HUMBOLDT
HUMBOLDT (Car %-GuiLLaumEe, baron p£), ancien ministre d’État prussien, né à Potsdam, le 22 juin 1767, étudia d’abord à Gœttingue, et, après avoir passé ensuite plusieurs années à Léna, où il vécut dans l'intimité de Schiller, débuta dans la carrière diplomatique en qualité
de résident de Prusse à la cour ponlificale. En 1808, il fut nommé conseiller d'État et chef de la section des cultes,
de l'instruction publique et des établissements médicaux, au ministère de l’intérieur de Prusse. En 1910, il se rendit, avec le rang de ministre d’État et en qualité d'ambassadeur de sa cour, à Vienne, puis au congrès de Prague comme plénipotentiaire. Il prit part, en 1814, au congrès de Chàtillon et à la paix de Paris, dont il fut l’un des signataires avec le chancelier d'État Hardenberg; il figura aussi au congrès de Vienne et y signa, en 1815, la paix entre la Prusse et la Saxe.
En juillet 1816, il se rendit à Francfort comme ministre
| plémpotentiaire de Prusse pour régler lesaffaires territoriales
J Bhagavad-Gita (1826); son mémoire sur Le | et sa savante dissertation sw l’Affinité des adverbes de
| blié après sa mort par Édouard Buschmann qui depuis 1839 l’avait secondé dans ses recherches et ses
de l’Allemagne. Bientôt après, son souverain le nomma membre de son conseil d’État et lui fit présent de plusieurs terres. Puis il alla en qualité d’ambassadeur extravrdinaire à Londres, et de là, en octobre 1818, à Aix-la-Chapelle. En 1819, il fut appelé à faire partie du cabinet avec voix délibérative, et y fut chargé de plusieurs branches du service qui jusqu'alors avaient été dans les attributions du ministre de Vintérieur, telles, par exemple, que les affaires relatives aux états provinciaux ; mais il ne tarda pas à se trouver contraint
. de donner sa démission par suite de sa profonde dissidence
d'opinions avec Hardenberg, champion de l’absolutisme, tandis que lui il recommandait instamment au roi de Prusse adoption d’une politique plus libérale et se rattachant davanfage aux idées constitutionnelles, Ce ne fut qu’à partir de 1830 qu’il prit de nouveau part aux séances du conseil d'Etat, après avoir été appelé l’année précédente à la présidence du conseil des bâtiments et des musées. Dès 1825,
l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de France |
l'avait élu l’un de ses membres étrangers.
Depuis sa retraite du ministère, il vécut principalement dans sa terre de Tegel, près de Berlin, où il mourut le 8 avril 1835.
Guillaume de Humboldt a réuni sous le litre d’Æssais esthétiques (tom. I, Brunswick, 1799) ses premiers travaux littéraires, par exemple : ses réflexions critiques sur le Tour de promenade, de Schiller, sur Hermann et Do-
| rothée, de Gæthe, sur le Reinecke Fuchs, etc. Sa traduc-
tion de l’Ayamemnon d’Eschyle (Leipzig, 1816) fut le
> fruit de ses studieuses recherches sur la langue et la prosodie
des Grecs. Ses Corrections et additions au Mithridate d'Adelung sur la langue cantabre ou basque (Berlin, 1817), et son Essai sur les habitants primilifs de l'Hispanie, au moyen de la langue basque (Berlin, 1821), témoignent de travaux aussi profonds que consciencieux. Parmi les nombreuses dissertations philologiques lues par lui à l’Académie des Sciences de Berlin et livrées ensuite à Vimpression, nous devons mentionner surtout son Mémoire Sur l'épisode du Mahabharata connu sous le nom de
Duel (1828);
lieu avec les pronoms dans quelques langues (1830). Le principal ouvrage composé par Guillaume de Humboldt
| dans cette direction d'idées est son Essai sur La langue
Kawi, dans l'ile de Java (3 vol. Berlin, 1836-1840), pu-
, jeune érudit
travaux. L'introduction à ce beau livre, qui a été aussi publiée à part sous le titre de Æssai sur la Diversité de
| construction des langues lrumaines, et sur l’Influence
qu’elle a exercée sur le développement intellectuel de
| l'humanité (Berlin, 1836), a fait époque dans l’histoire de la | plulologie. Buschmann a également publié son Vocabulaire
inédit de La langue taitienne et son Aperçu de la langue des îles Marquises et de la langue taitienne; ce savant LICT, DE LA CONVERS, — T, XI,
les a fait paraitre en 1843. En mourant, Humboldt légua sa collection de matériaux relatifs à la linguistique et la partie de sa bibliothèque concernant la littérature étrangère à la Bibliothèque Royale de Berlin.
