ABYSSINIE
Théodoros ayant été faits prisonniers et Magdala détruite, le pays se trouva de nouveau morcelé entre les petits princes abyssins et plus que jamais exposé aux entreprises des Gallas.
Les Abyssins ont une littérature particulitre, qui remonte a une haute antiquité et consiste en ouvrages et en chroniques ecclésiastiques, dont les plus importants sont la traduction de la Bible et celle du Tarek-Negushti, ou Chronique des rois. Deux dialectes principaux sont aujourd’bhui en vigueur en Abyssinie: la langue ¢igré, dans le royaume du méme nom, provenant de l’ancienne gées, et la langue amhara, en usage aussi dans le royaume du méme nom ainsi que dans le sud de Abyssinie, qui se raltache a la famille des langues sémiliques; toutes deux cependant dilferent beaucoup lune de l'autre, ce qui semblerait indiquer que les Abyssins se composent de deux races différ@ntes (quoique voisines.
Le commerce avec PAbyssinie se borne anjourd’ hui encore 4 Vexportation de Vor, de Vivoire, des cornes de rhinocéros et a la vente des esclaves; il a lien surtout par Arhko et Massouah pour le Tigré, et par Zéila pour le Choa ef PEfAt. Lindustrie des Abyssins consiste surtont dans la fabrication des étoffes de coton, des cnirs et du fer. Consu}tez les différents ouvrages de Ludolf relatifs & VEthiopie ef a la langue éthiopienne; Verdadeira informacion das terras do preste Toam, par le P. Alvarez; la Relacion do Emhaixo da, etc., par Bermudez, ainsi que les relations de voyages de Bruce, Salt, Pearce, Ruppel, Gobat, Schimper, Abhadie, Combes et Tamisier, ete.
ABYSSINIE (Eglise d’). Les chrétiens d’Abyssinie professent des doctrines monophysites. Cette Eglise rattache son origine a Vapdtre saint MatlLieu; mais elle ne remonte pas au dela de Constantin le Grand. Depuis cette époque V'Eelise d’Abyssinie demeura subordonnée & celle d’Alexan drie. Anjourd’hui elle se rapproche par ses rits et sa discipline de I’Kzlise grecqne , tout en conservant quelques pratiques juives, comme la circoncision, le choix des viandes, les purifications, observation du samedi, etc. Elle a de plus conservé des premiers temps du christianisme Jes agapes et le bapt4me des adultes. Le baptéme y est ordinairement suivi dela communion, a laquelle personne n’est admis avant l’age de vingt-cing ans, les Abyssins pensant qu’avant cet age le fidéle ne commet pas de véritables péchés. Ce qui distingne ’Eglise d’Abyssinie de PEglise catholique, c’est principalement le dogme d’une seule nature, c’est-a-dire une sorte de fusion de la nature humaine et de la nature divine en Jésus-Chirist. L’Eglise abyssinienne a pour chef nominal le négus; elle est gonvernée par un métropolitain appelé Papa ou Abouna (c’est-a-dire notre pere), que nomme toujours le patriarche copte d’Alexandrie. Leurs églises sont nombreuses. Les plus anciennes sont taillées dans le roc vif. Celles dont la construction est plus moderne sont en général plus petites, rondes et coniques, avec des toits en chaume, situées sur des éminences, dans le voisinage d’une eau courante, qui sert au baptéme, et entourées de cédres. Dans le sanctuaire est placé ’autel, dont la forme est celle de ’arche dalliance de Ancien Testament. Ils n’y tolérent ni statues ni bas-reliefs, mais on y voit force tableaux. Le service divin cofisiste principalement dans la lecture de passage de la Bible, dans laquelle ils admettent aussi des livres apocryphes, et dans administration des sacrements. Leurs prétres sont au total trés-ignorants. Ils peuvent se marier, et sont divisés en komosars, ou prétres séculiers, en abbas, on docteurs as écriture, et en moines. Parmi ces derniers, qui se raltachent a la congrégation de Saint-Antoine, il existe deux classes, dont l’une garde le célibat et vit dans des clottres, observant une régle tras-sévéere, et dont l’autre se marie, et se livre & la pratique de lagriculture et de toute espéce dindustrie. Une circonstance remarquable, c’est que |’Eglise d’Abyssinie permet au souverain la polygamie.
— ACASIUS
A.°.C.". (Tribunal de 1’). On n'est pas d’accora sur Ja véritable signification de ce nom que porte un tribunal des Etats pontiticaux. Suivant les uns, ces lettres A. C. (que l’on prononce en italien a-(ché), veulent dire augusta consulla, selon le plus grand nombre, elles sont l'abréviation des mots auditoris curia, ou bien auditor camera. Cette cour est en effet présidée par un évéque, auditeur de la chambre apostolique; cest Pun des quatre prélats qui sont promus de droit au cardinalat aprés la cessation de leurs fonctions. I! a trois assesseurs ecclésiastiques, le trésorier papal, le gouverneur de Rome et un autre supérieur eeclésiastique. On les appelle prelati di fiocchito, parce qu’ils portent & leur toque une houppe distinctive, et cette méme houppe est ajoulée a la livrée de Jeurs gens. Les assesseurs laiques sont au nombre de cinq; ils doivent avoir été recus avocats. — Jadis, le tribunal de ’A.*. G+. n’élait composé que de trois prélats ; il jouissait de grandes prérogatives. Cette chambre représentait en quelque sorte le pouvoir temporel du pape; elle avait dans ses altributions le trésor, la fiscalité et la hante administration de la justice. On pouvait de tous les tribunaux de province appeler a I’A.*. C.*. Tl était méme libre a tout plaideur de province de décliner la juridiction locale et de faire porter le procés & Rome. C’éfait une source de forts émoluments pour les avocats immatriculés a l’A.*. C.*., mais une source de rnine pour les plaideurs. — Cet état de choses a subi depuis l’édit de 1831 des changements notables. Les juges de PA.*. C.*. n’ont plus de pouvoir que sur la ville de.Rome et son arrondissement territorial (comarcha). Deux des juges laiques, présidés par Je prélat audifeur ou son délégué, décident sans appel les causes dont importance n’excéde pas cing cents écus romains. Trois pré:ats et trois juges laiques composent, pour les affaires plus graves, ce qu’on appelle la congrégation civile de ’A.-. C.*. La congrégation se subdivise en deux chambres. L’appel des décisions de l’une est porté a Pautre. La rota romana, composée entiérement de prélats, qu'on appelle auditeurs de rote, forme le tribunal d’appel du troisiéme degré. Au- Hessus encore on trouve Ja cour de la signatura.
