, et a louest dans les plaines de Sennaar et de Kordofan ; qui est borné a Vest par les cétes sablonneuses de la Samhara, sur la mer Rouge, et par le pays d’Adel, sur le golfe d’Aden, mais qui au sud est demeuré en partie encore a peu prés inconnu. Cette contrée se compose d’une succession de plateaux, avec de profondes fondriéres, du milieu desquelles s’¢lévent a pic des terrasses de grés désignées sous le nom W@4mbas. Les plateaux sont traversés par de nombreuses chaines de montagnes, le plus ordinairement d’origine volcanique, qui atteignent leur plus haut degré de hauteur dans les provinces de Simen et de Godjam, oti elles s’élévent jusqu’a 3,700 métres. C’est en Abyssinie que le Nil prend sa source. Dans la direction du sud coule le Hawasch, fleuve a peu prés inconnu. Le grand plateau renferme aussi divers lacs dont le plus considérable est le lac de Tzana, que traverse le Nil Bleu. Dans la région des montagnes le climat est sain et tempéré; sur les cotes sablonneuses de lest, de méme que dans les marécages du nord et du nord-ouest, ou la chaleur est étouffante , il est malsain. La région des montagnes n’offre pas , au point de vue des productions du regne animal et du régne végétal, une différence moins frappante avec la contrée des basses terres que sous le rapport du climat. La grande masse de la population se compose d’Abyssins, descendants des anciens Ethiopiens qui peuplérent P’Esypte en passant par Méroe et en descendant le Nil. Quoique ce soit la une antique race aborigéne, les Abyssins n’appartiennent cependant pas a la race négre. Si en effet ils présentent toutes les variétés et toutes les nuances de la couleur brune, leurs longs cheveux , le type de leur visage, qui se rapproche beaucoup de celui de PArabe , leur belle conformation physique et leur langue, qui offre beaucoup d’analogie avec les langues sémitiques, prouvent qu’ils appartiennent a la race caucasienne, et spécialement a la famille sémitique , formant le point de transition a la race négre d’ Afrique.
Les productions du sol de l’Abyssinie sont variées et abondantes. Elle donne du froment, de Porge , du millet et surtout une espece de céréale nommée ¢eff par ies habitants, dontelle est la nourriture principale. Dans les parties ies plus basses, ou le teff méme ne peut plus étre cultivé, le cousso, autre espéce particuliére de grain, fournit un pain noir dont se nourrit la classe inférieure des habitants. Toutes ies céréales donnent au moins deux récoltes par an. Parm: Jes autres produits végétaux de VPAbyssinie on cite le coten, Varbre a myrrhe, le figuier, le citronnier, Yoranger et la canne a sucre; dans quelques parties on trouve le dattier et la vigne; le papyrus croit dans les lacs et rividres. La tige dune espéce de palmier, nommé ensété, qui croit en trésgrande abondance, donne la nourriture végétale la plus estimée des habitants. Les animaux domestiques sont le cheval, le mulet, Pane et le beeul, élevés en grand nombre.
