‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 138 sur 522 · HUMEUR — HUMOUR · texte numérisé non relu

HUMEUR — HUMOUR

la direction particulière d’'Albrecfitsberger et par des relations de chaque jour avec Salieri, il fit de l’art de la composition une étude spéciale, dont les fruits furent divers rondeaux , trios et sonates, que ses ouvrages postérieurs ont fait oublier. Entré au service du prince Esterhazy en qualité de maître de chapelle, il eut occasion de s’y essayer dans la musique religieuse et dans la musique dramatique. Après avoir renoncé à cette position, en 1811, il se consacra sans jouer en public, à l’enseignement et à la composition. Ce ne fut qu’à Stuttgard, où il fut appelé, en 1816, comme maître de chapelle, qu’il se fit de nouveau entendre sur le piano en public; la perfection de son jeu excita l’admiration universelle, et tous les contemporains sont d’accord pour proclamer que jamais peut-être on ne porta plus loin que lui la faculté d’improviser. En 1820 Hummel alla rempli le même emploi à Weimar, où, sauf quelques grands voyages en Russie et en Angleterre , il continua de séjourner jusqu’à sa mort, arrivée le 17 octobre 1837. Il a déposé dans un grand ouvrage intitulé Ecole de forte-piano, et dans divers morceaux d’études, les principes qu'il s'était faits el les résultats de son expérience. Ses compositions consistent en concertos, trios, sonates, un grand nombre de petits morceaux pour piano, divers morceaux de musique d'église et de musique théâtrale. Dans ce dernier genre, l'artiste ne réussit que médiocrement ; et son opéra Mathilde de Guise n’eut aucun succès; en revanche, deux grandes messes de lui, une sonate, deux concertos, quelques trios vivront éternellement. s

HUMORISME, HUMORISTES. Voyez Humeur, CRISE, etc.

HUMOUR. Ce mot, qui a pénétré dansla langue critique et littéraire, signifie simplement zumeur, bizarerie naturelle de caractère, penchant auquel on cède, habitude d’esprit dans laquelle on se complait : on est donc de bonne humeur, de mauvaise humeur ; on a l’humeur sombre, noire, riante. Les Français ont conservé celte acception du mot, mais il n’y a que les nations septentrionales qui aient pensé à faire de l’humorisme un mérite et une forme littéraire distincte : transportant les caprices et les variétés de leur humeur dans les œuvres intellectuelles, ils en ont fait un nouveau mobile d'intérêt que les anciens n'avaient pas connu, et qu’ils avaient même repoussé avec dégoût. Souvent les fils des Teutons ont essayé de faire valoir comme chefd'œuvre cette farouche indépendance, tantôt gaie, tantôt lugubre, et qui leur semblait à la fois si précieuse et si digne de l’homme. A force de livrer l’imagination et le caprice à toutes leurs fantaisies, ils découvrirent que le mode spécial qui exprimait le mieux l’essor singulier de cette indépendance intellectuelle, c’était la rêverie tour à tour mélancolique et folle, donnant essor à des saillies joyenses qui trahissent un fond d’amertume tour à tour riant au milieu des larmes, et lançant une étincelle ardente, un trait de gaieté impétueuse au milieu de la tristesse la plus amère; il n’y avait là rien qui ne fût d'accord avec les habitudes de l'humanité, mais c'était sa manière d’être la plus libre, la plus sans façon et la moins réglée.

Notre civilisation française, depuis les Romains, n’a jamais abandonné la règle, qui tour à tour a pris les noms de discipline militaire, d'organisation ecclésiastique, de politesse dans les mœurs et de formules administratives ; aussi l'humeur telle que nous l'avons décrite plus haut fut-elle bannie des mœurs françaises. On trouve bien une gaieté brillante chez Rabelais, une tristesse pleureuse chez Ar nauld, une mélancolie douce chez Racine et plusieurs autres ; mais rien n’y est plus rare, rien n’est moins en harmonie avec le génie national que cette fusion de gaieté et de tristesse, de la philosophie et de la déraison, qui font le mérite de Sterne, de Richter, de Lamb, et qui se retrouvent dans Shakspeare et Byron. Hamlet, qui tourne le monde en plaisanteries amères; Yorick, dont le

crâne retrouvé sert de texte à des théories si mélancoliques; .

le pauvre Jacques, qui voit périr un cerf et qui moralise

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