‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tousChapitre 45 sur 197 · ACCORD · texte numérisé non relu

ACCORD

les genres ef les espéces du contre-point,, et prescrivaient ensuite ce qu'il fallait y ajouter pour former d’abord le trio, puis le quatuor, enfin la composition & tel nombre que ce soit de parties ; et par ce procédé ils donnaient indirectement naissance a tous les alliages imaginables de sons simultanés. L’usage introduit vers la fin du seiziéme et le commencement du dix-septiéme siécle d’accompagner le chant par les instruments, et surtout par les instruments a touches, le clavecin et l’orgue, porta d’abord les accompagnateurs et forga depuis les compositeurs, lorsque cet usage se fut généralisé et qu’il fut devenu en quelque sorte le premier degré de Vart de la composition, 4 diriger leur attention sur ces alliages, et les accoutuma a considérer comme formée de leurs successions ’harmonie qui jusque alors avait été regardée comme le résultat du concours de plusieurs mélodies.

Nous ne discuterons point ici le mérite des deux méthodes ; nous ne chercherons point laquelle des deux fournit a Yart les procédés les plus avantageux. Convaincu que d’aprés importance qu’a acquise la théorie des accords, il devient indispensable d’en donner une notion exacte, nous ferons remarquer avant tout que d’aprés le seul procédé de leur formation, que nous venons d’indiquer, ces éléments doivent étre indéfiniment multipliés et offrir dans leur succession une foule innombrable de combinaisons. C’est ce que démontrent, en effet, le raisonnementet l’expérience. II n’est point dalliages de sons ni de succession de ces alliages que Ja marche bien entendue des parties ne puisse réguliérement amener; et comme il n’y a point de raison légitime pour recevoir et reconnaitre les uns, ignorer ou rejeter les autres, la conséquence que l’on doit en tirer est qu’il faut les étudier tous également. Mais, outre que cette étude est impraticable, il faut encore remarquer qu’elle tendrait a écarter celui qui youdrait ’embrasser dans toute son étendue du but véritable que l’on doit se proposer dans toute l’étude de Vart. Tl faut done réduire celle des accords 4 ce qu’elle a dutile et de possible, c’est-a-dire indiquer Ja-marche que Yon doit suivre pour avancer dans cette connaissance aussi loin qu’on peut le désirer, et s’arréter a ce qu’elle a de plus usuel ef de ’emploi le plus journalier.

Les accords doivent se considérer sons deux points de vue principaux : celui de leur structure, et celui de leur nature. Par la structure des accords , j’entends le nombre et l'arrangement des sons dont ils sont composés, et qui fournissent les bases de leur classification ; par leur nature yentends leur qualité harmonique , qui régle les lois de leur emploi.

La structure et lanature des accords sont deux propriétés totalement distinctes et totalement indépendantes ; car, ainsi que ’apprend examen le plus superficiel, des accords de méme nature sont dune structure tout a fait différente, et réciproquement. I] convient donc d’étudier, au moins en premier lieu, séparément les accords sous chacun de ces points de vue, sauf a les considérer ensuite, s'il y a lieu, sous les deux aspects a la fois.

Structure des accords. Considérés par rapport au nombre et a la disposition de leurs sons, les accords se distinguent d@abord en accords de deux, trois , quatre , cing, six, sept et peut-¢tre méme un plus grand nombre de sons différents,

Les accords de deux sons ne sont autre chose que les intervalles musicaux, qui, par lunion simultanée de leurs termes, fournissent A ’harmonie ses premiers comme ses plus simples éléments.

Les accords de trois ou d’un plus grand nombre de sons , qui sont ce que l’on nomme proprement accords , doivent

étre considérés comme la somme de deux ou d’un plus grand nombre d’intervalles harmoniques superposés. Envisagés quant a l’ordre de leurs sons, ils se distinguent en dir ects et indirects. Les accords directs sont ceux dont les

sons superposés offrent une série de tierces en procédant du grave a Vaigu. Exemple :

ut mi

ae, 3°, 3°, Les accords indirects sont ceux qui offrent toute autre disposition.

Cette distinction est fondée sur ces considérations qu’originairement on n’a dd employer que des accords consonnants ; que la tierce, qui est la moindre des consonnances naturelles, est la seule dont la réduplication produise un accord consonnant en intervalles naturels; qu’elle établit entre les sons Vordonnance la plus simple, la plus facile a saisir, celle des accords les plus usités ; qu’on a dO s’accoutumer en conséquence a regarder cette ordonnance comme la plus légitime , et toute autre disposition comme un renversement de celle-ci : ce qui est vrai de fait; car tous les sons du systéme appartenant a une série de tierces continue ou discontinue, on peut toujours par un renversement convenablement opéré, faire rentrer dans une série de cette espéce toutes les dispositions qui s’en écartent.

