HÉPATITE
Plus rares sont les abcès profonds siégeant dans la substance même du foie, et l’on a souvent pris pour tels des tubercules ramollis ou même des amas de sang, le pus du foie ayant la même couleur vineuse, Les abcès du foie restent * fréquemment ignorés jusqu’à funeste événement, malgré k douleur et la fièvre dont ils sont précédés, et malgré les frissons qui en signalent la formation. Cependant une fluctuation locale et l’æœdème, quand ils sont contigus aux parois du ventre, en ont quelquefois fait reconnaître l’existence. I.-L. Pelit en cite un exemple mémorable, et des médecins modernes en ont ajouté d’autres. Ces abeès, souvent volumineux, sont presque toujours mortels, soit en raison du trouble qu'ils suscitent dans les fonctions de la vie, soit parce qu’ils s’ouvrent brusquement dans le péritoine, dans la plèvre droite ou dans la veine-porte. Cependant, il n’est pas sans exemple que de pareils dépôts se soient heureusement fait jour dans l’estomac, dans le colon transverse ou l’ascendant, et quelques fois même dans la vésicule biliaire , laquelle versait le pus dans le duodénum par le conduit cholédoque. D’autres fois on les a vus s'ouvrir soit dans les bronches, et peu à peu, après avoir traversé le diaphragme, la plèvre double et le tissu du poumon droit, soit à l'extérieur, à travers les muscles abdominaux et la peau; conjonctures dans lesquelles la guérison n’est pas absolument impossible, en conséquence des adhérences tutélaires que la nature ménage entre ces abcès et les organes dans lesquels ils vont s'ouvrir,
Mais ces adhérences morbides du foie avec les organes qui lui sont contigus ne sont pas toutes salutaires, alors même que ces organes en ont pris l'initiative.
Dans ces inflammations chroniques du foie et leurs suites diverses, on a recours à des saignées locales, aux laxatifs, aux frictions mercurielles, aux appositions de ventouses et de moxas vers l’hypochondre douloureux, aux eaux bicarbonatées et acidules, jointes aux infusions de quinquina. Fréquemment les cures sont assez lentes pour que les malades interviennent avec compétence dans le choix des remèdes.
D" Isidore Bournon.
HÉPATOSCOPIE ( du grec 4x, foie, et oxoméw, je regarde), divination par le foie. La partic principale que les anciens observaient, après les sacrifices, dans les entrailles des victimes, était le foie. S'il était corrompu, ils croyaient le reste du corps affecté de cette souillure, et ils cessaient l'examen, S'il était naturellement rouge, s’il était sain et sans tache, si la tête de l'animal était grosse, s’il avait deux têtes ou deux foies, si les poches étaient tournées en dedans, c’étaient autant de signes de succès et de prospérilé. D'autre part, on devait s'attendre à des dangers, à
des désappointements, à des revers, s’il y avait trop de sé- :
cheresse ou un nœud entre les deux parties du foie, s’il était sans lobe, ou sl manquait tout à fait. Y apercevait-on quelque ulcère, était-il rétréci, mince, dur, décoloré, rempli d’humeurs viciées ou corrompues, était-il déplacé, ne se détachait-il pas d’une manière visible des entrailles, quand on les faisait bouillir, ou enfin s’amollissait-il soumis à cette épreuve, on en tirait un mauvais augure, Un foie resserré ou enveloppé annonçait un prochain malheur,
HEÉPHESTION. Voyez ÉPnesrion.
HEPTACORDE (de été, sept, et yopèñ, corde), lyre ou cithare à sept cordes, longtemps la plus célèbre et la plus usitée de toutes, Quoique cet instrument reproduisit les sept voix de la musique , l’octave y manquait encore. Simonide y mit, à ce que nous apprend Pline, par l'addition dune huitième corde, c’est-à-dire en laissant un ton entier d'intervalle entre les deux tétracordes.
Les Grecs nommaient encore ainsi un système musical formé de sept tons.
HEPTAGONE (de éxr4, sept,'et ywvta, angle), figure composée de sept côtés et de sept angles, On appelle Aepfagone régulier celui dont tous les angles sont égaux. La surface de l'heptagone régulier est égale au produit du carré de l'un de ses côtés par 3,6330...