ACACIA (de &x%, pointe; ou, suivant d’autres, d’ézaxia, sans malice, parce que la piqdre des épines de ce végétal n’est suivie d’aucun accident facheux). Il ya deux sortes d’acacias, Vacacia du vulgaire et l’acacia des savants. Le premier, ou faux acacia, porte dans la science le nom de robinier. C’est sous ce nom que nous en traiterons. L’acacia de la science, dont nous devons nous occuper ici, est un genve de plantes de la famille des légumineuses. Dans le systéme de Linné acacia est synonyme de mimeuse. Quoi qu’il en soit, le genre acacia comprend environ trois cents espéces, dont la plupart croissent dans les contrées tropicales de Vancien et du nouveau monde. En général elles sont remarquables part la dareté de leur bois et les produits qu’elles fournissent a la thérapeutique. Nous citerons Pacacia catechu, orizinaire de Inde, dont on tire un suc trés-astringent qui, Svaporé a siccité, constitue ce qu’on appelle la ferre de Japon et le cachou; l'acacia inga, dont l’écorce est préconisée par les Américains comme un médicament tonique e¢ astringent. L’acacia d’ Ehrenberg, Vacacia Segal, acacia vrai, Vacacia d’Arabie fournissent lagomme arabiqne, “acacia verek, et acacia d’Adanson, arbres qui crois« sent sur Ja rive septentrionale de la Gambie , fournissent le gemme du Sénégal. Dans nos pays on multiplie les acacias par leurs graines, qu’il faut semer, au commencement du printemps, sur une bonne couche chaude; en les transplante ensuite plusieurs fois et on les traite comme les plantes des pays tropicaux. Les espéces vivaces subsistent en hiver dans les serres chaudes. Les feuilles des acacias présentent des phénomeénes étonnants de sensibilité.
ACACIUS, évéque de Césarée en 340, adopta ’hérésie d’Arius, en la mouilisus sax Quelques points, et fut le chef
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de la secte des acaciens. Tl usa de son influence sur l’empereur Constance pour persécuter I’Eglise orthodoxe. C’est a son instigation que saint Cyrille fut déposé et que le pape Libére dut se résigner a lexil.
ACADEMIE (Histoire philosophique). Cétait un emplacement situé dans un des faubourgs d’Athenes, sur la route de Téia, 4 un mille environ de la ville. Son nom lui venait,, dit-on, d’Académus, contemporain de Thésée, qui Pavait légué a la république pour en faire un gymnase. Le terrain marécageux sur lequel le gymnase fut en effet bati se convertit insensiblement en un beau jardin. Cimon le fit dessécher au moyen d’un aqueduc, l’orna de fontaines, Pembellit de statues, et y fit planter des platanes. Platon possédait une propriété non loin de ce gymnase; ses disciples s’y réunissaient, et chaque jour Platon venait leur exposer ses doctrines 4 l'ombre des beaux arbres qui ornaient ce lieu : de 1A les noms @’académie et @académiciens, donnés 4 son école et A ses sectateurs. Les variations qui modifiérent les doctrines de l’académie font diviser son histoire en trois époques principales : celle de Pancienne académie, dont Platon est le chef; celle de la moyenne académie dont le fondateur est Arcésilas; celle de la nowvelle académie, due 4 Carnéade.
Entré dans la voie nouvelle ot Socrate avait conduit la philosophie, Platon devint le fondateur du rationalisme. Tourné vers le monde moral, il dirigea toutes ses recherches de ce coté; sans nier l’existence de la matiére, il reconnut Ja supériorité de Vintelligence sur elle; il vit que les idées, quoique pouvant nous venir a loccasion de l’action de la matiére sur nos organes, sont par leur nature indépendantes de la matiére, et que par leur origine elles se rattachent 4 un principe divin, la raison, que le premier il désigna par tes mots 6 mahatd¢ Oyo. Suivant lui le monde matériel est image du monde moral, ot sont les idées éternelles. Chaque étre a été créé 4 VPimage d’un type idéal dont la copie exacte est la réalisation du beau. De la vue du beau nait l'amour, comme de la conscience du bien nait la vertu, qui pour étre pratiquée a besoin de la liberté. Tels sont les dogmes généraux du rationalisme de Platon. Aristote, disciple de Platon, s’écarta des principes de son maitre; et, portant dans Yétude des idées une analyse plus savante et plus précise, il fonda la doctrine du sensualisme. C’est donc du sein de Pacadémie que sont sorties les deux doctrines qui depuis Porigine de la philosophie jusqu’a nos jours se partagent empire de lintelligence.
