HÉRAULT DE SÉCHELLES -— HÉRAUT
néraire d’Antonin , un C4"«0 permanent était assis sur un énorme rocher de basalte. VIENNET, de l’Acad, Francaise.
HÉRAULT DE SÉCHELLES (Man-JEaN), naquit à Paris, en 1760; sa famille, ancienne et noble, était originaire de Normandie, Ses succès dans la magistrature furent précoces. Une éducation remarquable, un esprit vif et piquant, sa parole facile et spirituelle, une taille élevée, une figure charmante, les dons de la fortune et du jeune âge, lui aplanirent les voies. A vingt ans il était avocat, et ses premières plaïdoiries furent plus que des essais. La reine désira voir le jeune orateur, et M°* de Polignac, sa parente, le présenta à la cour. Sa personneel son esprit y plurent beaucoup. La’ haute protection qu'il y trouva lui fit faire rasidement son chemin. La première place d'avocat général au Châtelet venant à vaquer, Marie-Antoinette le fit nommer à cet office. Au commencement de la révolution, il passa de cette place à celle de commissaire du roi près de la cour de cassation ; maïs il ne s’y fit pas remarquer : ce ne fut pour lui qu’un échelon pour arriver à l'Assemblée législative , où il fut nommé par les électeurs de Paris.
La littérature l'avait souvent occupé depuis dix ans; il s'était lié avec les premiers hommes de son époque, avec les derniers représentants du grand âge philosophique, Buffon Rulhières, Chamfort et Mirabeau. Il suivit les lices académiques, et nous avons de lui un Éloge de Suger (1779), qui n’estinférieur en rien à celui de La Harpe, ou de Garat ; mais son écrit le plus remarquable est sa Visite à Montbar, chez Buffon, en 1785. On a encore de lui un précieux fragment sur les hommes de la fin du dix-huitième siècle, que leur esprit, leurs manières et leur célébrité signalaient dans le monde. Le Magasin encyclopédique de Millin contient, enfin, des notes historiques de Hérault de Séchelles sur la déclamation de Thomas et sur la Vie d’Alhanase Auger : ces écrits sont de 1791. Déjà il avait publié, l’année précédente, un petit ouvrageintitulé : Détails sur La société d’Olten, et une Théorie de l’Ambition.
Entré dans le mouvement politique, Hérault en suivit le cours, lent d’abord, rapide et violent ensuite ; il se lia aux chefs de parti, mêéla ses vues aux leurs, les aida généreusement de sa bourse, calcula et discuta les événements possibles avec eux. Il fit partie des jeunes hommes de talent et d'audace qui jurèrent que la France ne recevrait pas la loi de l'étranger, 11 combattit dans l’Assemblée tous les ministres royalistes, signala les prêtres et les émigrés hostiles, demanda la guerre à chaque outrage, fit attribuer la police de sûreté aux municipalités, le pouvoir de juger les personnes à des corps qui ne jugeaient avant que les choses, et donna la main à l'attaque du 10 août par son influence dans l’Assemblée, Puis il réclama le jugement des Yaincus par le tribunal spécial qui fut instilué le 17 août, et fut envoyé à la Convention par le peuple de Paris, Désigné par les jacobins les plus ardents pour la place de maire, il refusa ce périlleux honneur, 11 était en mission dans le Mont-Blanc, avec ses collègues Jagot et Simond , lors du procès de Louis XVI, et vota la mort dans une lettre à l’Assemblée, signée également par ces conventionnels. A son retour, il se plaça sur la Montagne , près de Danton. Il présidait la Convention au 31 mai. La constitution de 93, votée après les événements de mai et du commencement de juin, fut principalement son ouvrage : quelques matinées et trois nuits lui suffirent pour y mettre la dernière nain; mais il ne regarda jamais cette constitution comme applicable. On satisfaisait seulement le peuple avec une impossibilité gouvernementale, dont l'exécution fut renvoyée à la paix. Hérault présidait la Convention, le 18 août 1793, lorsque cette constitution fut acceptée par les envoyés des assemblées primaires.
