ABBAS
ABBAS. Nom de trois chahs ou rois de Perse de la dynastie des Sofis.
ABBAS I®", dit le Grand, si la grandeur peut se concilier avec la barbarie, était le septitme chah ou roi de Perse de la dynastie des Sofis. 11 était gouverneur du Khorassan quand Ja mort de Mohamed-Khodabendé, son pére, donna Ja couronne a son frére ainé Hamreh, et il avait quitté sa résidence @Hérat pour lui rendre hommage, quand il apprit en route qu’Ismael, son second frére, s’était fait roi par un fratricide. Son favori et gouverneur, Murchid-Kouli-Khan , éul peur que le royal assassin ne se débarrassat 4 son tour de son jeune maitre; il le fit égorger par son barbier, qui fut immédiatement égorgé lui-méme par les complices de Murchid, et Abbas [°* monta ainsi sur le tréne de Perse, l’an de Phégire 994, et de Pére chrétienne 1586, vingt mois aprés la mort de son pére. Quelques auteurs prétendent qu’immédiatement aprés cette mort il s’était déclaré souverain indépendant. Ils fixent méme la date de son installation a Hérat au 5 décembre 1585; et c’est peut-étre la-dessus que le docteur Pocock s’est fondé pour le faire succéder sans intermédiaire 4 Mohamed-Khodabendé. Mais il est difficile de concihier cette usurpation avec Phommage qu’ Abbas allait rendre a Hamreh, et son voyage 4 Kaswin pour s’aboucher avec Ismael. Malheureusement il est un crime qu’on ne peut lui enlever, c’est le meurtre du gouverneur qui l’avait mis sur le trone. Murchid , homme desprit et de courage, avait pris Phabitude de traiter le prince assez cavali¢rement; il voulut continuer sous le roi : le rdi le fit massacrer par un palefrenier, qwil récompensa pa: le gouvernement d’Hérat , aprés Pavoir revéiu de la dignité de khan; et le lendemain il se mit a labri des vengeances de la famille de Murchid en ordonnant la mort des parents et amis de ce gouverneur.
Citons des actions plus gloricuses. Les Tartares Ouzbeks s‘étaient depuis longtemps emparés des plus belles provinces du Khorassan; il les reprit sur le khan Abdallah, aprés trois ans de succés et de revers. Mais il se vengea cruellement de Ja résistance des vaincus , en faisant trancher la téte du khan, de son frére et de ses trois fils. C’est au retour de cette expédition qu'il transporta dans Ispahan le siége de l’empire, dont Ja ville de Kaswin avait été jusqu’a lui la capitale. {1 en sortit bient6t pour chasser les Turcs des provinces de Tauris, de Nakshivan et @’Erivan. La paix , quwil avait conclue avec la Porte Othomane, dés la premiere année de son régne, avait été rompue par le sultan Achmet, et ses grands vizirs Mourad et Nasuf reculérent successivement devant Abbas. Celui-ci ne sarréta un moment que sous les murs d’Ormeya, ville située sur le lac Shaki, dans ’Aderbijan. Mais sa politique, qui n’était, comme celle de tant d’autres, qu'une adroite fourberie, vint au secours de son armée. Les Kurdes, peuples pillards et indépendants, vivaient dans le voisinage. Abbas leur promit le sac de la ville, et quand ils eurent prise, il fit tuer leurs chefs dans un festin. Tous les pays situés entre la riviére de Kur, Vancien Cyrus, et ’ Araxe, se soumirent a ses armes ; la capitale du Chirvan tomba dans ses mains aprés un siége de sept semaines. Les habitants de Derbent lui livrérent leur ville aprés avoir massacré la garnison turque; la province de Kilan rentra en 1597 sous lobéissance de la Perse, dont eile s’étail détachée sous le regne de Thamasp |", le second des Sofis. Les rebelles du Mazandéran furent domptés en 1598, et Vheureux Abbas croyait jouir en paix de ses conquétes ; mais cing cent mille Turcs , nombre fort exagéré sans doute, étant revenus vers les murs de Tauris, sous les ordres de Chakal-Ogli, qui est peut-¢tre le kalender Ogli de Vhistorien Cantimir, Abbas courut au-devant @eux, les défit dans une grande bataille, et les repoussa Jusqu’a la montasne de Sahend. Une nouvelle incursion lui cotta plus de peine et de sang. Les Turcs avaient surpris la ville de Tauris, et Abbas ne put la reprendre qu’aprés avoir livré cing batailles sanglantes, ot la fortune avait paru ’abandonner.