Les principaux éléves de V’ancienne académie, aprés Aristote , furent Speusippe d’Athénes , Xénocrate de Chalcédoine, Polémon d’Oéte, Crantor de Soles, et Cratés d’Athénes , qui en déyeloppérent surtout les principes moraux et politiques. Cicéron, parmi les Romains, peut étre compté au nombre des académiciens , quoiqu’il n’ait emprunté a V’école de Platon qu’une partie de ses doctrines, qu’il avait puisées a différentes sources et arrétées suivant ses propres convictions. d
Le rationalisme de Platon était destiné 4 tomber dans les exagérations presque mystiques du néoplatonisme, qui attribue toutes les notions propres 4 Vintelligence humaine non plus 4 son activité, mais 4 une intuition intérieure, a la lumiére divine qui Véclaire. Cependant Arcésilas de Pitane (244 av. J. C. ) entreprit de réformer Pancienne académie, et devint lui-méme le chef de la moyenne. Voulant combattre le dogmatisme des stoiciens , il soumit les principes de leur enseignement 4 un examen sceptique, et les conclusions de ses recherches furent que la nature ne nous a donné aucune régle de vérité, que les sens et Pentendement humain ne peuvent rien comprendre de vrai; qu’en toutes choses il se trouve des raisons contraires d’une force égale, et que par conséquent il faut toujours suspendre son jugement. Lacyde fut le seul qui défendit la
doctrine d’Arcésilas ; il la transmit 4 Evandre, qui fat son disciple avec beaucoup d’autres. Evandre la fit passer a Hégésime , et Hégesime 4 Carnéade. Les correctifs que ce philosophe fit subir a la doctrine d’Arcésilas, quoique tréslégers, ont néanmoins suffi pour qu’on le regardat comme le fondateur de la nouvelle ou troisiéme académie. Philon , disciple de Clitomaque, qui avait été de Carnéade, et Antiochus, disciple de Philon, furent les chefs dune quatriéme et d’une cinquiéme académie, et ne firent que varier le fond des doctrines sceptiques de leurs maitres.
Cicéron avait donné le nom d’Académie a une maison de campagne, ou il avait coutume de converser avec ses amis qui avaient du gont pour les entretiens philosophiques.
ACADEMIE ( Histoire litiéraire ). Ce mot a été emprunté aux Grecs, chez qui il désignait un vaste emplacement qu’un citoyen nommé Académus avait autrefois possédé. Voici comment labbé Barthélemy décrit la métamorphose de ce lieu, au temps du voyage de son jeune Anacharsis : « On y voit maintenant un gymnase et un jardin entouré de murs, orné de promenades couvertes et charmantes , embelli par des eaux qui coulent 4 l’ombre des platanes et de plusieurs autres espéces d’arbres. A lentrée est Vautel de ’Amour et la statue de ce dieu; dans Pint¢rieur sont les statues de plusieurs autres divinités. Non loin de la Platon a fixé sa résidence auprés d’un petit temple qu’il a consacré aux Muses. » Les derniers traits de cette:description, 4 laquelle il manque le groupe des Graces 4 cdté des vierges du Parnasse , semblent expliquer d’avance cette philosophie réveuse , passionnée , quelquefois sublime , qui se composait d’imagination , d’amour, de culte pour les dieux, de poésie, et prétait a la science le charme de la plus suave éloquence. L’école de Platon prit le nom d’Académie , du lieu ot des disciples enthousiastes ’écoutaient, suspendus 4 chacune des paroles d’or qui sortaient de ses lévres.
Plusieurs autres académies s’élevérent 4 Athénes, mais aucune d’elles ne put balancer la renommée de celle du maitre , sur qui se ‘réfléchissait un rayon de la gloire et de la vertu,de ’immortel Socrate. Mais peut-étre le nusée d’Athénes représente-t-il mieux Vidée que nous avons concue d’une académie. Ce musée était un temple consacré aux Muses, bati au pied d’une colline située dans Pancienne enceinte de la ville , en face de la citadelle. La se réunissaient les savants, les poétes, les philosophes, pour faire entre eux l’échange des lumiéres.
Ptolémée, le premier des Soter ou dieux sauveurs de VEgypte, Pun des plus habiles capitaines d’Alexandre, et presque digne de lui succéder, si quelqu’un avait pu succéder 4 la fortune et 4 Yempire du plus grand des rois, fonda le musée devenu si célébre dans Vhistoire sous le nom d@’Ecole d’Alexandrie. Ce prince prit un soin particulier d’y rassembler lui-méme tous les hommes distingués de son siécle, en leur confiant la mission de s’appliquer a la recherche des vérités philosophiques, et d’étendre le domaine des sciences, des lettres et des arts. Le perfectionnement social était le but de cette académie; congue sur un plan plus vaste et plus utile que celle de Platon, elle servit longtemps de foyer d’instruction et de point de centre a tous les savants,’a tous les poétes de la terre, qui s’associaient 4 ses travaux par la correspondance, ou venaient en personne déposer leurs tributs dans son sein. Théocrite, Yun des sept poétes qui, comme autant d’étoiles , composaient la fameuse pléiade d’Alexandrie, a célébré dans une espéce @hymne la généreuse et noble protection accordée aux lettres par le fils de Lagus ; mais comment son enthousiasme d’artiste et sa reconnaissance éclairée ont-ils pu lui permettre de garder le silence sur une création si belle et si favorable au culte de toutes les Muses? Quel sujet pour un poéte que d’avoir 4 peindre et a prédire les bienfaits et la gloire d'une institution destinée 4 rassembler et a aug-
menter les lumiéres des peuples! Tous les ris de l'Egypte se montrérent fidéles aux vues du fondateur de l’école d’A- Jexandrie , qui, protégée ensuite par les Romains, enire autres par 'empereur Claude , continua pendant des siécles de remplir sa grande destination. Si cette Ecole ne {it pas ce que la nature seule peut faire, des hommes de génie, elle rendit un plus grand service peut-étre, en contribuant 4 instruire le monde, et surtout en conservant les connaissances humaines au milieu de linvasion des barbares , comme Varche de Noé conserva, dit-on, au milieu du déluge, le type des différentes races qui devaient repeupler la terre veuve de ses habitants.
