‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 132 sur 522 · HULL — HUMANITÉS · texte numérisé non relu

HULL — HUMANITÉS

farines pour les différents points de la côte. L'expédition des houilles pour Londres, qui constituait autrefois un article de premier ordre, a beaucoup diminué dans ces derniers temps ; il en est de même de la pêche de la baleine, par suite de l'extension toujours plusgrande que la pêche du chien de mer prend dans la mer du Sud. Cependant Hull est encore de tous les ports de l'Angleterre celui où cette industrie a conservé les proportions les plus grandioses.

L'importation consiste en bois de menuiserie et planches, tan, laine , lin, chanvre, suif, os, toiles à voiles, chevaux, grains , et autres produits du Nord. La ville possède au delà de 600 navires en propre, et la construction des vaisseaux y occupe un grand nombre de bras. L'industrie déploie une activité extrème dans la fabrication des bougies de spermacæti et de blanc de baleine , des toiles à voiles, des cordages, et des articles en fer; elle possède de nombreuses usines pour l'extraction des huiles de baleine et pour la fabrication des savons, ainsi que de nombreuses scieries mécaniques. On y compte (1871) 121,598 habitants, 1]

Dans la vieille ville, bâtie le long de l’Hull, avec des rues laides et étroites, se trouvent les magasins et les comptoirs du commerce de gros. La ville neuve, au contraire, offre un grand nombre de larges rues, bordées de constructions magnifiques; tout y annonce le luxe : les quais sur l’'Humber, la statue équestre de Guillaume III, la statue en pied du célèbre Wilberforce, né à Hull, frappent tout de suite l'attention du voyageur, qui, en fait d’édifices publics, devra visiter les deux églises gothiques de Notre-Dame et de La Trinité (cette dernière, construite en 1312, est un remarquable monument de l'architecture du moyen âge), la Maison de La Trinité, la Douane, le Musée, le Théâtre. Hull possède aussi plusieurs hôpitaux, parfaitement organisés, et d’autres établissements de bienfaisance, un grand nombre d'écoles, un jardin botanique, une Société littéraire et une Société des Sciences.

Hull fut fondée et fortifiée par Édouard 1°, sous le nom de Kingslown, et Henri VI lui accorda les droits de ville.

Au bourg de Goole, situé à quelques milles plus avant dans les terres, non loin de l'embouchure de l’Ouse dans l’Humber, de riches capitalistes et fabricants, dont la ville de Hull avait refusé les offres avantageuses au bien public et au développement du commerce, ont fondé récemment, par des établissements nombreux, une nouvelle place de commerce qui est en voie de rapide prospérité, et fait déjà à Hull une rude concurrence. Si Goole , il y a quelques années simple bourg de 1,600 habitants, est aujourd’hui une ville où l’on compte (en 1871) 8,707 habitants, elle en est redevable à la puissante Société de l’Aire et du Calder. En creusant les canaux de Leeds et de Wakefeld cette compagnie s’est assuré ja navigation sur l’Aire et le Calder, eta donné à Gocle une communication avec la mer sans passer par Hull, Goole possede déjà deux docks magnifiques ; celui qu’on y a établi en 1851 est une des plus belles contructions de ce genre qu’il y ait en Angleterre.

HULLIN (PiRRE-Aucusre, comte), naquit À Genève, en 1758. Apprenti horloger, il exerçait son état à Paris, lorsque, frappé de sa haute taille et de sa belle figure, le marquis de Conflans le prit à son service comme chasseur. Sa belle conduite au 14 juillet 1789 lui valuf, soldat aux gardes françaises, le titre de vainqueur de la Bastille, avec la médaille décernée par la municipalité de Paris. Autant il avait fait preuve de courage à attaque de la forteresse, où il entra des premiers, autant il montra ensuite d'humanité, défendant à outrance le mallieureux gouverneur Delaunay contre l’aveugle férocité de la multitude; mais tous ses efforts ne purent lui sauver la vie. En 1796 Hullin avait conquis le grade d’adjudant général dans les guerres d'Italie ; et s’y était distingué par divers acles de bravoure, En 1799

