‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 11 sur 522 · HÉRACLITE — HÉRACLIUS · texte numérisé non relu

HÉRACLITE — HÉRACLIUS

éthéru par une dilatation plus grande encore. Le monde est donc comme un organisme vivant, dans lequel toutes choses se transforment incessamment, suivant deux échelles, l’une ascendante, l’autre descendante, et conformément à des lois fixes et immuables. Une chose n’a pas plus tôt une forme, qu’elle tend à en prendre une autre, qui détruit la première; aucune chose n’es/; toutes sont en train d’être, deviennent. Telle est la doctrine fondamentale d'Héraclite; elle prépara le dualisme platonicien du changeant et de l’immuable, du réel et de l'idéal, du relatif et de l'absolu. Héraclite en fit une application étrange aux objets métaphysiques, moraux et politiques. L'âme humaine en se dégaveant des formes terrestres approche de plus en plus de la forme Ja plus parfaite, celle du feu éthéré : aussi disait-il que l’âme sèche est la meilleure. Le feu n’est pas seulement le substratum de toutes choses, mais aussi l'agent universel, le principe vivificateur du monde; c’est aussi la raison générale, la source de toutes les vérités, avec lesquelles nous communiquons pendant la veille au moyen de la respiration, les sens ne nous montrant que le variable et l'individuel.

Du reste, il s’en faut bien que nouseconnaissions à fond toute sa philosophie. Il l'avait déposée dans un ouvrage, cité sous divers titres, et souvent commenté, mais si difficile à comprendre que son auteur fut dès la plus haute antiquité surnommé l’'Obseur : encore ne reste-t-il plus de ce livre que des fragments très-courts, qui sont aujourd’hui pour la plupart autant d’énigmes. Héraclite dédaignait de mettre ses doctrines à la portée de la multitude. Les historiens Je peisnent en général comme un misanthrope, d’une humeur hautaine et mélancolique.L’antiquité, si laconique sur sa vie, l’est beaucoup moins relativement à cette humeur : sur ce sujet les anecdotes abondent, et l’on pourrait dire que son caractère nous est parfaitement connu, s’il n’était pas évident que la tradition en a fait un type, etqu’à ce titre on doit plutôt le considérer comme un produit de l’art que comme une donnée de l’histoire. Ce travail poétique, dont les vies de saints offrent des exemples, et qui se montre sans déguisement dans le contraste établi par Lucien entre Héradite, qui ne cesse de pleurer, et Démocrite, qui rit sans cesse, est surtout sensible dans les traits dont l’antiquité s’est plu à composer la physionomie du philosophe d'Éphèse, Mais, en tenant compte de cette élaboration légendaire, il n’en est pas moins certain que son mépris pour les poëtes, qu'il accusait de corrompre la jeunesse, et qu’il voulait bannir des lieux publics ; celui qu’il affichait pour les philosophes, qui ne songent, disait-il, qu’à beaucoup savoir, sans s'inquiéter de savoir bien ; son éloignement pour les hommes, sa haine pour la démocratie, son dédain du pouvoir, qui lui faisait dire qu’il vaut mieux jouer avec les enfants que de s'occuper des affaires publiques ; son refus de donner des lois à ses concitoyens, trop corrompus suivant lui pour qu’un philosophe se donnât cette peine ; ses rudes réponses à Darius et aux Athéniens, sa retraite dans la solitude, tous ces détails et beaucoup d’autres, faux ou vrais, ou exagérés, n’en témoignent pas moins de l’impression qu'avait laissée dans la mémoire des hommes son caractère sombre et superbe.

Aristote et Démétrius de Phalère ont attribué l'obscurité de ses écrits à la nature informe de la prose primitive dont il fut un des premiers à se servir. L'auteur avait, dit-on, déposé son livre dans le temple de Diane, à Éphèse, d’où il aurait été retiré par Cratès selon les uns, par Euripide suivant d’autres, et mis en vers par Scythinus, Les fragments qui nous en restent ont été recueillis et savamment commentés par Schleiermacher, dans son Musée de la Science des Anciens.

On a donné pour maître à Héraclite, tantôt le pythagoricien Hippasus, tantôt Xénophane, le fondateur de l’école d’Élée. La seule chose certaine, c’est qu'il avait étudié à fond leurs doctrines. D'ailleurs, ceux qui citent ces deux

sur les traces de personne, il ne dut qu’à lui-même ses idées et sa doctrine.