Rome, placée sous fa protection du dieu Mars, et non, comme Athénes, sous légide de Minerve, choix qui seul expliquerait la différence du génie des deux peuples, Rome n’eut point dacadémie. Sous le régime austére, ef méme un peu sauvage, de l'ancienne république cette institution ne pouvait trouver de place. La présence des Grecs 4 Rome, et le crédit de leurs rhéteurs , ne donna pas naissance a une académie romaine ; et les guerres civiles ne purent que détourner les esprits @une telle création. César, affermi au pouvoir, ne Paurait sans doute pas redoutée; car il était assez grand pour ne pas craindre et pour souffrir auprés de lui une réunion @hommes occupés a féconder ensemble le vaste domaine des connaissances ; et comme il avait aussi la passion du savoir, comme il était écrivain habile et orateur éloquent, il n’aurait pas dédaigné de prendre part a des travaux quwil pouvait éclairer. Auguste, plus timide, placé @ailleurs au milieu des frémissements du parti vaincu, mais non détruit, et des haines profondes que amour de ja liberté avait inspirées contre lui, favorisa volontiers le culte des lettres; sans doute elles lui paraissaient propres 4 amollir des caractéres de fer et 4 calmer des passions f6roces, que ses propres fureurs n’avaient que trop enflammées, en leur donnant une horrible pature; mais il aurait trouvé plus dun inconvénient et plus d’un danger a mettre en contact journalier tous les hommes nourris de sentiments génereux et occupés de hautes méditations. Quand un peuple encore tout chaud de guerre civile ne fait que revenir a la paix sociale, on parle politique partout ou il se trouve des hommes réunis; ¥ainement sont-ils convoqués pour s’entretenir de poésie, @histoire ou dastronomie, la politique entre par un cdté quelconque dans la controverse académique : les esprits se frottent les uns contre les autres, les passions s’allument, et le gouvernement est bientét mis en cause. L’académie d’Auguste était dans sa cour, composée de tous les beaux esprits du temps ; il y avait une petite académie a cété de la grande, dans les salons de Mécéne, ott lon pouvait prendre quelques libertés timides, de celles qui étaient possibles avec un adroit séducteur, qui mettait les cceurs a leur aise pour mieux les conquérir a César, secrétement d’accord avec son ministre habile dans lart d’assouplir les courages et de gagner les coours. Auguste se faisait beaucoup d@honneur, et ne courait aucun risque, en accueillant avec une bonté pleine destime et dégards le simple et grand Virgile; nul inconvénient pour le maitre du monde a donner le nom de son ami 4 cet Horace, qui se croyait indépendant parce qu’il aimait peu la cour et quil jouissait en paix des charmes de la vie épicurienne dans sa maison de Tibur. Auguste savait bien qu’Horace était 4 lui, et s'il en avait douté , Mécéne lui aurait dit : « Jele tiens, je Pai fait votre ; il nese débarrassera jamais de vos chaines. » Auguste régnait de méme sur toutes les autres illustrations de ’époque ; sa faveur n’était qu’une amorce et un moyen illusion que les Pollion , les Tucca, les Varius , les Ovide et les Gallus embrassaient peut-étre avec plaisir; car si les hommes ne courent pas tous avec empressement au-devant de la servitude, il existe méme parmi les bons, méme parmi les généreux , un meryeilleux penchant a se tromper eux-mémes,
et leur molle résistance ne seconde que trop bien les entreprises dun pouvoir adroit contre leur indépendance. Ces considérations , tirées de la nature du sujet, disent assez qu’Auguste ne dut pas vouloir d’académie autour de lui, et surtout @académie comme l’école d’Alexandrie, qui cultivait a la fois toutes les connaissances humaines.