D’aprés toutes ces considérations , on regarde comme accords directs,

1° L’accord consonnant de tierce et quarte ;

2° Le méme accord surchargé d’un ou de plusieurs autres sons pris dans la série des tierces prolongées jusqu’a la treiziéme inclusivement conformément 4 l’ordre suivant :

| dB Pe 5! dee Jey es BS ut mi sol Si res jaw la |

En exécutant cette opération, on formera cing classes daccords directs distingués par le nombre et le rang de leurs sons. En tout seize accords directs, qui par leurs renversements donneront tous les accords indirects imaginables. On trouvera tous ces renversements en prenant successivement pour base chacune des notes de chacun de ces accords. Dans cette opération chaque genre d’accord direct donnera autant de formes, tant directes qu’indirectes, que Yaccord contiendra de sons ; c’est-a-dire quatre-vingts formes génériques ou espéces daccords , tant directs qu’indirects. A présent chacune de ces formes ou espéces comprendra une quantité plus ou moins considérable de sortes et de variétés résultant de la diversité d’espéces des intervalles qui entrent dans la composition de chacune d’elles. Pour en déterminer le nombre on observera que chacune des espéces de chacun de ces intervalles est susceptible de se combiner ou de s’allier avec chacune des espéces des autres intervalles. Or, chaque intervalle ayant quatre espéces, deux naturelles , Pune mineure, l'autre majeure, et deux altérées , Pune diminuée, et ’autre augmentée , il s’ensuit que chaque forme offrira un nombre d’accords égal a la puissance du nombre 4, indiquée par celui des intervalles dont elle est composée; en faisant le calcul sur cette base, on trouvera que le nombre des sortes et variétés renfermées dans les quatre-vingts. formes ci-dessus énumérées peut monter a soixante-deux mille, sans compter les modifications que peut y introduire l’octave altérée, que nous n’avons point rangée parmi les éléments de nos opérations et de notre calcul. Ala yérité un grand nombre de ces espéces sont impraticables ; mais il est trés-difficile de faire le départ de celles qui sont admissibles et de celles qui ne le sont pas, Deux procédés se présentent pour arriver a ce but ; celui de l’élimination, et celui de ia génération des accords. L’un et l'autre sont pénibles ; ils ne peuvent produire qu'un yésultat incomplet, et leur exposition nous entrainerait bien au dela des limites dans lesquelles la nature de cet ouvrage nous oblige de nous renfermer. Nous nous bornerons a cette seule observation , que tous ces accords n’étant autre chose que celui de tierce et quinte surchargé, comme nous l’avons dit, d’un ou de plusieurs sons additionnels , tous ces ac-

S0l St, ec.

ACCORD — ACCORDEUR Pe

cords doivent offrir en substance cet accord et ses dérivés, plus les intervalles que ces accords forment contre les sons additionnels.

Cet apercu est suffisant pour prouver ce que nous avons avancé en premier lieu sur la multiplicité indéfinie et en quelque sorte inappréciable des accords, et sur lPinconvénient qu’il y a de s’engager trop avant dans cette recherche, surtout au commencement des études. Heureusement, ainsi que nous Pavons fait voir également, la connaissance minutieuse de cette classe d’éléments nest pas nécessaire au compositeur, non plus que celle des muscles et des vaisseaux du corps humain ne lest 4 Yopérateur, ni celle des astres du dernier ordre 4 Vobservateur. Le compositeur parvient & son but par d’autres moyens, et ’accompagnateur méme, & qui cette connaissance semble le plus nécessaire, n’a besoin que de connaitre les accords les plus simples et les plus usités. C’est la ot conduit directement l'étude de la nature de ces éléments.

Nature des accords. La nature ou qualité harmonique des accords dérive de celle des intervalles qui entrent dans leur compostion. On peut établir comme principe fondamental de cette théorie que tout accord est caractérisé harmoniquement par Vintervalle de plus intense harmonie qu’il renferme. D’aprés ce principe , qu’il nous est impossible de déyelopper ici, les accords se diviseront d’abord en deux grandes classes, les accords consonnants et les accords dissonnants. Les premiers sont ceux qui ne renferment que des intervalles agréables 4 Voreille, et capables de s’employer sans préparation; lesautres sont ceux quirenferment des intervalles désagréables et soumis a la préparation.

Les premiers se divisent en deux genres : les accords consonnants proprement dits, ou consonnants absolus, et les accords quasi-consonnanis ou consonnants relatifs. Les accords consonnants absolus sont ceux qui sont consonnants dans quelques positions qu ils soient placés; les accords consonnants relatifs sont ceux qui, sous une forme généralement dissonnante, deviennent consonnants par position et jouissent du principal privilége des accords consonnants, celui de pouvoir étre amenés sans préparation.

Les accords consonnants absolus se divisent de nouveau en accords consonnants libres, et en accords consonnants obligés ou appellatifs. Les premiers sont ceux dont aucun terme n’appelle aucun autre son, et qui peuvent en conséquence marcher librement ; les autres sont ceux dont quelqu’un des termes appelle généralement, et sauf exception, quelque autre son, et ont en conséquence une marche obligée, que l'on nomme résolution.

