ADULTERE — ADYNAMIE
L’adultére n’est pas un phénomeéne, c'est une affaire de canapé ; il est treés-commun. » Depuis en effet que les femmes avaient été attirées 4 la cour pour deyerrir des instruments de politique, la galanterie avait amené Padultére a la mode. Plus tard le libertinage éhonté de la cour de Louis XV le rendit plus commun et en fit presque un commerce. La bourgeoisie n’avait pas attendu ce régne pour suivre exemple de la noblesse. La révolution épura d’abord les mceurs ; mais avec leretour du calme les moeurs redevinrent faciles, ef avec la reconstitution des cours, ’adultére put encore une fois s’afficher, mais non sans honte. Quelques rénovateurs ont cherché un reméde a Ja dissolution des movurs, et plusieurs ont proposé une liberté entiére dans les liens du mariage, prétendant que la contrainte était le plus grand stimulant de Vinfraction. Nos législateurs se sont constamment montrés contraires 4 cette théorie, et le divorce, méme entouré des plus grandes précautions, n’a pu reparaitre dans nos codes.
La religion, plus sévére que la loi, poursuit de sa réprobation Padultére, et l’Eglise porte la peine de l’excommunication contre Jes coupables. L’Eglise catholique n’admet pas toutefois que ce crime soit un motif de divorce; mais PEglise d’Orient, comme les consistoires protestants, autorise la nouvelle union que la partie lésée voudrait contracter.
ADUSTION. C'est, en termes de chirurgie, la brilure ou la cautérisation d’une partie par le feu.
ADVEITAM, nom dune secte de philosophes indiens, qui nient l’existence du monde, en Ja traitant de fantastique, et qui ne croient d’étre réellement, existant que Dieu. Une secte opposée admet les deux existences, mais entiérement séparées : elle se nomme Dvéitam. Une troisiéme est une espéce de juste-milieu entre les deux, et prend le nom d’Advéita-Vichista-Dvéitam.
ADVEBBE ( du latin ad, auprés; verbum, verbe ). L’adverbe n’est pas un des éléments essentiels du langage comme le substantif, Vadjectif et le verbe; c’est un mot abrégé et mixte, qui remplace une préposition suivie de son complément (sagement , avec sagesse). Faut-il dire, comme son nom porte a le croire, que l’'adverbe modifie. le verbe? Ce serait une erreur. L’adyerbe ne modifie que Vadjectif , vis-a-vis duquel il remplit la méme fonction que celui-ci vis-a-vis du substantif; c’est une abstraction formée elle-méme sur une abstraction. Lorsque l’on dit je chante beaucoup, qu’on fasse Panalyse, on aura je swis chantant beaucoup; il est clair que la modification porte sur Pattribut seul, car il n’y a pas de plus ou de moins dans Vidée d’étre. Par sa nature méme, l’adverbe est invariable, car une qualité, un temps, etc., ne changent pas, quels que soient le genre et le nombre des personnes. On distingue quatre classes d’adverbes : les adverbes de qualité, de quanité, de temps et de lieu. — Les locutwis adverviales sont des expressions composées modifiant Vidée de l’attribut, véritables adverbes exprimés d’une maniére complexe.
ADVERSITE. Voyes MALHEvr.
ADYNAMIE, ADYNAMIQUE (du grec & privatif, duvaprs, force). Les médecins donnent Je nom @adynamie a un état particulier de débilité générale, de prostration complete des forces, caractérisé surtout par un affaiblissement de Vaction musculaire, et dans lequel la vie semble s’éteindre sans que les organes présentent de Iésions capables d’expliquer une si profonde altération des fonctions. Le résultat n’en est pas toujours inévitablement funeste, le traitement tonique réussit quelquefois & en triompher; mais Pétat adynamique étant presque constamment accompagné dinflammations locales, le praticien ne manquera pas de les prendre en mare considération lorsqu’il aura A se décider sur le choix des moyens curatifs. S’ils demeurent jimpuissants, Vadynamie ne tardera pas a atteindre son dernier période, que signalent des phénomeénes presque cadavériques constituant dans leur ensemble la pufridité, qui en est le dernier terme,
ADZERBAIDJAN — AEROLITHE
ADZERBAIDJAN. Voyes Apersinsan.
AEGILE, ville de Laconie, ot Cérés avait un temple. Ony céléebrait des mystéres ou les femmes seules étaient admises. Aristoméne de Messine, a la téte de quelques troupes , voulut un jour les enleyer. Mais elles se défendirent si bien avec les instruments , les broches et les torches du sacrifice , que non-seulement elles repoussérent cette altaque, mais qu’ elles tuérent une partie des soldats d’Aristoméne et le firent lui-méme prisonnier. Archidamie , qui présidait a la fete, éprise de son eaptif, lui procura les moyens de s’échapper.
AEGOS-POTAMOS , c’est-i-dire jlewve de la Chevre, petite riviére de la Chersonése de Thrace , nommée aujour@hui Jndjé-limen, tombait dans I Hellespont, a quelque distance au nord de Sestes. C’est prés de 1a que le Spartiate Lysandre gagna sur les Athéniens, an 405 avant J.-C., une bataille navale qui mit fin 4 la guerre du Péloponnése. La prise d’Athénes suivit de prés cette victoire.
AENEAS SYLVIUS. Voyes Pie Il.
AZENOBARBUS ou AHENOBARBUS. Voyes Dourrws.
AEPINUS ( Francots-Manrte-Utrica-Tutopore ), célebre physicien, né en 1724, 4 Rostock, morten 1802, Dorpat, en Livonie, s’est surtout occupé d’électricité, et a beaucoup avancé cette partie de la physique en y appliquant le calcul avec un grand suceés. On doit a A2pinus plusieurs découvertes scientifiques, et on lui attribue Pinvention du condensateur électrique et de Pélectrophore. Il avait @abord étudié la médecine; et il était membre de l’Académie des Sciences de Berlin, lorsque en 1757 il fut appelé a Saint-Pétersbourg comme membre de Académie impériale et professeur de physique. Catherine lui confia la direction du corps des cadets nobles, le chargea d’enseigner la physique et les mathématiques a son fils Paul Petrowitch, et le nomma inspecteur général des écoles normales dont elle s’occupait de doter empire. On a @/Epinus Tentamen Theoriz Electricitatis et Magnetismi ( Pétersbourg , 1759 , 1 vol. in-4°), dont Hatiy a donné un abrégé en francais en 1787, in-8°; leur sur la surface de la terre, traduites du latin en francais par Raoult de Rouen; Recherches sur la Tourmaline ( Pétersbourg, 1762, in-8°), et plusieurs mémoires intéressants fournis a l’Académie de Saint-Pétersbours.
AERATION (du latin aer, air). C’est Paction d’ aérer, cest-a-dire @exposer au contact immédiat @un air plus ou moins sec et fréquemment renouvelé des substances ou des corps qui, ayant séjourné plus ou moins longtemps dans un air humide et stagnant, ou ayant été privés de tout contact de Vair atmosphérique, sont exposés a s’altérer, a se décomposer et a se corrompre, L’aération peut étre faite dans un air tranquille et non agité, ou sous Vinfluence dun vent plus ou moins sec : dans ce dernier cas, elle prend le nom de ventilation. — L’eau des mers, celle des fleuves, des lacs, des étangs et méme des mares, est naturellement aérée, et tient en dissolution de l’air atmosphérique plus riche en oxygéne; ce qui donne au milieu aqueux dans lequel vivent tous les animaux pourvus de branchies ou respirant par la peau les conditions favorables a leur respiration aquatique. Lair imprégne et pénétre aussi les différentes parties du corps des animaux qui volent, et leur donne ainsi les conditions aérostatiques sans lesquelles la locomotion aérienne ne pourrait avoir lieu.
AERIENNES (Visions ), genre de spectacle offert au Chateau des Fleurs, 4 Paris, en 1850, et qui se composait de tableaux vivants élevés en lair, dans lesquels plusieurs femmes groupées en différentes altitudes et suspendues par des armatures en fer habilement cachées, simulaient quelques gracieux sujets mythologiques ou féeriques, comme /a Naissance de Vénus, la Fee aux Roses, etc.
AERIENS, sectateurs WAérius, moine arien qui, en l’an 860, fut expulsé de Sébaste en Arménie, comme schisma-
Réflexions sur la Distribution de la Cha-—
tique. Il niait qu'il existat une différence quelconque entre les évéques et les simples prétres, et prétendait que les priéres pour les morts leur étaient plutét nuisibles qu’utiles. Il condamnait en outre les jednes établis par I’Eglise et la célébration de la Paque.
AERODYNAMIQUE ( du grec ai, dépoc, air; Sbvauus, puissance ), partie de la mécanique qui traite des forces et du mouvement des fluides élastiques. L’aérodynamique est, en général, traitée en méme temps que Vhydrodynamique.
