ABBAYE — ABBE
ordre, mais 4 des séculiers tonsurés. On en compte 649. Les moindres sont dun revenu de 2,000 livres, et c’est le plus petit nombre. La moyenne proportionnelle est de 16,000 livres de rente. Le revenu de quelques-unes s’élave au chiffre de 50, 80 etméme 100,000 livres de rente. C’est la ce qu’autrefois on appelait un bénéfice. Ces abbayes se donnaient aux cadets des familles nobles, et trop souvent devenaient la récompense des plus honteux services. = ABBAYE (Prison de |’), 4 Paris. Le terrain sur lequel s’élevait cette prison, aoriginede la rue Sainte-Marguerite, faisait autrefois partie de l’enclos attenant au cloitre de Pabbaye Saint-Germain des Prés. Des cachots, construits la plus tard, servirent de prison abbatiale 4 l’ancien seigneur abbé de Saint-Germain des Prés, qui avait aussi fait placer au centre du carrefour une échelle patibulaire et un pilori. Pendant la révolution de 1789, la prison de Abbaye devint le théatre de sanglants événements. On y entassa les royalistes arrétés apres le 10 aodt 1792, et c’est la que commencérent les massacres de septembre sous la direction de Maillard. Charlotte Corday, M™° Roland, M"* de Sombreuil et d’autres yfurent ensuite enfermées. Sous!’ Empire l’Abbaye devint prison militaire pour les soldats condamnés par les conseils de guerre. Sous la Restauration plusieurs généraux persécutés par la réaction royaliste y résidérent, comme les généraux Thiard , Belliard, et Decaen ; le général Bonnaire y mourut de désespoir en 1816, peu de temps apres sa dégradation. Sous le gouvernement de juillet Abbaye con tinua de servir de prison militaire jusqu’d l’établissement dela nouvelle prison des conseils de guerre, rue du Cherche- Midi. Restée sans emploi, la prison de PAbbaye a été démolie en 1855, pour agrandir la place qui la précédait. L. L. ABBAYE=AUX-BOIS, abbaye de filles de Pordre de Citeaux, fondée en 1207 par Jean de Nesles, chatelain de Bruges, au milieu des bois, 4 Batiz, dans le diocése de Soissons. Au dix-septiéme siécle, les religieuses, craignant les horreurs de la guerre, vinrent se réfugier a Paris. Aidées par la reine Anne d’Autriche, elles habiférent une maison de Ja rue de Sévres, occupée avant elles par des religieuses annonciades, et a laquelle elles donnérent leur titre d@’Abbayeaux-Bois, ainsi que le roi les y autorisa en 1667. L’ézlise actnelle ne fut construite qu’en 1718. Aprés Ja Révolution cette église, quoique petite et fort simple, fut louée par la ville de Paris et érigée en paroisse succursale de Saint-Thomas d’Aguin. En 1807 les religieuses dela congrégation de Notre- Dame achetérent le monastére de l’Abbaye-aux-Bois et toutes ses dependances. Elles s’y établirent et y fondérent un pensionnat de jeunes filles qui prospéra. De plus, elles ouvrirent une école gratuite pour les enfants pauvres du quartier, En outre, elles louérent les batiments extérieurs a des dames désivant vivre dans le calme. M™* Récamier en s’y retirant augmenta beaucoup la réputation de cette maison , ou elle réunissait une société choisie, une sorte de cénacle littéraire, dont Chateaubriand fut loracle. L’ancienne église , devenue chapelle privée des religieuses, recoit aussi les fidéles depuis la fin de 1858. 1 Ins ABBE, delhébreu ab, qui signifie pere. Dans lorigine un abbé était le supérieur d’un monastére de religieux érigé en abbaye, soit qu’il fat le fondateur de ce monastére, sbit quril ent été élu chef de lacommunauteé parles moines qui la composalient. Les actes des conciles et les capitulaires de Charlemagne avaient voulu que tout abbé dépendit de son évéque ; mais avec le temps bon nombre Wabbés réussirent a secouer le joug de Pordinaire.. Quelques-uns ne tardérent méme pas a vouloir marcher Jes égaux de ceux qui naguére étaient leurs supérieurs, et ils se pardrent des différents insignes de l’épiscopat. C’est dela sorte que certains abbés portaient la mitre et d’autres la crosse, et que tous finirent pars’arroger le droit de conférer la tonsure et les ordres mineurs. Aun cinquiéme sitcle, en France et en Italie, les rois et les grands, tentés par les richesses des abbayes , s’emparérent de ces établisse-
ABBE — ABCES
ments pieux, et s’en déclarérent abbés, afin de jouir de leurs revenus. Malgré les efforts de Dagobert, de Pepin et de Charlemagne, labus se perpétua jusque sous les rois de la troisiéme race. Charles Martel surtout fit de nombreuses distributions d’abbayes a ses capitaines et & ses courtisans ( voyes Précarre). Des femmes méme furent déclarées titulaires @abbayes @’hommes, et on vit des couvents donnés en dot, affectés en apanage , en douaire. Hugues Capet était abbé de Saint-Denis et de Saint-Martin de Tours. Les rois Philippe 1°‘ et Louis VI, et ensuite les ducs d’Orléans , sont appelés abbés du monastére de Saint-Agnan d’ Orléans. Les ducs @ Aquitaine prenaient le titre d’abbés de Saint- Hilaire de Poitiers, les comtes @Anjou celui @abbés de Saint-Aubin, et les comtes de Vermandois celui dabbés de Saint- Quentin. Peua peu cependant les moines secouerent le joug de ces protecteurs peu désintéressés, soit en rendant des services aux princes, soit en rachetant leurs abbayes; et plus tard, par le concordat conclu entre Léon X et Franois 1°", le droit de nommer aux abbayes vacantes fut dévolu an roi. Il y eut cependant quelques exceptions faites en faveur des moines de Citeaux , des Chartreux et des Prémontrés.
Aujourd hui le titre @’abbé n’a plus en France le sens qu’on lui donnait autrefois ; ce n’est plus qu’une appellation honorifique commune a tous ceux qui sont engagés dans les ordres, de méme qu’en Italie le titre @abbate se donne a tout ce qui est tonsuré.
Avant la révolution de 1789 la ville et 1a cour pullulaient @abbés, qui n’avaient guére d’ecclésiastique que Pextérieur. On les rencontrait partout, au bal, a la comédie : un petit chapeau a cornes , un habit noir, brun ou violet, les cheveux coupés en rond, tel était leur costume. C’étaient le plus souvent des cadets de familles nobles et pauvres, quelquefois aussi de riches roturiers, aspirant les uns et les autres a devenir abbés commendataires.
ABBESSE. C’est la supérieure @un monastére de religicuses , ou @une communauté. Quoique les communautés de vierges youées & Dieu soient plus anciennes dans I’Eglise que celles de moines, Vinstitution des abbesses est néanmoins postérieure a celie des abbés Les premiéres vierges qui se consacrérent a Dieu demeuraient dans la maison paternelle. Au sixiéme siécle elles se réunirent dans des monastéres; mais elles n’ayaient point encore alors @églises particulitres. Ce ne fut qu’au temps de saint Grégoire qu’elles commencérent a en avoir dans leurs couvents.
Les abbesses étaient autrefois élies par leurs communautés; on les choisissait parmi les plus anciennes et les plus capables de gouverner; elles recevaient la bénédiction de l’évéque, et leur autorité était perpétuelle. Un des statuts du concile de Trente porte que celles qu’on élit abbesses doivent avoir quarante ans d’age et huit ans de profession. Le pére Martin, dans son Yraité des Rites de UV Eglise, observe que quelques abbesses confessaient autrefois leurs religieuses ; il ajoute que leur excessive curiosité les porta si loin qu’on fut obligé de la réprimer. Les confessions dont parle ici Je pére Martin n’étaient point sacramentales, et devaient se faire en outre au pretre.
