ADONIS — ADORATION
mettrait de passer six mois de l’année dans l’Enfer, et les six autres dans l’Olympe.
ADOPTANTS, hérétiques qui prétendaient que comme Dieu Jésus-Christ était de sa nature fils de Dieu, mais que comme homme il ne l’était que par adoption au moyen du baptéme et de la résurrection, voies par lesquelles Dieu dans sa grace adopte aussi d’autres hommes pour fils. Ils trouvaient inconvenant d’appeler un étre humain jils de Dieu dans la stricte acception de ce terme. Elipandus, archevéque de Toléde, et Félix, évéque d’Urgel, en Espagne, introduisirent cette hérésie en 783, et lui firent de nombreux partisans tant en France qu’en Espagne. Charlemagne, dans un synode tenu a Ratisbonne, fit condamner cette hérésie et déposer Félix, son vassal. Ce jugement fut répété a Francfort-sur-le-Mein en 794, 4 Rome et a Aix-la-Chapelle en 799, par suite de Pobstination de Félix, qui, aprés deux rétractalions successives , persista dans son hérésie; on y ajouta méme une clause additionnelle qui condamnait Vhérésiarque A rester jusqu’A sa mort (qui arriva en 818) sous la surveillance de l’évéque de Lyon. Quand Elipandus mourut, cette discussion tomba dans |’oubli.
ADOPTION (du latin ad, et optare, choisir). L’adoption est un contrat qui, sanctionné par lautorité judiciaire, crée des rapports de paternité et de filiation entre des personnes qui n’étaient point unies par des doubles liens deja parenté naturelle et civile. Une loi du 18 janvier 1792 avait décrété Padoption, mais sans lorganiser ; divers actes législatifs avaient appliqué ce principe au nom de la nation dans des occasions solennelles. Le Code civil admit cette institution aprés une longue discussion, a laquelle le premier consul prit la principale part. Aux termes du Code Napoléon, l’adoption est un contrat qui ne peut étre passé qu’entre majeurs. L’adoptant doit étre 4gé de plus de cinquante ans, et sans enfants légitimes ; car celui quia déja des enfants, ou qui est encore dans un age qui luipermet d’en espérer, n’a pas besoin @adopter ceux d’autrui; et il doit avoir au moins quinze ans de plus que P'adopté, parce que V’effet du contrat est d’établir entre eux les relations de pére a fils. Le législateur veut, en outre, que le contrat ait élé motivé par six années de soins donnés par l’adoptant 4 Vadopté pendant sa minorité, — L’adopté n’est soumis 4 aucune autre condition que celle de rapporter le consentement de ses pére et mére, s'il n’a point vingt-cinq ans ; et s’il a dépassé cet Age, il ne doit pas procéder a un acte qui opére pour lui un changement d’état sans avoir requis leur conseil. — Cependant, si l’adoption est rémunératoire, si elle est fondée sur la reconnaissance dun service rendu dans le péril le plus imminent, lorsque Padopté a sauvé la vie a l’adoptant, soit dans un combat, soit en le retirant des flammes ou des flots, il suffit alors que Padoptant soit majeur sans enfants et plus agé que Padopté. Si Padoptant est marié, l’adoption ne peut avoir lieu, dans aucun Cas, sans le consentement du second époux, qui a le droit d’intervenir au contrat, encore bien qwil ne soit pas permis a plusieurs d’adopter la méme personne; mais il s’agit ici de deux époux constituant une méme famille. Les tribunaux sont appelés 4 vérifier si les conditions exigées se trouvent remplies, et a rechercher s’il n’existe aucune cause d’honnéteté publique qui défende adoption. Le cas échéant, comme alors ils ne rendent pas la justice, il leur est interdit de motiver leur décision; toutefois cette décision ne suffit pas pour conférer ladoption, qui n’est compléte que par Vinscription faite sur les registres de,l’état civil. Il est un cas ou ladoption peut étre conférée par testament, a la suite de la tutelle officieuse. — Par Yadoption, Padopté acquiert a Pégard de Vadoptant tous les droits d’un enfant légitime, dont il prend le nom; mais il n’entre pas pour cela dans la famille de Padoptant, et les liens quilattachaient a sa propre famille ne sont pas rompus. Ainsi, ’adopté hérite de l’adoptant, mais non pas des parents de Padoptant. C’est un point de controverse de savoir si on peut adopter son €nfant na-
turel légalement reconnu; la cour de cassation elle-méme n’a pas de jurisprudence bien établie & cet égard.