AEROLITHE (de aap, air, et de AtGoc, pierre). On donne ce nom a des pierres tombées de l’atmospheére, et que lon désigne encore quelquefois par ceux de bolides, de météorites, de céraunites, de pierres de foudre, de pierres tombées du ciel, de pierres de la lune, de pierres météoriques, Vuranolithes , de botilies, etc. La chute ce ces pierres, presque toujours accompagnée d'un météore lumineux, ou globe de feu, qui disparait aprés avoir fait une violente explosion, a été longtemps révoquée en doute, en raison de la singularité que présente un pareil phénoméne et de Pimpossibilité o& nous sommes d’en donner une explication satisfaisante. Mais aujourd’hui des exemples nombreux et revétus de tous les caractéres de Vauthenticité ne permettent plus d'hésiter 4 en admettre la réalité. L’analyse chimique vient d’ailieurs a ’appui de cette opinion , en démontrant Videntité de composition des diverses pierres de cette nature qui ont été recueillies &@ des époques plus ou moins éloignées et dans des contrées trés-distantes les unes des autres.
Les aérolithes arrivent dans notre atmosphére sous forme dune masse d’un volume peu considérable en général. Ce corps s’enflamme brusquement; il parait alors comme un globe lumineux qui se meut avec une extréme rapidité, et dont la grandeur apparente est souvent comparée a celle de la lune; dans sa course il lance des étincelles, laisse aprés lui une trace brillante, qui parait étre la flamme relenue en arriére par la résistance de Lair; la clarté trésvive qu'il répand se soutient pendant une ou deux minutes environ ; en disparaissant il forme un petit nuage blanchatre qui, semblable a de la fumée, se dissipe quelques instants aprés. Aussitét la lumiére éteinte, deux ou trois détonations pareilles a celle d’un canon de gros calibre se font entendre; puis elles sont suivies d’un roulement sourd. Ces faits se prolongent suivant la direction que prend l’aérolithe; la ou il passe, on entend dans lair un sifflement provenant de la rapidité de sa chute. Les aérolithes, dont le nombre et la grosseur varient, sont brilants a Vinstant de leur chute, et répandent une odeur de soufre et de poudre a canen. Ces phénoménes ont lieu dans toutes les latitudes, méme en mer: on est ffappé surtout de lair de famille que présentent ces pierres, tant par leur aspect que par leur composition intime. Leur forme est irréguliére; leur surface souvent pleine d’aspérités , dont les angles sont émoussés par la fusion. Une sorte d’émail noir les recouvre jusqu’a un millimétre seulement de profondeur; la cassure est grisdtre, dun aspect terreux et grenu. Elles sont tantot dures, tantot friables; leur densité moyenne est 3,50, celle de Peau étant prise pour unité. Les substances qu’on a rencontrées dans les aérolithes sont le fer, le nickel, le cobalt , le manganese , le chrome, le cuivre, l’arsenic, Pétain, la silice , la magnésie, la potasse, la soude, la chaux, l’alumine, le soufre, le phosphore, et le carbone. Le fer et la silice ne manquent dans aucun.
On divise les aérolithes en trois classes : 1° les aérolithes mctalliques, composés de fer pur et qui tombent rarement; 2° les aérolithes pierreux, qui ne renferment que des parcelles de fer disséminées dans une pate pierreuse; 3° les aérolithes char bonneux, dont on n’a encore qu'un exemple constaté.
Quatre théories ont été proposées pour expliquer la for-
mation des aérolithes. La premiére, due a Laplace, les considére comme des corps lancés par les volcans de la lune jusque dans la sphére @activité de l’attraction terrestre. La seconde suppose les éléments qui les composent existant a Pétat de gaz et disséminés dans Vatmosphére jusqu’ ce qwils éprouvent une condensation subite sous Vinfluence de certaines causes ignorées de nous. Suivant la troisiéme, ces pierres se trouvent toutes formées dans les espaces célestes, ot elles se meuvent avec une vitesse considérable en vertu des actions planétaires , et instant oi elles tombent sur la terre ést celui ot son action sur elles vient & prédominer. Enfin la quatriéme les présente comme des fragments de roche lancés a une trés-grande hauteur par nos volcans, et qui, aprés avoir décrit plusieurs révolutions autour de notre globe, finissent par retomber. Quelque ingénieuses que soient ces théories, elles ne sont cependant que des hypothéses : aussi devons-nous ayouer modestement que l’origine des aérolithes est un mystére resté jusqu’ici impénétrable pour nous. Nous reviendrons sur ce sujet a l’article EroiLes FILANTES.
Le chimiste anglais Howard a dressé une liste chronologique des pierres tombées du ciel depuis les temps les plus reculés jusques et y compris |’année 1818 : Cette liste a été continuée jusqu’en 1824 par Chladni. Depuis, beaucoup dautres chutes d’aérolithes ont été constatées. Nous citerons seulement quelques-unes de ces pierres.
Du temps d’Anaxagore une pierre noiratre, de la dimension d’un char, tomba prés du fleuve Aigos-Potamos en Thrace. Cette pierre se voyait encore en ce lieu al’époque de Pempereur Vespasien. Il y avait des pierres météoriques dans le gymnase d’Abydos, et dans la ville de Cassandre en Macédoine, Pline dit avoir vu lui-méme une de ces pierres tomber dans la campagne des Vocontiens, dans la Gaule narbonnaise. Le 7 novembre 1492 une pierre pesant deux cent soixante livres tomba 4 Ensisheim, en Alsace; elle se trouye maintenant dans la bibliothéque de Colmar, mais elle
est réduite au poids de cent cinquante livres, probablement -
en raison du grand nombre de fragments qu’on en a successiyement détachés. Le 26 mai 1751 deux masses de fer tomberent & Hradschina, prés d’Agram, capitale de la Croatie. De ces deux masses, l'une pesait soixante-onze livres, et Yautre seize livres seulement : la plus grosse est actuelle-
ment a Vienne. La pierre qui tomba prés de Lucé, le 13 sep-
tembre 1768, fut analysée par Lavoisier. Les douze pierres qui tombérent aux environs de Sienne, le 16 juin 1794, furent analysées par Howard et Klaproth. Le 26 avril 1803 une pluie de pierres tomba en plein jour sur la petite ville de L’Aigle en Normandie. L’autorité locale dressa procés-verbal de l’événement, qui ne peut ¢tre mis en doute. On ramassa plus de deux mille aérolithes sur un espace de deux lieues et demie au-dessus duquel le météore avait passé. Le 23 noyembre 1810 il y eut encore une pluie de pierres a Charsonville, prés @’Orléans. I] y en avait plusieurs du poids de vingt livres et une du poids de quarante. Le 10 aoft 1818 une pierre tomba a Slobodka, dans la province de Smolensk , en Russie, et pénétra d’environ seize pouces dans le sol; elle pesait sept livres, et avait une crotte brune parsemée de taches plus foncées. Le 5 juin 1821 il tomba a Privas un aérolithe qui pesait 92 kilogrammes, et qui s'enfonca de 2 décimétres en terre. On le conserve aujourd’hui dans la galerie minéralogique du Muséum d’Histoire Naturelle a Paris. Vers la fin de janvier 1$24 il y eut une chute d’un grand nombre de pierres prés d’Arenazzo, dans le territoire de Bologne. Une de ces pierres , pesant douze livres, est conservée dans l’observatcire de Bologne. Le 14 octobre 1824 il tomba pres de Zébrack, cercle de Béraun, en Bohéme, une pierre qui est conservée au muséum national de Prague. ll existe aussi dans différentes collections des masses de fer auxquelles on peut attribuer une origine météorologique : tels sont la masse vue par Pallas 4 Krasnoiark , en Sibérie; un fragment existant dans le cabinet impérial de Vienne, et venant peut-
AEROLITHE — AEROSTAT
étre de la Norvége; une petite masse, du poids de quatre livres, conservée actuellement 4 Gotha. La seule chute connue de masses solides dans lesquelles le fer existe en rhomboides ou en octaédres, et composées de couches ou feuilles paralléles, est celle qui eut lieu 4 Agram en 1751. Quelques autres masses semblables ont été trouvées sur la rive droite du Sénégal, au cap de Bonne-Espérance, dans différentes localités du Mexique. Dans la province de Bahia , au Brésil, il y a une masse de sept pieds de long, quatre de large , et deux d’épaisseur : son poids est d’environ quatorze mille livres. Aux environs de Bitbourg, non loin de Tréves, on a trouvé une masse qui pése trois mille trois cents livres. Dans la partie orientale de l’Asie, non loin de la source de la riviére Jaune, on dit avoir rencontré une masse d’environ quarante pieds de hauteur; et les Mongols, qui l’appellent khadasut filao, cest-a-dire roche du pdle, prétendent quelle tomba a la suite d’un météore de feu. Une masse ne contenant pas de nickel, mais de l’arsenic, a été trouvée a Aix-la-Chapelle; une autre, sur la colline de Brianza, dans le Milanais ; une autre, 4 Groskamsdorf. Cette masse, qui, dapres Klaproth, contenait un peu de plomb et de cuivre, a été fondue, suivant toutes les apparences, de maniére que les morceaux conservés & Freyberg et a Dresde ne sont que de lacier fondu , qu’on a substitué a la masse primitive.