ABBEVILLE, ville industrieuse du département de la Somme, chel-liew arrondissement, compte une population de 18,042" habitants. Ce n’était dans le dixiéme siécle qu’une maison de campagne appartenant a l’abbé de Saint-Riquier, que Hugues Capet fit fortifier en 992 pour la préserver des incursions des Normands, On y voit beaucoup de vieilles maisons en bois fort curieuses. Le portail de Véglise de Saint-Wulfran, construit sous le regne de Louis XII par les soins ducardinal Georges d’Amboise, est vraiment magnifique. La porte en bois du grand portail est curieuse par ses sculptures. On évalue a treize millions de francs les produits de Vindustrie d’Abbeville, quis’exerce sur une foule d’articles, et qui a pour objet principal la fabrication des draps dits Van Robais, du nom d’un fabricant hollandais que les
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offres de Louis X{V attirérent et fixérent en France au dixseplieme siécle. Le canal de la Somme met Abbeville en com. munication avec Amiens et avec Saint-Valery, et permet a des batiments de 100 tonneaux de venir charger sur ses quais.
Le chemin de fer du Nord la relie dun cOté avec Boulogne
et de autre avec Amiens et Paris. En 1852, 0n y a élevé une statue en bronze au composileur Lesueur. Z.
ABBOT (Cuarces). Voyes CoLcuesTer.
ABBOTSFORD (Domaine d’), situé en Ecosse, dans le comtéde Selkirk, @ peu de distance de la ville du méme nom, sur les bords dela Tweed. Walter Scott lacheta en (sit, et transforma peu a peu ce vieux manoir, ancienue abbaye, en une charmante résidence, placée au centre d’un beau parc, avec une riche bibliotheéque et de précieuses collections de tableaux, d’antiquités, etc. Le titre de baronet accordé & sa famille reposait sur ce domaine, et s’éteignit dés 1847, par la mort de son fils unique.
ABBT (Tuomas), né le 25 novembre 1738, a Uli, fut nommé en 1760 professeur de philosophie a Francfort sur ’'Oder. C’est 1a qwil écrivit sa célébre dissertation De la mort pour la patrie. L’année suivante il accepta une chaire de mathématiques a Rinteln. Au retour d@’une tournée en Suisse et en France, il publia son traité Du Mérile, livre ou l’on trouve des pensées ¢levées, des observations pleines de finesse et une excellente philosophie pratique. Abbt mourut prématurément, en 1766 ; ce quil a laissé Je fait 4 bon droit considérer comme Pun des contemporains de Lessing qui ont le plus contribué a la régénération de la langue et dela literature des Allemands,
ABCES (du verbe abscedere, se séparer, s’écarter ), C'est ve que vulgairement on appelle un dépét, un aposteme. — On donne le nom d’abcés a toute collection de pus dans les substances des organes : les collections formées dans les cavités naturelles prennent celui d’épanchements.
Les abcés se forment par l’écartement successif des lames de tissu ceilulaire entre lesquelles le pus se rassemble. L’inflammation est la cause premiére de tous les abcés; mais lorsque cette inflammation est vive, ’abces qui en résulte prend le nom d’abcés chaud; si Vinflammation est obscure, il en résulte ’abces froid. Enfin lorsque le pus, formé dans un point éloigné, saccumule dans un tissu primitivement sain, il constitue Pabcés par congestion.
On trouve des abcés dans tontes les régions du corps , depuis les tissus les plus simples, le tissu cellulaire , jusque dans les glandes, les parenchymes , et méme dans la pulpe cérébrale. Le plus souvent un abceés est unique, mais quelquefois des abcés se succedent a Vinfini. Leur volume est tantot trés-circoiscrit, comme dans quelques abcés souscutanés; tantot Pabcés produit une vaste collection qui se place entre les muscles, les écarte, déplace les vaisseaux, déforme les parties; enfin il en est.qui ne sont circonscrits que par des parois osseuses.
Dans toute espece Wabcés il se présente toujours trois périodes assez distinctes : la période d’accroissement, la période d'état, et la période de terminaison. Le diagnostic @un abces west pas toujours facile a établir. On le reconnait surtout au mouvement de fluctuation de la tumeur. Les abcés sont d’autant plus graves qu’ils sont moins superficiels, qu’ils atteignent des parties plus importantes a la vie.
Le traitement consiste a délivrer la partie du pus qu'elle renferme, a favoriser le rapprochement des parois de la poche et leur adhérence. On peut favoriser la résorption du pus au moyen de purgatifs, de diurétiques, @applications astringentes, de frictions stimulantes, de douches salines, sulfureuses employées conjointement aux dérivatifs intérieurs ; ais ces moyens sont quelquefois dangereux, La méthode de traitement la plus simple, comme la plus rationnelle,consiste a combattre la formation du pus en s’adressant & Pinflammation qui cn est ja cause. Les applications émoilientes, les sai-
gnées Jocales sont indiquées, ainsi que la saignée générale, lorsqivil y a plethore du sujet. Le pus une fois formé, il faut
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avoir recours, dans la plupart des cas , & des opérations chirurgicales , qui toutes peuvent étre ramenées a l'incision, ala ponction du foyer purulent, et encore & l’ouverture de ses parois par la cautérisation avec le fer rouge ou la potasse caustique. Dans tous les cas on doit soumettre au repos la partie malade, favoriser la position déclive en formant un plan incliné vers le tronc, et recouvrir le point enflammé de cataplasmes émollients ou de compresses trempées dans une décoction mucilagineuse. On se gardera de lusage des onguents ou emplatres dits maturatifs, dont le moindre inconvénient est de retarder la guérison.
ABD, mot arabe qui signifie serviteur, esclave, dévoue, consacré, et qui, adopté sous le méme sens dans les langues persane et turque modernes, figure en téte d'un grand nombre de noms propres suivi de l'article al, el, er, oul, ou wl, qui répond a nos articles, le, la, du, des, de la, et qui ne varie que par la diversité de la prononciation. Les musulmans l’appliquent surtout au nom de Dieu, ou a des attributs, A des qualifications qu’ils donnent a la Divinité. Ainsi ils disent : Abd-Allah, ou Abd-Oullah, serviteur de Dien, Abd el-Kader, Abd-oul-Kerim, Abd-al. Melek, Abd-el ou Abd-er-Rachid, Abd-er- Rahman (serviteur ou esclave du puissant, du généreux, du roi, dujuste, du miséricordieux ). En cela, et malgré la défense du Coran, iJs imitent les anciens peuples idolatres , qui donnaient aussi A leurs enfants des noms de leurs divinités, précédés du méme article, tels que Abdenago, Abdolonynic, etc.
C’est ainsi également que le nom d’Abdal ou Abdalli (consacré A Dieu ), qui sert en Perse a désigner les religieux, répond au nom de derviche chez les Turcs, et a celui de moine chez les chrétiens. On comprend sous cette dénomination les calenders, les bektachis et les cadiris, qui, menant une vie errante, vagabonde et souvent dissolue , sont peu considérés des Othomans, parce qu’ils ne descendent pas des deux premiéres congrégations établies du vivant de Mahomet.
App’ALL!s est aussi le nom dune tribu d’Afghans, qui enleva Ja province de Hérat a la Perse, en 1717, et la conserva une dizaine d’années; c’est a cette tribu qu’appartenait la dynastie quia régnéa Kaboul, Kandahar et Hérat, depuis 1747 jusqu’a nos jours. Voy. AFGHANISTAN. HH. AUDIFFRET.
ABDALLAH, mot a mot serviteur de Diew. Ainsi s’appelait le pére de Mahomet, le fondateur de Vislamisme; et ce nom a depuis lors été porté par un grand nombre de parents et de compagnons dn prophete. 11 n’a pas été moins fréquent parmi les khalifes d’ Asie et d’Espagne.
ABD’ALLAH-BEN-YASIN, l'un des fondateurs de Ja secte des Almoravides , en Afrique, et des précurseurs de Jeur puissance, était un simple fakil: ou docteur du royaume de Fez, Ayant suivi, dans un voyage a la Mecque, I’ Arabe Djauhar, qui voulait répandre l’instruction dans sa tribu de Goudala, ils y furent recus a leur retour avec enthousiasme , donnérent aux Goudaliens le nom de Morabethoum (voués aux exercices de la religion), dont sont venus, par altération, ceux @AlmoravidesetdeMarabout. Abd Allah profita de ce succes pour soumettre plusieurs autres tribus berbéres, et subjugua la Mauritanie. 1] périt dansun combat en 1058, eteut pour successeur Abou-Bekr-ben-Omar, qui recula les bornes du nouvel Etat. Hl. AuDIFFRET.