HERACLIUS, empereur d'Orient, né en 575, monta sur Je trône en 610, et mourut en 641. Il avait trente-cinq ang lorsque Constantinople, opprimée par le tyran Phocas, implora la protection de l’exarqued’Afriique, nommé, comme son fils, Héraclius, Le vieux général envoie avec une flotte, Héraclius le jeune. Phocas est renversé. « Malheureux, n’avais-tu usurpé l'empire que pour faire tant de maux au peuple? » lui dit le vainqueur. —« Gouverne-le mieux, » lui dit Phocas. Ce furent ses derniers mots. Héraclius le fils prit alors la pourpre teinte du sang de son prédécesseur.

Trois périodes partagent le règne du nouvel empereur : honte et désastres de 610 à 622; gloire de 622 à 629; encore une fois honte et désastres de 629 à 641.

L'empire, envalii en Europe par les Avares, dans l'Asie Mineure et en Égypte par les Perses, était réduit aux murs de Constantinople. Il paraissait en 622 plus bas encore qu'il ne devait l'être en 1452, à l'avénement de ce Mahomet II par qui fut renversé le vieux trône de Byzance. Dans cette détresse, Héraclius songea un instant à porter le siége du gouvernement à Carthage : il en fut détourné par le patriarche Sergius, dont le patriotisme chrétien voyait la ruine de la religion dans l’abandon de la cité de Constantin. Le clergé livre à Héraclius les richesses de l'Église pour la défense de l'État. Alors commence contre la Perse une guerre à la fois nationale et religieuse. Renouvelant un exemple bien rare parmi les successeurs de Constantin, Héraclius se met lui-même à la tête de son armée, laisse les Perses derrière lui, et transporte par mer son armée dans la Cilicie. Vainqueur près d’Issus, dans cette première expédition, il revient à Constantinople pour surveiller les Avares, dont il a acheté la neutralité. La seconde campagne d’Héraclius rend à la Perse fous les maux que ses guerriers ont faits à l’empire. Le massacre des mages dans Ormia, patrie de Zoroastre, venge les prêtres chrétiens égorgés et Jérusalem dévastée. Alors fut éteint dans Tauris le feu perpétuel qu’entretenaient les pontifes du soleil. é

Héraclius a pris position entre le Phase et l’Araxe. Pendant qu’il négocie une ligue avec les Turcs de l’Oxus et les Turcs Khozares du Volga, Salbaras, gouverneur, pour les Perses, de Chalcédoiïne, ville d'Asie, qui n’est séparée de Constantinople que par un étroit bras de mer, suscite contre ses murs les Avares et les Slaves. Mais, bien qu'Héraclius soit absent, son génie veille sur elle. Les habitants se montrent dignes de leur empereur, et le patrice Bonose repousse cette nuée d’ennemis. Dans une troisième expédition, qui a lieu en 627, Héraclius, renforcé par 40,000 Turcs Khozares, reprend les villes de l'Arménie, de la Syrie et de l’Osrhoène. Il passe le Tigre à Mossoul. Là, beau comme Achille, couvert d’une armure toute d’or, il culbute de sa lance, en vue des deux armées, un Perse d’une taille gigantesque qui défend le passage. Dans une bataille sur les ruines de Ninive, il défait de nouveau les Perses, poursuit Chosroës de ville en ville jusqu’à Séleucie, s'approche de Ctésiphon; mais, n’osant dépasser la limite où s'est arrêtée la marche victorieuse de Trajan, il se replie sur Tauris. Là il apprend que Chosroès, trahi par son lieutenant Sarbar, qu'il a offensé, vient d’être précipité du trône par son fils Siroès. Le parricide,

.Pour affermir son usurpation, offre la paix aux Romains,

Héraclius ne veut aucune conquête nouvelle; seulement, les anciennes limités des deux empires sont rétablies. Siroès rend les aigles romaines, les prisonniers et le bois de ia vraie croix, que les Perses ont enlevé lors de la prise de Jérusalem. Héraclius fait dans Constantinople son entrée avec toute la pompe d’un triomphateur de la vieille Rome. Il se rend ensuite à Jérusalem, où, déployant avec le même faste toute l'humilité chrétienne, il vient pieds nus, en procession, reporter la croix au Saint-Sépulcre.