AEROMANCIE (du grec éip, air; yavteia, divination), art prétendu de prédire ’avenir par les phénoménes qui ont lieu dans Yair.
AEROMETRE ( du grec &%¢, air, et wérgov, mesure), instrument qui fait connaitre la densité ou la raréfaction de Yair. M. Hall a donné ce nom a un instrument ingénieux de son invention, destiné a faire les corrections nécessaires quand on veut déterminer le volume moyen des gaz.
AEROMETRIE, science qui a pour objet Ja constitution physique de lair et qui en mesure et calcule les effets mécaniques. C’est la partie dela physique qui s’occupe de la densité ou de expansion de lair en général, et des moyens de les mesurer.
AERONAUTE, AERONAUTIQUE (du grec ap, air; votitys, navigateur ; vauttx7, navigation). L’aéronauteest celui qui s’éléve dans les airs au moyen d’un aérostat, qui voyage en aérostat. L’aéronautique est lart de naviguer en lair au moyen d’un ballon. Voyez Afrostat.
AEROSTAT (du latin aer, et stare, se tenir), appareil au moyen duquel on s’éléve dans l’atmosphére, a l’aide Wun air plus léger qu’il contient. En général, les aérostats sont remplis de gaz hydrogéne. Ceux qui s’élévent en vertu de la dilatation de l’air échauffé prennent spécialement le nom de montgolfiéres. Communément on appelle les uns et les autres ballons.
C’est un magnifique spectacle que celui de ’homme s’élancant dans espace, dont l’accés lui semblait interdit par la nature, et porté par l’élément qu’il a dompté. Qui n’a senti son ceeur battre au départ de ces hardis voyageurs, qu’un rien peut précipiter brisés sur la terre, et qui vont. gaiement affronter lamort, tantot pour donner un spectacle, tantot pour avancer la science , tantét pour découvrir les moyens de diriger leur machine? Pour l’aéronaute, c’est aussi une grande jouissance que la vue de cette multitude curieuse accourueé pour le contempler 4 son départ, et qui se rassemble avee enthousiasine sur le chemin de son esquif aérien.
Ordinairement laérostat est composé d’un ballon ou enveloppe sphérique en étoffe rendue imperméable au moyen du caoutchouc et contenant le gaz hydrogéne. Un réseau ou filet recouvre le ballon et se rattache & un cercle de bois nommé éguateur ; de ’équateur descendent des cordes qui soutiennent un grand panier d’osier ou nacelle, dans laquelle se place l’aéronaute. La nacelle contient en outre : du sable ou lest, dont laéronaute se débarrasse lorsqu’il veut remonter ; des instruments de physique, qui lui indiquent sa direction, la hauteur a laquelle il se trouve, la tempéra-
AEROSTAT
ture, etc.; dela nourriture, pour réparer ses forces, des vétements pour éviter le froid des hautes régions de l’atmosphére, un grappin ou petite ancre pour s’accrocher a la terre lorsqwil est sur le point de quitter sa nacelle. Enfin une corde lui permet @ouvrir une soupape située au sommet du ballon , pour laisser échapper Je gaz, lorsqu’il veut descendre vers la terre. Par ce moyen, si l’aéronaute ne peut se diriger contre le vent, il peut du moins monter et descendre A volonté dans atmosphere.
Tout le monde sait qu’un corps plongé dans l'eau perd une quantité de son poids égale a celle du volume de liquide qu'il déplace. C’est en vertu de ce principe, découvert par Archiméde, qu’un morceau de liége tend a flotter sur l'eau , parce que le volume d’eau qu'il déplace , égai a son propre volume, pese plus que lui-méme. Or, cette loi de Phydrostatique est parfaitement applicable a Paérostatique, et ce qui est vrai pour V’eau et les autres liquides est également vrai pour les fluides gazeux. C’est donc aussi sur cette loi que reposent la théorie de laérostation et la construction des aérostats. Un ballon s’éléve parce quwil déplace un volume @air dont le poids est supérieur au sien, Mais la pesanteur de Pair est une découverte toute moderne, et c’est seulement dans la seconde moitié du dix-huitiéme siécle que la science a reconnu que les divers fluides aériformes posstdent des pesanteurs spécifiques différentes. Ainsi tout gaz dont la pesanteur spécifique serait notablement moindre que celle de Yair, pourrait servir & gonfler un ballon. Les premiers aérostats que l’on ait construits étaient tout simplement remplis Wair raréfié ; et si on donne la préférence 4 l’hydrogene, c’est qu’il est beaucoup plus léger que lair, puisque sa pesanteur spécifique, lorsqu’il est pur, est a celle de Pair comme 69 est a 1000.
Appliquée a Pair, la chaleur le raréfie, le dilate et en diminue par conséquent la pesanteur spécifique. Cette diminution de pesanteur s’effectue en proportion du degré d’intensité de la chaleur. Pour chaque degré du thermométre de Fahrenheit, la chaleur parait dilater Pair d’environ =>; ainsi 400° de chaleur, ou plus exactement 435, doubleront juste le volume dune masse d’air. Si donc lair renfermé dans un appareil quelconque est modifié par la chaleur et se trouve dilaté au point que sa pesanteur soit moins considérable qu’une masse d’air égale, cet appareil doit s’élever dans Patmosphére jusqu’a ce que lair qu’il contient devienne plus froid et se condense davantage, ou bien que, lair environnant deyenant moins dense, ces deux espéces dair aient atteint une pesanteur spécifique égale , le tout en tenant compte du poids de l’appareil. En tout état de cause, Pappareil redescendra graduellement si la chaleur n’est pas renouvelée et ne diminue de nouveau sa pesanteur. Telle est la théorio des montgolfiéres. Mais si, au lieu d’avoir recours & oe moyen, dont les procédés ne sont pas sans danzer, on remplissait Pappareil d’un fluide élastique plus léger que Pair atmosphérique, il continuerait 4 s’élever jusqu’a une hauteur ot les couches d’air environnantes auraient le méme degré de pesanteur spécifique. Tel est le systéme des aérostats inventés par Charles.
Connaissant les pesanteurs spécifiques relatives de lair et du gaz, ainsi que le poids de ’enveloppe dans laquelle on veut enfermer ce dernier, il est facile de calculer les dimensions que doit avoir le ballon pour s’élever dans lair atmosphérique et emporter avec lui un poids donnéa une hauteur donnée. Un métre. cube d’air, au niveau de la mer et sous la pression atmosphérique ordinaire, pése 1,299 grammes ; dans les mémes conditions, une sphére dair d’un metre de diamétre pésera 683 grammes environ. Si l’on admet que le gaz hydrogéne employé a gonfler le ballon soit seulement dix fois plus léger que l’air, 4 cause de l’impureté de Phydrogene obtenu par les procédés ordinaires, il en résultera que Ja force ayec laquelle une sphere d’hydrogéne de méme diamétre tendra As’élever dans les airs sera de 615 grammes.
SSS
Pour des sphéres de différentes grandeurs, la force ascensionnelle sera proportionnelle 4 leur volume, ou autrement au cube de leur diamétre. Ainsi une sphére de 6 métres s’élevera avec une force égale 4 deux cent seize fois la premiére, c’est-a-dire une force de 133 kilogr., et une sphére de 12 métres avec une force de 1,062 kil.; mais il faut déduire des chiffres ci-dessus le poids de Penveloppe. Si le tissu dont onse sert pése 220 grammes par métre superticiel, c’est environ 691 grammes pour l’enveloppe entiére d’un ballon d’un métre de diamétre. Or, pour un globe plus grand, la quantité nécessaire augmentant comme le carré du diamétre, le poids de l’enveloppe sera d’environ 25 kil. pour un ballon de 6 métres de diamétre , et de 100 kilogr. pour un ballon de 12 métres. Par conséquent un ballon de 6 métres s’élancera du so} avec une force ascensionnelle d’& peu prés 108 kilegr., et la force ascensionnelle d’un ballon de 12 métres s’élevera a 962 kil. On trouve, par le méme procédé, qu’un ballon de 20 métres enleverait un’ poids égal a 4,640 kilogr. environ, tandis qu’un petit ballon d’un métre de diamétre ne pourrait que flotter Ala surface du sol, le poids du tissu étant presque égal a la force ascensionnelle résultant de la différence entre la pesanteur spécifique de Pair et celle du gaz emprisonné. La hauteur a laquelle un aérostat peut s’élever est déterminée par la loi qui régle la diminution de densité des couches atmosphériques 4 mesure qu’on s’éloigne de la terre. La force élastique diminue avec la densité, et lorsqu’elle se trouve réduite & une quantité seulement égale au poids du ballon et de ses appendices, il est impossible que lappareil s’éléve plus haut. Une autre circonstance vient encore restreindre la possibilité de s’élever au dela de certaines limites. A mesure que la pression de l’air extérieur diminue, la force expansive du gaz enfermé va en augmentant, et a la fin cette derniére vaincrait la résistance que pourrait lui offrir toute enveloppe, quelque solide qu’elle fat. Un ballon exactement rempli @’hydrogéne serait mis en piéces par le gaz aussitot qu'il serait parvenu a une faible hauteur dans
Yatmosphére, si Paéronaute n’avait la précaution de laisser
échapper, en ouvrant la soupape du ballon, une partie du fluide emprisonné. Pour éviter cela on ne remplit pas exactement le ballon, qui se distend a une certaine hauteur.