L’adoption remonte aux temps les plus reculés : Ja fille de Pharaon adopta Moise sauvé des eaux. L’adoption existait a Sparte, 4 Athénes, Chez les Romains surtout, adoption était organisée d’une facon toute particuliére.
Il y avait deux espéces d’adoption : ladoption proprement dite, qui faisait passer un fils de famille de la puissance @un pére sous celle d’un autre; et 'adrogation, par laquelle un pére de famille se soumettait 4 la puissance d’un autre, L’adoption proprement dite s’opérait par la vente solennelle, appelée mancipation, que suivait la cession en justice. La mancipation, qui devait é¢tre répétée trois fois pour un enfant male du premier degré, le libérait de la puissance paternelle, mais ne lui attribuait pas la qualité de fils de famille de Pacheteur ; c’était la cession en justice qui avait ce résultat. Justinien abrogea ces formalités surannées, et l’'adoption s’opéra par la simple déclaration du pére naturel faite devant le magistrat compétent, en présence et sans contradiction de Padoptant et de Padopté. Quant a Vadrogation, elle s’opérait autrefois par une loi que remplaga plus tard un rescrit du prince. Elle faisait entrer sous la puissance de l’adrogeant, non-seulement l’adrogé, mais encore tous ses enfants légitimes ou adoptés, qu’il avait en sa puissance, ainsi que ses biens. Dans l’ancien droit, les femmes et les impubéres, qui ont toujours pu étre adoptés, ne pouvaient pas étre adrogés; mais Antonin le Pieux l’avait permis pour les impubéres, avec des régles toutes particuliéres. Justinien le permit également pour les femmes. II devait exister entre l’adoptant etl’adopté une différence de puberté pleine, dix-huit ans pour un fils, trente-six ans pour un petit-fils; car on pouvait adopter a titre de fils ou de petit-fils, qu'on edt ou qu’on n’edt pas d’enfants. Dans l’ancien droit les femmes ne pouvaient pas adopter; mais on le leur permit ultérieurement.
ADOPTION MILITAIRE. Chez les anciens Scandinaves, lorsque deux guerriers s’étaient liés d’amitié et d’estime, ils creusaient en terre un trou avec le fer de leur lance, y répandaient de leur sang, qu’ils mélaient a la terre fraichement remuée; puis ils s’embrassaient, et placaient sur le trou une pierre qui portait leurs chiffres entrelacés. Cette adoption réciproque s’appelait association du sang. Elle liait non-seu- Jement un guerrier 4 un autre pour la vie, mais associait encore sa famille et jusqu’a ses amis a la fortune du survivant. — Cette institution a été un des principaux éléments de la force militaire de ces peuples. — On retronve Padoption militaire chez les Grecs des premiers siécles de l’ére vulgaire et dans la chevalerie du moyen Age, sous le nom de Sraternité @armes.
