ABD-EL-MOUMEN — ABDERRAHMAN -SOUFI
signer son successeur au tréne, de Pomnipotence qui caractérise tous les délégués du Prophéte, fit reconnaitre pour tel son fils Sid-Mohammed, et ordonna que son nom fit proclamé aprés le sien dans la Chofba ou priére publique. Ainsi, P’émir, fidéle A ce principe tutélaire d’unité qui est la sauvegarde de Vislam, se garda bien d’imiter les monarques chrétiens de VEspagne et leurs funestes partages, et immense pouvoir quwil léguait a son fils resta concentré dans une seule main.
La mort d’Alonzo VII, en 1157, contribua, plus que bien des victoires, & affermir la domination des Almohades, dans la Péninsule; et pourtant pendant plusieurs années encore Abd-el-Moumen, occupé de ses guerres en Afrique, ne songea pas 4 visiter sa nouvelle conquéte. En 1158 il entreprit une expédition contre la ville de Mahadia, conquise en 1145 par les Normands de Sicile. La chronique arabe nous donne sur Ja marche de son armée de curieux détails, qui font connaitrea la fois le luxe et la puissance du chef dece vaste empire, éclos en quelques années dans les sables de l’Afrique, et qui ne devait guére plus durer que celui qu’il avait remplacé. La ville succomba enfin, aprés six mois de siége, et tous les chrétiens furent massacrés sans pitié (1160). La chute de Mahadia entraina la soumission des autres villes de la céte et de toutes les tribus berbéres, de Tlemcen a Barca; et ’empire almohade s’étendit ainsi depuis |’Océan jusque prés des frontiéres de ’Egypte. Cette conquéte achevée, Abd-el-Moumen se remit en route vers Tanger, décidé cette fois a passer en Andalousie, le seul de ses vastes Etats olson autorité fait encore contestée. Arrivé a Oran, il licencia toutes les tribus du désert, pour les laisser retourner dans leurs pays, gardant seulement mille hommes de chacune d’elles , avec leurs familles, pour les établir dans une ville qu’il fonda.
Arrivé a Tanger, I’émir, aprés avoir fait fortifier Gibraltar, la clefdu détroit, se décida enfin a poser au moins le pied dans sa nouvelle conquéte. Il resta deux mois 4 Gibraltar, sans quitter le bord dela mer, pour se tenir prét a repasser en Afrique ala premiére révolte, car on ne saurait autrement expliquer cette insouciance du conquérant pour les nobles cités andalouses qu’il avait ajoutées A ses Etats. Tous ses lieutenants dans la Péninsule et les principaux de chaque ville vinrent iui rendre hommage, et les poétes andalous ne manquérent pas de rimes pour encenser leur nouveau maitre. La présence d’Abd-el-Moumen donna une activité nouvelle a la guerre contre les chrétiens. Le roi Alonzo de Portugal, étant accouru avec une armée, se fit battre, et laissa six mille des siens sur le champ de bataille. Le résultat de cette victoire fut la prise de Badajoz , de Beja, et de plusieurs autres places; et Abd-el-Moumen, jugeant cette guerre de frontiéres indigne de sa présence, s’en retourna en Afrique (1161).
Les derniéres années de la vie d’Abd-el-Moumen furent consacrées 4 administration intérieure de ses vastes Etats , ou il établit un ordre rarement connu du capricieux despotisme des souverains de Pislam. !1 fit mesurer géométriquement toutes les provinces de ses Etats, depuis Barca Jusqu’a Sous, et régla sur cette base les contributions et les levées @hommes que devait fournir chaque province, d’aprés sa population et sa richesse. 11 établit partout des manufactures @armes, qui livraient par jour dix quintaux de fléches , sans compier les lances, les épées et les armes défensives; et la marine africaine prit sous son régne une importance qu’elle n’avait jamais eue.