Dans la plupart des ascensions aérostatiques on se sert aujourd’hui de ’hydrogeéne carburé de l’éclairage ; autrefois on demandait ’hydrogéne dont on remplissait !es ballons a Ja décomposition de eau par l’action du fer ou du zinc et de l’acide sulfurique. L’appareil dont on se servait pour cela est des plus simples. On place debout des tonneaux ordinaires; on perce deux trous au fond supérieur: de !’un part un tuyau qui se rend dans un plus grand tonneau qui regoit le gaz de tous les autres et lenvoie dans le ballon. Par le socend trou on introduit de ’eau, de la limaille, ou mieux de Jatournure ou des rognures de fer, et de l’acide sulfurique, dans les proportions de : fer, 56; acide sulfurique concentré, 100; ean. 400. Ces nombres, exprimés en kilogrammes, preduisent 2,287 métres cubes de gaz hydrogéne. On peut, daprés ces proportions, calculer lenombre de tonneaux dont on a besoin pour remplir un ballon de dimension connue.
Yn ne saurait apporter trop de soin dans le choix des étoffes dont se compose lenveloppe d’un aérostat. On doit aussi essayer les cordages qui composent le filet, s’assurer du jeu de la soupape, etc. Dans Vespoir de diminuer les dangers d’explosion par effet de la distension du gaz, on a youlu essayer de construire des ballons avec des lames métalliques. M. Dupuis-Delcourt fit construire il y a quelques années un ballon avec des lames de cuivre trés-minces; mais le défaut d’homogénéité du métal et plusieurs autres circonstances ont empéché de réussir.
Quant a la forme du ballon, la forme sphérique est la plus usitée, et parait la meilleure lorsqu’il s’agit de s’abandonner au vent, comme on le fait dans la plupart des cas. Plusieurs de ceux qui ont essayé de diriger les aérostats
ont adopté la forme ellipsoide, qui se rapproche de celle du poisson. ‘
La pensée @inventer un appareil & Paide duquel on pdt
sélever dans [air parait avoir dés la plus haute antiquité
occupé Vesprit humain. On en chercha d’abord le moyen dans quelque mécanisme se rapprochant des ailes des oiseaux. Aulu-Gelle, en parlant de la colombe de bois d’Archytas, dit quelle se soutenait sans doute par des moyens d’équilibre , et que impulsion lui était donnée par air qu’elle recélait intérieurement. C’est bien a tort, suivant nous, que l’on voit la Pidée @un gaz plus léger; car celui-ci n’aurait pu enlever une colombe de bois. Roger Bacon, vers 1292, s’était aussi ingénié & construire une machine pour atténuer le poids @un homme et lui donner la facilité de se diriger dans Yair comme les oiseaux. En 1670 le P. Lana s’était proposé de construire un navire aérien soutenu par quatre grands ballons en cuivre vides @air. Le P. Galien publia en 1755, a Avignon, un livre intitulé Ar¢ de naviguer dans les airs, dans lequel il propose de faire un immense ballon rempli Wair pris dans la région de la gréle, afin que ce ballon {iit plus lége et plus apte a s’élever, Dante de Pérouse se cassa une cuisse en volant avec des ailes. Bernoin a Francfort et le marquis de Bacqueville 4 Paris ne furent pas plus heureux. Besnier imagina aussi un apparei! pour voler en Vair. Les Anglais ont revendiqué invention des aérostats. J] est vrai que Cavendish ayant découvert la fégéreté de Phydrogéne, Black remplit des vessies de ce gaz, mais elles ne - purent s’élever a cause de leur poids. D’un autre cété, le papier ne gardait pas le gaz. Plus tard, Cavallo répéta ces expériences en gonflant des bulles de savon avec l’hydrogéne : alors les bulles monterent au plafond, oti elles crevérent. Mais tous ces écrits, toutes ces expériences de laboratoire ne laissaient entrevoir aucune application utile , lorsque Montgolfier fitsa belle découverte. On dit que, brilant un jour de vieux papiers, il s’apergut qu’un sac enflammé par son orifice s’élevait rapidement dans lair, et s’y maintenait tant que l’orifice pouvait étre chauffé. Il répéta plusieurs fois cette expérience, et toujours avec succés ; ce qui lui fit concevoir le plan d’une montgolfiére. D’autres disent qu’Etienne Montgolfier, aprés avoir lu attentivement les ceuvres de Priestley sur les densités différentes des gaz, fut frappé d'une idée subite en roontant une céte : en emprisonnant, se dit-il, dans une enveloppe un nuage , un gaz plus léger que lair, on doit pouvoir enlever des fardeaux, des hommes peut-étre. Cette pensée communiquée a son frére Joseph fut aussitot discutée, élaborée, éclaircie, mise en pratique avec de petits sacs d@ papier ou de taffetas remplis @hydragéne. Quelle que soit la vraie des deux versions, ce uit y a de sur, c’est que Joseph Montgolfier continua a Avignon, en 1782, une série d’expériences; mais ’hydrogéns traversant trop facilement les enveloppes, on chercha un autre goz. On pensa a la fumée produite par Ja paille et ia jaine, et une expérience réussit prés d’Annonay. Les états J's Vivarais étaient alors assemblés; les fréres Montgolfier les wrient d’assister & une expérience qu’ils doivent faire sur la piace de la ville, et le 5 juin 1783, devant le corps entier des états, un gros ballon de 110 pieds de circonférence en toile couverte de papier est rempli par les inventeurs d’un gaz qwils prétendent savoir faire ; dix hommes suffisent a Peine a le retenir; puis on le laisse aller : en dix minutes il se trouve A 1000 toises d’élévation ; ensuite l’aérostat descend doucement dans les vignes voisines.
Aussit6t le bruit de cette expérience se répand partout. Tous les physiciens répétent Vessai ; mais comme le gaz des Montgolfier était inconnu, on se servit d’hydrogene, connu alors souslenom d’air inflammable. Au lieu de papier, Charles imagina d’employer du taffetas gommé, qui retenait mieux le gaz. Une souscription nationale s’ouvrit pour faire un essai, et elle fut bientdt couverte. Ce ne fut pas sans peine qu’on parvint & gonfler ce premier ballon, établi dans la
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cour de la maison ou demeurait Charles, place des Victoires. A force de soin, et moyennant 1000 livres de fer et 498 d@acide sulfurique, ou parvint en quatre jours a gonfler un ballon de 4 métres de diamétre, qui pouvait enlever a peine dix-huit livres. Le 26 aodt 1783, le ballon était prét. On le porta dans la nuit au Champ de Mars; la on acheva de le gonfler, et le 27, 4 cing heures du soir, le ballon partit, au bruit du canon, devant la foule accourue de toutes parts. II s’éleva avec une telle vitesse qu’en deux minutes il disparut dans un nuage. Trois quarts d’heure aprés, Paérostat tombait a cdté d’couen.
Quelques jours plus tard, Montgolfier arrivait a Paris et recevait dv PAcadémie des Sciences V'invitation de faire construire une machine aux: frais de ce corps savant. Il se mit a Peeuvre, et fit un ballon de 70 pieds de haut sur 40 de diamétre. Le 12 septembre, devant les commissaires de l’Académie, ce ballon fut gonflé en 10 minutes au moyen d’un grand feu de paille et de laine hachée; mais il survint une pluie battante et un vent épouvantable, qui détruisirent la machine.
Le 19 une autre expérience eut lieu devant le roi A Versailics. En cing jours on avait monté une montgolfiére en toile, couverte de papier peint et décorée avec soin. A une heure la machine se gonfle; et, bien qu’un coup de vent lait fendu vers le sommet, le ballon s’élance rapidement, emportameavec lui une cage qui renfermait un mouton, un coq etun
canard. Arrivé a 240 toises de hauteur, Vaérostat s’arréta,
nn
et, aprés avoir plané quelques instants, il s’abattit dans le bois de Vaucresson. Dans la descente, la corde qui retenait la cage fut coupée par une pile de bois; les animaux furent détachés et tombérent sans accident grave. ; Cette expérience fit naitre 4 esprit de quelques hommes la pensée de se livrer aux hasards de l’ascension en aérostat. Montgolfier construisit une énorme machine de 70 pieds de haut et de 46 de diamétie, richement ornée, et sous laquelle
était disposée une galerie de 25 pieds de diamétre. Au milieu’
était une ouverture ol pendait avec des chaines de fer un réchaud de méme métal, dans lequel on pouvait entretenir un feu de paille et de laine; car les fréres Montgolfier croyaient toujours que ascension était due au gaz produit par la combustion de la laine. Pilatre de Rozier fit trois ascensions dans cet appareil, le ballon maintenu par des cordes : il put parfaitement monter et descendre a volonté en rallumant ou en laissant éteindre le feu. Dans une des expériences, l’aérostat s’embarnassa dans des arbres, et l’aéronaute le tira parfaitement de danger. Enfin, une autre personne, Giroud de Villette, osa ’accompagner, puis aprés lui je marquis d’Arlandes. Ces essais avaient lieu dans la cour dg Réreillon. Quelques mois plus tard des femmes, des marguises, des comtesses, faisaient des ascensions en ballon captif.