Tout cet éclat dura peu : sous son règne, ce triomphe. par l'épée, du christianisme sur le magisme fait place au

noms sont les premiers à reconnaitre que, ne marchant ,; triomphe de l'islamisme sur les deux religions et sur les

DICT, DE LA CONVERS, —— Te Xl

deux nations persane et romaine, que cette dernière lutte a épuisées. Un peuple jusque’alors obscur, le Koran d’une main, le sabre de l’autre, va s’élancer des déserts de l’Arabie et accabler à la fois les deux empires. Hé-

raclius , énervé par la prospérité, se plonge dans la mol- |

lesse. Devenu controversiste, il publie en faveur des monothélites ce fameux édit appelé Zcthèse, qui en voulant tout concilier introduit le schisme dans l’Église chrétienne. Cependant, les lieutenants du khalife Aboubekr, vainqueurs à Aiznadin, dispersent devant eux les chrétiens de la Syrie. Héraclius, au lien de ceindre l’épée, courbe son front, devant les autels, et fuit de ville en ville. En apprenant la prise de Damas, en 632, il avait dit : « Adieu la Syrie! » Lorsque Jérusalem se fut rendue, en 637, au khalife

Omar, le faible empereur, prosterné dans la cathédrale d’An- |

tioche, pleure ses péchés et ceux de son peuple, et déclare au monde qu’il est inutile de combattre contre la volonté de

Dieu. Alep est pris ; Antioche se sauve par un tribut de 30,000 :

pièces d’or; et Héraclius, s’embarquant pour Constantinople, délie de leur serment de fidélité ce qui lui reste de sujets en Syrie. La Mésopotamie, la Syrie, la Palestine perdues, l'Égypte envahie, tels furent les résultats de la dernière période de son règne. Après lui, ses deux fils, Héraclius- Constantin et Héracléous, ne devaient régner que quelqwes mois. Charles Du Rozom.

HÉRALDIQUE (du latin barbare keraldus, héraut), science ou art du blason.

HÉRAT, l’un des kbanats des Afghans, sur le versant nord-est du plateau d'Iran, et formant un isthme fertile entre les roches désertes du Hazareh (le Paropamisus des anciens), à l’est, les grandes solitudes remplies desalines de, Iran central au sud, la province persane du Khorassan à l'ouest, et les steppes des Turcomans au nord, consisté dans la partie sud-est de l’ancien Khorassan dans l’acception la plus étendue de ce nom, et est placé dans les mêmes conditions physiques que cette partie du plateau d’Iran. On évalue son étendue à environ 2,200 myr, carrés et le nombre de ses habitants à un million et demi. La très-grande majorité de ceux-ci se compose de Tadjiks soumis, et la minorité seulement d’Afghans, les maîtres actuels du pays, puis de Turcomans et de Juifs.

La capitale et la seule ville importante de cet État est Hénar, ville mal fortifiée, située dans une fertile vallée, à environ 1,800 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, et ayant, suivant les uns, 100,000, et suivant d’autres seule-

ment 45,000 habitants. Par sa position, qui en fait la clef de |

la seule route conduisant de la Perse dans l’Inde par l’Afgha- Mmistan, position aussi importante sous le rapport commercial que sous le rapport stratégique, cette ville est le centre du commerce par caravanes et l'étape naturelle entre l’Inde, l'Afghanistan et l'Asie occidentale ; aussi a-telle été de tout temps une base d'opération indispensable pour tous les conquérants qui voulaient de l'Asie occidentale se porter sur l'Inde. Elle est protégée par un rempart en terre, que surmontent de nombreuses tours, et par une très-forte citadelle. Un aqueduc y amène l’eau de lHéri-Ud, rivière qui coule à 4 kilomètres de là. Elle renferme quelques mosquées remarquables et des manufactures assez considérables de laine, de soie, de coton, de cuir et d'armes; on vante particulièrement les sabres du Khorassan, qu'on y fabrique. La tradition musulmane lui donne Alexandre le Grand pour fondateur ; mais son nom se trouve déja mentionné dans les plus anciens monuments de la religion persane. C’est dans ses murs que naquit le célèbre historien persan Khondémir, qui à la fin de son grand ouvrage donne l’histoire complète de cette ville.