Tous les accords consonnants relatifs ou accords quasiconsonnants sont généralement appellatifs.

D’aprés ces bases, et en réglant tout le dénombrement de ces accords, d’aprés leur structure , on formera des ac-

cords consonnants ou quasi-consonnants tant directs que dérivés le tableau suivant :

Accords de trois sons.

Accord de 3°° majeure et 5'° majeure.

Accord de 3°* mineure et 5'* majeure.

Accord de 3°° mineure et 5'° mineure.

Accord de 3°¢ diminuée et 5'* mineure.

Accords de quatre sons.

Accord de 7° de dominante, 3°° maj., 5‘° maj., 7° min. Accord de 7° de dominante, 3°° maj., 5'° min., 7° min. Accord de 7° mineure de sensible.

Accord de 7° diminuée avec 3°° mineure. Accord de 7° diminuée avec 3°° diminuée.

Accords de cing sons.

Accord de 9° maj. de dominante avec 3° et 5'* maj. Accord de 9° min. de dominante avec 3°° et 5° maj. Accord de 9° min. de dominante avec 3°¢ et 5'* min.

-Autrement, douze accords directs sueceptibles de se réduire 4 six, méme a trois, méme a deux; savoir, en premier lieu immédiatement :

Deux accords de quinte majeure avec tierce , Pun avec tierce majeure, Pautre avec tierce mineure, selon le degré de ’échelle qui les supporte, ci... .. y Deux de quinte mineure avec tierce, l'un avec tierce mineure, l'autre avec tierce diminuée selonlemode,ci. 2 Deux de 7° mineure ( de dominante ) avec tierce majeure et quinte, l'un avec quinte majeure, lautre avec quinte mineure, selon le mode, ci... ... 2 Tein sa eo Bi sory tia En second lieu, par substitution :

Trois de 7° de sensible, mineure, ou diminuée, selon le mode, par substitution opérée sur la sixte du premier dérivé de la 7° de dominante, ci..... 3 Enfin trois de 9° de dominante majeure ov, mineure , selon le mode, par substitution opérée sur l’octave

dans lactond direetaGhs sa.0, yins) a ate wnetder ues Engembloss|. 246k als Ragen TRAC een tat oe Sao Jer my (0

Tels sont, sauf‘les observations relatives a leur disposition et leur collocation, les accords que Yon peut regarder comme consonnants ou quasi-consonnants , soit libres, soit appellatifs , ceux qui forment la base de ’harmonie, ceux dont il importe de connaifre Vessence, le régime et l’emploi; tous les autres sont accidentels , et sont le résultat de la marche des parties, objet le seul véritablement important et le seul digne de toute Pattention et de toute l’application du compositeur. A, Cuoron],

ACCORDEON. Ce petit instrament de musique , inventé en Allemagne, a obtenu depuis quelques années une certaine vogue. Il se compose de petits soufflets d’orgue sn perposés ; en les tirant ou en les poussant, on produit alternativement les diverses notes. Dans cet instrument, les sons résultent des vibrations de petites lames métalliques fixées par une de leurs extrémités devant des ouvertures qu’elles recouvrent intérieurement. Ces vibrations sont produites par ie passage de Vair a travers ces ouvertures lorsqu’on les découvre au moyen de touches, et que !’on tire ou que l’on pousse le soufflet, de facon que l’air entre ou sorte en agitant les lames. Pour jouer de cet instrument on le tient du cété du soufflet de la main gauche, tandis que la droite agit sur les touches en amenant ou repoussant en méme temps la caisse sur le soufflet, c’est-a-dire en s’éloignant ou se rapprochant de la main gauche. On construit suivant le méme systeme des instruments plus grands , ot le soufflet est manceuvré a Vaide d'une pédale, et dont le clavier ressemble a celui du piano : ceux-ci prennent le nom d’orgues expressives,

ACCORDEUR, celui qui s’occupe d’accorder certains instruments , comme le piano, l’orgue, etc. Les accordeurs sont presque toujours des facteurs d’instruments ; du moins la structure et le mécanisme des instruments doivent-ils leur étre aussi familiers que les principes de l’acoustique. Comme la justesse de Vorgane est la condition principale dun bon accordage, il n’est pas rare de voir des accordeurs chez qui cette qualité, par son haut degré de perfection, tient lieu de toute méthode et de toute science. On a imaginé différents instruments pour remplacer les accordeurs. L’un, qui porte le méme nom, est composé de douze diapasons dacier disposés sur une planche sonore, et donnant avec justesse les douze demi-tons de la gamme. Un autre instrument, plus simple, est le monocorde, planchette de sapin sur laquelle sont fixés aux deux bouts deux sillets égaux portant une corde sonore et tendue parallelement a Ta planchette , avec un chevalet mobile qui allonge et accourcit la corde a volonté. Des lignes transversales ,

Page 1