ABD’ALLATHIF. histoire arabe présente plusieurs personnages célébres de ce nom.
ABD'ALLATHIF (Mowaffek-Eddyn), historien arabe, né a Bagdad, I’an 1161 de J.-C., étudia plusieurs sciences, entre autres la médecine , qivil professa jusqu’en 1185; il quitta alors sa patrie, et, encouragé par la bienveillance du sultan Saladin, il eut les moyens d’entreprendre de longs et pénibles voyages , et d’en publier les résultats. Il revenait a Bagdad , Jorsqu’il fat surpris par la mort, en 1231. Les deux principaux
ouvrages de ce savant sont: 1° une Description de UV Egypte, |
dont les biographes arabes ne nous ont conservé que Je titre, et ot Pauteur, rapportant ce qu’il avait vu dans cette contrée,
citait aussi les écrivains remarquables qui en ayaient parlé avant Ini; 2° un autre ouvrage sur Egypte, qui, suivant la préface, n'est qu’un abrégé du premier; il a été publié en arabe et en latin par sir Jos. White (Oxford, 1800); et Silvestre de Sacy ena donné une traduction frangaise ( Paris, 1810, in-8°).
ABD’ALLATHIF, arridre-petit-fils de Tamerlan, conduisait 4 Sarnarkand les restes de son aieul Chah-Rokh, lorsqu’il fut arrété, en 1446, par ordre de son cousin Ala~Eddaulah , qui venait de s’emparer du Khorassan, ov ayait régné le monarque défunt. 11 fut mis en liberté par les négociations de son pére Oulongh-Bey, souverain de Samarkand, qui, ayant chassé usurpateur du Khorassan, y laissa pour gouverneur Abd’- Allathif. Mais Vingrat se révoita bientét contre son pére, le fit prisonnier, le livra 4 la vengeance d’un homme dont Oulough-Bey avait autrefois fait périr le pére, et s’empara du trone de Samarkand, en 1449, apres avoir aussi sacrifié son fréve Abd-el-Aziz 4 son ambition. !] avait du courage, de l’esprit, des talents. et sut tenir en respect les Ouzbeks. Mais bourrelé par les remords , et répétant sans cesse un vers persan qui dit qu’un parricide est indigne du tréne, ou ne peut Poccuper que six mois, il fut en effet assassiné par des esclaves de son pére, aprés un régne de six mois, et sa téte fut placée sur Ja porte d’un collége fondé par Oulough-Bey, a Samarkand.
ABD’ALLATHIF, fils @ Ibrahim , khan de Kasan, mort en 1468, ne monta sur le trone qu’en 1495, apres la mort d’un de ses fréres et la déposition de l’autre, et parla protection des Russes , chez qui il s’était réfugié avec sa mére. Ce royaume, démembré de l’empire mongol du Kaptchak , était alors vassal de Ja Russie, dont il est depuis devenu une province. Aprés avoir soufenu Abd’ allathif contre les factions , Jes Russes le déposérent en 1502, et ne le replacérent surle trone qu’en 1516, apres la mort de son freére Mohammed-Amin, qu’ils y avaient rétabli. 1] mourut lui-méme en (518.
ABD’ALLATHIE, khan ouzbek de la grande Boukharie, succéda, en {541,ason pere Abd’ Allah, fit la paix avec les Persans année suivante, et mourut en 1542. HH. Aupirrner.
ABDALONYME, descendant des rvis de Sidon, fut élevé dans une telle obscurité qui! cultivait un jardin pour fournir aux besoins de son existence. Quand Alexandre Je Grand prit la ville de Sidon, il récompensa les vertus d’Abdalonyme en le replacant sur Je tréne de ses péres et en augmentant ses Etats dune partie des dépouilles des Perses.
ABD-EL-RADER, le plus redoutable adversaire que nos armes aient encore rencontré en Algérie, et aprés M éhémet-Ali homme le plus remarquable et le plus important qui ait surgi depuis un siécle au milieu des populations faisant profession de Vislamisme, est né vers la fin de 1806 ou au commencement de 1807, ala ghetna de son pére, située a 16 kilométres ouest de Mascara, sur ?OQued-ei-Haman ( 7ivicre des bains). Cette ghetna (liew de retraite, holellerte, université) des Ouled-Sidi-Kada-ben-Mokhtar, fraction de Ja grande tribu des Hachems, était la plus riche de la contrée, et y avait une importance immense depuis Je scizidme sidcle de notre ére. En 1830 elle se composait encore de cing cents maisons, tentes ou cabanes, renfermant cing cents familles, servileurs, disciples ou infirmes nourris et hébergés par le chef de la ghetna. Tous les marabouts, talebs, docteurs et autres gens influents de Ja province d’Oran, venaient depuis trois siécles y faire leur éducation. Le pore d’Abd-el-Kader, Sidi-el-Hadji-Mahiddine (le seignew pelerin vivificateur de la religion), mort en 1834, jonis sait comme marabout d’une grande réputation de sainteté et, par suite, d'une grande influence parmi les gens de sa tribu, et il transmit Pune et l'autre a son fils. Sidi-el-Hadji-Mahiddine appartenait A une famille de marabouts qui faisait remonter son origine jusqu'aux khalifes fathimides, et il avait épousé Zora, femme d’une grande énergie de caractére, dun — esprit cultivé, et jouissant aussi dans sa tribu d'une grande
ABD-EL-KADER
réputation de sainteté. Abd-el-Kader n’avait que huit ans lorsqu il fit avec son pére le pélerinage de la Mecque, et e’est a cette circonstance qu’il est redevable du surnom de pélerin ( Sidi-el-Hadji-Abd-el-Kader, le seigneur pelerin serviteur du Toul-Puissant) qui précede son nom.
En 1827 Abd-el-Kader accompagna son pére en Egypte , et le séjour qu'il ent alors occasion de faire au Caire eta Alexandrie le mit pour la premiére fois en contact avec les éléments ‘de la Civilisation européenne. Au reste, son espril est beaucoup plus cullivé qu’on ne serait tenté de le penser. Il a en effet étudié a Fez avec succés les sciences et Vhistoire; ses progres dans les lettres ont été grands et rapides, et on en a fa preuve dans un recueil de mélanges historiques et poétiques assez remarquable dont il a enrichi la littérature arabe. Devenu suspect & Husséin-Pacha, ’ex-dey d’Aiger dont nos armes brisérent }a puissance en 1830, précisément a cause de ses écrits et des hautes facultés intellectuelles qu’ils annoncaient, il faillit payer de la vie sa gloire et sa réputation naissantes ; car Husséin-Pacha chargea un beau jour le bey d’Oran de lui envoyer la téte d’ Abd-el-Kader et celle de son pére. Grace aux avis secrets que lui firent tenir a temps-deux aghas du bey, dont ’un, Mustapha-ben-lsmael, est devenudepuis notre allié fidéle et Pun de nos plus braves généraux , Sidi-el-Hadji-Mahiddin et son fils purent échapper a ce danger et se condammer a un exil volontaire dans les contrées de Vest. C’est a cette circonstance que se rattache le séjour qu’a fait Abd-el-Kader en Egypte. 1 en profita pour aller une seconde fois visiter le tombeau du Prophiéte a la Mecque ; pieux pélerinage qui ajouta. encore a la réputation de sainteié dont il jouissait dés lors et qui ne pouvait que préparer sa future omnipotence parmi ses compatriotes.