Charlemagne n’avait regu aucune éducation : lors de son premier voyage en Italie, il rougit de son ignorance, et prit de premiéres lecons de Pierre de Pise; plus tard, il puisa Vamour des lettres dans le commerce du célébre Anglais Alcuin. Les Italiens attribuent 4 ces deux maitres la pensée concue par leur royal éléve d’établir dans son palais la premiére académie; cette société , fondée sur les principes de la plus parfaite égalité entre ses membres, et composée dEgilbert, de Varchevéque de Mayence, d’Aly cuin, @fginard, de Théodulphe , et de Charlemagne luiméme , jeta les premiers fondements de la langue francaise, quelle soumit a des principes, en lui donnant une forme réguliére. Charlemagne , plus avancé que son siécle en beaucoup de choses, voulait faire rédiger les hymnes, les priéres et les lois dans cette langue, afin que les peuples pussent comprendre ce quils adressaient & la Divinité, et connaitre en méme temps les volontés , les bienfaits et les menaces des lois qui disposaient de la fortune, de la liberté, de la vie de chacun deux. Le clergé s’opposa de tout son pouvoir a cette sage réforme. Les préjugés poussent des racines si profondes et sont si vivaces de ieur nature qu’aujour@hni, aprés huit siécles écoulés depuis le régne du chef de empire d’Occident , le gouvernement trouverait encore une vive résistance sil voulait défendre dans les cérémonies de PEglise Pusage de toute autre langue que la langue nationale. :
Louyrage de Charlemagne allait périr tout entier aprés lui, comme son vaste empire; l’Italie, pleine de troubles et de malheurs, ne faisait rien pour les sciences et les lettres, qui, au contraire , florissaient 4 Constantinople, au milieu des séditions, des fureurs et du schisme. La France redevenait barbare, les écoles établies par le puissant empereur se fermaient : un seul homme empécha la ruine totale des lettres en Occident. Cet homme est Alfged, Alfred, ou Alfride le Grand, roi d’Angleterre , de la dynastie saxonne : a la fois poéte, musicien, guerrier, savant et législateur, ce prince forma la fameuse Académie d’Oxford , ’encouragea par cette protection 4 la fois judicieuse et bienveillante qui donne une si vive impulsion aux travaux d’une société d’hommes qui se sentent apprécier par un grand homme. Un siécle séparait Charlemagne d’Alfred; mais il y avait plus dun siécle de distance entre les lumiéres des deux princes : aussi le premier s’obstinait-il 4 convertir avec le glaive exterminateur, tandis que autre instruisait Jes esprits pour gagner les curs a la loi du Christ comme a une loi d@amour et dhumanité. Voila les services que l’ins~ truction des princes rend aux peupies : donnez a Louis XIV la haute raison et la religion éclairée d’Alfred, et vous n’aurez ni influence de la dévote Maintenon, ni les dragonnades , ni la révocation de l’édit de Nantes.
Tout le monde se rappelle les brillantes académies de Grenade et de Cordoue, sous le régne des Maures d’ Espagne, célébres par leur galanterie , leurs moeurs chevaleresques et leur gout pour la poésie, la musique et les lettres. Pourquoi faut-il que la belle patrie du Cid, apres avoir rejeté de son sein les étrangers qui lui donnaient la loi, n’ait pas mieux conservé leur magique civilisation ? I] y avait dans les lumiéres une source inépuisable de richesses pour lEspagne ; les mines d’or du nouveau monde Yont appauvrie et dégradée.
Au quatorziéme siécle, une femme justement célébre , Clémence Isaure, de Toulouse, ranima, par une fondation magnifique, le collége du gai savoir ou de la gaie science, quirecut le nom WAcadémie des Jeux Flo=
raux, et conserve encore de la réputation, aprds avoir jeté beaucoup d’éclat pendant une longue suite d’années. Les lettres alors étaient en grand honneur ; elles tenaient dans la vie des méridionaux de France la méme plave que la musique et les arts dans la vie des Italiens.
A la renaissance des lettres Italie se couvrit d’académies, qui, sous des noms assez bizarres, propagérent le gout de la helle antiquité, et produisirent une émulation générale. Dans aucun pays peut-étre les académies n’ont rendu autant de services. Jamais elles ne s’emparérent ainsi de tout un peuple, pour communiquer une activité nouvelle 4 toutes les intelligences; jamais elles ne travaillérent avec autant @ardeur a satisfaire le besoin immense @instruction qu’elles ayaient fait naitre par leur exemple, leurs travaux et Péclat de leurs solennités, véritables ftes de Pesprit qui passionnaient aussi les cours. La plus célébre et peut-étre aussi la plus utile de ces académies est celle dela Crusca, a laquelle la patrie du Dante et de Pétrarque doit ce grand vocabulaire que Ginguené caractérise dans les termes suivants : « Code d'une autorité irréfragable, a laquelle depuis qu’il a paru tous les bons écrivains se sont soumis; barriére forte et solide, contre laquelle se sont henreusement brisés tous les efforts du néologisme moderne; modeéle si parfait enfin de ce que doit étre un ouvrage de cette nature, qu’il a fallu que toutes les nations lettrées qui ont voulu avoir des dictionnaires de leur propre langue se réglassent sur celui de YAcadémie de la Crusca. »
Ronsard , constamment protégé par cing rois, entre lesquels il faut remarquer Charles IX, tyran aussi cruel , mais moins mauvais poete, que Néron , Ronsard, doué d’un vrai génie, avait concu le projet derendre notre langue plus capable de lutter avec les langues d’Athénes et de Rome, et de nous donner une poésie nouyelle, riche de ses larcins a Vantiquite. La pensée était belle et hardie; mais, outre le don supérieur du génie, quelle réunion de qualités ne demandait-elle pas dans le réformateur! La connaissance parfaite du caractére de notre idiome , ’'appréciation judicieuse de ce qu’il pouvait accepter, de ce qu’il ne pouvait recevoir, une oreille savante et un gott exquis. Malheureusement presque toutes ces choses manquaient 4 Ronsard et aux poétes de la pléiade qu'il avait composée, a linstar de celle qui avait été créée sous le régne de Ptolémée Philadelphe. Cette pléiade se réunissait A Saint-Victor, et formait, sous la présidence de Ronsard, et méme quelquefois de Charles 1X, une espéce d’académie chargée d’une mission assez élevée, comme on vient de le voir. Si elle n’a pas atteint le but du fondateur, elle a rendu de véritables services aux lettres, ef ses productions agréables, dont quelques-unes restent encore comme des modéles dans leur genre, valent mieux que les imprudentes réformes tentées par son chef, qui lui-méme a laissé des vers pleins de grace et de la plus douce mélodie.
