HORN — HORNES
corrigible, et il était devenu depuis longtemps, en raison | que prompte et bonne justice fût faite des deux misérable
de sa vie d’obscure et crapuleuse débauche, fort embarrassant pour sa mère, restée veuve, et pour son frère aîné, maintenant chef de la maison. Depuis deux mois qu’il se trouvait à Paris, il s’y livrait à tant d’excès de tous genres, que sa famille, inquiète, à bon droit, de ce qui en pouvait résulter, parce qu'elle le savait capable de tout, envoya un agent confidentiel chargé de payer les dettes qu’il pouvait avoir contractées dans cette capitale, et en même temps de solliciter du régent une lettre de cachet qui l’expulsât de France. L'agent n’arriva à Paris que le samedi de la semaine sainte. La veille, jour de la Passion, le comte de Horn avait été arrété en flagrant délit d’assassinat commis dans les circonstances suivantes :
C'était alors le moment où le système de Law tournait toutes les têtes, et où la nation française s’imaginait que la planche aux actions de la fameuse compagnie du Mississipi était une sourcede richesses bien autrement inépuisable que les mines du Mexique ou du Pérou. L’agiotage sur ces chiffons de papier était devenu une véritable fureur, et les primes les plus fabuleusement exagérées étaient payées pour obtenir les bienheureuses actions dont Law inondait la France. La rue Quincampoix, située parallèlement entre les rues Saint-Denis et Saint Martin (et dont avant peu, par suite de Pétablissement du Boulevard du Centre, il ne restera plus de traces), était le foyer de ce bizarre commerce ; la foule s’y portait constamment, et toute circulation s’y trouvait interrompue du matin au soir. Le vendredi 22 mars 1720, le comte de Horn, sous le prétxte de lui acheter cent mille écus d’actions, donna rendez-vous à un agioteur dans un cabinet particulier d’un cabaret de la petite rue de Venise, qui met la rue Quincampoix en communication avec la rue Saint-Martin. L’agioteur y courut avec son portefeuille et ses actions ; il y trouva le comte de Horn en compagnie de deux individus que celui-ci lui présenta comme ses amis. Ces deux coûpe-jarrets avaient nom l’un de lEstang, et l'autre, soi-disant capitaine réformé piémontais, Laurent de Mille. Après les premiers compliments et à un signal convenu, tous trois se jetèrent sur le malheureux agioteur; le comte de Horn lui porta plusieurs coups de poignard, et prit le portefeuille, Laurent de Mille, voyant que l’agioteur n’était pas encore mort, lui donna le coup de grâce. Mais quelque dextérité, quelque promptitude que ces trois misérables eussent mises à la perpétration de cet assassinat, leur victime, en se débattant, fit assez de bruit pour qu'un garçon du cabaret, passant devant la porte de ce cabinet, l’entr’ouvrit pour savoir ce qui s’y passait. En apercevant un homme baïigné dans son sang, il donna à la porte deux tours de clef, et cria à l'assassin, Les meurtriers, se voyant découverts , cherchèrent à s'échapper par la fenêtre, et y réussirent; mais l’alarme était donnée. Le comte de Horn fut arrêté au moment où il se laissait choir dans la rue. De Mille parvint à se faufiler dans Ja foule qui encombrait la rue Quincampoix ; mais on y put suivre ses traces, et il fut arrêté à la hauteur des halles. Plus heureux , de l'Estang réussit à s'évader. Arrêtés ainsi en flagrant délit, les assassins ne purent nier Jeur crime; ils furent conduits à la Conciergerie, et livrés à la justice,
On comprend quel bruit dut faire dans Paris un crime de cette nature, commis avec tant d'audace, en plein jour et dans de telles circonstances. La haute naissance de l’un des coupables, ses relations de parenté avec toute la grande noblesse de France, voire avec le régent, dont il se trouvait l’alllé par sa mère, pouvaient donner à croire que l’autorité s’efforcerait d'étouffer cette affaire, De grands personnages gentremirent en effet auprès du régent pour implorer sa pitié et lui représenter la honte qui allait en rejaillir sur tant de nobles familles, On lui proposa de faire déclarer le comte de Horn fou et de le faire enfermer, pour le restant de ses jours, aux Pelites-Maisons, en alléguant qu'un de ses oncles y était déjà, Le duc d'Orléans (c’est une justice que l'histoire aime à lui rendre) se montra inflexible, et voulut
dont le crime occupait tout Paris. Les solliciteurs lui ayant fait observer que la maison de Horn avait l’honneur de lui appartenir à lui-même : £h bien, messieurs, leur dit-il, Î'en partagerai la honte avec vous. On fit bonne garde autour des assassins ; le comte de Horn fut tout bonnement enfermé à la Conciergerie avec les criminels ordinaires, et l'instruction du procès se fit avec une rapidité telle que dès le mardi suivant, 26 mars, lui et son complice de Mille expiraient sur la roue, en place de Grève.
