‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 103 sur 522 · HORN · texte numérisé non relu

HORN

n'étaient que le prolongement jusqu'au pôle de la chaîne des Andes patagoniennes , qu’un tremblement de terre avait seuiement brisées au détroit de Magellan, Dès 1378, à ce qu’on croit, le cap Horn avait été aperçu par l'Anglais Francis Drake; on prétend même que l’amiral espagnol Gasroia Joire de Loaysa l'avait découvert en 1515. Mais voici qu’en 1616 le Hollandais Jacob Le Maire, en s’aventurant plus près du pôle, s’aperçut que ce prétendu continent n'était qu’une grande île, ou plutôt un archipel, qu'il contourna en passant par le détroit qui porte aujourd’hui son nom. Il se trouva au milieu d’une mer ouverte , s’unissant à l’ouest avec la mer Pacifique, à l’est avec l’océan Atlantique, et borné au sud par les ténèbres et les glaces du pôle; et dans cette mer, que nul navire encore n'avait sillonnée, au sein de cette atmosphère brumeuse que nul Européen avant lui n’avait respirée, un ressouvenir de la patrie vint le frapper. Un sombre promontoire s'élevait à l'extrémité de la terre par 56° de latitude, comme pour marquer la borne du monde, escarpé et aigu, tel que le produit d’un volcan : on lui donna lenom dela ville de Horn ou H oorn, où Schouten, son second, avait reçu le jour. Ainsi fut tracée une seconde route autour du globe.

Plusieurs navigateurs suivirent les traces de Le Maire: malheureusement ils y furent victimes de tempêtes violentes, et plusieurs naufrages rendirent le cap Horn l’effroi des marins. Aujourd’hui même que les progrès de l’art ont écarté presque tous les périls de la navigation, le passage du cap Horn inspire encore quelques craintes : c’est que nulle part ailleurs le ciel n’apparaît plus menaçant, le climat plus rigoureux , les vents plus changeants et plus irrités, la mer plus hérissée de vagues. Soit que, porté par le vent et la marée , on traverse le détroit de Le Maire, ou que l’on contourne [a terre des États, il est facile de venir reconnaître le cap Horn, qui s'élève du sein des eaux comme une pyramide aiguë et irrégulière ; mais là le ciel change soudain d'aspect: d’épais nuages éclipsent le soleil ; on ressent les atteintes des régions hyperborées, et le vent, qui souffle presque toujours de l’ouest, semble s’obstiner à défendre les approches de la grande mer du Sud. Si la brise reste violente et contraire, le marin le plus habile et le plus déterminé déploie en vain toutes les ressources de sa science pour cheminer à travers l'orage; chaque soir, après de longues et pénibles heures, il vient reconnaître la terre, espérant que ses efforts l’auront avancé vers le but de sa course; et chaque soiril éprouve une douloureuse déception, car les rapides courants de l’océan Pacifique le ramènent au point d’où il était parti : il retrouve devant lui la même montagne qui la veille lui avait servi de reconnaissance ; et les semaines , les mois, se passent ainsi en vaines faligues. Rarement il échappe sans que quelque maladie décime les équipages ; ses voiles sont emportées, ses vergues brisées par les rafales ; la carêne elle-même, ébranlée par de continuelles secousses, s'ouvre de toutes parts ; et cependant, une dure nécessité lui fait un devoir d'exposer au vent toutes ses voiles, il faut qu’il fuiela côte. Parfois, aux premiers rayons du jour, il se flatte de mettre à profit un vent maniable ; puis soudain fond sur lui un grain terrible, qui tombe avec la rapidité de la foudre, poussant des torrents de neige et de grêle. En vain il essaye de serrer ses voiles, que le vent gonfle avec rage ; le froid trop vif paralyse les bras des matelots; leurs doigts, presque gelés, les soutiennent difficilement au sommet des mâts; tout devient désordre et danger. Et puis, quand la rafale a passé, emportant avec elle un dernier débris de voile, un calme plat succède, calme effrayant, où le navire, battu comme un rocher par d'énormes vagues ne peut fuir devant la mer qui le ballotte et menace sa mâture. Tous ces dangers, exagérés par les récits des navigateurs, firent abandonner pendant longtemps le passage du cap Horn. Jusqu’à Cook, on préféra la * roule par le détroit de Magellan; car, bien que réellement plus périlleuse, elle minspirait pas les mêmes terreurs : c’est que l'idée de sombrer sous voiles en pleine mer a quelque