Au retour d’Abd-el-Kader et de son pére en Algérie, Alger était pris par les Francais et la puissance des Tures sur la contrée a jamais détruite. Les tribus arabes des environs d@Oran virent dans cette révolution si peu prévue une occasion favorable pour recouvrer leur indépendance. Mahiddine précha la guerre swinte et vit accourir sous son gown ( drapeau ) une masse considérable de partisans a la téte desquels il s’empara de Mascara , apres avoir battu la garnison turque qui occupait cette place. Les habitants de Mascara voulurent Vélire pour leur souverain; mais Mahiddine déclina cet honneur pour le faire offrig 4 son fils Abd-el-Kader, qui effectivement fut alors salué du titre @émir par toutes les populatiuns soulevées au nom de Vindépendance nationale. Les tribus voisines devaient acclamer Pune apres Pautre le chef que Vislamisme et la nationalité arabes venaient de se donner; et le jour vint ou de proche en proche Pautorité @ Abdel-Kader, @abord limiiée aux environs de Mascara, fut reconnue jusqu’aux limites du Grand Désert.
La premiére tentative de quelque portée qu’essayeérent les tribus rangées sous les ordres d’ Abd-el-Kader fut dirigée contre Oran, que nos troupes, commandées alors par le général Boyer, oecupaient pour la deuxiéme fois. Peu s’en fallut que le fort Saint-Philippe ne tombat au pouvoir de ces Arabes fanatisés (journées du 2 et du 9 mai 1832). Au plus fort dela mélée Abd-el-Kader eut dans cette affaire un cheval tué sous lui. Lrinsuecés des Arabes, qui, vigoureusement repoussés, durent finir par battre en retraite, fit comprendre aux chefs des diverses tribus ralliées contre 1a domination frangaise Ja nécessité @organiser la guerre et de centraliser les efforts communs sous une direction unique. On songea @abord a placer Pindépendance nationale sous la protection et le nom de Pempereur de Maroc Muley-Abd-el-Rhaman (esclave du miséricordieux ), eu lui demandant un de ses lieutenants pour chef. Ben-Nouna gouverna done a Tlemcen au nom de Vempereur de Maroc, et El-Cheriff-el-Monati a Médéah, centre de la province de Tittery. Hadji-Ahmed-Bey gouvernait d’ailleurs toujours la province de Constantine au nom du sultan de Constantinople, Mais la France réclama contre jes usurpation: en Algérie de Vompercur de Maroc, qui
finit par obcir aux injonctions énergiques de notre envoyé, tout en substituant a ses lieutenants Abd-el-Kader avee le titre de khalife. Ceci se passait en novembre 1832. Afin de donner plus de crédit 4 cette nouvelle investiture, on fit un simulacre d’élection a Ersebia, pres de Tlemcen. L’organisation immédiate des tribus qui lavaient reconnu suivit son avénement; et, agrandissant peu a peu le cercie du pays assujetti a ses lois, il soumit au commencement de l'année 1833 lestribus de la Mina et du Chéliff. En avril et mai eurent lieu nos deux expéditions @Arzew et de Mostaganem. Quelytes affaires sanglantes contre nos troupes commandées par le général Desinichels amenérent, en avril 1834, la conclusion du traité connu dans l'histoire de notre domination en Algérie sous le nom de traité Desuichels. Cette tréve passagere fournit a Abd-el-Kader les moyens d’étendre de plus en plus son autorité sur la rive gauche du Chéliff et de se débarrasser des divers compétiteurs qui essayaient de lui disputer Pinfluence supréme sur les tribus du désert, notansment son vieil adversaire Mustapha-Ben-Ismael, ancien agha d’Oran, et Moussa-el-Darkoui, Pun des chefs les plus importants du Sahara. La victoire qu'il remporta sur ce dernier lui ouvrit les portes de Milianah et de Médéah, oti il fut regu avec enthousiasme. Toutes les villes et toutes les tribus des provinces d’Oran et de Tittery lui donnérent alors le titre de sultan, et les plus éloignées lui envoyérent des députations avec de riches présents. Tout en fondant ainsi peu a peu un empire redoutable dans Pintérieur de VPAlgérie, Abd-el-Kader ent Vart de persuader pendant quelque temps au gouverneur général comte Drouet d’Erion que son but unique était de préparer ainsi les différentes tribus a accepter la souveraineté de la France et @ouvrir les voies a la civilisation frangaise. Les fusils dont le gouverneur général Ini fit présent tui servirent a armer de nouvelles troupes, qui plus tard devaient former le noyau de son armée , et que des renégats se charg:rent de dresser ala tactique et aia discipline européennes. Les opérations entreprises bientot apros par le geénéral Trézel, qui avait succédé au général Desmichels dans le commandement de la province dOran, et qui avait a coeur de détruire les inconvénients produits par le traité auquel son prédécesseur avait donné son nom, amenérent la reprise des hostilités et fournirent a Abd-el-Kader occasion d@appeler tous les musulmans @ la guerre sainte, Le général Trézel vient aussit6t prendre position sur le Tlélat. Pendant Ja nuit des coups de fusil sont tirés sur nos sentinelles. Le Jendemain le général ‘frézel marche sur Mascara; mais tes difficultés qui rencontre a chaque pas le déterminent a rétrograder. Le 27.juin un combat acharné s’angage dans la forét Muley-ls mael; nousensortons vainqueurs, mais non sans avoir épronvé de grandes peries. Le leademain 28 notre corps expéditionnaire, fort encore de 1,800 hommes et arrivé sur les rives de la Macta, y recoit le choc de toutes les forces disponibles de Pémir, lequel ne comptait pas moins de 20,000 cavaliers sous ses ordres. Nous y perdons le tiers de nos braves soldats, Pambulance et tous nos bagages ; et ce désastre déplorable, exageré encore par la renommée, produit sur Vesprit des populations indigénes un effet doublement funeste a notre puissance et au prestige de nos armes, en méme temps qu'il est pour les Arabes une preuve nouvelle de la mission divine @ Abd-el-Kader.
Apres laffaire de la Macta, le but de tous les efforts de ’émir fut de provoquer une insurrection générale de toutes les tribus habitant les deux versants de I’ Atlas, depnis la frontiére du Maroc jusqu’a Alger, contre la domination frangatse, et, parlinterception de toutes les communications, de rendre impossible Papprovisionnement de nos différents corps @armée, tactique quin’empécha pourtant pas Abd-el-Kader d’adresser de nouvelles propositions de paix au général Drouet dErlon; mais ja France voulait une vengeance, et le marécha} Clauzel, noMMé sur ces entrefaites gouverneur général,
répondit aux avances de Pémir par Yexpédition de Mascara, centre de sa puissance et sa base d’opérations (7 décembre 1835 ). Cette expédition porta un coup terrible asa puissance, et le mit a deux doigts de sa perte. Malheurensement le maréchal n’avait pu Ventreprendre qu’avec un corps de 11,000 hommes. 1] réussit bien & s’emparer de Mascara malgré la résistance désespérée des Arabes; mais il compril qu’avec le faible effectif qu'il avait A sa disposition i] ne pouvait songer As’établir dune maniére définitive dans cette importante position. Aussi se décida-t-il 4 ’évacuer aprés l’avoir préalablement incendiée. Le résultat de l'expédition de Mascara fut donc en définitive négatif, et Abd-el-Kader eut bient6t ramené sous ses drapeanx les différentes tribus que les premiers succes obtenus par le maréchal Clauzel avaient détachées de ses intéréts. Alors commen¢a entre nos troupes et celles de ’émir une suite incessante de combats, d’escarmouehes et de surprises; rencontres toujours menrtridves dans lesquelles nos troupes finissaient par avoir le dessus, mais qui leur imposaient des marches foreées et des privations sans nombre, sans jamais lasser leur patiente abnégation ni leur héroique courage, et ’amenaientguére dautre résultat que de les rendre maitresses du champ de bataille, toujours chérement disputé. Nous n’essayerons pas de narrer icien détail ces marches et contre-marches si compliquées, et nous nous bornerons 4 mentionner la nouvelle expédition entreprise sur Tlemcen en janvier 1836 parle maréchal Clauzel a Veffet d’aller reconnaitre Ja route de la Tafna; expédiiion dans laquelle tous ses efforts pour rompre la ligue défensive WV Abd-el-Kader furent inutiles, et qui eut un résultat pohtique vraiment désastreux, parce quelle réhabilita Pémir chez les Kabyles de Ja province de Tlemcen. Au mois @avril suivant le général d’Arlanges, parti d’Oran a la téte de trois mille hommes pour aller installer un camp sur la Tafna, se trouva le 25, 4 la suite dune reconnaissance qwil avait fentée du coté de la mosquée de Sidi-Yagoub, placé dans la position la plus critique, et se vil contraint de se replier avec des pertes considérables vers le camp de la Tafna, qui n’était encore qu’une vaste plage ouverte et dominée de tous cétés. Pendant six semaines son corps darmée, réduit aux abois, lutta avec un courage incroyable contre des forces supérieures en nombre et dont les succés accroissaient Paudace, jusqu’au moment oti Je général Bugeaud vint ata téfe de 4,000 hommes de renfort le débloquer. Un combat important livré, le 7 juillet, sur la Sik ak et dans lequell’émir perdit une partie de ses fantassins réguliers, dont 1600 restérent en notre pouvoir, eut pour Abd-el-Kader les suites Jes plus facheuses , parce quele charme quis’attachaitnaguére encore) ses armes se trouva rompu, et que des lors ses soldats, démoralisés, n’ostrent plus tenir téte a nos régiments ; Wout il résulta que ’émir ne put plus, dans la seconde moitié de cette année 1836, déployer dans la guerre qu’il soutenait contre nous cette énergie et cette audace qui en avaient margué les premieres entreprises. Abd-el-Kader comprit alors combien il lui importait de donner une base plus solide & ses opérations en organisant un systéme général de défense et @attaque pour les tribus rangées sous ses ordres, en méme temps qu'il relevait les ruines de Tagdempt et qu'il faisait désormais de cette place fortifiée avec soin le siége de son gouvernement et le grand centre de ses approvisionnements de tout genre.