Mais tout cela n’était qu’un jeu. Le 21 novembre 1783 Pilatre de Rozier et d’Arlandes s’enlevérent a une heure cinquante-quatre minutes, du jardin de la Muette, dans une montgolfiére libre, sous laquelle bralait dela paille. Lesaéronautes coururent les plus grands dangers, le feu ayant pris a Pappareil; mais, par l’application d’éponges mouillées, ils parvinrent a Péteindre et descendirent sains et saufS dans la plaine de Gentilly. 1
Le second voyage aérien s’accomplit le 1°* décembre 1783, avec un globe de 20 pieds de diamétre en taffetas enduit de gomme élastique et rempli de gaz hydrogéne, monté par Charles et Robert. A une heure quarante minutes, les aéronautes partirent du jardin des Tuileries pour aller descendre dans la prairie dé Nesle; Robert descendit le premier, et Charles s’enleva de nouveau pour retomber un peu plus loin.
Cette ascension causa une Vive sensation dans Paris. L’Académie des Sciences décerna le titre d’associé surnuméraire 8 Montgolfier, 4 Charles, a Robert, a Pilatre de Rozier et au marquis d’Arlandes. Montgolfier recut des lettres de
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hoblesse pour son peére ; Charles eut une pension de 2,000 livres , Robert une pension de 100 pistoles. Pildtre de Rozier weut qu'une pension de 1000 livres, qu’il trouva trop modique.
La troisiéme ascension eut lieu & Lyon, le 19 janvier 1784. Montgolfier Painé, Pildtre de Rozier, Fontaine, le prince de Ligne et trois autres personnes de qualité furent enlevés a 500 toises environ par une énorme montgolfidre, de 126 pieds de haut sur 100 de diamétre, et transportés A une lieue de la ville sans accident.
Dés lors on se mit 4 imiter partout les hardis voyageurs. Le 25 février don Paul Andréani et les deux fréres Gerli s’enlevaient dans une grande montgolfiére & Milan. Parmi les ascensions curieuses, nous citerons celle de Blanchard, qui traversa la Manche, le 7 janvier 1785, avec le docteur Jefferies. Partis de Douvres 4 une heure, ils descendirent vers trois heures trois quarts entre Boulogne et Calais. Le 16 juin de la méme année fut marqué par une catastrophe. Pildtre de Rozier s'imagina de construire un aérostat dans Jequel une montgolfiére cylindrique était surmontée d’un ballon rempli de gaz inflammable. C’était, comme l’avait dit Charles, mettre du feu sous la poudre. L’explosion eut lieu en effet, et Pilatre tomba brisé ainsi*que son compagnon Romain. Ce malbeur ne ralentit pourtant pas le courage des aéronautes. On créa méme, 4 quelque temps de 1a, un corps d’aérostiers militaires et une école d’aérostation & Meudon. Blanchard adapta un parachute son ballon, et fit descendre ainsi des animaux. Jacques Garnerin tenta enfin, le 1°" brumaire an VI, la premiére descente dun homme en parachute dans la plaine de Monceaux. Mademoiselle Elisa Garnerin renouvela depuis cette périlleuse expérience, et M. Louis Godard Va encore exécutéedansces derniers temps.
Parmi les aéronautes qui suivirent, nous devons citer madame Blanchard, qui périt 4 Paris, en 1819, par l’explosion de son ballon, allumé par des piéces d’artifice qu’elle tirait en air; le comte de Zambeccari, qui périt dans une expérience dangereuse sur une montgolfiére; Arban, qui est allé se perdre en Espagne : il avait fait peu de temps auparavant un merveilleux voyage de Marseille 4 Turin, par-dessus les Alpes ; Gale, quisetuale 8 septembre 1850 prés de Bordeaux; M. Green, qui a traversé la Manche, de Londres a Nassau; les fréres Godard, qui montrent a chaque instant leur intrépidité aux Parisiens ; enfin, M. Poitevin, qui renouvelant une expérience de Testu-Brissy et de Margat, s’est enlevé sur un cheval, avec un taureau, une caléche attelée, etc., etc.
D’autres voyages aériens eurent lieu dans l’intérét de la’
science. On se rappelle les ascensions qu’entreprit Ga y- Lussacen 1804, dabord avec M. Biot, puis seul. Ce savant s’éleva 4 Ja plus grande hauteur a laquelle aucun homme soit encore parvenu, c’est-a-dire a prés de 7,000 métres audessus du niveau dela mer. Depuis, d’autres physiciens recommencérent cet essai, mais sans résultats nouveaux. Plusieurs faillirent en étre victimes.
Mais la navigation aérienne manquerait en grande partie son but si Pon ne parvenait a diriger les aérostats. Des le commencement, des esprits ingénieux se mirent & chercher les moyens de les faire marcher 4 volonté. Le premier qui essaya de diriger les ballons dans lair est Blanchard. 1! avait W@abord révé un bateau volant mécanique; il se rallia de suite aux a¢rostats. I] partit, en effet, du Champ de Mars, le 4 mars 1784, et, alaide d’un gouvernail , fit quelques évolutions ; il descendit vers deux heures sur le chemin de Versailles , prés de la verrerie de Sévres. A quelque temps de la Guyton de Morvean construisit, avec Paide de l’ Académie de Dijon, un aérostal garni d’une sorte de proue en toile en avant, et d’une espéce de gouvernail en arriére; a droite et a gauche il y avait de longues rames, et d’autres rames étaient attachées ala gondole. C’est sur cette machine qu’il fit, avec @autres personnes, deux ascensions, le 25 février et le 12 juin 1784, Dans la premiére le vent cassa les agrés ; dans la seconde les aéronautes parvinrent quelquefois a lutter
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contre le vent. Robert construisit ensuite un aérostat cylindrique dans lequel il enferma un globe rempli d’air qu'un soufflet devait remplir. I] devait conduire cette machine a Vaide de rames de douze pieds de surface. I! s'enleva de Saint-Cloud avec le duc de Chartres, pére de Louis-Philippe. Dans une occasion, une rame leur servit 4 dompter le vent; mais une dilatation inattendue du gaz les forca A déchirer leur ballon, et ils descendirent précipitamment. Le 18 juillet 1784, Blanchard tenta une nouvelle expérience 4 Rouen, et obtint un bon effet de ses ailes pour monter et descendre. L’année suivante, MM. Alban et Vallet, directeurs de la fabrique de Javel, tentérent des voyages dans lesquels ils se félicitérent du jeu des ailes adaptées a leur ballon. Le 17 juin 1786, Testu-Brissy s’enleva sur une sorte de char garni de roues 4 ailes et suspendu par un aérostat. JI attribua une de ses descentes & ses rames. Meunier, officier du génie, membre de l’ Académie des Sciences, rechercha mathématiquement les conditions d’équilibre des aérostats dans un mémoire trés-remarquable, et proposa d’entourer Jes ballons @une seconde enveloppe de force, entre laquelle une pompe enyerrait ou retirerait de Yair. Loin de vovuloir résister au vent, Meunier cherchait a s’en faire un auxiliaire. Le principal but qu’il paraissait se proposer c’était d’atteindre les courants @air qui entraineraient l’aérostat dans la direction désirée. Pour arriver a ce résultat, il joignait 4 son enveloppe de force des roues 4 palettes manceuyrées par les aéronautes. M. Lennox construisit plus tard, dans Je méme espoir, un énorme ballon avec un gouvernail en avant et un en arriére de la nacelle, et de chaque cdté des roues en toile analogues aux roues des bateaux a vapeur. Pour imiter la vessie natatoire des poissons, M. Lennox imagina d’introduire dans son grand ballon un ballon particulier qui, selon Ja quantité d’air extérieur qu’on y introduirait , devait produire sur la pesanteur du ballon principal une différence de trente livres en plus ou en moins. D’autres imaginérent d’appliquer la vis d’Archiméde a leur ballon. Tout cela est resté sans résultats appréciables. On doit aM. Transon un systéme de ballons conjugués , c’est-a-dire réunis deux A deux au moyen d’une corde, et de force ascensionnelle différente , qu'il nomme aéronefs, a Vaide desquels il espérait pouvoir atteindre les courants favorables 4 la direction voulue. Il proposa aussi d’ajouter aux ballons des voiles qui rappellent les fonctions des cerfs volants. Depuis M. Petin a donné Je plan d'une grande machine armée de voiles , de parachutes, de paramontes, etc. M. P. Jullien a obtenu quelques résultats @hélices mues par un ressort et appliquées aun aérostat ayant la forme d’un poisson. M. Terzuolo aimaginé de placer dans un aérostat a gaz une sorte de vessienatatoire pouvant s’emplir a volonté d’air ou de gaz tenu dans une boite de réserve, et qui permettrait de monter ou descendre sans perte de gaz ni de lest. D’autres systémes ont été proposés par MM. Sanson, Carlingford , Vert, Low .cte. Enfin |’ aluminium pourra donner des machines légéres,
On demandait a Franklin ce qu’il pensait de invention des aérostats : « C’est l’enfant qui vient de naitre, » répondit-il. Depuis, enfant a grandi. Rien ne laisse pourtant encore entrevoir le moment ot cette grande découverte dotera ‘homme d’une nouvelle puissance. LL. Louver.