« Quelques gens de lettres, plus ou moins estimés de leur temps, dit Chamfort, s’assemblaient librement et par gotitt chez un de leurs amis qu’ils élurent leur secrétaire. Cette société, composée seulement de neuf ou dix hommes, subsista in+ connue pendant quatre ou cing ans, et servit 4 faire naitre différents ouvrages que plusieurs d’entre eux donnérent au public. Richelieu, alors tout-puissant, eut connaissance de cette association ; il lui offrit sa protection, et lui proposa de la constituer en société publique. Ces offres , qui affligérent Jes associés, étaient A peu prés des ordres, il fallut fléchir. » Telle fut Vorigine de YAcadémie Frang aise. Nous lui consacrerons un article particulier.
. P.-F. Tissot, de l’Académie Francaise.
ll y a maintenant des académies dans tous les pays ; et méme chez les peuples les plus avancés en civilisation chaque centre important de population posstde au moins tne société de ce genre. Comme vient de le dire notre savant collaborateur, membre Ini-méme «ne des plus illustres de ces compagnies , les académies ile@Firent surtout ala renais-
sance des lettres en Italie , ot chaque ville avait la sieune. Elles se répandirent ensuite en France, en Angleterre et dans tous les pays de l’Eurepe , d’ot elles passérent en Asie et au nouveau monde. Nous citerons rapidement ici les académies dont le nom a eu quelque éclat dans le monde savant :
Liacadémie Secretorum Nature fut fondée a Naples; en 1560, pour les sciences physiques et mathématiques ; elle fut obligée de se dissoudre par suite d’un interdit du pape. — Quelques années apres, vers Ja fin du siécle, le prince Ceci fonda a Rome l’académie dei Lincei : Galilée compta parmi ses membres. — L’académie del Cimento se forma a Florence, au commencement du dix-sentiéme siécle, sous la protection du prince Léopold, def*is cardinal de Médicis : on y vit siéger des hommes du plus grand mérite, parmi lesquels nous citerons Paolo dit Buono, Borelli , Vivani , Redi et Magalotti. — L’académie degl’ Inquieti , de Bologne , incorporée plus tard a académie della Tracea, a publié d’excellentes dissertations sous le titre de Pensieri Jisico-matematici , 1667. Elles furent , en 1714, réunies a Vinstitut de Bologne, qui s’appela Académie de l'Institut ou Académie Clémentine (du pape Clément XI). Elle posséde une nombreuse bibliothéque et une riche collection d’histoire naturelle.
En 1540 on fonda a Rossano, dans le royaume de Naples , une académie qui s’intitula : Societa Scientifica Rossanese degl’ Incuriosi. Jusqu’en 1695 elle ne s’occupa que de beaux-arts, mais depuis elle est devenue scientifique. L’Académie royale de Naples existe depuis 1779 ; ses écrits renferment d’excellentes recherches sur les mathématiques.
Parmi les académies italiennes on remarque encore celles de Turin, de Padoue, de Génes, de Milan, de Sienne, de Vérone, qui toutes ont composé de bons ouvrages. En général, VItalie doit étre considérée dans les temps modernes comme le berceau. des académies ; elle en eut, selon le catalogue qu’en a dressé Jarckius, cing cent cinquante.
L’Académie des Sciences de Paris, fondée en 1666, par Colbert , ne recut approbation du roi qu’en 1699. Elle aura un article dans notre ouvrage.
En 1700 Frédéric 1° fonda a Berlin une académie pour les sciences et les arts; en 1710 elle subit quelques modifications ; elle est divisée en quatre classes : 1° physique , médecine et chimie; 2° mathématiques, astronomie et mécanique ; 3° histoire et langue allemande ; 4° érudition orientale , en rapport avec les missions. Chaque classe nommait son directeur, qui était & vie : le premier fut le célébre Leibnitz. Sous Frédéric Il cette institution atteignit un haut degré de splendeur, par la réunion de sayants étrangers qui furent attirés 4 Berlin par la générosité du roi: e’est alors que Maupertuis en devint directeur. Elle tenait chaque année deux séances solennelles , et distribuait des encouragements aux meilleurs mémoires qui lui étajent adressés sur des questions qu’elle indiquait. Elle a publié plusieurs volumes de mémoyres sous le titre de : Mémoires de V Académie royale des Sciences e¢ Belles-Lettres de Berlin. Elie a recu en 1798 une nouvelle organisation.
Le prince Charles-Théodore fonda, en 1755, une académie des sciences 4 Manheim, sur un plan donné par Schorpflin. Divisée d’abord en deux classes , celle des sciences historiques, et celle des sciences physiques, cette derniére fut subdivisée, en 1780, en physique proprement dite, et météorologie. Ses mémoires historiques et physiques ont été publids sous le titre de: Acta Academie Theodoro-Palatine, et les mémoires météorologiques sous le titre de Ephemerides Societatis Meteorologic# Palatine.
L’Académie de Munich existe depuis 1759; mais elle fut organisée sur un plan plus étendu quand la Baviére fut érigée en royaume, et elle eut pour président Jacobi. Ses travaux ont été publiés sous le titre de : Traités de l'Académie de Baviere.