Parmiles grandes espeees d’animaux sauvages, |’éléphant, Ye rhinocéros, l’antilope, le buffle, la hyéne, Vhippopotame et ‘e crocodile sont les plus répandues ; dans ceriaines parties on rencontre le lion et le Iéopard, Les abeilles fournissent un produit trés-important au commerce et A la consommation. Le produit minéral le plus remarquable est le sel, que Pon exploite au sud-est de Tigré, dans une vaste plaine ou il forme une couche de plus de deux pieds d’épaisseur,
Si les documents qu'on posséde sur l’histoire primitive de Abyssinie sont remplis de fables, ils n’en établissent pas moins d’une manidre irréfragable que ses habitants appartiennent aux peuples de Ja terre qui ont le plus tot été civilisés. Les Abyssins apparaissent pour la premiére fois dans l'histoire a propos deVempire d’ Axum. Le christianisme ful introduil ehez eux vers le milieu du quatriéme siecle, il se répandit bientot dans toute Abyssinie. Sous la domination des Axumites, ’empire d’Abyssinie atteignit Papogée de sa grandeur et de sa prospérité, aux«uelles les progres toujonur: croissants de lislamisme ne tardérent pas 4 mettre un terme. Des lors commencérent entre les Abyssins et Vislamisine des Juttes quidurent encore aujourd’hui, et quieurent pour resullat de réduire de plus en plus le territoire de PAbyssinie. Gest ainsi que les populations de la céle de Samhava et du pays d’Adel embrassérent le mahométisme. A partir da seiziéme siécle, époque ott Abyssinie ne se composail déja plus que de la région des plateaux, commenceyent les irraptions des Gallas, peuple sauvage originaire des contrées du sud et offrant beanconp de ressemblance avec Ja race négre, qui arracha acet empire un lambeau de territoire aprés Pautre, qui y commit les plus horribles dévastafions et le précipita ainsi dans une harbarie de plus en plus grande. Au moyen age, les sonverains abyssins, qui portaicnt le titre de négus, avaient constamment entretenu, depuis fépoque des croisades, quelques rapports avec Europe; et A partir de la findn quinziéme siécle ils eurent des relations plus directes surtout ave le Portugzl. Cette circonstance fit conceyoir ala cour de Rome le projet de convertir les Abyssins au catholicisme. L’activité combinée des Portugais et des jésuites résnssit effectivement, dans la seconde moilié du seiziéme sidcle, a exercer en Abyssinie une influence notable, et qui s’explique par les services signalés que les premiers eurent occasion de rendre aux souverains d’ Abyssinie dans leurs guerres coatre les mahométans et les Gallas. Cette influence ful telle, qu’en 1603 la famille royale tout entidre embrassa le catholicisme, et antique Eglise chrétienne d’Abyssinie s’unit al’Eglise de Rome et reconnut sa suprématie. Jl en résulta des luttes intérieures, parce que le peuple persista 4 demeurer fidele a son ancienne liturgie; et le calme ne se rétablit dans le pays que lorsque Je roi Socinins eut abjuré Jes dogmes de I’Eglise de Rome et expulsé de ses Etats ou fait perir en 1622 les prétres catholiques. Depuis Jors la cour de Rome n’a pas Gessé de faire des tentatives pour recouvrer son ancienne influence ev Abyssinie; et ses efforts ont surtout été grands dans ‘ces derniers temps, lorsqu’elle vit des missionuatres allemands et anglais chercher 4 gagner les Abyssins au protestantissie, A ces rivalités religieuses se sont jointes les rivalités politiques de ia France et de lAngleterre; ausst VAbyssinie a-t-elle été le theatre d’une lutte des plus acharnées entre Jes émissaires et missionnaires franco-catholiques et angloprotestants.