AEROSTATIQUE «science de |’équilibre de Pair, ou des corps avec l’air; partie de la physique qui recherche les lois de l’équilibre de l’air et de tous Jes fluides expansibles.
AEROSTIERS. Sous la Convention, Guyton-Morveau
proposa au comité de salut public d’employer les aérostats dans Vart militaire, comme moyen d@’observer les mouvements de larmée ennemie. Cette proposition fut accueillie par le gouvernement, sous la condition de ne pas employer Vacide sulfurique, le soufre étant nécessaire a la fabrication de la poudre. Coutelle fut chargé des expériences nécessaires. et le chateau de Meudon fut mis a sa disposition. 1] s’associa Conté, inverrta une sorte de fourneau pour décom-
poser i’eau, et imagina une foule d’appareils transportables aux armées. Aprés quelques mois de travail, tout réussit; un aérostat fut rempli, et Coutelle s’éleva en lair. Son ballon était tenu par deux cordes, longues de 270 toises. A cette hauteur, il voyait avec une lunette a une grande distance. et pour faire des signaux il faisait couler le long @une corde des petits sacs de sable porteurs de flammes diverses. Les expériences ayant réussi, Coutelle obtint le brevet de capitaine commandant les aérostiers dans Parme de l’artillerie, attaché & l’état-major général. En méme temps il regut l’ordre d’organiser une compagnie de trente hommes et de se rendre A Maubeuge, dont les Autrichiens faisaient le siége. Coutelle suivit l’armée pendant toute la campagne, opérant une foule de reconnaissances au moyen de son ballon, retenu par de longues cordes quemanceuvraient ses soldats. Cette singulitre machine de guerre fut employée @abord en 1794, comme nous l’avons dit, au siége défensif de Maubeuge, et ensuite au siége offensif de Charleroi. Lors de la bataille de Fleurus, qui fut gagnée par Jourdan, le 26 juin 1794, Coutelle resta pendant plus de neuf heures en observation; et malgré les oscillations continuelles de la nacelle, il put distinguer tous les mouvements de l’ennemi. « Certainement, a-t-il dit, ce n’est pas l’aérostat qui nous a fait gagner la bataille; cependant je dois avouer qu’il génait beaucoup les Autrichiens, qui croyaient ne pouvoir faire un pas sans étre apercus , et que, de notre cdté, Parmée voyait avee plaisir cette arme inconnue qui lui donnait confiance et gaieté. » L’aérostat fut conduit aprés cela au siége de Mayence. Coutelle put observer la place; mais le temps était si affreux que plusieurs fois son ballon vint heurter la terre. Le 14 brumaire an IV une seconde compagnie d’aérostiers fut créée par lui, et envoyée a l’armée du Rhin. Ses travaux lui yalurent le grade de chef d’escadron. On se servit encore pendant quelque temps de la troupe des aérostiers. Conté , directeur de 1’établissement de Meudon, passa avec Bonaparte en Egypte. On y enleva aussi des ballons, ce qui étonnait beaucoup Jes musulmans et leur inspirait une certaine terrenr. Cependant la difficulté de faire des observations au milieu du balancement produit par la marche contre le vent, Pembarras de l'appareil, le temps nécessaire pour gonfler le ballon. tout cela fit renoncer a ’emploi des aérostats a ’'armée. On en emmena pourtant un lors de |’expédition
dAlger; et M. Godard fit plusieurs ascensions pendant la
campagne d’Italie, en 1859.
AFTITE (du grec detéc, aigle), variété de fer géodique hydroxydé , renfermant un noyau mobile, et que I’on nomme vulgairement pierre d’aigle, parce que les anciens suppoesaient qu’on la trouvait dans aire des aigles. Ils lui attribuaient plusieurs propriétés merveilleuses, comme de prévenir les fausses couches, de favoriser les accouchements, d’aider 4 découvrir les voleurs, etc. On en rencontre assez communément en France, prés de Trévoux et aux environs d’Alais.
AETIUS, général romain, né a Borostore, dans la Meesie, était fils d’un Scythe, nommé Gaudence, mort au service de empire, apres avoir rempli les premiers emplois militaires. Elevé a la cour d’Alaric, auquel il avait été donné en otage, il apprit Part de la guerre sous ce redoutable conquérant, et profita du long séjour qu’il fit chez les barbares pour prendre sur ces peuples une grande influence. En 424 il amena jusqu’a 60,000 Huns en Italie pour soutenir les prétentions de Jean contre les descendants de Théodose. Jean ayant succombé, Aétius vint faire sa soumission 4 Placidie, mére de Valentinien {11, qui gouvernait l’Occident comme tutrice de son fils. La régente reconnut dans Aétius les talents d'un grand général : elle résolut de se ’atiacher, et lui donna le commandement de I’Italie et de la Gaule, tandis qu’elle confiait a Boniface le gouvernement de l'Afrique. Poussé par Actius, Boniface leva I’étendard de Ja révolte; et tandis que celui-ci, repentant, faisait de vains efforts pour disputer I’Afrique aux
AEROSTIERS — AFER
Vandales, Aétius affermissait son pouvoir dans les Gaules par des victoires sur les Francs et les Bourguignons. Placidie ayant accordé de nouvelles dignités & Boniface, Aétius passa les Alpes, attaqua Boniface, fut vaincu ; mais il blessa de sa main son rival, qui mourut peu de temps aprés. Placidie youlut en vain venger la mort de son lieutenant; Aétius revint bientot,a la téte de 60,000 barbares, exiger son pardon. Il mit dés lors son ambition a relever la puissance romaine et A comprimer les barbares, qu’il savait bien ne pas pouyoir chasser de l’empire. Lorsqu’une armée innombrable de Huns passa Je Rhin, prés de Strasbourg, sous la conduite d’Attila, Aétius fut assez habile pour réunir contre ses anciens alliés, alors devenus l’ennemi commun, tous les peuples de race germanique établis dans les Gaules. Cependant la marche d’Attila fut si rapide, qu’Aétius ne put empécher la plupart des villes dela Gaule-Belgique d’étre dévastées et livrées aux flammes. Le roides Huns étaitmémesur le point de s’emparer d’Orléans, lorsque Aétius parut enfin a la téte des Visigoths, des Francs, des Bourguignons, des milices armoricaines, et de quelques misérables cohortes romaines qu’il avait tirées d’Italie. Les Huns, surpris , abandonnérent leur proie, mais Aétius les poursuivit vivement; il les atteignit dans les champs Catalauniques, entre Chalons-sur-Marne et Méry-sur-Seine. Ce fut la que, vers la fin de année 451, se livra la bataille mémorable dont le succés sauva la Gaule, et prolongea de quelques années la durée de l’empire romain. Attila évacua les Gaules; mais ce fut pour aller ravager l’Italie. Tant qu'il eut acraindre cet ennemi redoutable, Valentinien 111 flatta bassement le vainqueur de Chalons; mais en 453, Attila étant mort dans livresse d’un festin, son empire s’écroula avec lui, et Je lache empereur ne songea plus qu’a perdre un homme qui lui portait ombrage, et dont il ne croyait plus avoir besoin. Il fit venir Aétius au palais, et s’arma pour la premiére fois de sa vie dune épée : Valentinien en frappa Vhomme qui avait sauvé Yempire. Ses eunuques et ses courtisans l’achevérent. Quelques mois aprés, Valentinien III expia son crime en tombant sous les coups de Petronius Maximus.
AETIUS, hérésiarque du quatriéme siécle, était né a Antioche. Aprés avoir été valet d’un maitre de grammaire, il fut ordonné diacre et ensuite évéque par Eudoxe, patriarche de Constantinople. Il enseignait que le Fils de Dieu n’est pas semblable au Pére, et faisait consister toute la religior dans la foi, ne parlant jamais a ses disciples de jetne ni de pénitence. Condamné dans plusieurs conciles il fut exilé par Constance. Julien le rappela. Aétius mourut 4 Constantinople en 366. Ses partisans s’appelaient Aé¢éiens ou Anoméens.
ZETIOLOGIE. Voyes Eriovocie.
AETIUS d@’Aniida, en Mésopotamie, médecin grec de la fin du cinquiéme siécle, est auteur de Tetrabiblos, en seize livres, vaste compilation oti il avait mis a contribution les plus grands médecins des ages antérieurs. Cet ouvrage est remarquable surtout en ce qu’il renferme beaucoup de fragments d’ouvrages perdus, Les huit premiers, livres seulement ont été publiés 4 Venise en 1534, in-fol. I] en a paru plusieurs traductions latines.