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HEPTARCHIE En termes de fortification, on appelle Aeplagone une place fortifiée par sept bastions.
| En arithmétique, on entend par nombres heptagones des | nombres polygones où la différence des termes de la | progression arithmétique correspondante est 5. Entre plu- | sieurs propriétés, le nombre heptagone en a une assez re- | marquable : c’est que si on le multiplie par 40 et qu’on ajoute 9 au produit, la somme sera un nombre carré. | Ainsi 1 X 40+9 — 49 = 72 | 7 X 40 + 9 — 289 — 172 Î (
18 X 40 +9 — 329 — 9277 34 X 40 + 9 —1369 — 372 55 X 40 À 9 — 2209 — 472, etc.
Ici il est évident que la série des carrés formés est 72, 172, 273, 372, 472, etc., dont la différence commune des racines est 10, qui est le double de la différence commune de la série arithmétique d’où les heptagones sont formés.
HEPTAMERON (du grec érté, sept, et Auépz, jour, journée), ouvrage composé de parties distribuées en sept journées, tel que ’Heptaméron rustique et l'Heptaméron de la reine de Navarre, Marguerite, sœur de François 1°", recueil de soixante-onze contes, la plupart graveleux, quoique émanant d’une princesse de mœurs sévères (voyez CoNTE).
HEPTANDRIE (de ëxré, sept, et &vñp, homme, pris ici pour éfamine ), septième classe du système de Linné (voyez BoTaAnIQuE) comprenantles plantes, peu nombreuses, qui or sept étamines.
HEPTARCHIE,. C’est ainsi que l’on désigne les sept royaumes fondés parles Anglo-Saxons dans la Grande- Bretagne. La domination romaine, ou plutôt les discords sanglants des successeurs de Constantin, et le despotisme de la soldatesque avaient eu dans cette île les mémes résultats que dans les autres parties de ce vaste empire. Les peuples, amollis, abrutis, dépouillés d'énergie et de nationalité , n’étaient plus que des esclaves, toujours prêts à changer de maître. Le patriotisme et le courage des insulaires s’étaient réfugiés dans la Calédonie, avec les Écossais et les Pictes; et dès que l'empire, épuisé, croula de toutes
| parts sur lui-même, ces deux nations belliqueuses franchirent le mur de Sévère, et portèrent la mort et le ravage chez les Bretons, abandonnés à leur propre faiblesse. Ceux-ci implorèrent le secours d’Aétius; mais le général était trop occupé à contenir le débordement d’Attila dans les Gaules pour être en état de leur porter secours. Les Bretons n’eurent de refuge que dans leurs forêts; et, pour comble de maux, naquit au-milieu d'eux une guerre dereligion, avec le fameux Morgan, qui prit en Grèce le nom de Pélage, et dont les sectateurs ont été connus, perséculés et damnés, sous le nom de pélagiens. Le lâche Vortigern, que les Bretons s'étaient donné pour roi, ne trouva pas de meilleur moyen de faire face à un étranger que d’en appeler un autre. Les Saxons quittèrent, sur son invitation, les contrées du Holstein, du Schleswig et de la Batavie, sous la conduite d'Hengist et de Horsa, Ces deux frères partirent des bouches de la Meuse avectrois vaisseaux, abordèrent, en 449, dans l’île de Thanet, repoussèrent les Pictes et les Écossais dans leurs montagnes, et, charmés de la beauté du pays qu'ils étaient venus délivrer, ils appelèrent cinq mille de leurs compagnons pour les aider à le conquérir. Les Bretons ne tardèrent pas à reconnaitre la faute qu’ils avaient faite; üs virent bientôt après leurs dangereux sauveurs faire alliance avec leurs ennemis ; et le jeune roi Vortimer, qu'ils prirent à la place de son indigne père, leur rendit assez d'énergie pour honorer du moins leur défaite. Le Saxon Horsa fut tué dans une bataille près d’Ailsford ; mais il fut eruellement vengé par son frère Hengist, qui massacra les femmes, les enfants, les vieillards et les prêtres. Quelques Bretons, échappés à ce carnage, vinrent chercher un asile dans l’'Armorique, à laquelle ils donnèrent le nom de Bretagne. Hengist fonda sur leur ruine le royaume de Kent, dans le pays de ce nom, dans les comtés d’Essex, de Midlessex, et dans
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HEPTARCHIE — HERACLIDES