HORNBLENDE. Voyez AMPHIBOLE.
HORNEMANN (FRÉDÉRIC-CONRADIN), voyageur célèbre, né en 1772, à Hildesheim, étudia d’abord la théologie, et obtint un emploi ecclésiastique en Hanovre; mais bientôt, cédant à une vocation décidée, et brûlant du désir de pénétrer dans l’intérieur de l'Afrique , il se fit recommander, en 1795, à la Société Africaine de Londres, qui l'y envoya avec une mission. Le 5 septembre 1798, il quitta Le Caire, pourvu de passeports signés par Bonaparte, et partit avec une caravane pour le Fezzän. Il s’arrêta dans la capitale, à Mourzouk, fit de là une excursion à Tripoli, et gagna ensuite Bournou, d’ou sont datées les dernières nouvelles qu’on ait reçues de lui. Des versions différentes circulèrent en Europe sur le lieu de sa mort; car on présame qu’il pénétra jusqu’à Tombouctou. Un journal qu'il avait écrit en langue allemande, et que de Tripoli il avait envoyé en Angleterre, a été publié, traduit en anglais ( Londres, 1802). |
HORNES ou HOORN, terre de l’ancien territoire de Liége, mais dépendante du duché de Brabant, érigée en comté, en 1450, par l’empereur Frédéric IV, dit Le Pacifique, en faveur de Jacques sire de Hornes, Altena, Craenendonck, Montigny et Weert, grand-veneur héréditaire de Brabant. Jean DE Hornes, issu de celte maison, ayant épousé Anne d'Egmont, veuve de Joseph de Montmorency, seigneur de Neveele, en Flandre, et n’en ayant point eu d’héritiers, adopta les enfants du premier lit. C’est ainsi que leur aîné, Philippe ne MonrmorEencCY , devint comte de Hornes, et fit battre monnaie d’or et d’argent à son nom et à ses armes, comme franc seigneur de Weert, dans le Limbourg. Il fut attaché de bonne heure à la personne de l’empereur Charles-Quint, qui lui donna le gouvernement de la Gueldre. 11 en reçut de plus lecollier de la Toison-d’Or et Ja charge d’amiral ou de capitaine général de la mer. Philippe IX l’établit chef des finances des Pays-Bas, et, contre l’ordinaire de ceux qui manient les deniers de l’État, le comte de Hornes vendit pour plus de 300,000 écus de son bien afin de subvenir aux besoins du trésor public. Comme capitaine, il s'était signalé aux batailles de Saint-Quentin et de Gravelines, dans la défense de Luxembourg, et au siége de Dourlens. Mais son éloignement pour les perséeulions religieuses, ses liaisons de famille et d'amitié avec le comte Lamoral d'Egmont, et son opposition au système du gouvernement espagnol, causèrent sa perte : le duc d’Albe le fit arrêter et décapiter le même jour que son illustre parent, le 5 juin 1568 ; il eut la tête tranchée sur la place publique de Bruxelles, à l’âge d'environ cinquante ans. Son frère, Florent ne MonTmMorEncy, seigneur de Montigny, retenu prisonnier en Espagne, éprouva le même sort, en 1570, ou, selon quelques-uns, mourut empoisonné. En lui finit la branche des sires de Neveele, de la maison de Montmorency.
Le procès des comtes d'Egmont et de Hornes a été recueilli dans deux volumes servant de supplément à la traduction de Strada, par du Ryer, Quoiqu'ils portent la rubrique d'Amsterdam, ils ont été réellement imprimés à Bruxelles, chez P, Foppens, et sont tirés d'un vieux maruscrit qui appartenait aa conseiller Wynants. 11 est assez remarquable qu'il y manque la partie des interrogatoires du comte d'Egmont, où il indique le lieu de sa naissance, c’està-dire le château de la Hamaïde, dans le Hainaut. Barbier, dans son Dictionnaire des Anonymes, attribue ces deux
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volumes à Jean Dubois. Par malheur, le savant bibliographe ne s’est pas aperçu qu’il prenait pour l'éditeur d’un ouvrage publié en 1729 le procureur général du conseil des troublesen 1568. Lesamateurs recherchent aussi unlivre rare, intitulé La Déduction de l'innocence de messire Philippe de Montmorency, comte de Hornes (sans nom d'auteur, ni de Heu, imprimé au mois de septembre 1568). Cet ouvrage existe aussi en hollandais sous la même date. DE REIFFENBERGC.