. contribua puissamment à la défense de Gênes. Au 18 aire, il se trouvait à Paris, près du général en chef Bomaparte, dont H servit activement les projets. Il fit la nou-

elle campagne d’Italie en 1800, fut nommé en 1803 général de division et commandant des grenadiers de la garde consulaire, et en 1804 il eut le malheur de présider le conseil de guerre qui condamna à mort le duc d’Enghien. Pendant les campagnes de l'empire , il fut successivement gouverneur de Vienne et de Berlin. fl commandait à Pais la 1"° division mxlitaire en 1812, lorsque éclata la conspiration du générai Malet, qu'il fit échouer au péril de sa vie. Malet lui tira, presque à bout portant, un coup de pistolet, qui lui fracassa la mâchoire inférieure. Le Parisien, habitué à rire de tout, donna à Hullin, à ce propos, le surnom de Bouffe la Balle. I\ conserva son commandement jusqu’en mars 1514, où, après avoir accompagné Marie-Louise à Blois, il envoya son adhésion à Louis XVIIT, qui ne l’employa pas. Au retour de l’empereur , le gouvernement de la 1"° division lui fut rendu, et il le garda jusqu’à la seconde restauration, Compris dans l’ordonnance du 24 juin 1815, il fut arrêté, détenu en Corse, et proscrit par l'ordonnance du 17 janvier 1816. Il passa en Belgique et en Allemagne ses années d’exil publia à son retour une apologie assez embarrassée de sa conduite dans l’affaire du duc d’Enghien, et mourut en 1841. Depuis de longues années, il était aflligé d’une cécité complète,

HUMANITAIRES, Voyez COMMUNISME.

HUMANITÉ. Ce mot a pris dans notre langue plusieurs sens, fixés par les poëtes plutôt que par les prosateurs. L'auteur de la Métromanie fait dire à l’un de ses personnages .

.… À l’humanité, si parfait que l’on füt, Toujours par quelque faible on paya le tribut.

Il s’agit des imperfections de la nature humaine, auxquelles on sait que cet auteur paya largement sa part de contribution. Mais Lorsque la Fontaine dit :

Un loup rempli d'humanité (S'il en est de tels dans le monde),

il attribue à ce loup un sentiment de pitié pour les victimes de sa faim, une bienveillance pour tous les êtres sensibles, qui est aussi de l’Aumanité. Dans l’homme, cette qualité est toujours digue d'estime et d’affection ; lorsqu’elle rend capable d’un généreux dévouement et de nobles efforts, elle devient une vertu. Il ne faut pas la confondre ayeclaphilanthropie. L'une est un sentiment; l’autre, une croyance morale, dont l’origine est toute dans l'intelligence. On peut être pilanthrope sans Aumanité, humain, quoique misanthrope. La philanthropie entreprend de compléter l’œuvre de la civilisation. Son but est de joindre quelques réalités aux charmes des belles formes d’une société civilisée. Sa marche est grave et mesurée, comme celle du raisonnement; elle a soin de vérifier à chaque pas la direction de sa route, la solidité et les difficultés du terrain. L’Awmanité n’use point de ces précautions ; elle n’examine pas, elle agit lorsqu’elle aperçoit un bien à faire, une souffrance à soulager.

Dans la conversation et même dans les écrits, le mot humanité signifie quelquefois le genre Aumain : c'est dans ce sens qu’on parle des amis de l'humanité.

HUMANITES. Comme dénomination spéciale ce mot a longtemps servi à désigner particulièrement la classe de secondes, autrement appelée secondæ rhelorices; mais comme lerme générique il embrassait au moyen âge et embrasse encore aujourd’hui, d’après la définition académiaue, l'étude des langues grecque et latine, celle de 1 grammaire, de l’histoire, de la poésie, de la rhétorique. Lor de la création de l’université impériale une nouvelle délimitation fut prescrite, et après deux classes élémentaires et deux années de grammaire, il y eut deux années d’humanités (troisième et seconde). Ainsi placées, les humanités avaient pour objet de perfectionner dans le mécanisme des [angues les jeunes gens que les deux années de grammaire y avaient mürement initiés, puis de:leur révéler le génie de ces mêmes Jangues dans toute sa force native, toute la richesse, toute la variété, toute la hardiesse de ses nombreuses et savantes

combinaisons. Venaient après, comme clef de voûte, la rhétorique et la philosophie. Grammairiens, rhéteurs, historiens, philosophes même, sont tous aujourd’huï plus ou moins kumanistes ; tous formulent leur pensée avec plus ou moins de grâce ou d'élégance, plus ou moins de tact, de finesse , de délicatesse ; tous enfin impriment à leur élocution quelque chose de cette urbanité exquise, sans laquelle à vrai dire, il n’est point d’humanités. MONDELOT.

