‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 107 sur 522 · HOST — HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

HOST — HOTEL DE VILLE

HOST. Dans notre vieux langage , ce mot a eu plusieurs acceptions : il a signifié ennemi ; de là le proverbe : « Si l’host sçavoit ce que fait l’host, l'host déferoit l'host ; » ce qui revient à dire que, dans la guerre, il est essentiel de bien cacher ses dispositions à l'ennemi. L’hosé a désigné aussi une armée ou une portion d'armée, une bande, un escadron, une compagnie d'infanterie ou de cavalerie. C'était, en général, une manière de se former, qui ne présenlait rien de bien fixe, une ordonnance éventuelle, dont la profondeur ne se réglait d'ordinaire qu’au moment de la charge. Host se prenait aussi pour maison, hôtel, camp. Le sire d’host était le commandant d’un camp ; le maréchal de l’host était le maréchal de camp; titre passager, emploi révocable , qui n’était ni une dignité ni un office.

HOSTIE. Ce nom désigne tout ce qui doit être offert en sacrifice. Chez la plupart des anciens peuples, les prisonniers faits à la guerre étaient dévoués à la mort. Le mot hostie, dérivé de hostis, d’où l’on a fait Lostia victime nous rappelle cette coutume barbare. Les chrétiens ont consacré le mot Aostie pour désigner Jésus-Christ, la victime par excellence, celle dont toutes les autres n'étaient que l'ombre et le type, et qui est venu réconcilier le ciel avec la terre. On a aussi donné le nom d’hostie au pain destiné au sacrifice eucharistique. Les hosties proprement dites ne furent introduites dans l’Église qu’au douzième siècle. On employaït primitivement au même usage du pain ordinaire, auquel on substitua ensuite un pain particulier, fait exprès, de forme ronde jusqu’au quatrième siècle, qu’on partageait, après la consécration, entre tous les communiants. Les hosties sont de petits morceaux, ronds et minces, de pâte blanche, sans levain, portant l’image du Sauveur crucifié. Il y en a de grandes pour la messe et de petites pour la communion des fidèles. Elles étaient autrefois préparées , dans la sacristie, par des prêtres revêtus de leurs ornements sacerdotaux. Dans l’Église réformée, on fait usage de pain ordinaire.

Au figuré, tous les actes religieux, intérieurs ou extérieurs, prennent le nom d’Aosties. C’est ainsi que saint Paul exhorte les premiers fidèles à offrir à Dieu une Aostie continuelle de louanges.., à exercer la charité, à pratiquer toutes les vertus, car c’est par de semblables Aosfies qu’on se rend le Très-Haut favorable. J.-G. CHASSAGNOL.

HOTEL, mot ayant la même étymologie latine qu’Adpital, hospice, dérivés de hospes, hôte. C’était d’abord un logis, une maison; ce fut plus tard une habitation vaste et somptueuse de grands seigneurs, de personnes possédant de hautes charges à la cour, et même de financiers. Le Marais fut d’abord le quartier des beaux hôtels, puis le faubourg Saint-Germain, la Chaussée dAntin, le faubourg Saint- Honoré, etc. Aujourd’hui, c’est un peu partout; l’usage a même resserré le met dans de plus étroites limites; nonseulement les princes, les ministres, les directeurs généraux ont leurs hôtels, mais même la Banque, le Crédit foncier ou mobilier et les diverses compagnies d'assurances, sans compter beaucoup de banquiers, d'agents de change, d'acteurs, d'actrices, de chanteurs, de cantatrices, et quelqueslionnes et lorettes, qui remplacent en masse les financiers d'autrefois.

Une histoire des hôtels de Paris serait infiniment curieuse sous le rapport topographique et comme histoire des mœurs et des arts. On y verrait figurer l'Hôtel- Dieu; l'hôtel des ducs de Bourgogne de la seconde race, entre la rue Chartière, celle des Sept-Voies et le Clos-Bruneau , depuis Saint-Jean de Beauvais ; l'hôtel du Petit-Musc, plus tard de Bretagne, puis du Petit-Bourbon, acheté par Louis I®, «uc de Bourbon, petit-fils de saint Louis, demeure devenne ensuite la propriété des rois Charles V et Charles VI, de la duchesse d’Étampes et de Diane de Poitiers, maîtresses de François I et de Henri II, etc., cte.

Jean , duc de Berry, frère de Charles VI, avait cinq hôtels dans Paris, et sept dans les faubourgs; Bicêtre était la plus agréable de ses habitations champêtres.