HORNE TOORE (Jon), philologue anglais, né à Londres, en 1736, étudia la théologie, et acheta ensuite une prébende dans le comté de Kent. Il se fit connaitre pour la première fois comme écrivain en 1771, en entrant en lice avec autant d'énergie que d'esprit contre l’auteur anonyme des Zettres de Junius. Ce qui appela ensuite l'attention sur lui, ce fut intérêt qu’il exprima pour les Américains dans leurs lutte avec l’Angleterre. La souscription qu’il ouvrit pour les soutenir fut considérée comme un acte de trahison envers le pays; et les tribunaux le condamnèrent à un an de prison. A l’expiration de sa peine, il se consacra à la science du droit; mais en sa qualité d’ecclésiastique il ne pat suivre la carrière du barreau : il reprit donc la plume de l’écrivain politique, et publia un grand nombre de pamphlets, dont l’un lui valut, en 1794, une nouvelle accusation de haute trahison, Il mourut en 1812, à Wimbledon, où s’écoulèrent les dernières années de sa vie. Le plus important de ses ouvrages a pour titre : Étea re poevr2, or the diversions of Purley (Londres, 1786-1805).
HOROLOGIUS. Voyez Donpi.
HOROSCOPE (du grec @pc, heure, et cxoméw, j'examine, je considère), observation du ciel, position ou conjonction des astres au moment de la naissance de quelqu'un ou
d’une entreprise quelconque, pour y lire les destinées du |
nouveau-né ou les résultats futurs de l'événement qui se prépare. De cette consultation du firmament, on induit que Pheure qui coïncide avec un fait donné est favorable ou non au succès. On a appelé cette opération éirer un horoscope,
comme les figures et les calculs tracés dans ce but ont pris | le nom deéhèmes de nativité. C’est le cardoorientalis des |
Latins, qui lui donnaient, comme on la lui a donné chez nous la désignation d’ascendant. On voit donc qu'il y a, entre l’horoscope proprement dit et la divination ordinaire cette différence, que celle-ci tire ses inductions de circonstances plus ou moins bizarres, insignifiantes ou fantastiques, tandis que l’horoscope, plus ambitieux dans ses vues, plus audacieux dans ses moyens, dédaigne les procédés vulgaires, et ne demande ses inspirations qu’au ciel. Cette manière d'opérer a, par son semblant de hauteur et de grandiose, longtemps fasciné les yeux : les prêtres chaldéens et égyptiens, pour la plupart tout aussi astrologues quastronomes en tirèrent de bonne heure grand parti; et les Grecs, qui leur empruntèrent cette pratique superstitieuse, la transmirent à leur tours aux Romains. Mais déjà sous le paganisme les esprits éclairés faisaient justice de cette jonglerie ; Vespasien s’en moquait publiquement, et il ne fallut rien moins que lignorance du moyen âge pour remettre les horoscopes en honneur. Il y eut un temps où la manie de tirer des horoscopes dégénéra en une fureur telle, qu’Albert le Grand, Cardan, et plusieurs autres poussèrent l’extravagance jusqu’à dresser celui de Jésus-Christ. Mais, sans aller chercher nos exemples si loin, n’a-t-on pas vu une reine de France, Catherine de Médicis, et, avant elle, Louis XI prisonnier de ses propres soupçons à Plessislès-Tours, s’entourer de sorciers, de magiciens, et demander tous les Jours aux astres des illusions de bonheur et de vie? Glocester, Marie-Stuart, Élisabeth, la grande reine, n'étaient pas au-dessus de cette faiblesse. Au dix-septième siècle, cette croyance conservait encore tant de pouvoir, que deux savantsillustres, Képler et Oranam, se virent forcés de faire des horoscopes, l’un pour vivre, l’autre pour ne pas mécontenter de puissants protecteurs. A la naissance de Louis XIV, Phoroscope du jeune prince futencore solennellement dressé,
Un manuscrit curieux de la bibliothèque de l’Arsenal contient les horoscopes des Louis rois de France depuis Louis XVI jusqu’à Louis XX. Croyez encore après cela aux horoscopes !