Dans les premiers temps de sa présence au comité de salut publie, il s'était chargé de retracer à la Convention la marche des armées, des événements intérieurs , des levées d'hommes, etc. C'est lui qui proposa le désarmement des suspects et Êt donner au comité de salut public la faculté
de les arrêter. Au mois de septembre, il quitta de nouveau la Convention, pour aller remplir une mission en Alsace, Hérault y organisa rapidement, sans demi-mesure, avec humanité pourtant, une défense, qui ne devint pas nécessaire. Vers la fin de novembre, il fut dénoncé comme recevant chez lui des nobles du pays. 11 lui fut facile, à son retour, en décembre, de se justifier, et il offrit sa démission de membre du comité de salut public ; mais la Convention la refusa à l’unanimité. A partir de là il parut changer : les motifs de cette accusation l'avaient affecté. Toujours exact aux séances du comité, il s'y montrait triste, découragé: son énergie n’était plus à l’unisson de celle de ses collègues ; les avances même ne le ramenaïent point; il faisait des objections qui étonnaient. Robespierre s’inquiéta de son silence, et le dit. Presque aussitôt Hérault se trouva isolé, abandonné. Les choses traînèrent encore quelques semaines, quand tout à coup l'arrestation d’une émigrée chez Simond, député du Mont-Blanc, ayant fait prononcer son nom, il fut abandonné par le comité de salut public au comité de sûreté générale, qui le fit arrêter le 9 mars 1794. Il était résigné; il ne fit ni observation ni résistance, De
puis quelque temps, il allait tous les jours, au bout de
Tuileries, voir passer quelques charretées de condamnés
Quelqu'un lui ayant dit : «Comment, Hérault! tu vien
ici, toi qui les juges ?— J'y viens, répondit-il, voir l’agoni
de notre république; j'y viens apprendre à mourir ».
Dès qu’il fut sous les verroux, l’homme impassible dis. parut ; l’homme charmant et doux se retrouva, avec sa passion de l'étude. Danto n était revenu à Paris: l’arrestation d'Hérault et celle de Fabre le blessèrent ; son opposition s’en irrita; il perdit toute mesure, et se mit au pied de la tribune pour fronder. Embarrassés d'abord, émus , puis frémissant de rage , les dictateurs se décidèrent à porter leurs derniers coups jusqu’à cet audacieux contempteur. Danton fut arrêté avec Camille Desmoulins et d’autres représentants qui étaient effrayés ou las de rigueurs. Le procès commença trois jours après ; Hérault y fut compris, ainsi que Fabre d'’Églantine. Il était dit dans l'acte d'accusation qu'Hérault avait connivé longtemps avec Dumouriez, Philippe Égalité et ses enfants; et à avait trempé, y lisait-on, dans Le vol des diamants. Kouquier- Tinville fut arrêté court par l'accusé, qui lui fit observer que ces accusations étaient éfrangères, émigrées, et qu’elles avaient été forgées et publiées en Prusse. Et Hérault haussait froidement les épaules. Fouquier, gêné et blessé par son auditoire, passait outre. L’accusé fut condamné à mort ainsi que ses amis, après les débats agités de trois séances. Il marcha au supplice sans murmurer une plainte. Sa figure prit un air de sérénité céleste, et conserva cette douceur bienveillante et modeste qui était son caractère particulier ; ses amis brillaient du même courage.
Au pied de l’échafaud, de grosses larmes brillaïent à l'œil enflammé de Danton : il voulut se rapprocher de Hérault, calme et réfléchi comme les stoïqnes, mais le bourreau les sépara rudement : « Plus d’embrassements, leur dit-il, c’est fini, — Misérable! lui cria Danton, tu es donc plus cruel que la mort! Va, dans un momen., tu n'empècheras pas nos têtes de se baiser dans le panier! » Cette énergique apostrophe, qui émut vivement Hérault, le tira de son impassibilité; il remercia Danton par un triste et dernier sourire, et monta fermement sur l'échafaud, salua le peuple et la statue de la liberté, et tendit sa belle tête au bourreau. Ainsi périt, à trente-quatre ans, un des hommes les plus aimables du siècle dernier, un des plus purs , un des plus généreux de la révolution.
à Frédéric Fayor,
HERAUT , du vieux germain Aer, herr, seigneur, où heer, armée, où ekr, honneur, et kotd, enclin , fidèle, dévoué, ou old, alt, vieux. Ce terme a plusieurs significations. Chez les anciens, c’étaitun officier public, dont la fonction était de déclarer la guerre. Sa personne élait sacrée, en vertu du droit des gens. Tous les peuples policés eurent des hérauts,