Grâce à la publication posthume de la Correspondance inédite de Guillaume de Humboldt ou Lettres adressées à une amie (2 vol. 1847; 5° édition, 1853), le public a pu se convaincre que Guillaume de Humboldt à toutes les qualités de l'homme d’État et du savant ajoutait encore celles qui font l'ami sûr, dévoué et délicat. Ces lettres sont adressées à une dame, motte à Cassel après avoir éprouvé bien des vicissitudes de fortune; il avait fait sa connaissance en 1788, à Pyrmont, avait pu être assez heureux pour lui rendre d'importants services en 1814, et jusqu’à sa mort n'avait pas cessé d’entretenir avec elle une correspondance intime. Ce recueil, sous le rapport moral comme sous le rapport littéraire, est un des joyaux de la littérature allemande.
HUMBOLDT (Frénéric-Henri-ArexANDRr. baron pr), frère du précédent et le plus grand naturaliste de notre époque, né le 14 septembre 1769 à Berlin, n'avait pas encore dix ans quand il perditson père, qui, dans la guerre de sept ans, avait rempli les fonclions d’aide de camp du prince Ferdinand de Brunswick et qui plus tard était devenu chambellan du roi de Prusse.
Alexandre de Humboldt reçut une éducation extrêmement soignée, qu’il partagea avec son frère aîné, Guillaume. Après avoir suivi dans l’automne et l'hiver de l’année 1787-1788 les cours de l’université de Francfort-su -l’Oder, il passa l'été et l’hiver suivants à Berlin, où il se livra à l’étude de la technologie, de même qu’à celle de la langue grecque. A cetle époque, il se lia d’une amitié des plus étroites avec le célèbre botaniste Wildenow. Au printemps de 1789 il alla suivre pendant une année, et en commun avec son frère, les cours de l’université de Gættingue, notamment ceux du célèbre Heyne, et composa alors un Mémoire sur la manière dont les Grecs tissaient leurs étoffes ; Mémoire qui n’a pas été imprimé, mais qui fut son début dans la carrière des lettres. Pendant son séjour à Gœættingue, la fréquentation des cours de Blumenbach, de Beckmann , de Gurelin, de Link, etc., ainsi que de nombreuses excursions dans le Harz et sur les bords du Rhin, développèrent son goût pour l'étude des sciences naturelles. Le fruit de ces travaux fut son premier ouvrage imprimé, qui parut sous ce titre : Sur Les basaltes du Rhin, avec des Recherches sur la syénite et la basanile des anciens (en allemand; Berlin, 1790). Au printemps de 1790, Alexandre de Humboldt entreprit avec Georges Forster un rapide, mais instructif voyage en Belgique, en Hollande, en Angleterre et en France; cette excursion scientifique et l'accueil encourageant que lui fit sir Joseph Banks firent naître tout à coup en lui le plus vif désir de visiter les régions tropicales, etexercèrent une influence décisive sur sa vie. Revenu d'Angleterre à la fin de cette même année 1790, et toujours destiné à suivre la carrière de l’administration, il se rendit à Hambourg à l’effet de s’y perfectionner dans les langues étrangères à l'institut de Busch et d’Ebeling. Après avoir passé cinq mois dans cette ville, il revint auprès de sa mère, et obtint enfin d’elle la permission de se rendre à Freyberg, pour suivre les brillantes leçons du grand minéralogiste Werner ; et, dans l’espace de quelques mois, sous les yeux de cet excellent maître, il recueillit et coordonna les matériaux de sa Flore soulerraine de Freyberg, et posa ainsi les premiers jalons d’une science dont l’existence était à peine soupçonnée.