fut Piexre Je Grand Jni-méme qui traga le plan de lA-
cadémie de Saint-Pétersbourg , d’aprés les conseils de Wolf et de Leibnitz. 11 mourut avant sa complete organisation ; mais Catherine 1° marcha sur ses traces, et Académie tint sa premidre séance le 25 décembre 1725. L’impératrice forma une dotation annuelle de trente mille roubles a cette académie ; et quinze savants distingués , qui en faisa‘ent partie comme académiciens , recevaient en outre des émoluments a titre de professeurs; on remarque parmi ces
- derniers Nicolle et Daniel Bernoulli , les deux Delisle, Bulfinger et Wolf. Sous Pierre If cette académie tomba en décadence ; sous limpératrice Anne elle se ranima un peu, retomba de nouveau, et enfin redevint florissante sous Elisabeth. En 1758 son organisation subit quelques changements, et on y adjoignit une classe des beaux-arts , qui en fut détachée en 1764. La dotation annuelle fut portée 4 60,000 roubles. Cette académie s’occupe surtout de la connaissance intérieure de la Russie ; elle a fait faire dans les provinces peu connues d’importants voyages , par Pallas, Gmelin, Stolberg, Guldenstadt et Klaproth. Le nombre de ses membres est de quinze, non compris le président et le directeur ; quatre surnuméraires y sont adjoints, et assistent a toutes les séances; elle posstde une nombreuse collection de bons ouvrages et de manuscrits, ainsi qu’un riche cabinet de médailles et une galerie @histoire naturelle. Ceux de ses écrits qui parurent de 1725 a 1747 forment quatorze volumes, sous le titre de Commentarii Academiz Scientiarum Imperialis Petropolitane ; ceux qui parurent de 1747 a 1777 forment vingt yolumes, qu’on distingue par le titre de : Novi Commentarii, etc. ; unetroisiéme série se nomma Acta Academie ; eten 1826 on a publiéles Nova Acta, en dix vo- Jumes. Les ‘Commentarii sont écrits en latin ; les Acta sont partie en francais, partie en latin.
L’Académie royale des Sciences de Stockholm était primitivement une société particuliére, composée de six savants , au nombre desquels on comptait le célébre Linné; elle tint sa premiére séance le 23 juin 1739, et publia peu aprds divers mémoires , qui attirérent lattention publique. Le 31 mars 1741 elle recut du roi le titre @Académie Royale de Suéde, mais elle est sans dotation, et s’entretient a ses propres frais ; des fondations particuliéres ont cependant pourvu aux émoluments de ses deux secrétaires et d’un professeur de physique expérimentale. Le président est renouvelé tous les trois mois, parmi les membres résidant a Stockholm , et les travaux sont publiés par trimestre. Les mémoires publiés depuis la fondation jusqn’en 1779 forment quarante volumes, et s’appellent les Anciens ; ce qui a paru depuis forme la Nouvelle série. Il y a une série particuliére intitulée Gconomica Acta. Cette académie distribue chaque année des prix et des médailles encouragement. En 1799 elle fut divisée en six classes : économie politique et rurale, quinze membres; commerce et arts mécaniques, quinze ; physique et histoire naturelle nationale , quinze; physique et histoire naturelle des pays étrangers , quinze ; mathématiques, dixhuit ; beaux-arts, histoire et langue, douze. Cette académie a Je monopole de la vente des calendriers.
L’Académie de Copenhague n’était primitivement qu'une réunion privée de six savants. Christian VI, en 1743, les chargea darranger son cabinet de médailles ; et c’est alors quils songérent 4 convertir leur société en académie régulitrement constituée. Un des membres, le comte de Holstein, engagea Christian, en 1743, a s’en déclarer protecteur et a lui assigner un revenu ; dés ‘lors elle étendit ses travaux a la physique, a histoire naturelle et aux mathématiques. Elle a publié quinze volumes de mémoires, dont quelques-uns ont été traduits en latin.
L’Académie d’Edimbourg date de 1783, ef se composa ces principaux membres de Puniversité; elle se réunit une fois chaque semaine, et depuis 1788 elle publie régulidrenient ses mémoires. Dés 1683 il y eut une académie a Dublin, et en 1740, une société physico-historique ; on a deux
volumes de leurs travaux: lune et l'autre périrent au milieu des malheurs politiques qui accablérent ce pays.
Lisbonne posséde une académie des sciences qui s’oceupeé dagriculture , darts mécaniques, de commerce et d’économie politique : composée de soixante membres , elle est divisée en classe @histoire naturelle, classe de mathématiques, et classe de littérature nationale ; elle a publié de nombreuses dissertations , ainsi que les collections suivantes : Memorias de letteratura portugueza, Memorias economicas, etc.
L’Académie américaine des Sciences de Boston date de 1780 : le but de ses travaux est la connaissance des antiquités ef de histoire naturelle des Etats-Unis, usage et la culture des produits du sol, les perfectionnements et observations en médecine, mathématiques , philosophie , astronomie et météorologie, les inventions agricoles, etc., ete. Le nombre de ses membres ne peut ¢tre au-dessous de quarante , ni excéder deux cents. Le premier volume de ses travaux parut en 1785.
Lacadémie Natura Curiosorum de Vienne, ou I’ Académie Léopoldine , fut fondée en 1652, par J.-L. Bauschins (Bausch). Elle publia @abord ses travaux par mémoires séparés ; mais depuis 1684 elle les a réunis en volumes. Sous Léopold 1® , qui la protégea beaucoup , elle s‘intitula Caw- Sar eo-Lcopoldina Nature Curiosorum. A son instar, de semblables établissements furent établis 4 Palerme en 1645, en Espagne en 1652, 4 Venise en 1701, et & Geneve en 1715.
L’Académie de Chirurgie de Paris fut fondée en 1731 : chaque année elle indiquait un sujet a traiter, et le meilleur mémoire recevait un prix de 500 franes. Cette institution a disparu, comme tant d’autres, dans Ja tourmente révolutionnaire. Une ordonnance du 29 décembre 1820 a fondé a Paris une Académie de Médecine, qu’on peut considérer comme la suite de la précédente, et a laquelle nous consacrerons un article spécial.
A Vienne il y a une académie semblable; elle date de 1783, et décerne des médailles aux <‘léves les plus distingués.
Tl existe une seule académie de théologie. Elle fut fondée a Bologne, en 1687.