On appelle encore Aoroscope une figure, ou thème céleste, qui contient les douze maisons, c’est-à-dire les douze signes du zodiaque, dans lesquels on marque la disposition du ciel et des astres à une heure déterminée, pour en tirer des prédictions; et Aoroscope lunaire le point d’où sort la lune au moment où le soleil se trouve au point ascendant de lorient; c'est la partie de fortune en astrologie. Mercure et Véous jouaient autrefois un grand rôle dans toutes ces folies. On a également donné le nom d’Aoroscope à un instrument de mathématiques, de forme planisphérique , inventé par Jean Paduanus, auteur d’un traité particulier sur ce sujet. Quant aux horoscopes proprement dits, on n’en trouve plus vestige aujourd’hui que dans quelques almanachs.
HORRIPILATION (du latin Aorripilatio, formé de horrere, avoir peur, frissonner ; pilus, poil; et agere, faire, agir). Ce mot, fréquemment employé comme synonyme de frisson, spécifie une vive impression produite par l'organisme, qui fait tout à la fois trembler et hérisser les poils ainsi que les cheveux. La terreur fournit des exemples communs de ce phénomène, causé primitivement par l’irritabilité dont l'appareil nerveux est la source. Le redressement
| des poils est secondairement effectué par l’action des cou-
ches musculaires étendues sous la peau, et qui appartiennent aux organes du mouvement. Plusieurs animaux sont trèsrichement dotés de ces couches : aussi leurs poils se hérissentils aussitôt qu’ils éprouvent quelque sensation vive, surtout la colère. Ce privilége est encore pour eux un moyen de défense; il leur sert à chasser les insectes ou à présenter à leurs ennemis des pointes redoutables : telles sont surtout les armes du hérisson.
Considérée comme le degré le plus intense du frisson, l’horripilation offre une importance majeure aux médecins : quand ils la yoient se manifester au début d’une fièvre d’accès , ils doivent s’efforcer d’en prévenir le retour ou d’en diminuer la violence, car dans cet état on a vu la mort achever de glacer le malade, ou bien succéder une réaction brûlante dont l’apoplexie est quelquefois le terme. C’est le cas pour eux d’user des moyens puissants dont ils peuvent disposer. D° CHARBONNIER.
HORS, préposition qui vient du latin Joris, dehors, par le changement du fen k, et quiest destinée à marquer l’exclusion. On l’applique aux temps, aux lieux et à diverses choses qui n’ont rapport ni aux temps ni aux. lieux. Dans l'enfance de la langue française, au lieu de hors on disait fors, qui rappelait bien mieux l’étymologie du mot.
En jurisprudence, mettre Lors de cour et de procès, c’est renvoyer les parties, comme n'y ayant pas sujet de plaider. Ce jugement s'appelle un hors-de-cour. En politique, on dit qu'un homme est mis kors la loi, lorsque, désigné à tous par un jugement comme l’ennemi commun, il n’a droit à aucun des avantages de la loi commune. CrampaAGNac.
HORSA. Voyez HENGIsr.
HORS-D'OEUVRE. Considéré sous le point de vue gastronomique , le hors-d’œuvre était regardé jadis, pour répéter la définition du Dictionnaire de Trévoux, comme « des petits plats ou des assiettes qui accompagnent les grands, ef remplissent l’espace qui est entre eux. » Cette définition ne donnerait de nos jours aucune idée des horsd'œuvre, qui se composent de certains mets, tels que petitsfours aux viandes blanches, radis, figues fraîches, beurre, anchois, sardines, melon, cornichons, câpres fines, olives, cie, que l’on met sur la table avant d’y rien servir. Les horsd'œuvre ne sont donc que des accessoires, appelés dans un diner, dans un déjeuner surtout, moins à aiguiser l'appétit qu’à flatter œil par la symétrie qu’ils établissent sur une table. Nous nous trompons; il existe un seul Aors-d'œuvre, qui brille de son propre éclat : c’est.le sorbet au rhum. Au temps des soupers, les habiles appelaient ce repas un
HORS-D'OŒUVRE — HORTENSIUS
hors-d'œuvre. Plus tard, cette dénomination fut modifiée, ! desséchés. Mais, vers l’année 1799, Cels et Audebert réussi-
et le hors-d’œuvre devint un diner gourmand, un diner d’adeptes, arrosé de bon vin.