DICT, DE LA CONVERS. — T, XI

chose de plus sombre, de plus profondément mélancolique, que cell: d’un naufrage sur la côte : l'espoir n’est pas mort au fond du cœur du naufragé, quand le flot le roule sur les pointes rocailleuses du rivage. A présent , au contraire , le détroit de Magellan est presque entièrement abandonné : de trop cruels souvenirs en écartent les navires, qui redoutent moins les tempêtes de la haute mer, Seulement, pour éviter les courants de la côte, ils descendent très-bag dans le sud, quelquefois jusqu’au 60° degré de latitude : le ciel est plus triste sans doute, la brise plus froide, la mer souvent y charrie des glaçons ; mais elle n’y cache point d’écueils.

On avait d’abord cru que le cap Horn était un promontoire de la Terre-de-Feu; mais en 1624 une escadre hollandaise, commandée par l'amiral L'Hermite, reconnut qu’il formait le sommet d’un groupe d'îles, qui prirent le nom d'îles l’Hermite. Bien que célèbre parmi les navigateurs, ce cap, qu’on distingue de si loin, parce qu’il s'élève verlicalement sur l’eau, n’a qu’une hauteur peu considérable : elle ne dépasse pas 580 mètres, tandis que derrière lui, dans la Terre-de-Feu, le mont Sarmiento en à 2,000 : c’est le sommet le plus élevé de toutes les montagnes connues des mers australes. Toutes ces îles qui environnent la Terre-de-Feu, et dontle cap Horn fait partie, constituent le æoupe nommé l'archipel de Magellan. Les marins, qui ne les avaient vues que de loïn, en faisaient des terres affreuses, couvertes de lave et de neige, et souvent enveloppées de flammes. Le capitaine King les a dernièrement explorées en détail : elles sont en effet sous un climat froid, neigeuses pendant l'hiver, mais arrosées de belles rivières, avec des forêts et une luxuriante verdure.

Théogène PAGE, vice-amiral

HORN (Pipe DE MONTMORENCY, comte DE).

Voyez HoRNES.

HORN (Gusrave, comte DE), général suédois à l’époque de la guerre de trente ans, né en 1592 à Oberbyhuus, dans la province de Upland, entra au service sous le règne de Gustave-Adolphe. En 1625 il s’'empara de Dorpat, en 1630 de Kolberg; et lorsque Gustave-Adolphe marcha sur Franefort-sur-l'Oder, ce prince lui confia le commandement de la moitié de l’armée suédoise. A la bataille de Breitenfeld, c’est lui qui commandait l'aile gauche; et ül figura aussi à l'affaire du Lech. A Ja bataille de Lutzen, il eut ordre de se jeter à la poursuite de aile gauche de l’ennemi, qui avait été mise en déroute, pendant que le roi, à la tête de son régiment de Steinbock, s’efforçait de rétablir l’ordre dans son aile droite. Après la mort du roi, le comte de Horn seconda les plans de son beau-père, le chancelier Oxenstiern, et opéra sa jonction en Souabe avec le duc Bernar d de Saxe- Weimar, qui, contreson avis, livra, en 1634, la bataille de Nœrdlingen. Fait prisonnier dans cette affaire, il ne fut échangé qu’en 1634. Dix ans plus tard, en 1644, il commanda encore une armée en Scanie, et contraignit les Danois à faire la paix. Sous les règnes de Christine et de Charles X, il jouit également d’un grand crédit. Gouverneur de la Livonie, puis de fa Scanie, il mourut en 1659, avec le titre de grand-maréchal du royaume.

HORN (ANrone-Josepn, comte DE ), roué vif en place de Grève , à Paris, le 26 mars 1720, comme coupable d’assassinat commis sur la personne d’un agioteur de la rue Quincampoix, dans le but de lui voler une somme de cent mille écus, appartenait à l’ancienne et illustre famille de Horn, en Brabant (voyez Hores), alice, depuis une longue suite de générations, à la plupart des nobles maisons de l'Europe. C'était un grand et beau jeune homme de vingtdeux ans, fils cadet de Philippe-Emmanuel, prince de Horn, qui avait servi avec distinction dans les dernières guerres de Louis XIV, et qui notamment avait reçu sept coups de feu À la bataille de Ramillies. Sa mère était une princesse de Ligne. Entré de bonne heure au service autrichien, sa naïssance l'avait fait arriver jusqu’au grade de capitaine ; mais il wavait pas lardé à être réformé, comme mauvais sujet in-

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