Hérat fut soumise lors de la conquête de la Perse par les | khalifes, au milieu du septième siècle, avec tout le Khorassan, |

auquel elle appartenait, et elle partagea les destinées de ce pays jusqu’à l’avénement des sultans de Gour, au milieu du douzième siècle, qui y fixèrent leur résidence, Toutefois, dès la fia du même siècle, elle tomba au pouvoir des chahs kho-

HÉRACLIUS — HÉRAUL!L

waresmiens, et en 1220 entre les mains de Dyingnis-Khan, qui la détruisit de fond en comble. A la fin du quatorzième siècle, elle tomba avec tous le Khorassan au pouvoir de Timour. Un de ses successeurs y établit le siége de sa dynastie, et le sultan Husséin fit d'Hérat, vers la fin du quinzième siècle, l'asile des sciences. Au commencement du seizième siècle, Hérat fut conquise par les Turcomans; mais dès 1510 Ismaël-Sophi la réunit à la Perse, et au milieu du dix-huitième siècle elle fut soumise par les Afghans. Après les vicissitudes nombreuses que subit la dynastie afghane des Duranis (voyez AFGHANISTAN), elle fut la résidence du dernier Durani, de Kamran-Chah. Sous son règne, Hérat acquit une importance toute particulière en raison de la rivalité qui s'établit alors dans le nord de l’Inde entre les Russes et les Anglais. Les premiers poussèrent la Perse, en 1833, à faire la guerre au royaume de Hérat, que les Anglais s’empressèrent de défendre contre cette agression. En 1838 le royaume de Hérat fut une seconde fois attaqué par les Persans, qui vinrent assiéger la ville, et cette fois avec des forces plus considérables. Mais, grâce aux secours des Anglais, elle se défendit avec succès, et les Persans se virent forcés de battre en retraite, A la mort du souverain d'Hérat, Karmmran (1843)

le tout-puissant vizir Jar-Mohammed s’y fit proclamer

Chab, et se soumit à la Perse, En 1851, un musulman fa-

natique, Chir-Mohammed, s’empara de l'autorité et fut

reconnu par les Anglais, Le chah de Perse marcha contre

Hérat et la prit (1856); mais une armée anglaise {orça l’en-

vabisseur à la retraite. A la suite d'une guerre civile le

khan Dost-Mohammed envoya ses fils contre lesultan d’Hé-

rat et réduisit cette ville sous sa domination (27 mai 1863).

HÉRAULT (Département de l). 1] tire son nom de la petite rivière qui le traverse du nord au sud, depuis sa sortie du département du Gard, où elle prend sa source, jusqu’à son embouchure dans le golfe de Lyon. Borné au nord par l'Aveyron et le Tarn, au couchant par le Tarn et l’Aude, au midipar l’Aude et la Méditerranée, au levant par le Gard, ce département est une ancienne dépendance de la province du Languedoc.

Sa population est de 429,878 habitants (1872). Il est divisé en 4 arrondissements communaux, 36 cantons » 335 communes; il envoie huit députés à l’Assemblée. Il est compris dans la 10e division militaire, le diocèse de Montpellier et le ressort de la cour d’appel de la même ville. Il fait partie de l’académie de son chef-lieu ; on y compte 1 lycée, 8 collèges, 20 institu tions secondaires, 966 écoles primaires et 241 salles d'asile, Un tiers à peine des habitants y savent lire el écrire. Sa superficie totale est, d’après le cadastre, de 619,799 hectares, dont 158,973 en terres labourables; 104,464 en vignes; 80,357 en bois et forêts; 13,416 en prés; 202,253 en landes et bruyères, etc. D’après l’enquête agricole de 1862, la valeur totale des cultures était estimée à 180 millions, dont 153 pour la vigne seule, Il y avait alors 343,000 moutons, 41,000 chevaux, ânes et mulets, 23,000 porcs, 20,000 chèvres et près de 4,000 bœufs, -

Adossé aux Cévennes et au Rouergue, le département de l’Hérault présente, dans sa partie occidentale et septentrionale, un amphithéâtre de montagnes de granit et de calcaire qui en feraient un pays fort pauvre s’il n’était amplement dédommagé par une richezone de culture qui s’étenc à largeurs inégales entre le littoral de la Méditerranée et ces montagnes arides. Elles renferment cependant d'assez grandes richesses minérales et quelques établissements thermaux, dont les plus fréquentés sont les bains d'Avesne et de Lamalou , et de Balaruc. La médecine fait encore usage des eaux purgatives de Pérols et de Villeneuve-lès- Maguelonne, et du pétrole anthelmintique de Gabian. C’est aussi sur le littoral que se voient les traces de plusieurs voJcans éteints. Troisrivières principales, grossies par de nombreux affluents, arrosent ce département. Le Vidourle forme sa limite du côté du Gard, et va se perdre dans l'étang de Mauguio, L'Hérault et l'Orbe vont directement à la mer,

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