Au commencement du dix-huitiéme siécle, Coronelli fonda a Venise une Académie des Argonautes , dont le but était la publication de bonnes cartes géographiques avec description.
Jean V, roi de Portugal, fonda a Lisbonne, en 1720, une académie royale pour Vhistoire nationale, composée de. cinquante membres, d’un recteur, d’un censeur et d'un secréiaire.
A Madrid une société fondée pour la recherche et l’explication des monuments historiques en Espagne fut élevée au rang d’académie par Philippe V, en 1738. Elle compte vingt-quatre membres, et a publié plusieurs ouvrages h'storiques.
L’Académie de VHistoire de Souahe, formée a Tubingue, a pour but de publier les ouvrages historiques les plus remarquables, et de donner des notices biographiques sur leurs auteurs; elle se livre aussi aux recherches les plus exactes sur les points historiques qui offrent quelque obseurité.
Une académie archéologique fut établie a Cortone en Italie pour étude des antiquités ¢trusques; une autre existe a Upsal (Suéde), qui a pour but des recherches sur les antiquités et la langue des contrées septentrionales. L’une et autre ont publié des mémoires estimés. Deux academies du mime genre furent établies a Rome par Paul If et Léon X : elles n’eurent qu’une existence de courte durée. Il s’en forma d’autres de leurs débris; mais aucune n’arriva au degré dimportance de lAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris. Celle-ci aura encore un article spécial dans notre ouvrage.
A Naples le ministre Tanucci fonda, en 1775, Académie
@Herculanum, qui a publié Anfichifa di Ercolano. En 1807 une Académie d@histoire et d’antiquités fut éfablie a Naples et une autre a Florence.
En 1802 fut fondée 4 Paris une Académie Celtique, dont Je but était la recherche des monuments des Celtes, les moeurs de cette ancienne nation, examen des langues qui se sont formées du celte, etc. En 1814 cette Académie prit Jetitre de Sooiété des Antiquaires de France.
L’Académie della Cru sca on Academia furfuratorum date de 1582. Celle des Arcades fut fondée a Rome en 1690.
Le duc d’Escalona fonda & Madrid, en 1714, une Académie pour le perfectionnement de Ja langue espagnole; elle fut approuvée par le roi et gratifiée d’ honorables prérogatives en 1715. Son dictionnaire et tous ses travaux sont estimés. L’Académie royale espagnole a été réorganisée en 1859.
Saint-Pétersbourg eut aussi, en 1783, une Académie qui dat s‘occuper du perfectionnement de fa langue russe; elle est maintenant réunie a l’Académie des Sciences.
Une Académie du méme genre existe en Suéde depuis 1789.
La France posséde encore, dans son Institut, une Académie des Beaux-Arts et une Académie des Sciences morales et politiques. Madrid a une Académie des sciences morales depuis 1857.
Sans remonter a l’Académie des Jeux Floraux*x, aux chambres de rhétorique de la Flandre, aux palinods ou puys des villes normandes, aux cours d’amour du moyen Age, on voit, au dix-huitiéme siecle, une foule d'associations liftéraires naitre dans les provinces de France; citons celles de Lyon, de Caen, de Marseille, d’Arras, de Dijon, de Rouen, de Besangon, de Nancy, de Metz, de Bordeaux, etc. Elles s’occupérent successivement de poésie, de langage, de science, dhistoire et d’archéologie. succombérent 4 Ja Révolution, et reparurent ensuite ; mais elles prirent surtout quelqne importance aprés la révolution de Juillet. Aucun lien neles unissait pourtant et Jeurs travaux restaient isolés et inconnus, malgré les congrés scientifiques. On avait en vain voulu les rattacher a l'Institut. M. Rouland, ministre de linstruction publique , Jes a reliées au moyen d’un comité des travaux historiques et des sociétés savantes, quia d0 passer en 1860 dans les attributions du ministre d’Etat. Ce comité publie depuis lors une Revue des socié/és savantes.
On compte encore un grand nombre de sociétés savantes, qui ne différent des Académies que par leur nom ; telles sont : la Société royale des Sciences de Geottingue, fondée en 1750; les Sociétés royales de Londres, qui date de 1645 ; de Dublin, fondée en 1730, et d’Edimbourg ; la Société des Archéolognes de Londres, fondée en 1751 ; la Société liltéraire et philosophique de Manchester, fondée en 1781; les Sociétés. savantes de Harlem, de Flessingue, de Rotterdam, de Bruxelles, d’Amsterdam, de Copenhague, d’Upsal, etc.
De ’Europe les Académies s’étendirent dans les autres parties du monde : en Asie, il y a a Batavia, depuis 1778, une Société des Sciences et des Arts; au Bengale, a Cal-, culta(1784) et 4 Bombay on trouve d’autres sociétés savantes auxquelles on doit d’importantes et précieuses recherches sur les Indes et | Orient en général.
Outre |’Académie de Boston , ’ Amérique posséde depuis 1769 Ja Société philosophique de Phitadelphie, etc.
Liutilité des Avadémies a quelquefois été contestée. L'esprit de coterie s’y fait trop souvent sentir en effet. Des hommes bien plus recommandés par leurs opinions ou leurs relations que par leurs travaux se voient parfois préférés 4 ceux qu’indiquent Popinion publique. On se souvient encore de la lutte des académiciens contre les novateurs, méme d’un talent remarquable, dans la littérature et les beaux-arts. Et puis on rappelle avec raison la lenteur des travaux académiques : ces dictionnaires, ces mémoires, qui ne paraissent que de loin en loin et que presque personne ne lit. Mais ces travaux si rares ont cependant leur prix. Fruits des re-
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