ACTIVITE — ACUNHA
pensée claire, cette concentration de nos forces intellectuelles sur un seul point, n’est-ce pas Pceuvre de la volonté?
La dignité de la créature humaine consiste précisément dans cet empire qu’elle prend sur elle-méme, dans le pouvoir quelle ade diriger ses propres facultés. Plus ce pouvoir directeur est développé dans un étre, plus aussi cet étre est une personne. Ainsi, ’homme a sur lui-méme et sur les facultés dont il est pourvu un empire plus grand que les animaux. S’il abdique ce pouvoir, s'il le laisse dépérir, il se ravale au rang des choses. Mais ce pouvoir personnel, dans lequel réside le gouvernement de nous-méme, est sujet a des intermittences. Rien ne se lasse plus vite ennous que la volonté : c’est que cet effort qu’exige la direction de nos facultés est pénible, et cette extréme tension améne bientdét la fatigue. La volonté ou lénergie personnelle éprouve donc par intervalles le besoin de se reposer : et c’est elle en effet qui se repose dans le sommeil ou dans la réverie; c’esta-dire quwalors Vactivité, soutenue a ce degré @intensité ou elle devient la volonté, se détend, se relache, et laisse les idées , les sensations, les impressions de tout genre passer devant elle sans prendre la peine de les fixer; mais lactivité ne subsiste pas moins, quoiqu’a un degré beaucoup plus faible, et c’est une échelle dont il est possible de remonter tous les degrés au moment du réveil. ARTAUD.
ACTIVITE DE SERVICE, NON-ACTIVITE. On entend par activité de service la position de tout individu qui compte dans la force numérique d’une armée par l’exercice @’un emploi de son grade s’il est officier ou sous officier, et par le fait de conscription ou d’engagement s’il n’est que simple soldat. La durée de Vactivité de service sert a déterminer le chiffre de la pension militaire. Elle s’éteint par les congés de libération, la réforme, la retraite, la démission et la désertion; s’interrompt par les congés illimités, la disponibilité, et par la non-activité. Au contraire , un congé temporaire, un service spécial, une mission, la captivité a Vennemi, n’interrompent jamais Vactivité.
Par contre , la non-activité est la position de l’officier hors cadre et sans emploi. Un officier ne peut étre mis en nonactivité que dans les cas suivants : licenciement du corps , suppression d’emploi, infirmités temporaires, rentrée de captivité a Vennemi (si Vofficier prisonnier de guerre a été remplacé dans son emploi), retrait ou suspension d’emploi. Lofficier en non-activité est appelé 4 remplir la moitié des emplois de son grade vacant dans l’arme a laquelle il appartient, et le temps qu’il passe en non-activité est compté comme service effectif pour les droits 4 l’avancement, au commandement, a la retraite.
ACTON (Josep), premier ministre du royaume de Naples, naquit 4 Besancon, en 1737, de parents irlandais, qui étaient venus s’y établir. Aprés avoir achevé ses études, il entra dans la marine francaise, qu’il quitta bientét pour passer au service du grand-duc de Toscane, ou il trouva Poccasion de se distinguer contre les Barbaresques. Le roi de Naples lui offrit du service; et bientét, grace a la faveur de Ja reine Caroline, il obtint successivement les portefeuilles de la marine, de la guerre, des finances, et enfin devint premier ministre. Poussé par sa haine implacable contre les Francais, il se ligua avec Hamilton, ministre d’Angleterre, et se porta aux mesures les plus insensées, qui précipitérent la famille royale dans Jes plus grands embarras, et fortifiérent de plus en plus le parti francais. Les hommes de ce parti formérent plus tard Vassociation des Carbonari. 11 accompagna le roi, en 1798, dans l’expédition de Mack. Cest lui qui dirigea la junte d’enquéte que ses crnautés ont rendue si fameuse. Apres V'issue malheureuse de l’expédition de Mack, Acton fut éloigné des affaires en 1803. I] mourut en 1808, en Sicile, hai et méprisé de tous les partis.