En architecture, kcrs-d'œuvre se dit de tout ce qui ne fait point partie de l’ordonnance générale d’un bâtiment, de tout corps de bâtisse, de tout objet, de tout travail accessoire et étranger à l’ensemble, quel qu'il soit, du corps de l'objet, ou du travail principal : il s’applique également aux mesures prises de l’intérieur ou de l'extérieur d’un bâtiment ; c'est dans ce sens qu’on dit : ce bâtiment a tant de mètres hors-d'œuvre.
En littérature, on a appelé Lors-d'œuvre tout ce qui semble introduit après coup dans un ouvrage, et peut en être rétranché sans nuire à l’ensemble. Nombre de ces horsd'œuvre ajoutent quelquefois un grand prix à l’œuvre dans laquelle il se trouvent placés, et parmi ceux-là nous devons compterces épisodes, pleins de grâce et de fraîcheur, dont la plupart des grands poëtes de toutes les nations et de toutes les époques ont semé leurs chefs-d’œuvre, afin de reposer un instant le lecteur, que pourrait fatiguer la lecture dun écrit trop suivi.
HORTENSE (La reine), Hortense de BEAUHARNAIS, naquit à Paris, le 10 avril 1783, et mourut à Viry, chez la duchesse de Raguse, le 5 octobre 1837. Que de terribles péripéties, que de gloire, que d’inquiétudes, que de joies, que de souffrances, entre les deux dates de cette naissance et de cette mort! Hortense-Eugénie de Beauharnais, fille du vicomte Alexandre de Beauharnais et de Joséphine Tascher de la Pagerie, sœur du prince Eugène, était appelée à de bien hantes destinées ; elle s’en montra digne. Devenue, par le second mariage de sa mère, avec le général Bonaparte, belle-fille du grand homme, elle fut l’ornement de la petite cour consulaire et bientôt de la cour de l’empereur. Mariée, le 7 janvier 1802, à Louis Bonaparte, frère de Napoléon, devenu plus tard roi de Hollande, elle regretta la France; et l'esprit un peu taciturne de son mari et de ses sujets ne contribua pas peu à rendre cette union malheureuse. Hortense avait besoin de l’air de Paris pour respirer librement. Musicienne habile, elle composait de jolies romances chevaleresques, qui étaient dans le goût aventureux de l’époque, et les chantait bien. On cite dans le nombre
Partant pour La Syrie, dont, sous le nouvel empire, on à voulu faire un air national. Napoléon avait une tendresse de père pour sa belle-fille; et lorsque le premier-né de la reine Hortense mourut, ce douloureux événement fortifia dans le cœur de Napoléon son projet de divorce. II avait concentré ses affections sur le fils de la reine Hortense. Cette perspective d’un héritier indirect brisée, Napoléon pensa à rompre ses liens avec Joséphine. C’étail une Égérie qui dirigeait Numa : l'empire s’écroula emportant avec soi toutes les splendeurs du trône de Napoléon et des royautés fraternelles improvisées; la reine Hortense resta d’abord à Paris, où elle prit le titre de duchesse de Saint-Leu, et fut de la part des alliés l’objet des plus délicates attentions ; elle ne bouda point, sans jamais renier toutefois le culte du passé. Louis XVIII disait d’elle : « Je m'y connais, et je nai jamais vu de femme qui réunisse à tant de grâce des manières si distinguées. » Exilée à la suite des cents-jours, elle habita successivement Rome et Arenenberg, et ne revint en France que lors des tentatives infructueuses de son fils Louis, qu’elle voulait suivre en Amérique. Elle n’en eut pas la force, et mourut à Viry, sans pouvoir soupçonner l'avénen.ent de ce fils qu'elle avait constamment entretenu de l'espoir d’une couronne.