Cependant, les Turcs s’étant alliés avec les Tartares de Cri-
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mée, revinrent encore, sovs les ordres d’Hali ou Kalil-Pacha, nouveau grand vizir d’ Achmet; mais cette fois Abbas ne daigna point les combattre en personne. Son général, Karchuken ou Kurchiki, suivant Herbert, ou Allah-Veyrdy-Khan, suivant d’autres , fut chargé de les repousser. I! les défit dans plusieurs combats, et leur prit deux khans de Tartarie, avec les pachas d’igypte , d’Alep, d’Erzeroum et de Van, qu’abbas renvoya comblés, de largesses. Cantimir ne mentionne point cette défaite. I] parle seulement des appréts d’Hali- Pacha et de la mort d’Achmet, qui mit un terme a cette guerre, vers l’an 1617. Ces exploits d’Abbas furent souillés encore par de grands crimes, et le plus odieux de tous fut le meurtre de son fils ainé, Sefi-Mirza, sous le faux pretexte @une conspiration contre sa vie. Les seigneurs qu’on donnait a Sefi pour complices et le misérable qui avait fabriqué cette accusation furent empoisonnés plus tard dans un festin. Bebut-Bey, ’exécuteur du meurtre, fut d’abord largement récompensé ; mais les remords s’emparérent du coeur d’Abbas, et sa vengeance fut encore un raffinement de férocité. Il ordonna 2 Bebut-Bey de lui apporter la téte de son propre fils, pour que le sort de Vassassin fit égal a celui de son maitre, et Bebuteutla lacheté d’obéir a cet ordre sanguinaire. Ce récit d’Oléarius n’est pas conforme a celui de J’Anglais Herbert. Celui-ci donne quatre fils au grand Abbas, et les lui fait tuer tous les quatre par jalousie, avec des détails qui ne permettent pas de révoquer ces crimes en doute.
La conquéte du royaume de Kur sur les Kurdes, celle de la Géorgie , que défendirent en vain Taymuraz, roi de Caket, efEnarzab, roi de Carthuel; la prise de Bagdad, et Ja défaite de trois armées turques, que le sulfan Amurat IV avait rassemblées pour reprendre cette capitale , furent des distractions plus dignes de ce roi conquérant; mais sa victoire n’en fut pas moins déshonorée par de nouveaux forfaits : les deux fils de Taymuraz furent faits eunuques, Enarzab fut assassiné dans sa prison de Chiras , et le gouverncur de Bagdad, Behirbeka, ou Bikirkichaya, fut cousu dans une peau de boeuf, qui, en se rétrécissant au soleil, étouffa le malheureux dans des douleurs atroces.
Abbas 1°" eut aussi a combattre des Européens. Les Portugais étaient, depuis longtemps en possession de Bender- Abassi et de Vile @Ormuz; Abbas ordonna au vice-roi de Chiras , Viman Kouli-Khan, de les en chasser. Les Anglais, que ces deux stations portugaises génaient dans leur commerce avec V’indoustan, envoyérent une flotte pour seconder les opérations des Persans. Bender-Abassi fut rendu en janvier 1622 parson gouverneur, Ruy-Frera, au lieutenant d’Abbas. Ce fut la derniére de ses conquétes. Ce monarque mourut aA Kaswin, en 1628, dans la soixante-onziéme année de son age, et aprés quarante-trois ans de régne. Sa mémoire est vénérée en Perse. Les pauvres surtout parlent de sa justice, toujours mélée cependant de cruauté. II fit jeter dans ua four ardent un boulanger qui refusait de leur vendre du pain, et pendre a Pun des crochets de sa boutique un boucher qui vendait dela viande 4 faux poids. Un de ses officiers avait fait tuer quelques voisins dont les terrasses plongeaient sur les jardins de son harem; Abbas fit égorger et jeter péle-méle dans une fosse l’officier, ses femmes et ses domestiques.