D’impérissables souvenirs historiques se rattachent à l’hôtel Saint-Paul, que Charles V, qui le fit construire, appelait

l'hôlel solennel des grands esbattemens, à celui des Tournelles, à l’hôtelde Rambouillet, siége des Précieuses ridicules , à l'hôtel de Cluny, à l'hôtel Barbette, à l'hôtel Carnavalet, habité par M®* de Sévigné, à l'hôtel La Tré-

*mouille, et à tant d’autres encore. Il est à regretter de voir

sacrifier chaque jour ces belles habitations à des spéculations rapaces qui privent les arts de vastes emplacements pour leurs produits, et la population, de masses d'air, de soleil et de verdure.

HOTEL DES INVALIDES. Voyez INvaLines.

HOTEL DE VILLE, lieu où s’assemblent les ma-

| gistrats municipaux d’une ville pour tous les actes de leur

administration. On lappelait dans quelques localités maison de ville, maison de la commune , hôtel commun. Sous le régime républicain, on disait £a commune. Vitruve donne à ce genre d’édifice le nom de civilis concili basilica curia. Le mot mairie, employé de nos jours dans le même sens, est un néologisme : dans son acception originaire et vraie , il signifiait la dignité même du premier magistrat municipal.

Dans les villes où la liberté communale s’est développée de bonne heure, ces édifices ont un aspect digne de leur ancienne importance. Leur caractère, du reste, est à peu près partout le même. Ce qui en formait la partie essentielle,

| c'était la tour du beffroi, avec son campanile, souvent orné

d’un joyeux carillon, qui semblait être un symbole de franchise

| et d'indépendance. On voit en effet dans les chartes les mots

droit de beffroiou de cloche employés comme synonymes de droit de commune ou d’échevinage. Aux jours de danger, on mettait en branle le beffroi ; à ce signal d’alarme , à ces volées lugubres qui tintaient par les airs , le travail s’arrêtait dans toute la cité et les habitants descendaiïent en armes dans les rues et les carrefours pour veiller à la défense commune, Les hôtels de ville n’avaient ordinairement qu’un rez-dechaussée et un premier étage; les cérémonies publiques se faisaient dans les salles du haut, et les magistrats populaires y tenaient conseil. Au rez-de-chaussée, un portique, donnant sur la grande place, servait de bourse aux marchands.

En Belgique, sur cette vieille terre des Flandres où la liberté date du moyen âge, les hôtels de ville sont de majestueux édifices gothiques surmontés d’un beffroi monumental; tels sont ceux de Bruxelles, de Gand, la turbulente cité d'autrefois, de Louvain, etc. N'oublions pas, en Hollande, celui d'Amsterdam, et en Allemagne celui d’Aix-la- Chapelle.

En France, ce genre d’édifice n’existe que dans les villes septentrionales, les seules où le régime communal ait eu quelque force et quelque vitalité. Ainsi nous citerons les hôtels de ville d'Arras, de Douai, de Saint-Quentin, de Béthune, de Noyon, de Compiègne, de Dreux, d'Orléans, etc.

L'HÔTEL DE VILLE DE Paris ne fut construit qu’au seizième siècle. Avant cette époque la Hanse parisienne , compagnie de marchands par eau qui a donné naissance au corps municipal de Paris, tenait ses séances dans un bâtiment qu'on appelait la Maison de Marchandise, au lieu dit la Vallée de Misère, près le Grand-Châtelet, puis dans le Parloir aux Bourgeois, entre l'enclos des Jacobins et la place Saint-Michel.

En 1357, le prévot des marchands, Étienne Marcel, fit l'acquisition, pour la commune, moyennant deux mille huit cent quatre-vingt livres, d’un bâtiment situé sur la place de Grève, et qu'on appelait la Maison-aux-Piliers ou l'H6tel du Dauphin, parce qu’il avait appartenu aux dauphins du Viennois. Mais après deux siècles, la population de Paris s'étant considérablement accrue, il fallut construire un édifice plus vaste et plus digne de la capitale du royaume. La première pierre du monument que l’on voit aujourd'hui fut posée le 15 juillet 1533, en présence du prévôt des marchands, Pierre Viole, sieur d’Athis, conseiller au parlement. Dominique Boccador ou Boccardo de Cortone en avait dressé le plan; il fut chargé de la direction des travaux à raison de 250 livres de gages, Maître Thomas Choqueur,