une partie du Surrey. Les Angles, voisins des Saxons en Germanie, entendirent parler de ces conquêtes, et se mélèrent dès lors à toutes leurs migrations. Ella conduisit une colonie nouvelle dans le midi de Pile, et fonda, en 477, le royaume de Sussex, ou des Saxons du sud, dans le comté actuel de ce nom, et dans le reste du Surrey. Cordick, autre conquérant, le suivit de près; mais il rencontra devant lui le fameux Arthur et ses chevaliers de la Table-Ronde, qui sont peut-être aussi vrais que les héros d'Homère et du Tasse. Quoi qu’il en soit, héros d'histoire ou de roman, Arthur, d’après les traditions adoptées , remporta douze victoires sur Cordick et ses alliés. Mais il périt dans la treizième, et avec lui la dernière espérance des Bretons. Cordick et son fils Kernick s’'établirent sur les terres du Hants, du Dorset, de Wilts, de Bercks et de l’île de Wight, qui formèrent le royaume de Wessex, ou des Saxons occidentaux. D’autres voleurs privilégiés arrivèrent successivement de la Germanie pour fonder Le royaume d’Essex sur le territoire de Londres et de Colchester , celui d'Estanglie, dont le nom désigne assez les xéritables créateurs, dans les provinces de Cambridge, de Suffolck et de Norfolck; celui de Mercie, qui comprit les provinces du centre, et eut Hereford pour capitale; plus tard enfo, en 547, celui de Northumberland, qui s’étendit jusqu’en Écosse, quoi qu’en ait dit le patriotisme de ses chroniqueurs. Il ne resta en dehors de l’heptarchie que les neuf dixièmes de cette Écosse, le pays de Galles et celui de Cornouailles , où la vieille race des Bretons et la religion chrétienne se réfugièrent. Partout ailleurs s’établit le sceptre de fer des Saxons et des Angles sur des monceaux de cadavres. I serait aussi long que fastidieux de donner ici, et pendant près de quatre siècles, la nomenclature des rois qui ont successivement porté les sept couronnes. Egbert, dernier rejeton de toutes ces familles royales, régna seul sur les sept royaumes , à l’ensemble desquels une assemblée nationale, origine des parlements, donna le nom d'Angleterre. L’heptarchie finit ainsi, l'an 830, après une durée de 381 ans. Et le grand Egbert, comme l’appellent les Anglais, se montra digne de sa fortune, en rejetant dans la mer les Danois, qui venaient déjà lui disputer la possession de son royaume. à ViENNET, de l’Académie Française,
HÉRACLÉE, nom commun à un grand nombre de villes anciennes ainsi appelées en l'honneur d’Hercule, et parmi lesquelles on distinguait les suivantes :
HÉRACLÉE en Bithynie, ou Zribolum, sur les bords du Pont ou de la mer Noire, d’où son surnom de Pontica, aujourd’hui Érekli, colonie milésienne trés-florissante, qui elle-même fonda plusieurs autres colonies ; on montrait près de là l'entrée des enfers ; on y récoltait aussi faconit, né, dit-on, de la bave de Cerbère, lorsque Hercule le tira des euters, Après avoir longtemps existé à l’état de république ar sfocratique, elle passa sous la domination d’un seul, le lyran Cléarque et ses descendants. Par la suite, elle dépendit des souverains de la Syrie, et finit par être incorporée avec toute la Bithynie à l'empire romain.
HÉRACLÉE en Thrace, qu’on appelait aussi Périnthe, et qui se nomme aujourd'hui Érekli, sur la Propontide, près de Byzance, séjour d’Alcibiade dans son second exil, fameuse par un long siége qu’elle soutint contre Philippe de Macédoine, et à la suite duquel elle fut prise, l'an 341 avant J.-C.
HÉRACLÉE en Lucanie ( basse Italie ) aujourd’hui Policore, sur le golfe de Tarente, entre cette ville, dont elle était une colonie, et Métaponte à l'embouchure de VAciris ; elle fut très-commerçante et très-riche, et suivit l'alliance de Rome du temps de l'invasion de Pyrrhus, qui, l'an 280 avant J.-C., remporta une victoire importante sous ses murs. Les Romains la soumirent en même temps que Ta- TCn(e
HÉRACLÉE en Sicile, près d’Agrigente, colonie crétoise, comme l'indiquait son nom d’Heraclea Minoa; elle fut très-considéralile et très-riche jusqu'au moment où elle fut ruinée par les Carthaginois.
HÉRACLÉE dans la Gaule narbonnaise, située, au rap-
port de Pline, à l'embouchure du Rhône, et la même vraisemblablement que celle qui est surnommée Caccabaria où Farun Sancli Eutropii, aujourd'hui Saint-Tropez.