A la suite des dévastations commises par les Gallas et de Yanarchie complete dans laquelle les diseordes religieuses jetérent le pays, le roi ou négus ne conserva plus que VYombre de la puissance, tandis que les ras ou gouverneurs de provinces se rendaient en fait souverains indépendants, chacun dans son gouvernement. I] en résulta que l’ Abyssinie forma trois Etats principaux, indépendants l'un de l'autre : celui de Tigré, qui comprend la partie nord-est du plateau, entre le Tacazzé et le mont Simen d’un cote, et la Sambara de
ARYSSINIE
autre, avec les villes d’Antalow et d’Adana; celui de Gondar ou d’Amara, qui comprend Je territoire situé a l’ouest du Tacazzé et du mont Simen, avec Gondar pour capitale; enfin celui de Choa et E/fdt, silué au sud des det autres, avec Ankobar pour capitale. On compta en outre plusieurs petits princes abyssins 4 peu pres indépendants. En 1852, le ras de Gondar fut dépossédé par un chef de province, nommé Kassai, qui était né, vers 1818, d’une ancienne famille noble, mais si complétement ruinée que sa mére s’6tait vue réduite 4 vendre du kousso. Maitre de l’Etat de Gondar, Kassai tourna ses armes contre le ras de Tigré, puis contre celui de Choa, les vainquit un apres Pautre, et réunit ainsi sous son sceptre I’Abyssinie entitre. Le négus étant mort, sur ces entrefailes, dans son palais de Gondar, ou il végetail relégué, Kaissai se fit couronner négus, sous le nom de Théodoros, \e 5 février 1855, par Yaboura ou patriarche abyssin. En 1858 et 1859, il fut altaqué par Négusié Nikas, neveu du ras de Tigré, qui reconquit plusieurs provinces, mais dont il finit par envelopper larmée de facon a lui faire mettre bas les armes, au mois d’oclobre 1860. Négusié, traité en rebelle, eut la main droite et le pied droit coupés, et ne survécut que trois jours a ce supplice. D’autres insurrections éclatérent encore a plusieurs reprises. Théodoros, se faisant surnommer « le fléau de Dieu », les réprimait avec une rigueur qui allait jusqu’a la cruauté. I] ne craignait pas, en méme temps, de porter la main sur Jes privileges du clergé, et s'emparait d’ane partie des propriétés ecclésiastiques. Cependant il conclut un concordat avec le Saint-Siége, en reconnut la suprématie, et voulut méme obliger tous ses sujets 4 embrasser le catholicisme (1867).
La ferveur religieuse de Théodoros s’adressait surtout 4 la vierge Marie, pour laquelle il professait un culte presque idolatrique. Dans son zéle, il fit arréter plusieurs missionnaires protestants. En 1865, le eapitaine Cameron, consul anglais, fut également retenu prisonnier, mais pour un tout autre molif. I] était accusé d’avoir tenu une conduite favorable au gouvernement égyptien et contraire aux intéréts du négus, dont Vintention, parait-il, était de revendiquer Jes anciens territoires de PEthiopie, sur le haut Nil, dont lEgypte s’était emparée. Sir J. Rassam, envoyé par PAngleterre, en 1866, auprés de Théodoros, pour obtenir la délivrance des prisonniers, non-seulement ne réussit pas dans sa mission, mais fut lui-méme réduit en captivité. Le ministére anglais résolut alors d’ayoir recours a la force. Sir Robert Napier fut place a la téle dun corps expéditionnaire, composé de 8,000 Hindous et de 4,000 Européens, avec cing batteries d’artillerie. I] ariva, le 29 février 1868, a Antalow, dans le Tigré. La désertion ayant considérablement diminué les forces du négus, celui-ci ne put songer qu’a se fortifier dans Magdala. D’un autre cété, plusieurs chefs abyssins, restés independants, favoristrent la marche des Anglais qui, malgré les difficullés et les périls de montagnes presque inaccessibles, arrivérent le 10 avril en vue de la forteresse. Les soldats du négus se précipitérent pour les atlaquer; mais, avec de mauvais fusils et de mauvais canons, contre des carabines Snider et une artillerie de choix, ils ne purent longtemps soutenir la lutte; une partie Wentre eux retourna a la forteresse, les autres se disperserent dans diverses directions. Le lendemain matin, Théodoros demanda a traiter; sir R. Napier exigea une soumission absolue. Alors le négus délivra les prisonniers européens et les envyoya au camp anglais, puis permit a ses troupes de se retirer, et attendit Passaut, n’ayant aupreés de lui qu’un trés-petit nombre de guerriers et d’amis. Quand Vassaut fut donné, le 13 avril, il dépouilla ses vétements de soie, pour n’étre pas reconnu, et se tua d’un coup de pistolet dans la bouche. Cette mort mit fin 4 Pespérance qu’on avait pu former de voir sous son gouvernement, despotique mais vigoureux, l’Abyssinie rendue a Vunité. Les fils de