Crest sur ces entrefaites que le gouvernement francais se décida 4 entreprendre Pexpédition de Constantine. Une fois résolu de tenter la conquéte de cette ville importante et la soumission de la province dont elle est la capitale, il Ini importait de n’avoir a redouter aucune diversion A Vouest de la régence, Tel fut le motif qui porta la France & négocier et a signer, le 3 mai 1837, le traitédelaTafna, qui grandit considérablement Timportance d’ Abd-el-Kader, tout en Jui imposant une espece de reconnaissance de Ja souveraineté nominale de Ja France , parce quw’il lui abandonnait un drort
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de souveraineté réelle sur toute la partie de territoire qui n’était pas objet de réserves expresses.
Abd-el-Kader sut avec une habileté extréme mettre a profit la liber!é d'action et la tranyuillité que lui assurait cetle paix, pour améliorer organisation intérieure de ses tribus et se préparer les moyens de recommencer la lutte avec me nouvelle énergie quand le moment favorable s’en présenterait, Tl s'attacha surtout a rendre plus indissolubles encore les liens qui unissaient les diverses tribusa sa cause, ase créerde nouyeaux partisans parmi les Bédouins du Sahara, 4 nower de secrotes intelligences avec les tribus placées immédiatement sous la domination francaise, 4 rénnir de grands approvisionnements de vivres et de munitions, et enfin 4 créer des troupes réguliéres; tache dans l’accomplissement de laquelle il fut puissamment secondé par un grand nombre de déserteurs, qui se chargérent d’apprendre a son monde les arts ef Jes métiers nécessaires pour la fabrication des armes et autres matériaux de guerre. D’ailleurs une clause formelie du traité de la Tafna lui concédait formellement le droit de se procurer par ’intermédiaire du commerce francais tout le matériel et toutes les munitions de guerre dont il aurait besoin; et il ne se fit pas faute d’en user largement. Non content de cela, ilen fit mémeacheter en Angleterre par !a voie du Maroc; commerce interlope favorisé par les autorités marocaines, avec lesquelles il n’avait jamais cessé d’étre en bonne intelligence. Pendant ce temps-la il inondait le territoire occupé par les Francais despions chargés de Vinstruire exactement de tout ce qui s’y passait, comme aussi de donner autant que possible aux autorités francaises le change sur ses véritables intentions et sur ses actions. C’est dans ce but que vers le milieu de 1838 il envoya & Paris Miloud-ben-Aratch comme son représentant.
La paix signée sur les rives dela Tafna dura a peu prés deux ans. Elle stipulait que Pancien beylik de Tittery était réservé i Vémir; mais les limites précises de ce terrifoire n’avaient pas encore é{é bien déterminées. Quand on recourut a la notoriété pour les définir, nous prétendimes que le Riban faisait partie de la province de Constantine, tandis que l’émir soutenait qu'il rentrait dans les attributions du beylik de Tiftery. On ne s’entendit pas, et la guerre recommenca pour durer sept années sansintlerraption, et finir parle seul évenement qui pit amener ce résultat, par la soumission d’Abd-el- Kader. L’expédition entreprise au mois d’octobre 1839 , de Constantineau défilé des Portes de Fer, parle maréchal Valée et le duc @’Orléans, fournit a ’émir , qui prétendit que son territoire avait été violé, le prétexte de la reprise des hostilités.
De part et dantre la lutte fut vive et acharnée; et bon nombre daffaires sanglantes prouvérent combien les efforts d@’Abd-el-Kader pour se créer une armée réguliére avaient été bien dirigés. Nos troupes livrérent @’admirables combats pour des résultats médiocres. Aprés une bataille livrée au col de Mouzaia, ou la victoire fut longtemps disputée, elles s'emparérent, le 12 mai 1840, de Médéah, et au mois de jnin suivant de Milianah. Mais Poccupation de ces deux places fut Punique résultat de cette laborieuse campagne du printemps de 1840, etles garnisons qu’on y laissa s’y trouvérent bientét étroitement bloquées. Tous les points occupés sur Ja céte étaient a peu prés dans Ja méme situation. On ne poovait aller a une demi-lieue @’ Alger sans exposer sa téte. Les habitants de cette ville ne communiquaient plus avec ceux de Blidah qu’une fois par semaine, et encore seulement sous lescorte d'une colonne de 1,500 & 2,000 hommes. On en était venua la fin de 1840 a croire quil n’était possible de dominer le pays et dassurer les communications qu’en multipliant partout les camps, les redoutes , les blockhaus.
Avec la guerre & pas de tortue faite jusqu’a la fin de 1840 en Algérie on ne pouvait ni détruire les forces de ’ennemi ni atteindre les intéréts des populations. Celles-ci s’ouvraient devant nos colonnes expéditionnaires : les familles, les troupeaux, étaient réunis sur le coté pendant que Jes guerriers
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harcelaient Parmée. Les vivres une fois épuisés, on revenait au point de départ par la méme route , toujours avec accompagnement de coups de fusil. Les tribus reprenaient leur place; il n’y avait rien de fait. Cette maniére d’opérer a été comparée avec raison au sillage d’un vaisseau , qui s’efface bientot par le mouvement des vagues et qui ne laisse aucune trace.
Tel était état des choses lorsque le général Buge aud fut nommé gouverneur général en remplacement du maréchal Valée (février 1841). C’est a lui qu’était réservée la gloire de modifier profondément un systéme grace auquel on en était venu a avoner tacitement qu’on se reconnaissait impuissant contre les indigénes. Ses instructions lui imposaient l’obligation de construire le fameux obstacle continu, pour couvrir la plaine de la Métidja, de poursuivre en avant une guerre active, et de commencer la colonisation. Ce sera un éternel honneur pour sa mémoire que de n’avoir attaché @importance qu’a la partie des instructions ministérielles qui lui enjoignaient @imprimer une grande activilé aux opérations offensives de la guerre. Tout d’abord ilsupprima presque partout les camps et les postes retranchés, atin de rendre a la mobitité les troupes qui les occupaient. Dans la composition des colonnes, il supprima les canons de campagne et tout équipage roulant. Il n’y admit que lartillerie de montagne a dos de mulet, et des bétes de somme pour le transport des vivres, des malades et des blessés. Ces équipages de mulets de bat , successivement portés &un trés-haut degré de perfection, contribuérent puissamment aux succes qui désormais devaient couronner les courageux efforts de nos troupes.