ADORATION. La faculté d’adorer constitue le premier caractére distinctif de notre espéce, et est en méme temps Vacte le plus sublime auquel puisse s’élever [’intelligence humaine. A elle seule en appartient le pouvoir; car la plupart des voyageurs se sont mépris quand, sur Je rapport d’Alien et de Strabon, ne se bornant pas a accorder presque des vertus & ’éléphant, ils ont prétendu qu’il adorail le soleil levant. On est revenu de ces exagérations. I] est tel animal sur la terre , méme A coté de nous, dont les qualités instinctives ou perspicaces sont beaucoup supérieures a celles de cet énorme quadrupéde. Le chien et le cheval nous sont soumis; mais chez eux la soumission n’est pas de Padoration. Etres faibles et périssables , sujets que nous sommes 4 une foule d’infirmités , il n’y a rien qui, d’ homme a homme, justifie l’adoration. Si VEcriture , dans la Vulgate, use de cette locution en nous racontant comment la timide Ruth se prosterna devant Booz, Pun des anciens de Juda , et Abigail devant David, irrité de Vingratitude de son mari, elle n’entend que nous rendre présents des actes de profonde vénération , peut-tre mélée de crainte. Autrement elle serait infidéle au commandement inscrit en téte du Décalogue , ce qui ne se peut pas,
Plus d’un tyran, plus d’un empereur romain , aprés s’étre fait dresser des statues et des temples, aprés y avoir méme institué des colléges de pontifes , ont imposé ladoration de leur personne & des nations entiéres. C’était & la fois une grande audace de l’orgueil en délire , et la honte des peuples qui s’y soumettaient ; honte dont Vespasien avait le sentiment, lersqu’au moment d’exhaler son dernier souffle, il os avec une ironie amére : « Je sens que je vais devenir deu, »
Oui, Vadoration n’est due qu’a Dieu. En s’abaissant vers Yhomme elle se dégrade, en s’élevant vers la Divinité elle s’ennoblit. Les martyrs chrétiens ont scellé cette vérité de leur sang. Mais combien de fois ce sentiment ne s’est-il pas égaré, lorsqu’il s’est attaché aux ceuvres d’une nature variable dans ses évolutions , au lieu de remonter a son auteur! Notre devoir est de définir ici adoration, telle que la raison humaine en a adopté les formes et réglé usage depuis qu’il a plu a Parbitre des mondes de placer des créatures intelligentes sur notre terre.
L’adoration implique un double sentiment, mais dans des proportions diverses , de respect et d’amour. Le respect, auquel s’adjoint une sorte de crainte, nait de Vidée d’un grand pouvoir dans la dépendance duquel on se place; I’amour, mélé d’espérance , veut s’attacher 4 quelque chose de bon et de fort; car, méme au milieu de ses plus grandes prospérités , ’homme aura toujours le sentiment de sa faiblesse. C’est un Alexandre atteint d’une fluxion de poitrine la veille ou le lendemain d’une victoire. Aussi combien n’estil pas misérable de voir le jeune vainqueur de Darius s’aventurer avec son armée dans les déserts de la Libye pour se faire proclamer, par l’oracle de Jupiter-Ammon , comme fils de ce dieu! N’était-ce pas mendier adoration a ka faveur d’un mensonge?
Ce besoin de notre nature s’est en effet plus d’une fois égaré, L’établissement du polythéisme ancien, et, aujour- @hui, du panthéisme allemand, encore plus dangereux, pourrait remonter a une pareille origine. Dans sa gratitude Yhomme versa sur ce qui l’entourait une portion de la douce émotion qui débordait de son cceur, et le bienfait fit oublier la source dont il émanait. Heureux de rencontrer dans sa fatigue le toit hospitalier d’un chéne , le voyageur en s’éloignant renferma sous I’écorce une dryade chargée de Pentretien de cet ombrage. Enrichi par le ruisseau qui abreuvait sa prairie, le villageois crut voir a travers les roseaux une nymphe épancher son urne bienfaisante. Le sauvage lui-méme attache aux meubles utiles des esprits amis de celui qui les posséde. Tant nous sentons la nécessité de faire intervenir une puissance surnaturelle dans les accidents dont se compose la vie humaine!
On a dit que la crainte a fait les premiers dieux : il y ala certainement quelque chose de vrai, mais non dans un sens absolu. Le culte des deux principes a été assez nouvellement rencontré chez les insulaires de ’Océanie , découverte par le navigateur Wallis, qui lui a donné son nom. Partout ot ja révélation n’avait pas parlé , il était présumable que ’homme se croirait dominé par un bras invisible, au milieu des grandes circonstances oi sa vie était menacée. Les fléaux imprévus qui fondent sur une contrée, les contagions, le bruit solennel et imposant du tonnerre, et les signes précurseurs des tempétes , conduisirent a chercher des moteurs dans une sphére plus élevée que la notre; car on sentait bien que la nature était soumise 4 des lois qu’elle ne s’était pas données; on reconnaissait méme son état de dépendance, manifesté jusque par les aberrations @un ordre général et primitif. Guidées d’abord par un avis plus qu’instinctif, bientot égarées par les surprises d’une raison qui prétendait se rendre compte de tout sans moyens d’y parvenir, les premidres réunions des hommes ont pu sacrifier sur deux autels. Arimane et Oromaze ont eu leurs fétes , tour & tour terribles et joyeuses. Plus tard, la société ne se