HÉRACLÉE dans la Gaule viennoise, sur la rive droite de la grande embouchure du Rhône, et première résidence du roi goth Ataulf.
HERACLEÉES, fêtes qu'on célébrait tous les cinq ans sur le mont Œta, dans l’île de Rhodes, à Cos, à Lindus, à Sicyone, à Athènes et dans plusieurs autres localités de la Grèce, en l'honneur d’Hercule,
On appelait aussi Æéraclées des recueils de chants et de traditions sur Hercule.
HERACLIDE , philosophe et historien grec d’Héraclée, dans le Pont, d’où il a été surnommé Le Pontique, et ironiquement par les anciens Pompicus ( de Hour, pompe, faste ), vécut vers l’an 328 avant J.-C. D'abord disciple de Platon, il embrassa le pythagorisme, passa sous Speusippe, et finit par devenir aristotélicien. Au titre de philosophe, Héraclide de Pont réunissait celui d’orateur, etcomposa, sans jugement indépendant, plusieurs ouvrages historiques, dont les fragments ont été édités par Rohler ( Halle, 1804), par Koray, dans son Prodromus bibliothecæ græcæ ( Paris, 1805) et, en dernier lieu, par Miller, dans les His{oricorum Græcorum Fragmenta (Paris, 1841). On l’a pris aussi pour l'auteur de deux écrits que d’autres attribuent à un certain HÉRAGLITE, qui sont intitulés : AUlegoriæ homericæ, publiées par Schow (Gættingue, 1782), et de Incredibilibus, et quiont été soumis à la critique par Westermann, dans les Hythographi (Brunswick, 1843). On a prétendu qu'Héraclide délivra sa patrie et tua lui-même le tyran qui l’opprimait; mais dans une famine, durant laquelle on l’envoya consulter l’oracle, il séduisit la prêtresse, qui répondit que (e fléau cesserait quand on lui aurait décerné une couronne d'or, Il la reçut effectivement en plein théâtre, mais tomba frappé d’apoplexie au milieu de son triomphe.
HERACLIDE. Ce nom a appartenu à plusieurs médecins grecs.
HÉRACLIDE de Cos, de la famille des Asc/épiades, est particulièrement célèbre comme père d’Hippocrate. ‘L donna à son fils les premières notions de l'art médival.
HÉRACLIDE de Tarente vivait vers l’an 240 avant J.-C., et fut le médecin le plus distingué de l’école empirique, en ce sens qu'il rendit des services à la thérapeutique en repoussant une foule de moyens inutiles, en examinant l’action de ceux qu’il fallait conserver, et en rédigeant un grand nombre de prescriptions convenables. Il fut le premier qui se servit des moyens appelés cosmétiques. Il fit également faire des progrès à la chirurgie et à l’art de guérir les maladies des yeux.
HÉRACLIDE d’Érythrée, qui vivait au commencement du deuxième siècle avant J.-C. , fut un des successeurs d’ Hé rophile. Il travailla sur les ouvrages d'Hippocrate, et fut célèbre parmi les anciens pour sa théorie du pouls.
HERACLIDES. C'est le nom que l'on donne à la postérité d' Hercule. Ce héros devait régner sur Tirynthe, Mycène et les peuples d’alentour, mais il fut obligé d’obéir à Eurysthée. Ses prétentions sur le Péloponnèse passèrent à ses descendants, et c’est par cette fable que les Doriens justifiaient leur conquête ; car la tradition de Sparte les faisait descendre des premiers donnnateurs de Mycène. L’expédition des Héraclides et la conquête du Péloponnèse par les Doriens sont donc étroitement liées dans l’histoire; mais il serait difficile d’indiquer les autorités sur lesquelles se fonde ce récit, et il paraît être tout aussi traditionnel que celui de la guerre de Troie, à cette différence près que nous n'avons pour nous éclairer ni épopée ni scoliastes. Hérodote, cependant, connaissait des poëtes qui parlaient du retour des Héraclides et de l’arrivée des Doriens en Laconie. Ce pouvait être des auteurs épiques, de ceux qui, comme Cynéthon de Laconie, établissaient les mythes généalogiquement : ils ont dû parler des descendants d'Hercule; ou
bien c’étaient des poëtes historiques, dans le genre du Corinthien Eumèle. Hérodote trouva sur les Héraclides une version toute différente de celle qui lui était connue. Nous n’en avons guère que deux fragments, l’un d'Hécatée, l’autre de Phérécyde ; encore se rattachent-ils immédiatement à la mort d'Hercule. Les tragiques ont été plus fertiles : Eschyle avait composé des Héraclides, Euripide aussi. Sophocle avait écrit un Solaos; Euripide s’initia encore davantage à l’histoire des Doriens dans ses Zéménides, dans son Archélaüs, dans son Cresphonte; et sans doute Apollodore, qui était Athénien, avait principalement puisé à ces sources le récit qu’il nous a laissé. *