La guerre continuait cependant en Andalousie, bien que partout heureuse pour les armes des Almohades, Fatigué de ces victoires sans résultat, Abd-el-Moumen voulut en finir avec les rebelles de I’Andalousie comme avec ceux de PA{rique. Malgré son age, il résolut de se mettre a la téte de l’expédition , et donna a toutes Jes tribus du Maghreb le signal de Palgihed, ou de la guerre sainte. L’ Afrique tout entire 3°6branla acet appel : trois cent mille chevaux, quatre-vingt mille vétérans élite, et cent mille piétons et archers se réunirent autour de Ini. Le désert méme, disent les chroniques
arabes, semblait trop étroit pour cette innombrable multitude, qui s’étendait au loin sur les plaines et sur les monts. L’ordre le plus admirable régnait dans cette foule immense, joyeuse de marcher, sous un Chef toujours victorieux, 4 de nouvelles conquétes sur cette race abhorrée des chrétiens. Mais au moment du départ ’émir se sentit soudainement atteint d’une grave maladie : frappé du pressentiment de sa fin prochaine, il changea avant sa mort l’ordre de la succession, et désigna poar lui succéder, au lieu de son fils Sid-Mohammed, son fils Sid- Abou- Yacoub-Youssouf. Cette détermination eut, dit-on, pour cause, la découverte d’un complot formé par Mohammed pour se saisir du trone du vivant méme de son pére. Apres que ’émir eut fait connaitre sa volonté a toutes ses provinces , son mal empira, et il mourut a Salé, le 10 de dschumada 538 (an de J.-C. 1162), alage de soixante-trois ans, et aprés trente-trois ans du régne le plus prospére. Son fils Youssouf lui succéda sans opposition.
L’émir Abd-el-Moumen, le fondateur politique de ’empire almohade, eut toutes les brillantes qualités et tous les vices @un chef de dynastie. On nous vante son courage, sa libéralité, sgn éloquence, son instruction , son esprit d’équité, son constant bonheur ; quant 4 sa douceur, l’éloge est un peu plus suspect. Aucun des avantages extérieurs que prisent si haut les historiens arabes ne lui manquait d’ailleurs : sa démarche était empreinte de noblesse et de dignité , et son Ame , vraiment grande , méprisait les jouissances sensuelles et les commodités de la vie. RusseeU W-SAINT-HILAIRE.
ABDERAHME, vice-roi sarrasin en Espagne, secoua le joug des khalifes , et fonda 4 Cordoue une souveraineté indépendante. lleut plusieurs successeurs qui portérent leméme nom. L’un d’eux franchit les Pyrénées a la téte d’nne armée nombreuse, et pénétra jusqu’au coeur de la France, en portant partout le fer et le feu. Arrété enfin dans sa marche dévastatrice, prés de Tours, par Charles-Martel, il fut complétement défait dans une bataille rangée, livrée l’'an 732 de notre ére, et ot! périrent, dit-on, avec lui 370,000 Sarrasins, chiffre sans doute exagéré, mais qui témoigne du danger dont cette invasion menacait l'Europe chrétienne. ‘
ABDERE, ville de Thrace, située sur le Nessus, et dont Ja tradition attribuait la fondation 4 Hercule, est la ville de Roumélie appelée de nos jours Polystilo. Quoiqu’elle fut la patrie des philosophes Démocrite , Protagoras , Anaxarque, de lhistorien Hécatée et autres hommes célébres par leur mérite, ses habitants eurent de toute antiquité une facheuse renommée de corruption de mceurs ainsi que de lourdeur d’esprit. Hippocrate l’attribue a lair épais et méphytique qu’on y respirait, et qui en favorisant le germe de diverses maladies endémiques s’opposait a tout développement de Vesprit parmi eux. Dans les premieres pages de son traité sur Ja maniére d’écrire Phistoire, Lucien décrit avec une gaieté de bon aloi la fiévre a laquelle les Abdérites étaient sujets ; et sous le titre de Les Abdérites Wieland a composé un roman philosophique d’une haute portée.
ABD-ER-RAHMAN. Voyes Mutry-App-er RuAmAn.
ABDERRAHMAN-SOUFT, astronome arabe, né a Réi en 903, mort en 986, a composé divers ouvrages , dont on peut voir la liste dans Casiri; mais son Uranographie, qui est le plus connu, parait étre aussi le plus important de tous. C’est un catalogue raisonné, calqué sur éelui de Ptolémée ; les étoiles y sont classées sous le méme ordre et sous les mémes astérismes que dans lAlmageste ; les latitudes sont les mémes, et par l’addition d@’une constante (12° 49’), Abderrahman raméne les longitudes 2?époque du 1°" octobre 964 ; cest en cette année qu’il composa son catalogue, a la priére du prince bouide Adhad-Eddaulat, alors tout-puissant dans la Perse et l’lrak arabique; ony trouve Vindication de plusieurs étoiles dont Ptolémée n’a pas parlé, ainsi que beaucoup dalignements et de figures rectilignes , dont les dimensions sont données en coudées, a la maniére d’Hipparque, et en sous-multiples de la coudée; il y a sur les grandeurs , qu’Ab-