Son régne fut signalé par des travaux plus utiles A la prospérité de son empire. Il fonda de grandes villes, qui devinrent plus tard les centres dun grand commerce; il batit— le beau palais d’Ispahan, des caravansérails et des mosquées, et y amena une grande riviére , par des souterrains immenses, a travers des montagnes qui l’en séparaient , A plus de trente lieues de distance. II dissémina dans son royaume vingt-deux mille familles arméniennes et quatre-vingt mille autres de la Géorgie, qui apporttrent aux Persans leur industrie et V’art du négoce. La culture de la sore fut propagée, et le chah Abbasse mit en communication avec notre Louis XIII et autres rois de l’Europe. Pour retenir dans ses Etats le grand nombre de pélerins qui se rendaient 4 1a Mecque, il fit faire de grands
miracles au tombeau de l'iman Reza, |’un des douze grands saints de la Perse , et détourna les pélerins vers la ville de Mesched , od était situé ce tombeau. D’autres disent que le nouveau pelerinage se dirigeait vers tes tombeaux d’Alt et de ses enfants, dans V’lrak-Araby. Ils attribuent méme fa guerre de Bagdad au désir d’enlever aux Tures , comme sunnites ce qui ne devait appartenir qu’aux chiites de la Perse, C’est possible. Je ne conteste, pour moi, que le nom de grand, Je dirai seulement, avec Herbert, que ce roi de pe tite taille fut un géant en politique.
ABBAS Ii, ABBAS-MIRZA, ou CHAH-ABBAS ID, arridre-petit-fils du precédent, est le neuvidme de la dynastie des Sofis. Son pre, Sofi 1°, avait ordonné de lui crever |¢s yeux dans son enfance. L’eunuque chargé de cetle exécution eut pitié de lui, linstruisita faire Paveugle, et, voyant quiau lit de mort son maitre regrettait d’avoir donné cet ordre harbare, feignit @avoir un reméde pour rendre la vue eu jeune priace. Le pére, enchanté de cette cure merveilieuse, commanda aux grands du royaume de le reconnaitre pour souverain. Abbas If monta done sur le trone de Perse a Page de treize ans, au mois de mai 1642, et fit son entrée a Ispahan année suivante Peu de temps aprés le vieux prince des Ouzbeks, chassé du tréne par ses enfants, élant venu implorer les secours du roi de Perse, Abbas lui accorda quinge mille chevaux , hnit mille fantassins, et recut en échange une province considerable. La reprise de Kandabar surles troupes du Grand-Vogol fut le coup d@essaid Abbas II. Ii fut moins heureux dans Pattaque des montagnes , ot régnait le prince de Jasques , entre la province de Kerman.et POcéan,
Tavernier, Chardin et Keempfer s’accordent a raconter qu’Abbas 1} aimait la justice; ils vantent sa générosité, sa magnificence avec les etrangers. Le dernier va méime jusqu’a dire quil ne lui manguait aucune vertu. Mais il est difficile 2e concilier cet éloge et cette prétendue perfection avec les traits de cruaulé qu’on en cite. On a cru le justifier en alléguant que ces ordres sanguinaires n’¢étaient donnés par lui que dans Vivresse. Mais c’est une étrange excuse pour un roi quw’une ivrognerie perpstuelle, et surtout pour un prince musulman. On en raconte cependant quelques acies de justice ; mais jusque dans ces traits de justice il portait des ralfinements d’une cruauté que n’ont pu dissimulerses courtisans. Tavernier et Chardin avaient souvent Vhooneur de s’enivrer avec lui, de boire son vin de Chiras dans des coupes dor, et de lui chanter des chansons grivoises. Abbas avait d’autres passe-temps. Deux peintres hollandais lui avaient appris le dessin, et il s’amusait a dessiner des modéles de coupes , d’assiettes et de poignards, mais on peut aimer les arts et los artistes sans en étre plus hiumain. Le second vice d’Abbas était la passion des femmes, el elle lui codta la vie. Irrité par les charmes d’une danseuse infectée du mal vénérien, il ne tint pas compte de l’aveu que cette femme Ini en faisait, et quelques jours apres des symptémes terribles Vavertirent de son imprudence, Un horrible cancer luni rongea Je palais ef te nez , et la wort la plus affreuse en délivra son peuple, le 25 septembre 1660.
ABBAS II termina Ja dynastic des Sofis, Fils du chah Thamas If, déposé par les intrigues du famenx Kouli- Khan (voy. Navin), il avait 4 pete huit mois quand, dans les premiers jours deseptembre 1731, cet ainbitieux général fit placer la couronne sur son berceau, en retenaut pour Jai la régence du royaume. Le régne de cet enfant sembla Wabord porter malheur 4 son tuteur, car i! fut battu dans deux grands combats contre les Tyres, sous les murs de Bagdad; mais il prit sa revanche dans une troisiéme pataille, ot les Tarcs perdirent quarante mille hommes et leur séraskier. Un autre séraskier défendit vainement la Géorgie et ’Arménie, et périt dans une bataille livrée dans les environs d’Erivan. Kouli-Khan ne voulut plus dés ce moment gombattre au nom Wun fantome de roi; et te jeune Abbas I,
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