Les Héraclides, après la mort de leur père, se trouvaient à Trachis, chez leur hôte fidèle, Céyx, qui fut obligé de les renvoyer, à cause des menaces d’Eurysthée. D'autres, qui pensent qu'Hereule mournt sur le trône de Mycène, les font bannir par ce tyran après sa mort. Dans tous les cas, ils viennent à Athènes, où ils sont protégés par Thésée ou Démophon : ils combattent, aidés par les Athéniens, que commandent Hyllus et Solaos. Macaria, sœur des Héraclides, se dévoue à la mort, et ils remportent la victoire. Alcmène tue le roi argien. Solaos meurt bientôt après. Les traditions varient beaucoup sur tout cela; il en est qui placent le champ de bataille dans le voisinage de Thèbes. La conquête du Péloponnèse aurait été le résultat de ce succès, qui fut suivi d’une domination paisible pendant une année, ou durant une certaine période. Une peste vint ensuite, qui contraignit les Héraclides à retourner dans l’Attique. Les mythographes envoient l’un d’eux, Tlépolemos, à Rhodes; et Phérécyde, suivant une tout autre version, sans s'inquiéter de la conquête du Péloponnèse, les fait venir à Thèbes, où ils auraient fondé une colonie, pendant que les Pélopides, de la race de Persée, gouvernaient le Péloponnèse en usurpateurs, Désormais, les expéditions des Héraclides sont dirigées contre ceux-ci. Dans Ja troisième année, Hyllus s’avance vers le Péloponnèse; il trouve sur l’isthme les Arcadiens, les Joniens et les Achéens, et livre un combat singulier à Échémos, fils d'Éropos, prince de Tégée : Hyllus meurt, et on l’enterre à Mégare. Les Héraclides promettent de ne pas renouveler leur tentative de cent ans, ou de cinquante ans : on n’est pas d’accord là-dessus. Les traditions varient beaucoup encore sur la part des Doriens à ces entreprises ; ils viennent tantôt d’Hestieotis, tantôt du Parnasse, et l'on n’est pas moins partagé sur les époques.
Le fils d'Hyllus est appelé Cléodæos, le petit-fils Aristomaque. C’est d’après la généalogie, sans doute, qu’on a fixé à quatre-vingts ans après Troie la nouvelle expédition des Héraclides. L'oracle leur dit qu'il fallait entreprendre par le détroit la conquête à la troisième récolte, Cet oracle, mal compris, avait été la cause de l’erreur d'Hyllus. Désormais Apollon s’'expliquera plus clairement : au lieu de l’isthme de Corinthe, ce sera le détroit de Hhion qu’il faudra suivre, et la troisième récolte voudra dire Ja troisième génération. Les Héraclides mettent à la voile, et abordent sur ce point ; et de fait les contrées voisines de l'isthime furent les dernières conquises par les Doriens. Le devin Karnos est tué pendant la traversée, et les Héraclides instituent des sacrifices expialoires à Apollon Karnéos. Aristodème, leur chef, étant mort et une épidémie s'étant déclarée , l’oracle d’Apollon, consulté de nouveau, conseille de prendre pour diriger l'expédition l'homme à trois yeux : ils rencontrent Oxylos : soit que borgne il fût sur un cheval qui avait ses deux yeux, soit que les ayant lui-même il fût sur une mule borgne, on le déclara triophthalmos, et on le prit. Oxylos était Étolien, originaire de Calydon. 11 y eutune grande bataille entre les forces du Péloponnèse, commandées par Tisamène, descendant d’Agamemnon, et les fils d'Aristomaque, et le pays se soumit à eux, Ici encore la tradition parle, tantôt d'un combat naval et d’un débarquement, tantôt d'une bataille qui aurait eu lieu quand on eut déjà traversé l’Arcadie, car Oxylos ne voulait pas leur faire connaitre l'Élide, On rapporte que Cresphonte épousa
HÉRACLIDES — HÉRACLITE | Ja fille du roi d’Arcadie, Cypsélos. Le Péloponnèse est ensuite
partagé entre les trois frères Téménos, Cresphonte et Aristodème; mais il fallut encore bien du temps aux Doriens pour en achever la conquête. Lorsqu'on sacrifia à Jupiter, que l’on qualifiait d’aieul, il se trouva sur les autels pour Argos un crapaud, pour Sparte un serpent, pour la Messénie un renard. Cette fable a sans doute été imaginée par les Athéniens pour caractériser ironiquement ces peuples. Le partage des États demeura tel que l'avaient établi les Héraclides : ainsi, Téménos eut Argos, Mycènes et Sichon; Cresphonte, la Messénie; Proclès et Eurysthènes, fils d’Aristodème, la Laconie. Isocrate dit qu’à leur arrivée, ils sesaisirent de la meilleure partie des terres, ne laissant aux anciens habitants que les plus mauvaises.