C’est en effet 4 dater du moment ot le général Bugeaud prit le commandement en chef de nos forces en Afrique, et que le guerrier put réparer sur les champs de bataille les lourdes fautes politiques commises par le négociateur du traité dela Tafna, que l’étoile d’ Abd-el-Kader palit de jour en jour. Le général Bugeaud recommanda aux différents chefs sous Ses ordres de ne se jamais laisser attaquer impunément par les Arabes , et de prendre toujours sur eux au contraire une offensive sérieuse et opiniatre qui pat les dégotiter du combat. Des colonnes plus nombreuses, augmentées par les garnisons rendues a la guerre active ; une organisation plus légére, qui donna plus de rapidite & leurs mouvements et leur permit de passer partout; enfin Part, chaque jour perfectionné, d’atteindre les indigénes par des razzias portées jusqu’aux points les plus éloignés du petit désert; tel fut le systeme adopté alors par le général Bugeaud , et qui en trés-peu de temps changea complétement la face des choses. Aussi chaque fois maintenant qu’Abd-el-Kader affronte nos régiments , il est battu ; ses escarmonches incessantes ne servent qu’a précipiter sa ruine; ses soldats, découragés, soupirent aprés la paix ; la famine régne dans ses tribus; la misére, la maladie, un ~ commencement de peste, déciment ses alliés. Le général Bugeaud a parfaitement compris que c’est de la province d’Oran, du cceur de ses Etats, qu’il faut chasser I’émir, et les prises successives de Tagdemt et de Mascara torcent Abd-el-Kader a fuir (décembre 1841). Dés les premiers jours de juin 1842 de vastes contrées dans les provinces @’ Alger et d’Oran viennent & soumission, et implorent l'a man de la France. Tous les postes de défense ou d’approvisionnement de l’émir sont successivemer« enlevés. Il reconnait enfin qu’il lui est désormais impossible de lutter davantage contre nous , et il organise alors sa smala, cette vaste émigration de fidéles qui iront sous sa conduite demander au désert un asile sur et impénétrable. Il fait un appel supréme a tous ses serviteurs dévoués et a toutes les tribus , cessant de s’‘inquiéter de ce que deviendrent celles qui l’abandonnent; et a la téte de soixante mille individus , possédant prés de deux millions de tétes de bétail, il s’enfonce dans les grandes solitudes. Maintenant il ne cherche plus 4 attaquer les Frangais; il ne songe qu’a protéger Varche sainte , cette smala, cette nombreuse
famille unie par les liens du malheur, nation errante et no~ made au milieu de la grande nation. Le désastre d’Ain-Taguin lui vient arracher ce dernier lambeau de puissance : le duc d’Aumale lui enléve, avec ses chasseurs, les débris de sa fortune, disperse ou fait prisonniers le reste de ses partisans, et le réduit a se réfugier enfin, avec quelques centaines de cavaliers exténués, sur le territoire de Maroc (février 1842).
Si Algérie était délivrée du plus implacable adversaire de la puissance frangaise, il sen faut qu'elle ft encore complétement soumise a nos armes; et la lutte se poursuivit sur d’autres points contre des tribus demeurées fidéles a la cause d’Abd-el-Kader et de Ja nationalité arabe. L’empereur de Maroc, ason tour, cédant aux obsessions et aux représentations des émissaires d’Abd-cl-Kader , se décide & prendre en main la défense de ’émir vaincu et déchu, et il fait attaquer, en 1844, le général Lamoriciére , alors en observation sur la frontiére del’ouest. A la nouvelle de cette intervention armée de Muley-Abd-er-Rhaman, le général Bugeaud ac®ourt avec des renforts au secours de son lieutenant. Aprés quelques engagements heureux, il gagne, le 14 aott, la bataille d’Isly, qui, jointe Al’attaque des cdtes marocaines par le prince de Joinville, amena la conclusion du traitéde Tanger, aux termes duquel l’empereur s’engageait a interner son daugereux hote sur quelque point de son empire suffisamment éloigné de nos frontiéres.
Ce traité toutefois ne fut pas exécuté avec sincérité du cété du Maroc. Tout au contraire, Abd-el-Kader, accueilli avec vénération par les populations au milieu desquelles il était venu planter ses tentes, y trouva aprés Comme avant des secours en hommes et en argent, avec lesquels il put, a diverses reprises, envabir de nowveau Algérie, notamment a la fin de septembre 1845, époque ot asa voix les Arabes se soulevérent depuis la frontiere du Maroc jusqu’a Teniet-el- Haad. Bientot l’émir envahit la province de Tittery, et, se jetant brusquement dans la vallée de l’Isser avec sa cavalerie, qui grossissait toujours en avancant, il menaca sérieusement la Métidja.
La lutte qwil nous fallut soutenir alors contre notre infatigable ennemi forme la période Ja plus diflicile et aussi la plus glorieuse de nos annales militaires en Algérie. Le général Bugeaud comprit qu'il ne fallaif laisser prendre pied a Abd-el-Kader nulle part, afin qu'il ne put organiser ni un gouvernement, ni Pimpot, ni le recrutement. Jamais nos troupes ne firent des marches plus longues, plus pénibles. Ily eut des colonnes quirestérent huit mois en campagne sans toucher a aucun point de station. Le succes devait couronner une telle @uvre, accomplie sans éclaf, mais sans repos, et avec une obstination héroique. Les tvibus, décimées et ruinées, abandounérent successivement la cause de l’émir, qui au mois de juillet 184¢ fut obligé de se jeter de nouveau dans le Maroc avec une poignée de cavaliers, dont la plupart trainaient leurs chevaux par la bride.
Alors, n’espérant plus rien de Algérie, mais comptant sur la coopération des montagnards du Rif, Abd-el-Kader réalisa les projets qu’on lui avait prétés dés qu'il s’était réfugié sur le territoire marocain, ef tourna ses vues ambitieuses contie Yempire de Muley-A bd-er-Rhamarn, son chef religieux, qu’il ne craignit pas d’attaquer a visage découvert dans ses droits de souverain indépendant, et bientot toutes les correspondances du Maroc reorésentirent comme possible une révolution en fayeur de |’ex-émir.