AFER (Domitius), célébre orateur, naquit 4 Nimes, vers Yan 15 avant J.-C. — A quelle époque quitta-t-il les Gaules pour l’[talie? On ignore; mais sous Tibére on le voit préteur, et bientét, au sortir de la préture, cherchant par ses délations 4 se faire un nom et une fortune. Devinant la pensée qu’a formée Tibére de perdre Agrippine, il s’y associe et y aide en accusant d'impudicité, d'adultére avec un certain Furnius, Claudia Pulchra, cousine d’Agrippine. Pulchra et Furnius furent condamnés. Le génie d’Afer pour la délation s’était révélé; il obtint les applaudissements de Tibére, qui dés lors l’appela l'homme de sa justice. Une fois dans cette voie du mal, ou il s’était engagé, Afer ne s’arréta point. Il avait fa’t condamner Claudia Pulchra; bientdt il se porta comme accusateur du fils de cette célébre Re-
AFER — AFFABILITE
maine, Varus Quinctilius, personnage riche et parent de César. Longtemps plongé dans la misére, Afer demanda‘t ainsi & des délations une fortune qu'il dissipa't avec autant de facilité qu'il Pacquérait avec honte; mais, dégradé comme homme, Afer se relevait comme orateur. La réputation de son éloquence, dit Tacite, fut plus pure que celle de ses mceurs, Quintilien, dont il ava't été le maitre, cite souvent de lui des mots heureux ou piquants, d’habiles ou Vives reparties, qui témoignent de la présence d’esprit et des ressources oratoiresd’ Afer ; il le place au premier rang des orateurs ; i] ne craint méme pas de le ranger parmi les anciens, c’est-d-dire les modéles, presque a cété des Hortensius et des Cicéron, Tacite, plus sévére, et qui dans Afer Domitius ne peut oublier le délateur, alors méme qu’il y reconnait homme éloquent, dit que dans son dernier age Afer déchut beaucoup de son talent, et que, son génie s’étant affa‘bli, il m’eut pas (quel orateur Pert jamais?) la sagesse de se taire. Afer avait été fait consul sous Caligula, I! taourut dans un age fort avaneé, au milieu Wun repas ou il avait mangé avec exces, dit la chronique d’Eusdbe : in cena, ex nimia cibi repletione. De Véluquence d’Afer il ne nous reste absolument rien, et nous n’avons pour la juger que Padmiration de Quintilien et le témoignage éclatant, quoique sévére dailleurs, de Tacite, qui reconnait Son génie. Ajoutons, moins a la justification d’Afer qu’en Yhonneur de ’éloquence méme, qu’Afer ne se servit pas de cette arme terrible et brillante, que la nature lui avait donnée, uniquement pour accuser et perdre, mais que souvent aussi ilen fit un noble usage : il défendit des accusés. L’bistoire dAfer est du reste, et malheureusement, histoire de presque tous les orateurs célébres sous la tyrannie des empereurs : on se faisait bourreau souvent pour n’étre pas victime, et la faiblesse autant que la méchanceté poussait A ces délations, qui plus d’une fois retombaient sur leurs auteurs , Jes empereurs ne demandant pas mieux que de trouver des coupables dans les accusateurs eux-mémes, c’est-d-dire des dépouilles 4 prendre des deux cétés. La bassesse des Sujets devenait ainsi a elle-méme son chatiment, et, par une mutuelle expiation, vengeait Phumanité.
CHARPENTIER, prof. 4 la Faculté des Lettres de Paris. AFFABILITE. 4 /f/abilis signifie, au propre, a quil’on peut facilement parler. Le sens du mot frangais est d’accord avec son étymologie. L’affabilité en effet est cette gualité qui consiste a étre d’un accés facile pour ses inférieurs ef a les écouter avec bienveillance. Cette définition séche comme toute définition, ferait peu connaitre par elle-méme ce qu’est l’affabilité, si nous négligions de signaler les différents caractéres qu’elle présente a l’observation. Laffabilité ne consiste pas dans les cehors d’une vaine politesse, dans l’affectation d@’une bonhomie empruntée ou @une bienveillance mensongére; mais, comme le dit Massillon, « elle prend sa source dans l’humanité ; c’est un sentiment qui nait de la tendresse et de la beauté du coeur ». L’hypocrisie porte mal le masque de laffabilité. Ses paroles seront doucereuses, séduisautes, dorées, mais jamais affables, parce qu’elles ne partent point du coeur, dont le langage ne*saurait tromper. La sincérité dans Vexpression de Ja bienveillance sera donc le premier caractére de l’affabilité. Comme lhomme affable est naturellement bon, ses traits, seront empreints d’une douceur aimable; sa parole sera, tmalgré lai, caressante, ses maniéres simplement affectueu- Ses, presque famili¢res, sans rien perdre de leur dignité. La définition méme de Vaffabilité suppose qu’il existe une disfaace entre celui qui accueille et celui qui est accueilli est précisément cette distance que l'homme affable s’efforcera de faire disparaitre. Il sera beaucoup moins préoccupé de la supériorité de son rang et du respect qui lui est du que de la géne et de Vembarras de celui qui l’aborde, de Ja confiance qu’il cherche a lui inspirer. Son entretien n’aura rien de la roideur glaciale d’une audience, il saura lui donner
DICT. DE LA CO\VERS. — F. i,
le tour d’une aimable conversation ; loin de faire sentir son inférieur Pintervalle qui les sépare, il lui tendra doucement la main pour Papprocher de lui, et la simplicité naturelle de son accueil ne fera voir en lui qu'un homme parlant a un autre homme, ou Pécoutant avec intérét pour savoir s'il lui sera possible de l'obliger.
L'affabilité est plus qu'une henrense disposition de lame, plus que Vex pression d'une bienveillance véritable; et Con a pu dire avec raison quelle est une vertu, car elle oblige et rend service par elle-mméme ; un bon accueil est déja une bonne action. On reprochait a Titus d’accueillir trop bien les solliciteurs, et de se laisser entrainer a leur promettre plus peut-@tre qu’il ne pouvait tenir: « J’aurais , réponditil, 4 me reprocher une mauvaise action si quelqu’un sortait mécontent de Paudience du prince : et n'est-ce déja pas accorder un bienfait que de laisser lespérance? » Considérons en effet ce qu’a de pénible la position d’un homme en pué sence de son supérieur; représentons-nous sa contrainte, son embarras, sa méfiance de lui-méme, son amour-propre secrétement froissé par ce rdle de protégé et d’inférieur, et avouons que c’est faire une bonne action de le délivrer de cette gene cruetle, de remplacer son trouble craintif par la confiance et ’espoir, de rendre a son esprit toute sa liberté, el d’épargner 4 son amour-propre des blessures toujours si cuisantes!
L’affabilité est une vertu des anciens jours. Elle se retrouve encore dans quelques hommes qui ont conservé les traditions de noble simpiicité et de généreuse franchise que leur ont léguées nos aieux. Mais elle semble disparattre pet a peu, et n’étre plus qu’une vertu surannée dont nous parlons ici seulement pour mémoire. Queile est la cause de Poubli ou elle est tonibée? Serait-ce que les institutions modernes auraient nivelé les rangs ? serait-ce quelle aurait suivi Jes grands seigneurs dont elle était Papanage? Cependant, si nous jetons les yeux sur la société actuelle » nous y retrouvons une hiérarchie dont les degrés sont plus nombreux pentétre qu’autrefois, et par conséquent bien des gens quir trouveraient Poccasion d’étre affables s’ils savaient ’étre. Ce qui fait, selon nous, que Vaffabilité n’a plus cours parmi laristocratie moderne, c’est que les positions élevées ne sont plus inféodées 4 la naissance, mais qu’elles sont presque toutes occupées par des hommes nouveaux, qualifiés autre
‘fois de parvenus. Maintenant, en effet, grace A nos insti-
tutions, une fortune rapidement acquise, une heureuse organisation intellectuelle, ou méme encore la seule habileté de Vinirigue, suffisent pour tirer bien des gens de leur obsenrité et les transformer en sommités sociales. Or, cette élé~ vation soudaine est pour leur raison un dangereux écueil : leurs yeux n’ont paseu ie temps de s’habituer a la hauteur
de cette situation. Eblouis de leur nouvelle fortune, ils er concoivent d’autant plus d’orgueil qu’ils crotent ne la de-
voir qu’a eux-mémes, et la pensée exclusive de leur supériorité les entraine bien loin du sentiment de l’égalité, pour laquelle on a tant combattu, et gu’ils ont si vite oubliée. De la chez eux cette fierté inabordable, cette morgue dédaigneuse, ces airs protecteurs dontle sourire est une insulte ; en un mot, cette hauteur de caractére et cette petitesse de sentiments, antipodes de |’affabilité. A cela joignez Pégoisme, cetie plaie de la société actuelle, qui doit & l'absence des croyances morales ses rapideset effrayants ravages: lézoisme, pere de Vorgueil et dela dureté, qui empéche de comprendre les ménagements, les égards dus a des fréres moins henreux, et qui fait qu’en leur présence on leur parle de soi beaucoup plus que d’eux-mémes, et qu’on pense beancoup moins a leur venir en aide qu’a les maintenir a dis!ance du piédestal ot l'on s‘est posé. Voila pourquoi I’affabilité est en ce moment presque bannie de nos meeurs. Et en effet cette vertu est le propre des grandes ames, et nons n’avons maintenant que de hautes intelligences, des gens de meérite en
grand nombre, si l’on veut, mais dont le mérite est au moins
neomplet; car il leur manque ce qui fait la grandeur véitable, un ceur simple, humain et généreux.