ACTUALITE, néologisme, se prend pour ce qui a rapport aux faits et aux choses qui occupent les esprits dans
les circonstances actuelles. Ce mot a fait fortune. Pourquoi ne passerait-il pas définitivement dans la langue, puisque Vidée qwil exprime est si bien passée dans nos meeurs qu’il nous faut de Pactuel 4 tout prix, que le pamphiet, la caricature, la chanson, le vaudeville-revue, lui sont redevables de leur mérite et de leurs succés? Le journalisme lui-méme ne vit que d’actualité et ne s’en cache pas. Tout le monde connait cette critique naivement judicieuse du directeur d’une revue en vogue, qui, demandant un article 4 un philosophe humanitaire, et celui-ci lui en offrant un sur Dieu, lui répondit vivement : « Cela manquerait @actualité! » — On dit 4 chaque instant dans la conversation : C’est une question palpitante dactualité. Cette expression absurde est un des plus frappants exemples de l'altération que subit la langue de Moliére et de Racine. M. de Talleyrand ne pouvait pas l’entendre sans bondir W@indignation. Un jour il apostropha trés-rudement certain secrétaire d’ambassade qui avait eu ’imprudence, en faisant le bel esprit, d’offenser l’oreille et le godt du dernier de nos grands seigneurs par cette amphigourique et prétentieuse métaphore.
ACTUARIUS (Jean), célébre médecin grec dutreiziéme siecle, auteur d’un traité De actionibus et affectibus spiritus animalis, décrivit et employa le premier les purgatifs doux, tels que la casse, la manne, le séné, etc.
ACUNHA (Don Antonio OSORIO pv’), évéque espagnol, fameux par le réle qu’il joua dans les luttes qui suivirent ’avénement de Charles-Quint. I] occupait le siége de Zamora en 1519, lorsque commenca cette insurrection populaire, si connue sous le nom de Sainte Ligue, et dont un des chefs fut le célébre Jean de Padilla. La population de Zamora était alors partagée en deux factions, qui avaient & leur téte le comte d’Alba de la Isla et d’Acunha. Celui-ci, forcé de s’éloigner de son siége par suite des tracasseries de son rival, se jeta dans le parti des communeros, et y fut recu avec enthousiasme. Les députés étaient alors réunis a Tordesillas; on lui donna des canons, des soldats, ef il devint bientét pour son ennemi un redoutable adversaire. D’Alba, ne se sentant pas la force de soutenir la lutte, se joignit au cardinal Adrien, qui commandait les troupes royales en l’absence de ’empereur. D’Acunha appela autour de lui tons les hommes de bonne volonté, et bientét il se vit 4 la téte de cing mille soldats, parmi lesquels on remarquait cing cents prétres. Guerrier consommé, intrépide, actif, infatigable, malgré ses soixante ans, il les menait sow vent a la victoire. Au moment ov il s’élangait sur les bataile lons ennemis, on entendait tovjours retentir ce cri : A mi mis clerigos! (& moi mes prétres! ), adressé a la phalange sacrée qui se pressait autour de lui. La reine-mére, Jeanne la Folle, étant tombée aux mains des révoltés, Tordesillas devint leur place d’armes; les destinées de l’Espagne allaient peut-étre changer. Mais ’habileté du comte de Haro répara tout : la prise de Tordesillas porta aux ligueurs un coup terrible; le bataillon des prétres résista seul, et soutint avec une rare intrépidité le choc de toutes les troupes impériales. Mais d’Acunha n’était pas homme 4 faiblir en présence des événements les plus désastreux. Alors qu’une partie des généraux défenseurs du peuple étaient dispersés, lui couyrait ’Espagne de ses émissaires, et fomentait partout le soulévement. La prise de Tordesillas le jeta dans Toléde, ot le peuple, de sa propre autorité, le fit archevéque primat de toutes les Espagnes. C’était lui donner de nouvelles forces. Il disposa des richesses des églises, leva des troupes, et courut débloquer Avila, ou il eut pour antagoniste un autre prétre comme lui, un de ses ennemis personnels, don Antonio de Toléde, placé a la téte des troupes royales. La défaite de Padilla 4 Villalar vint terminer ce drame terri~ble, ot la monarchie de Ferdinand et d’Isabelle avait cown tant de dangers. C’en était fini du réle de d’Acunha; il le sentit, et voulut se sauver en France; mais il fut découvert
et enfermé au chateau de Simancas, dont il tua le gouverneur. Charles-Quint, armé @un bref papal qui le livrait au bras séculier, fit instruire son proces. Le sort voulut que Yhomme appelé a le juger fit ce méme alcade Ronquillo, qui, par ses exactions, avait soulevé les communeros. II n’y avait rien a attendre pour lui d’un tel juge. Aussi un jour le peuple put voir pendu aux créneaux de la vieille forteresse le corps sans téte de celui qui l’avait si vigoureusement défendu.