L’empereur de Maroc, éclairé par des rapports exacts, comprit enfin a quels périls la présence de cet hote dangereux sur son territoire exposait ses Etats. I] réunit un corps Warmée considérable aux ordres de ses fils, et se décida a agir vigoureusement contre Abd-el-Kader. Cependant, avant d’en venir aux derniéres extrémités, et par un reste de cette sympathie excitée sans doute parmi tous Jes musulmaus par la lutte acharnée soutenue contre les chrétiens par lémir, Pempereur lui manda, en réponse a des propositions
de conciliation, qu’il ne ponvait en écouter aucune tant qu’Abd-el-Kader resterait dans le pays qu'il occnpait; que s'il voulait venir & Fez, il yserait traité favorablement; que ses cavaliers et ses fantassins seraient admis dans les troupes marocaines ; que la population de sa déira recevrait des terres; que s'il refusait ces conditions, le chemin du désert était libre, et qu’il pouvait le prendre; que sil ne - se décidait pour aucun de ces deux partis, on serait obligé de recourir a Pemploi de Ja force pour assurer Vexécution des traités conclus avec la France. Abd-el-Kader prit immédiatement sa résolution. Il renvoya sans réponse les cavaliers marocains porteurs des derniéres propositions de Muley-Abd-er-Rhaman, et réunit toute la population de sa déira ainsi que ses réguliers. Il leur exposa quelle était sa situation, sans en rien dissimuler, et leur déclara qu il était résolu a tenter de nouveau la fortune. Avec deux mille hommes d’élite, 'émir tombe a limproviste, pendant la nwit du it décembre 1847, sur un des deux camps marocains, et s’en empare. Mais le lendemain toute Ja masse de ses adversaires, au nombre d’au moins trente mille hommes, se rue contre lui. Il est obligé de se retirer vers la Malouia ; toutes les hauteurs qui l’environnent se couvrent d’ennemis; il faut qu’il réunisse a lui la déira, dépot ambulant composé de trois mille individus, femmes, enfants, serviteurs, avec toutes leurs bétes de somme et leurs bagages. Dés lors Abd-el-Kader ne pouvait plus compattre, si ce n’est pour protéger pendant.quelques heures cette multitude contre le massacre et le pillage. Quant a lui, avec un groupe de cavaliers fidéles, il compte s’échapper ensuite et se réfugier dans le désert. Pour conduire tous ses gens sur le territoire francais, ol ils feront leur soumission, il fallait franchir ja Malouia par un gué difficile, Aussitét la masse des Marocains se précipite sur eux. L’émir tient ferme avec ses réguliers: la moitié de ces braves succombe; mais la déira est sauvée ;: elle traverse la riviére sans perdre un seul mulet. On a franchi le Kiss, ruisseau qui marque la frontiére, et la déira fait demander l’aman au général Lamoriciére, commandant du corps d’observation que le gouvernement frangais avait réuni sur la frontieére de Maroc. Cependant Abd-el-Kader n’a pas encore perdu tout espoir déchapper A la dure nécessité de se soumettre 4 la France. Pour sortir du territoire algérien et gagner le sud, il faut qu’il traverse un étroit passage dans les montagnes. Le général Lamoriciére, prévoit la route que prendra l’émir, et au milieu de la nuit Je lieutenant de spahis indigenes qu’il a détaché en éclaireur rencontre l’escorte de l’émir. La cavalerie du général Lamoriciére avait pris position dans la plaine, et le jour une fois venu ’émir allait étre traqué sans relache. Se rappelant les odieux massacres qu’a diverses reprises il a fait de nos malheureux prisonniers de guerre, la perspective d’étre fail prisonnier intimide son courage ; il profite du peu heures qui lui restent encore pour s’assnrer le bénéfice d'une reddition volontaire en se confiant a la eg nérosité francaise. Voici comment le duc d’Aumale, qui avait suecédé au maréchal Bugeaud dans le gouverneiment de Algérie, avec un titre plus élevé, raconte cet tpisode dans son rapport ; « Abd-el-Kader, aprés avoir conduit lui-méme V’émigration sur notre territoire , et avoir engagée dans le pays des Msirda, la quitte; un petit nombre des siens se décide a le suivre. Il vivait chez une fraction des Beni-Snassen, qui est restée fiddle a sa cause. C’est par la qwil espére gagner le sud. Mais le général de Lamoriciére, informé de ce qui se passait, a deviné son projet. ‘Vingt spahis, commandés par un officiar intelligent et sor, le lieutenant Ben-Khouia , avaient été, le 21 au soir, envoyés en Observation au col de Kerbous; bientdt des coups de fusil signalent un engagement de ce cdté : c'est Abd-el-Kader qui rencontre nos spahis. Le général de Lamoriciére, qui dans la nuit avait fait prendre les armes a sa colonne, s’avance rapidement avec sa cavalerie;
ABD-EL-KADER
L’émir a pour lui Vobscurité, un pays difficile sillonné de sentiers inconnus de nos éclaireurs; la fuite lui était encore facile. Mais bientét deux de ses cavaliers, amenés par Ben- Khouia lui-méme, viennent annoncer au général qu’il est décidé A se rendre, et qu’il demande seulement a étre conduit 4 Alexandrie ou a Saint-Jean-d’Acre. La convention, immédiatement conclue de vive voix, est bientdt ratifiée par écrit par le général de Lamoriciére, Aujourd’hui méme, dans Vaprés-midi, Abd-el-Kader a été regu au marabout de Sidi-Brahim par le colonel de Montauban, qui fut rejoint peu aprés par le général de Lamoriciére et par le général Cavaignac; Sidi-Brahim, théatre du dernier succés de l’émir, et que la Providence semble avoir désigné pour étre le théatre du dernier et du plus éclatant de ses revers, comme une sorte d’expiation du massacre de nos infortunés camarades. Une heure aprés Abd-el-Kader me fut amené a Nemours, ow j’étais arrivé le matin méme. Je ratifiai la parole donnée par le général de Lamoriciére, et j’ai le ferme espoir que le gouvernement du roi lui donnera sa sanction. J’annongai a l’émir que je le ferais embarquer dés demain pour Oran, avec sa famille; il s'y est soumis non sans émotion etsans quelque répugnance : c’est la derniére goutte du calice! Ily restera quelques jours sous bonne garde, pour y étre rallié par quelques-uns des siens, et entre autres par ses fréres, dont l'un, Sidi-Mustapha, a qui j'avais envoyé l’aman, s’est rendu le 18 4 la colonne du général de Lamoriciére, et a été provisoirement conduit 3 Tlemcen; cette rénunion achevée, je les enverrai tous A Marseille, ou ils. recevront les ordres du gouvernement, »
La nouvelle de cet heureux événement parvint en France Je 1°" janvier 1848 par l’Asmodée, bateau a vapeur de la marine royale qui avait été chargé de conduire Abd-el-Kader et sa suite, composée de quatre - vingt - douze individus, d’Oran a Toulon. Avant de quitter pour toujours le sol africain, et au milieu des grandes émotions qui devaient agiter son coeur, l’émir avait écrit au duc d’Aumale une lettre de remerciments pour tous Jes égards dont il avait été objet. Cette preuve de déférence pour le prince frangais n’était pas la premiére gu’il lui donnait depuis ses quelques heures de captivité, car déja il lui avait fait cadeau de sa fameuse jument noire,comme cheval de gada ou desoumission. Quand Abd-el- Kader lui remit ses armes, on raconte que M. le duc d’Aumale prit le pistolet de l’émir, et lui dit : « Ceci est pour le roi! » puis qwil prit le sabre du chef arabe, et qu’il le donna au général Lamoriciére, en lui disant : « Ce sabre est pour vous; vous l’avez bien gagné! »
[ Provisoirement détenu an fort Lamalgue a Toulon, l’exémir recut ensuite pour résidence le chateau de Pau, puis le chateau d’Amboise. Le 15 mars 1848, ilécrivit au gouvernement provisoire pour demander d’étre transporté a la Mecque et 8 Médine, ot il voulait étudier et adorer Dieu jusqu’A son dernier jour. « J’ai défendu mon pays par tous mes moyens, disaif-il; j’ai la conviction que pour cette raison vous m’estimez. Quand j’ai été vaincu et que Dieu ne m’a pas donné lavantage, j’ai songé a tranquilliser mon Ame en renoncant aux choses de ce monde, et quoiqu’il me fat possible de me rendre dans le pays des Berabers ou dans le Sahara, j'ai préféré pour mon 4me sa remise entre les mains des Frangais... J’ai demandé au général de Lamoriciére de me faire transporter 4 Alexandrie pour de 1a me rendre ala Mecque et Médine... S’il m’avait dit: Je me puis vous promettre ce que vous me demandez, je ne me serais point rendu... Nous ne pouvons pas vivre dans un pays dont les vélements, le langage, lanourriture et tout en général différent entiérement des ndtres... Je n’ai point été pris les armes 4 la main, je suis yenu aux Frangais volontairement et parce que je l’ai bien voulu... Je crains que quelques-uns de vous puissent penser qu’en retournant aux choses de ce monde et en revenant en Algérie, j’y ferais renaitre des troubles. C’est une chose impossible et qui ne pourra jamais arriver +
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n’ayez aucun doute sur moi a cet égard, pas plus que vous | dela terre d’Afrique, théatre de sa gloire et de ses revers,
n’en auriez en pareille circonstance de la part @’un homme qui est mort, car je me place au nombre des morts. » Depuis, la question de sa délivrance fut plusieurs fois portée a la tribune de |’Assemblée nationale ; on établit sans peine que Pengagement pris avec Abd-el-Kader ne pouvait étre définitif ; que la ratification du gouvernement avait dd étre réservée ; que , cerné de toutes parts, il avait peu de chances de s’échapper quand il s’était rendu; qu’entin la position politique de P Algérie et les antéeédents d’Abd-el-Kader ne permettaient pas de lui accorder Ja liberté qu’il demandait.