Tel est, d’après O. Müller, tout ce qu'on peut dire des Héraclides. Traiter ce sujet chronologiquement serait folie. Le père Pétau ne reconnait que deux tentatives des Héraclides pour rentrer dans leurs anciennes possessions ; d’autres, avec Scaliger, en distinguent trois ; on en admet quelquefois un plus grand nombre. La première expédition, commandée par Hyllus, fils d’Hercule et de Déjanire, aurait eu lieu quarante-un ans avant la guerre de Troie, 1323 avant J.-C. Ce fut trois ans plus tard qu’il périt dans un combat singulier, pour être venu sur une fausse interprétation de l'oracle d’Apollon. Il est une troisième expédition, qui aurait eu lieu trente-un ans après la guerre de Troie, et dans laquelle le fils d’Hyllus aurait été repoussé par Oreste, qui avait succédé à son père Agamemnon; enfin, la dernière est celle que nous venons d’analyser, et qu’on fixe quatrevingts ans après la guerre de Troie. Les Achéens de Mycènes et d’Argos, contraints d'abandonner leur pays, s’emparèrent
de celui des Ioniens : ceux-ci, après s'être réfugiés à
Athènes, vinrent, au bout de quelques années, occuper Ja côte de l’Asie Mineure, qui prit d’eux le nom d’Ionie. Le retour des Héraclides a changé la face de la Grèce : il marque la transition des siècles mythologiques aux temps histoiques. P. DE GOLBÉRY.
HÉRACLITE, d'Éphèse, philosophe grec, florissait
\ vers la 69° olympiade. On ne sait presque rien des événe-
ments de sa vie: il paraît seulement qu’il appartenait à une famille distinguée, qu'il exerça quelque temps la magistra-
. ture suprême dans sa patrie, et qu’il se démit de sa place
en faveur de son frère. 11 avait beaucoup de goût pour la retraite, pour l'étude, et fort peu pour les hommes en général, pour les Éphésiens en particulier, dont il méprisait l'ingratitude et la turbulence démocratique. Il acheva de les
trouver odieux à la nouvelle de l’ostracisme de son ami | Hermodore, et se retira dans les montagnes, où il vécut dans
la solitude, se nourrissant d'herbes et de racines. Ce régime, qui l'avait rendu hydropique, l'ayant forcé de rentrer à Éphèse, il se borna à demander aux médecins, dont il dédaignait la science, s'ils savaient transformer l'humidité en sécheresse, et se traita à sa façon. Pour provoquer en lui une transpiration abondante, dans laquelle il voyait son salut, il se fit couvrir de sab'e selon les uns, de fumier suivant d'autres : ce moyen lui aurait réussi, a-t-on dit d'une part; il aurait, d’après une autre opinion, précipité sa mort, qui arriva le lendemain. La légende va même jusqu'à le représenter dévoré par une meute de chiens, Ordinairementrangé parmi les philosophes de l’école i o nienne, à cause du lieu de sa naissance et du point de vue où il dutse placer au début de ses recherches, il s'en distingue beaucoup par l'originalité et la portée deses travaux. Comme les Ioniens, il tenta d'expliquer Ja nature par ellemême. Le principe matériel élémentaire de toutes choses lui parait être un feu éthéré, dont notre feu visible n'est qu’une condensation; celui-ci en se condensant devient air, lequel par une nouvelle condensation devient eau, laquelle par un dernier degré de condensation devient terre. Réciproquement, la terre en se dilatant devient eau; l'eau se dilate davantage, et devient air; l'air par une plus grande dilatation devient feu visible; et le feu visible devient feu