Plusieurs autres personnages historiques ont porté le nom @Acunha. Nous citerons : don Rodrigue p’ACUNHA , archevéque de Lisbonne, !’un des chefs les plus énergiques de la conspiration qui, en 1640, remit sur le tréne la maison de Bragance. Ce fut lui qui fixa le choix des conjurés sur D. Jean IV. Il mourut chéri des Portugais et du souverain. — Christophe »v’AcunnA , missionnaire espagnol qui parcourut le Pérou et le Chili. Il publia 4 son retour, en 1641, une relation de la découverte de la riviere des Amazones. — Fernand p’Acunua, né a Madrid, mort en 1580, se distingua également 4 la cour de Charles-Quint comme militaire et comme poéte. Il traduisit avec succés l’ouvrage intitulé le Chevalier Délibéré, d’Olivier de la Marche. — Tristan p’AcunHA, Capitaine portugais, qui fut envoyé en 1506 par le roi Emmanuel dans l’Inde, au secours de Francois d’Almeyda. Il conduisit en 1508 dans ce pays le vice-roi Albuquerque, et se signala par son courage. Il fut en 1514 ambassadeur 4 Rome. Il découvrit en 1506 les iles qui portent son nom. — Don Alphonse Cavillo p’Acunna, archevéque de Toléde, parvint au ministére sous Henri IV, roi de Castille. Disgracié pour s’étre vendu au roi d’Aragon, il s’arma contre son souverain, et lui livra en 1464, sous les murs de Médina-del-Campo, une bataille dont le succes resta incertain. Il contribua puissamment 4 faire placer sur le tréne Isabelle, sceur de Henri, et devint toutpuissant 4 ’ayénement de cette princesse. Mais bientdt, jaloux du crédit du cardinal Mendoza, il se réyolta de nouveau ; il fut enfin forcé de se soumettre en 1478. Isabelle lui fit grace, et ilse retira dans un monastére, ou il mourut en 1482.
ACUNHA (Ile Tristan @’). Voyes Tristan p’ACUNHA.
ACUPUNCTURE (du latin acus, aiguille; punctura, piqire), traitement par lequel on a cherché a guérir les maladies aigués, les inflammations et les paralysies, et qui consiste 4 enfoncer des aiguilles dans la partie souffrante. Cette opératicn est connue depuis un temps immémorial en Asie. Ten-Rhyne Vintroduisit en Europe il y a plus d’un siécle. Il y a quelques années, des médecins employérent ce moyen avec succés dans des cas de douleurs rhumatismales. Béclard démontra par un grand nombre d’expériences que la piqdre des vaisseaux n’est presque jamais suivie d’aucun accident; il constata Vinnocuité de la piqdre des nerfs et de tous les viscéres. Le meilleur ouvrage sur ce sujet est du a Jules Cloquet. — On a proposé un mode particulier dacupuncture, qui consiste a mettre l’aiguille une fois entrée dans les tissus en contact avec un courant électrique pour exciter plus directement les filets nerveux. Ce procédé, qu’on a appelé électropuncture, est ainsi que ’acupuncture presque entiérement abandonné avjourd’hui.
ADAGE. Tous les dictionnaires, sans méme en excepter celui de Académie Francaise, donnent ce mot comme étant le synonyme de proverbe; et c’est a tort cependant. Il y a entre ces deux vocables, comme eussent dit nos philologues du seiziéme sidcle, une différence qui a été parfaitement expliquée par Erasme , auteur, comme chacun sait , du recueil d’adages anciens le plus complet. Deux caractéres appartiennent A la nature du proverbe, dit-il, la valgarité, Vemploi fréquent, absence de toute ambiguité, qui le fait reconnaitre de chacun, Au contraire, Vadage est emprunté aux oracles des dieux, aux écrits des sages, aux vers du poéte ; enfin, il est moins répandu parmi le peuple que le proverbe, et ’emporte sur ce dernier par l’élévation