ACTION
ou faisons voir au niotns comment on les a jusque ici effleurées ou bien approfondies,
I. Les organes et le mode. C’est-a-dive comment, par quelles voies, quels moyens et quels organes agissons-nous, et quels sont les signes caractéristiques qui, sous ce rapport, distinguent les unes des autres la multitude de nos actions? — Les moyens que nous employons pour les accomplir, ce sont : 1° la seule volonté pour les actions intérieures précédant tout ce que nous appelons Vaction de Yame sur le corps, ou méme la seule pensée , et moins qwune pensée, Pidée la plus fugace: car une idée de ce genre suffit pour exercer cette espdce d’action, qui a lieu souvent sans que nous l’apercevions et sans que nous nous en rendions compte; 2° les organes du corps, la parole, la mine, le geste, la main, le pied, et tous les membres dont dispose la volonté; 3° tous les genres d’appareils et de machines que le génie de ’homme invente pour joindre mille autres organes a ceux que la nature lui a donnés pour les produire. Et qui ne voit au premier coup d’wil les caracteres qui distinguent nos actions sous ce rapport? qui ne Voit que les premiéres sont rapides comme V’éclair, mais bornées a peu prés aux inftéréts dun seul ; les secondes, plus lentes, mais plus extensives, plus puissantes sur les autres et de conséquences plus fécondes; les troisiémes , plus lentes encore, mais plus fortes, plus irrésistibles, et surtout plus durables, plus permanentes? En effet, la pyramide survit au papyrus, le papyrus a Ja parole, la parole & la pensée apercue, la pensée apergue a celle qui ne I’a pas été.
II. Les motifs et le but. — Les motifs ne se confondent pas avec le but. La fortune est le but; le désir d’avoir les jouissances qu’elle procure est le motif qui nous fait travailler pour Vacquérir. Le pouvoir est un but ; le motif qui nous le fait ambitionner, c’est le plaisir que nous aurons A semer les bienfaits et & nous couvrir nous-mémes de la gloire dont nous couvrirons le pays. Les motifs de nos actions , ce sont donc des idées hautes et pures, des sentiments clairs et nets, ou bien des considérations ordinaires, de simples désirs, des appétits naturels, des instincts méme. Le nom de Motifs, toutefois, ne convient qu’aux raisons dont nous nous rendons un compte plus ou moins exact, et les déterminations qu’ils aménent sont fort différentes de celles qui Suivent de vagues désirs, de simples excitations, des instincts plus ou moins nobles. Et comment nos actions auraient-elles la méme importance et rentreraient-elles dans la méme classe, qu’elles soient Veffet inévitable de cette activité qui fait que nous ne pouvons nous empécher d’agir, de faire quelque chose, ou le résultat généreusement voulu et péniblement conquis d’une haute conception? Il y a des actions en apparence sans but; i} en est d’autres qui, mauvaises en elles-mémes, prétendent se sanctifier par le but; il en est quine sont excusables que par les motifs qui tes ont inspirées. Nos actions forment donc bien des classes ; et leur importance varie.
Ill. Classes et importance de nos actions. — L’importance de nos actions est dans l’influence bonne ou mau- Vaise , plus ou moins ¢tendue, qu’elles exercent. — Dans la régle, V'influence de nos actions dépend du caractére de leur conception. Cela a donc lieu fréquemment ; mais il y a de grandes exceptions. On a vu les plus sublimes déterminations s’évanouir sans avoir rien produit , et les plus simples résolutions suivies des plus admirables résultats. Ce n’est donc pas d’aprés leur importance, caractére externe et fortuit , qu’il convient de classer nos actions, c’est apres les régles qui les gouvernent et @aprés la valeur quielles ont aux yeux de ces régles éternelles et suprémes qui sont comprises sous le nom de morale.