HIORTENSIA. Avant les dernières années du dix-huitième siècle, cette belle plante, originaire de l'Asie orientale, n'élail guère connue en Europe que par les riches broderies et les peintures éclatantes de la Chine et du Japon; et cependant Petiver, dans son Gazo-phylacium, l'avait désignée sous le nom de sambuco affinis japonica ; Kæmpffer l'avait décrite dans ses Aménilés exotiques, et Co mmerson on avait fait passer en Europe quelques échantillons
rent à naturaliser parmi nous cette belle étrangère, et depuis cette époque l’hortensia, ou la rose du Japon, quoique
| dépourvue d’odeur, a éfé recherchée de tous les horticul-
teurs, comme lune des plus belles de nos plantes d'agrément, La rose du Japon est un arbrisseau peu élevé, auquel ses branches rameuses donnent par leurs nombreuses subdivisions l'aspect touffu d’un buisson ; ses feuilles sont opposées, pétiolées, larges, glabres à leurs deux surfaces, ovales, dentées; les sommets des rameaux et des tiges, et souvent aussi les aisselles des fenilles supérieures, supportent des corymbes de fleurs, tantôt d’un rose tendre, tantôt bleuâtres, mais toujours d’une grande beauté : chacun de ces corymbes est formé de quatre à six pédoncules, qui tous partent du même point, et qui tous se divisent et se subdivisent en nombreux pédicelles, dont les extrémités terminales sont toutes couronnées de fleurs. Les fleurs elles-mêmes sont de deux espèces : les unes, stériles, sont formées par cinq ou six folioles pétaliformes, qui, suivant Decandolle, ne seraient que des bractées anormalement développées, et à l’intérieur desquelles on remarque les rudiments des organes floraux ; les autres, complètes, insérées dans les bifurcations des pédoncules, sont cachées par les fleurs stériles qui forment la périphérie du corymbe. Le fruit de l’hortensia ne nous est pas connu. La rose du Japon se perpétu par marcotte et par bouture; elle exige une terre sub stantielle, une terre de bruyère mélangée de terre franche ; elle entre en pleine séve au mois de février, et fleurit au mois d’août. On dit que l'oxyde de fer mélangé au terreau donne à la fleur de l’hortensia une belle teinte violette, Commerson et Lamarck avaient fait de l'hortensia un genre distinct, que Jussieu a rapproché et que Smith a réuni au genre kydrangée (décandrie trigynie de Linné, famille des saxifragées de Jussieu), sous le nom d'Aydrangea hortensia. BELFIELD-LEFÈVRE, HORTENSIUS (Quirus), célèbre orateur romain, naquit l’an 640 de Rome, d’une illustre famille plébéienne. Dès l’âge de dix-neuf ans, il débuta au barreau avec un éclat extraordinaire. Il avait une éloquence pompeuse, procédant de l’emphase asiatique, toute pleine de périodes et semée de traits à effet; son débit était irréprochable, son geste expressif et pathétique, sa mémoire prodigieuse, son improvisation chaude et entraînante. Malgré la glorieuse place qu’il avait conquise tout d’abord, il quitta presque aussitôt la toge pour endosser la cotte d'armes et, comme toute la jeunesse romaine, il se fit soldat. Élevé au grade de tribun militaire, puis lieutenant de Sylla dans la guerre contre Mithridate, il ne tarda pas à revenir aux luttes de la tribune, Tous les orateurs en renom qui l’occupaient naguère, Crassus, Antoine, Catulus, Julius, Sulpicius, étaient morts dans l'intervalle ; leur jeune et heureux rival n'eut pas même à combattre pour être salué le prince du barreau romain, Les grandes affaires, les causes lucratives lui arrivèrent en foule, et l’opulence avecelles. Dès lors il vécut dans un faste inoui, même pour cette Rome qui ne savait comment dépenser les revenus del’univers. Ce grand avocat avait d’ailleurs peu de scrupules quand il s'agissait d’angmenter sa fortune; il se chargeait volontiers des plus mauvaises causes et défendait sans honte les hommes les plus décriés : Ver rès fut son client, On voit qu'il y avait loin de l’orateur Hortensius à l’orateur de Caton, vir probus dicendi perilus. Néanmoins il conserva sa royauté du Forum jusqu’au moment où se produisit Cicéron, Tombé du premier rang au second, il se résigna d'abord d'assez mauvaise grâce, et ne parut plus à la tribune qu'à de rares intervalles. La popularité qu'il s'acquit par sa magnificence et ses largesses, lors de son édilité, la préture et le consulat qu'il obtint successivement, ne purent le consoler de sa décadence ; et lorsque Cicéron fut élevé à la première magistrature de la république, il se remit avec une ardeur nouvelle aux luttes de la parole, Leur rivalité, du reste, n'avait jamais dégénéré en jalousie basse et haineuse; ces deux