\ h C.-M. PAFFE.
AFFAIRES ETRANGERES (Ministre des). Ce département ministériel, chargé des intéréts du pays a Pétranger, de la préparation et de la conclusion des traités politiques et cominerciaux, de la surveillance et de la protection des nationaux au dehors, sc divise en deux parties principales : administration centrale 4 Paris , et le corps diplomatique et consulaire a l’étranger.
L’administration centrale du ministére des affaires étrangéres se compose : 1° du cabinet du ministre et secrétariat ; 2° de la direction politique; 3° de la direction commerciale ; 4° de la direction des archives et de la chancellerie; 5° enfin de la direction des fonds, de la comptabilité et du contentieux. Il y a en outre trois secrétaires interprétes pour les langues orientales, attachés au ministére, un comité consultatif du contentieux, et un conseil judiciaire. — Le bureau de la chancellerie est seul ouvert au public. Ce bureau a dans son ressort les passeports autres que les passeports de cabinet; les légalisations, les visas et la perception des droits qui en résultent; la transmission des actes judiciaires et des commissions rogatoires; la discussion des questions touchant a l'état civil, et instruction des réclamations relatives A des matiéres d’intérét privé, telles que les successions ouvértes en pays étranger, les recouvrements sur particuliers , etc
A Pextérieur la France est representée par des ambassadeurs, des envoyés extraordinaires , ministres plénipotentiaires. D’autres postes sont remplis par des ministres plénipotentiaires, ou résidents, ou chargés d’affaires (voyez Varticle AceNr). Auprés de chaque légation ily aun ou deux secrétaires, des aspirants diplomatiques et un chancelier. La France entretient en outre a l’étranger des agents consulaires, ayant les titres de consuls généraux, consuls chargés d’affaires, ou d’agents commerciaux.
- Faire Vhistoire du minietére des affaires étrangéres , ce serait tenter l'histoire diplomatique de Ja France. Disons seulement ici que ce département dans notre pays fut longtemps du ressort du principal ministre, et qu’il faut arriver au régne de Henri IJ pour trouver un secrétaire d’Etat chargé spécialement de quelques relations extérieures ; car pendant bien du temps encore l’action du ministre des affaires étrangéres était bornée aux relations avec quelques pays déterminés. I] y eut méme dans un moment jusqu’a trois ministres des affaires étrangéres 4 la fois, ayant chacun un département particulier. Depuis la révolution ce mninistére, qui prit pendant le Directoire et ’Empire le titre de ministére des relations extérieures, n’a cessé de former un département distinct. Parmi les hommes éminents qui ont dirigé cette administration, il nous suffira de citer : Claude de I’ Aubesp‘ne (1567), le seigneur de Villeroi (1594), le seigneur de la Vrillére (1624), de Loménie-Brienne (1643), Hugues de Lionne (1653), le marquis de Pomponne (1671),
Charles Colbert (1679), le maréchal d’Uxelles (1715), le cardinal Dubois (1718), lé comte de Morville ( 1723), Amelot de Chaillou (1737), le marquis d’Argenson (1744), le marquis dé Puisieux (1747), le Cardinal de Bernis (1757), le duc de Choiseul-Stainville (1753), le duc de la Vrillére (1770) , leduce d’Aiguillon (1771), de Vergennes (1774), de Moatmorin Saint-Hérem (1787), Valdec de Lessart (1791), Dumouriez, de Chambonas, Bigot de Sainte-Croix , Lebrun (1792) , de Forgues (1793) , Herman, Buchot, Mangourit et Miot (1794) , Lacroix (1795), Talleyranid (1797, 1799, 1814 et 1815}, Reinhardt (1799) , le comte de Champagny (1807), le duc de Bassano (1809), de Caulaincourt (1813), le comte de Jaucourt (1815), le duc de Richelieu (1815), le marquis Dessoles (1818), le baron Pasquier (1819), le duc Matthieu de Montmerency (1821), le vicomte de Chateaubriand (1822), le baron de Damas (1824); le due de Laferron-
AFFABILITE — AFFECTATION
nays (1828), le prince de Polignac (1829). Sous Louis Philippe ce ministére a 6ié occupé tour 4 tour par MM. Molé, le maréchal Maison, le comte Sébastiani, d’Argout, le duc de Broglie, l'amiral de Rigny, le maréchal Soult, Thiers et Guizot. Depuis la révolution de février, nous y avons vu MM. de Lamartine, Bastide, de Tocqueville, de Laliitte
‘ Drouyn de I’Huys, Baroche, Brenier et Turgot. Sous le se-
cond empire, MM. Turgot, Drouyn de I’Huys, Walewski, Thouvenel , de Moustier, de !a Valette, de Gramont et de la Tour d’Auvergne, s’y sont succedé. Le gouvernement de la Défense nationale l’a confié & M. Jules Favre, que M. Thiers a remplacé en aodt 1871 par M. de Rémusat. AFFAISSEMENT. C'est en architecture Peffet qui a lieu dans une Construction lorsque les fondations sont trop faibles, ou lorsque des fats, portant 4 faux, oceasionnent par leur poids, inégalemeut réparti, des tassements partiels. En géologie, Pafyfaissement du sol, qui produit trop souvent de terribles catastrophes, et qui d’autres fois fait glisser sans secousse des champs Cultivés et couverts @hiabitations, est encore trop fréquent dans les contrées volcaniques et dans les pays de hautes monfagnes, et devait ’étre encore plus 4 lépoque voisine de la formation de leurs chaines. Les géologues attribuent les affaissements du sol a plusieurs causes, qu’on peut réduire a deux principales, savoir: action des eaux, qui mine lentement ou rapidement des couches niewbles, et celle du feu, qui fait quelqueivis disparaitre aes yoicans, et les remplace par des lacs AFFAITAGE. Voyez Favuconneniz AFFALER. En terme de marine s’affaler c’est tomber sous le vent faute de marche, ou par un changement de vent, Cest ainsi qu’on s’affale sur une céte, dans une baie, sous le vent dé sa route. Un vaisseau affalé sur une cdte peut y courir le danger du naufrage. Affalé sous le vent de sa route, il en prend souvent prétexte pour relacher; cela peut fournir matiére 4 des discussions avec les assureurs. AFFEAGEANT. Dans la langue de Vancien droit francais, on désignait par le terme d’afféageant le vassal qui aliénait une partie de son fief avec rétention de devoirs annuels, soit que objet de la vente dit étre tenu en arriérefief, soit qu’il dit étre tenu en roture. ; AFFEAGEMENT. Dans l’ancienne jurisprudence, ce mot était synonyme dé bail 4 cens. En Bretagne il se disait d’une sorte de diminution ou d’empirement du fief, par laquelle le vassal aliénait avec rétention de foi une partie de son domaine, que laliénation ett été faite a titre de sousinféodation, ou bien a titre de bail & cens. : AFFECTATION. L’affectation est-elle un simple travers et un ridicule, ou bien un défaut, un vice? En d’autres termes, est-elle justiciable de Vopinion et du gout seulement, ou dela morale? Elle Vest de ces trois tribunaux, ou plutdt de l’un ou de Vautre des trois, suivant son but, son origine et ses caractéres. En effet, on peut tomber dans!’ affectation par simple ignorance des bonnes maniéres et du bon langage, et avec le seul désir de bien faire ou de bien dire. Dans ce cas, l’a/fectation, si pénible qu'elle soit pour les témoins, ne doit inspirer qu’une indulgence sans persiflage, et ne s’attirer que des lecons sans critique. On peut aussi tomber dans l’affectation par une simple absence de godt. Dans ce cas encore la faute , si grave quelle soit, n’est que du ressort de Yopinion , du tribunal du bon godt. 11 est méme dans I’bistoire de la civilisation et de 1a littérature des 6poques oti il est A ce point difficile de passer de la barbarie au goft éclairé , que Paffectation de style nait quelquefois des premiers efforts de réforme. Toutefois, rien ne saurait étre aussi coupable que l’affectation qui touche aux moeurs. Celle- Ja a pour but de nous faire paraitre ou plus fiers ou plus modestes , plus huinbles ou plus orgueilleux , plus riches ou plus*panvres, plus charitables ou plus économes que nous ne le sommes. Qu’elle ait pour objet de nous attribuer des qualités plus éclatantes ou plus obscures que celles qui sont