En 1851 sa captivité devint moins dure. I! obtint la permission de faire des promenades aux environs d’Amboise. Au mois d’aodt 1852 cing familles arabes qui habitaient avec Jui a Amboise furent rendues a la liberté et partirent pour l’Afrique : on y complait ses quatre fréres. Au mois d’octobre, le prince Louis-Napoléon, président de la république, alla visiter Pémir, et lui annonga qwil pouvait quitter la France a la condition de se retirer & Brousse. Abd-el-Kader jura de ne plus rien entreprendre contre la France, et se rendit a Paris, Regu a Saint-Cjoud par son libérateur,gil demanda quelques jours aprés a voter pour empire qu’un sénatusconsulte rétablissait. Le 21 décembre, il s’embarqua a Marseille sur le Labrador, pour aller vivre dans la retraite a Brousse avec sa famille. En 1854 il acheta une ferme. Il figurait alors au budget de la France pour 120,000 fr. Tranquille pendant la guerre d’Orient, il se contenta de remettre 6,000 piastres au sultan pour aider aux frais de la guerre contre la Russie. La méme année il envoya trois chevaux a lempereur des Frangais et des chévres d’Angora au ministre de la guerre, qui les donna a la Société d’acclimatation. L’année suivante , Abd-el-Kader, aprés avoir accompagné sa mére et sa femme a la Mecque, revint en France visiter |’exposition universelle et demander un changement derésidence. Malade de la cholérine a Lyon, il refusa le traitement médical, disant que s’il devait mourir, était écrit. Il assista au Te Deum du 15 aodt a Notre- Dame, et obtint la permission d’habiter Damas. C’est 1a que le trouvérent les événements de 1860. Par ses démarches actives, il parvint 4 retarder les massacres, Enfin, le 9 juillet, dans ’apres-midi, des fanatiques attaquérent les chrétiens dans la ville de Damas. Le soir il y avait déja bon nombre d@’hommes tués et de femmes emmenées pour étre vendues comme esclaves dans les harems. Abd-el-Kader, qui s’était opposé de toutes ses forces au massacre des chrétiens, en recueillit beaucoup dans sa maison. Les consulats avaient été bruilés, saufle consulat anglais ; Abd-el-Kader regut chez Jui les consuls frangais, russe et grec; avec quelques arabes d’Alger, il sut protéger ses hdtes, et sa noble conduite en cette circonstance lyi valut de la part de l’empereur des Fran gais le grand cordon de la Légion d’honneur, En 1855 il avait adressé a la Société asiatique un écrit de sa composition, dont le manuscrit a été déposé a la Bibliothéque impériale par M. Reinaud, lequel a été traduit par M. G. Dugat, et imprimé sous ce titre : Rappel a Vintelligent, avis @ Vindifférent ( Paris, 1858, in-8°). On vante aussi beaucoup les connaissances hippiques de l’émir, et M. Daumas a pu profiter de ses notes sur le cheval arabe. L. L. |
Abd-el-Kader est d’une taille moyenne. II fait remonter son origine 4 Abraham par Fatime, fillede Mahomet. Sa figure est douce, d’une expression plus mystique que guerriére, Son teint n’a pas la pureté parfaite de celui des Arabes de distinction : il est marqué de petites taches qui semblent étre des traces de petite vérole. Il porte au milieu du front uge Iégere marque de tatouage. Sa barbe est trés-noire et peu touffue, et son costume d’une simplicité qui n’est peut-étre pas exempte d’affectation. Tout dans lattitude de Vex-émir indique sa compléte résignation au dogme de la fatalité, base premiére des croyances orientales. En s’emharquant sur l’Asmodée, qui devait le transporter loin
il s’était écrié ; « Allah! Allab! Dieu n’abandonne pas son serviteur! »En 1826 il avait épousé Lella Khera, fille de Sidi-Ali-Bou-Taleb, frére consanguin de son pere Mahiddine, De ce premier mariage il a eu plusieurs filles et un fils, Mahiddine, mort a lage de quatre ans, en octobre 1837. Désespérant d’avoir de nouveaux enfants de sa femme Khera, et regrettant surtout de ne pas laisser un héritier de sa puissance, il avait profité de la tolérance de la loi musulmane pour épouser une esclave géorgienne de sang mélé, qu’on nomme Aicha, laquelle était enceinte lors de la prise de la Smala, & Ain-Tagguin, par M. le duc d’Aumate, et qui depuis a donné a I’émir plusieurs héritiers males.
ABD-EL-MOUMEN (Asou-Mouammen), premier khalife et deuxiéme iman de la secte et lynastie africaine des Almohades. Suivant le Livre des Princes, la mort du fondateur de cette secte, Al-Mahadi, resta cachée a tout le monde pendant trois ans; Abd-el-Moumen, pendant ce temps, gouverna au nom du prophéte comme s’il vivait encore. Lorsque enfin il jugea Je moment venu (1130), il fit construire hors de Tinamal une grande salle, et y réunit tous les chefs du peuple. Aprés leur avoir révélé Ja mort du Mahadi, il leur dit; « Ne pleurons pas le vertueux iman, qui jouit maintenant dun sort plus heurenx., Son dernier voeu a été qu’aprés sa mort vous vou réunissiez tous, sans céder ni aux passions nianx intéréts privés, pour lui donner un successeur digne dé lui: bannissons donc (entre nous les rivalités et la discorde, et occupons-nous de ce choix. » Il se tut, et les chefs en suspens attendaient Vinspiration d’en haut, lorsqu’une voix qui semblait venir du ciel prononga distinctement ces paroles : « Victoire et puissance au khalife Abd-el-Moumen, prince des croyants, le rempart et Vappyide Etat! » En méme temps, un lion parut au milieu de lassemblée, en montrant ses dents menagantes et en se fouettant les flancs avec sa queue; chacun, saisi de frayeur, restait immobile a sa place. Alors Abd-el-Moumen s’avanca vers le lion, qui s’inclina devant lui, en Ini léchant les mains comme un chien soumis. A vette vue, les Almohades proclamérent tout d'une voix pour khalife cet homme privilégié devant lequel s’apaisaient les lions du désert, et que le ciel lui-méme désignait a leur choix, et tous lui jurérent fidélité. Depuis lors ce lion miraculeux ne quitta plus Je nouveau khalife. C’etait un lion quil avait apprivoisé¢ et qu'il avait enfermé sous la tribune. Quant aux paroles venues du ciel, elles avaient été prononcées par un oiseau a qui il les avait apprises, et qu’on avait mis dans une cage au-dessus dune coloune.
Proclamé khalife dans Tinamal, sa capitale, Abd-el- Moumen fit battre monnaie en son nom. Les premiéres
“années de son régne furent consacrées a affermir sa domie
nation en Afrique, tout en poursuivant ses victoires dans le Maroc. En 1143 Ali-ben-Youssouf, fils du fondateur du puissant empire des Almoravides, étant mort de chagrin, son fils Tachfin, a peine monté sur le tréne, recommenca la guerre contre les Almohades. Vaincu a plusieurs reprises, il fut contraint de se réfugier 4 Tlemcen, puis a Oran, ou, traqué par linfatigable Abd-el-Moumen, il périt d’une chute de cheval, en essayant de s’échapper. Le cruel vainqueur fit clouer 4 un saule le tronc de son ennemi, et envoya sa téte a Tinamal , en gage de sa Victoire (1145). Tout empire almoravide passa successivement, aprés la mort de Tachfin, sous la loi du conquérant almohade. Des députés andalous le conjuraient de venir en Espagne chasser les ennemis de l’islam. Abd-el-Moumen se contenta d’envoyer dans la Péninsule une armée (1151), qui en peu d’années s’empara du vaste empire qu’avaient possédé les Almoravides dans Jes deux bassins du Xénil et du Guadalquivir (1156).
Protecteur des lettres et des arts, qu’il encourageait notamment dans sa ciléde Maroc, Abd-el-Moumen fondait partout des colléges a coté des mosquées. En {1541’émir,usant pour dé-