« Il s'est rencontré chez les nations civilisées, a dit M. l'abbé Dupanloup, dans son discours de réception à l’Académie Française, une belle et grande expression : descendue par l'usage dans la langue commune, elle conserve, sous sa vulgarité apparente, une profonde dignité ; il en est peu qui offrent un sens plus noble et plus élevé. Pour nommer et définir les études, qui sont le moyen le plus puissant, la forme la plus heureuse de la haute éducation intellectuelle de l’homme, on a dit Zes humanités. C'est un de ces mots simples et lumineux dont on ne saurait trop étudier le sens et rechercher la lumière. Les Latins disaient artes liberales. bonæ, optimæ, ingenuæ artes. Cicéron, cherchant à rapprocher l'idée des études auxquelles on applique l’enfance, de l’idée primitive du mot kuwmanité, disait : Arles quibus ætas puerilis ad humanitatem fingitur. 1 disait encore : Studia hkumanitatis, humaniores lilleræ. Les Grecs disaient vulgairement rouèe{o, ils disaient aussi povotxñ, l’Aarmonie; ce mot exprimait tout à la fois chez eux l’art oratoire, la poésie, l'éducation. Platon emploie presque constamment ce mot, qui va si bien à la nature de son génie et qui tend à faire entendre que l’éducation n’est autre chose que le développement pur et harmonieux des facultés humanines. Nous, avec moins de grâce peut-être que les Grecs, mais avec plus de précision et de force, nous avons dit simplement, comme les Romains, et même plus énergiquement qu’eux , Les kumanilés. La langue humaine ne pouvait mieux dire. En effet, c'était dire tout ; c'était nommer, avec une vérité frappante, ces études qui font l’homme, qui, dans l’ordre naturel, élèvent en lui l'humanité à sa plus haute expression, déveioppent et fortifient le plus puissamment ses facultés intellectuelies et morales, les forment et les perfectionnent à l’image de Dieu même. »

HUMANN (JEAn-GEoRGEs), ministre des finances en France, de 1832 à 1836, et de 1840 à 1842, né à Strasbourg, le 6 août 1781, éfait négociant dans cette ville, et membre de la chambre de commerce depuis 1817 , lorsqu'en 1820 le département du Bas-Rhin l’élut pour son représentant à la chambre des députés, où dans plusieurs questions de finances il se prononça contre le gouvernement, et où en 1823 il vota avec les doctrinaires contre les allocations relatives à expédition d'Espagne. Malgré tous les efforts du ministère, il fut réélu en 1824. Dans la nouvelle thambre, dite des {rois cents en raison du chiffre de la majorité que le ministère était parvenu à faire voter dans ses intérêts comme un seul homme, il fit partie de la rourageuse minorité libérale qui en toute occasion défendit la charte et les libertés qu’elle consacrait, contre les attaques de la contre-révolution. C’est ainsi qu'il se déclara contre la réduction des rentes proposée par le ministre Villèle, jugeant la mesure dangereuse, non pas en elle-même, mais à cause du mode adopté pour la mettre à exécution el de l'extension qu’on prétendait lui donner. Dans les sessions de 1825 à 1827, il prit la parole sur toutes les questions de finances, et s’éleva contre la renonciation de la France à ses droits de souveraineté sur Haïti, contre l'indemnité aës émigrés et contre les lois restrictives de la liberté de la presse, Aux élections de 1827 il échoua dans son département; mais en mai 1828 le département de l'Aveyron le renvoya à la chambre des députés. Dans la session de 1829 il fut nommé rapporteur du projet de budget pour 1830. La profondeur de vues financières qu'il révéla en cette circonstance et l’éloquence simple et facile avec laquelle il défendit les intérêts du pays contre les exigences d'argent de la cour lui valurent l'estime générale ainsi qu'une grande popularite,

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