tailleur d'images, et Chartes, peintre, furent engagés moyennant quatre livres tournois par pièce de sculpture ou de peinture. Sous le règne d'Henri IV, Androuefdu Cerceau modifia le plan de l'architecte italien, et les travaux ne furent terminés qu’en 1628. Il en résulta une des plus remarquables productions du style de la renaissance, un monument plein de grâce et d'élégance, que François Miron trouvait plus propre à loger des princes ou des ribaudes que des magistrats populaires. La façade était percée de treize fenêtres, et sur ses combles aigus, couronnés de cheminées monumentales, s’élevaient de hautes lucarnes; elle était surmontée par un Campanile où l’on plaça, en 1781, l'horloge de la ville , ouvrage très-estimé du célèbre horloger Jean André Lepaute.

On s’est toujours étonné que l’on n'ait pas construit l’hôtel de ville parallèlement à la Seine et que l’on ait tourné sa façade principale du coté de la place de Grève. La petite rancune d’un prévôt des marchands contre le curé de l’église Saint-Jean fut la seule cause de cette anomalie monumentale : ce magistrat fit élever le bâtiment municipal sur le côté où se trouvait cette petite église, pour en masquer le portail.

Du côté du nord, l’ancienne chapelle du Saint-Esprit et une partie de l’hospice du même nom se trouvaient adossées à l'hôtel de ville; du côté opposé, c’est-à-dire vers la Seine , un autre bâtiment, servant de succursale pour les bureaux, éfait réuni au corps principal par l’ancienne arcade Saint-Jean , sous laquelle passait la rue du Martroi, longeant l'hôtel de ville et l’église Saint-Jean, qui lui faisait suite à l’est. Des maisons particulières, traversées par l’étroile et fétide rue de la Mortellerie , séparaient toutes ces constructions du quai et de la rivière. Un ancien plan de Paris est d’ailleurs indispensable pour bien comprendre la complète mélamorphose subie dans ces derniers temps et par l’édifice mème et par le quartier où il est situé, lequel a été entièrement démoli et reconstruit (voyez Paris).

Dès le milieu du siècle dernier, les bâtiments de l'hôtel de ville de Paris furent trouvés insuffisants; et l’on songea à le rues sur l'emplacement de l’hôtel de Conti où fut bâti depuis l'hôtel des Monnaies. Après la révolution, la création de l'octroi, des contributions indirectes, des poids et mesures, de la caisse de Poissy et la réunion de la pré- ‘ fecture de la Seine à l'administration municipale nécessitèrent un agrandissement considérable, On construisit sur l'emplacement des églises Saint-Jean et du Saint-Esprit des annexes pour loger les services extérieurs; plus tard on y établit le jardin et la cour du préfet; enfin, en 1823, fut bâtie la salle dite du Trocadéro, en façade sur la rue du Martroi. En même temps la rue du Pet-au-Diable prenait le nom plus décent de rue du Tourniquet-Saint-Jean, si bien décrite par Balzac dans une de ses Scènes de la vie parisienne, intitulée: La Femme vertueuse ; on élargissait la rue de la Tixeranderie aux dépens de la rue des Vieilles Garnisons, qui était supprimée; enfin , la rue du Martroi elle-même était améliorée, tout en conservant encore pour entrée, du coté de la Grève, la vieille arcade Saint-Jean.

Mais les abords du palais municipal étaient toujours trèsresserrés; et lorsque les événements politiques des premières années du règne de Louis-Philippe eurent démontré la nécessité et l’urgence qu’il y avait d'isoler l’hôtel de ville, pour en faciliter la défense en cas d'insurrection, on se décida à entreprendre l'œuvre de sa transformation complète. Les plans de MM. Godde et Lesueur furent adoptés. Les travaux commencèrent le 20 août 1837 et l’ensemble des constructions ne fut achevé qu’en 1846.

On enleva à la rue de la Mortellerie son triste nom, qu’elle ne justifiait que trop, car le choléra en 1832 avait décimé ses habitants; et on l’appela -rue de l’Hôtel-de-Ville. Les rues du Martroi et du Tourniquet Saint-Jean furent démolies, et une autre s'ouvrit à leur place, qui prit le nom du maréchal Lobau, L'arcade Saint-Jean devint la porte d'entrée de la cour et l'habitation privées du préfet de la Seine.

Quelle que fût l'importance de ces travaux, ils laissaient

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