HUSKISSON — HUSS
L'an 1411, le pape Jean XXIIT, successeur d'Alexandre Y, le cite à comparaître à jour fixe devant son tribunal; mais à la prière de la reine Sophie, de la noblesse de Bohême , de la ville et de l’université de Prague, le roi Wenceslas obtint du pontife que le procès s’instruirait par des légats envoyés en Bohême, et que Jean Huss, de son côté, comparaîtrait par des fondés de pouvoir. Son procès, en effet s’instruit par le cardinal Colonne, qui le déclare publique: ment excommunié. Huss en appelle au pape; d’autres juges lui sont donnés ; ils confirment la sentence, et ses fondés de pouvoirs sont maltraités et emprisonnés. Huss en appelle au futur concile. He
Le schisme d'Occident durait encore : trois papes, Jean XXII, Grégoire XII et Benoît XIII, se disputaient la tiare. Chacun d’eux avait sa chancellerie, sa cour, ses cardinaux ; chacun d’eux excommuniait ses adversaires, et anathématisait les rois et les nations qui méconnaissaient son obédience. Pour comble de scandale, Jean XXIII prêchait une croisade contre Ladislas, roi de Naples, qui soutenait Grégoire XII. Heureux Jean Huss, retiré alors dans son village, s’il eût su se tenir étranger aux querelles des papes et des rois! mais il rompit le silence pour démontrer l’absurdité des indulgences que 3ean XXIII promettait à ceux qui s’armeraient contre Ladislas. « Le pape, disait-il, ne peut faire la guerre pour des intérêts purement temporels . Jésus-Christ n’a pas permis à saint Pierre de s’armer pour lui sauver la vie, » Ces observations produisirent le plus grand effet : le pape l’éprouva. Sa bulle contre Naples fut comme non avenue; son trône déjà chancelant semblait tout à fait ébranlé! Jean Huss, animé par le succès, publie, l'an 1413, son Traité de l'Église, le plus important de ses ouvrages et qu’on pourrait appeler la préface des écrits de Luther et même de Calvin. Il y présentait déjà avec une clarté convaincante toute la doctrine de Luther. « L'Église, disait-il, est un corps mystérieux : Jésus Christ en est le chef; les justes et les prédestinés en sont les membres : ceux-ci ne peuvent en être séparés par une injuste excommunication; leur conscience doit les rassurer contre l'injustice. Le souverain pontife, les cardinaux , les évéques appartiennent au corps de l'Église, et le souverain pontife n’en est point le chef. Quand il n’y aurait ni pape ni cardinaux, l'Église n’en subsisterait pas moins. Le pape, les cardinaux, les évêques cessent d’être membres de l'Église s’ils sont en état de péché mortel... Le pape et les évêques ne lient ni ne délient rien par eux-mêmes, mais seulement par Jésus-Christ. Sans doute les évêques ont droit à l’obéissance des fidèles, mais l’Écriture n'ordonne qu’une obéissance raisonnable. Les chrétiens ont pour les conduire un guide plus sûr que la parole des hommes; c’est la parole divine, Or, cette parole est tout entière dans les livres saints. » Cette doctrine, qui renversait dans sa base non-seulement la puissance pontificale, mais les dogmes les plus respectés du catholicisme, attira sur la tête de Jean Huss un tonnerre d’accusations, en multipliant à l’infini ses partisans. Ne se croyant plus en sûreté à Prague, il se retira dans son pays natal, où il prêcha avec plus d’énergie que jamais la foi en l'Évangile, seul guide du chrétien. Cité à comparaître devant le concile général réuni à Cons- Lance, il s'y rendit en novembre 1414, avec une escorte et un sauf-conduit de Sigismond, duc d'Autriche. Par une fatalité singulière, l'adversaire du recteur de Prague, le pape Jean XXIIE, devait comparaître aussi comme accusé devant ce concile ; mais le duc d'Autriche fit évader à temps le pontife, son ami. Quant à Jean Huss, ce faible prince crut pouvoir se parjurer envers un hérétique, et il l'abandonna à la fureur de ses ennemis.
Arrivé à Constance le 3 novembre, Jean Huss fut arrêté et jeté en prison dès le 28, en dépit des protestations des gentilshommes polonais et bohômes qui l'avaient accompagné au concile. Dans le grand interrogatoire qu'on lui fit subir le G juillet 1415, 1 lui fut donné lecture de 39 propositions tirées de ses ouvrages ct déclarées entachées d'hé-
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