A cette époque, il n’y avait pas encore à Freybere de chaire spéciale de chimie, et les élèves se trouvaient dans la nécessité de combler par des études particulières la lacune qui existait dans l’enseignement public. Les travaux, alors à peine connus en Allemagne, des chimistes francais, de Berthollet surtout et de Lavoisier, fixèrent l’attention d’Alexandre de Humboldt : il fut conduit à développer dans plusieurs articles insérés dans le Journal des Mineurs ces nouvelles hypothèses si fécondes en résultats pratiques; et
cette étude simultanée de la chimie théorique et de la minéralogie pratique lui permit de donner une nouvelle précision à ses grandes conceptions sur la structure géognostique et oryctognostique du globe ; conceptions qu’il devait plus tard vérifier dans les deux hémisphères, et livrer comme irrécusables à la méditation des géologues. La Flora subterranea Friebergensis et aphorismi ex physiologia chemica plantarum (Berlin, 1794), dont nous avons parlé plus haut, fut le fruit de ce séjour de huit mois dans l’Erzgebirge.
A peine Alexandre de Humboldt eut-il quitté l’académie de Freyberg qu’il fut nommé assesseur au conseil des mines dé Berlin; et quelques mois plus tard (août 1792), sur un rapport très-détaillé, qu’il rédigea sur la situation des richesses souterraines d'Anspach et de Bayreuth, il fut préposé à la direction générale des mines de cette principauté, qui venait d’être adjointe au territoire de la Prusse.
Jusqu'ici l’activité intellectuelle de M. de Humboldt avait été dirigée presque exclusivement vers un seul but, l’exploration approfondie de la structure de l’écorce du globe dans quelques points limités de l’Allemagne ; maïs, en 1794, cette activité reçut une tout autre direction : M. de Humboldt quitta ses études oryctognostiques pour suivre le prince de Hardenberg dans une mission diplomatique sur les bords du Rhin et dans les Pays-Bas ; et l’année suivante il entra au Conseil supérieur de l’industrie et du commerce. Ce fut à cette époque que les sciences des corps organisés, les sciences physiologiques surtout, attirèrent toute son attention ; et ses belles recherches sur le galvanisme, et son Traité sur l'irrilation des nerfs et de La fibre musculaire, publiées en 1796, datent de cette année (1795), dont la dernière moitié fut consacrée presque tout entière à des voyages géologiques dans le Tyrol, dans la Lombardie et dans une portion de la Suisse, et qui valut encore à la science quelques nouveaux aperçus, quelques indications générales sur les phénomènes si complexes de la végétation des plantes.
Le printemps de 1797 fut passé à Iéna, où Alexandre de Humboldt, qui suivait assidûment les leçons de Loder, se préparait par de pénibles études d'anatomie pratique à l'exécution d’un grand voyage scientifique qu’il avait dès longtemps projeté. Ce fut à Jéna qu’il termina son travail sur l’irritation de la fibre musculaire, et ce fut là aussi qu’il vit sa théorie chimique sur les modifications de la force vitale devenir entre les mains de quelques-uns de ses condisciples le germe d’une multitude d'expériences qui semblaient devoir un jour servir à formuler la grande loi des phénomènes de la vie chez les êtres organisés.
Ainsi l’activité intellectuelle d'Alexandre Humboldt avait successivement exploré toutes les grandes catégories de la science humaine : sciences historiques, science des corps bruts, science des corps organisés, il avait étudié, et partout il avait crée, partout il avait ajouté quelques faits nouveaux aux faits acquis, quelque nouvel aperçu aux aperçus déjà développés. Et cependant, à ses propres yeux, son œuvre jusqu'ici n'avait été que préparatoire : il avait profondément creusé les livres des hommes, mais c'était pour apprendre à déchiffrer le livre du monde; il avait fouillé le sol de l'Allemagne, et médifé sur les institutions sociales du peuple qui couvre ce sol, mais c’était pour apprendre à fouiller le sol de la terre, et à découvrir dans les traditions des peuples l’histoire du développement social de l'humanité, En 1797, sa collecte scientifique était faite, les provisions intellectuelles que nécessitait son voyage étaient péniblement rassemblées, et il vint à Paris avec l’'intention de diriger ses premières courses vers l'Asie centrale. 11 espéra d'abord que lexpéditon du capitaine Baubin lui fournirait l'occasion d'accomplir son projet; mais le renouvellement des hostilités entre la France et l'Autriche ne lui permit pas de s’embarquer : il voulut ensuite s’adjoindre à l'expédition d'Égypte, espérant pénétrer par l'Afrique dans l'Arabie, et de l'Arabie, par le golfe Persique, dans les possessions anglaises aux Indes ; mais des circonstances im-