HUSS — HUSSITES
résie au plus haut degré. Jean Huss persista à les maintenir , pour vraies jusqu’à ce qu’on lui en eût démontré la fausseté | par des textes de l'Évangile, Par suite de cette déclaration
faite avec calme et sans jactance, le concile condamna Jean Huss à être brûlé vif, et cette terrible sentence fut exécutée le jour même; les cendres de l’infortuné docteur furent jetces dans le Rhin. Le secrétaire du concile, Æneas Sylvius, depuis pape sous le nom de Pie II, atteste lui-même, dans ses écrits, qu'aucun sage de l'antiquité, aucun martyr des premiers siècles de l’Église, ne souffrit la mort avec plus d’héroïsme. Consultez Historia et Monumenta Johannis Hussi atque Hieronymi Pragensis (2 vol., Nuremberg, 1668); Bonnechose, Les Réformateurs avant la Réforme (2 vol.; Paris, 1844). Charles Du Rozorr.
HUSSARD ou HOUSARD, sorte de cavalerie légère, d’origine hongroise, connue aussi sous le nom de Croales depuis la guerre de trente ans. Ce fut sous le règne de Louis XIII, en 1637, que l'on vit pour la première fois en France des compagnies de Aussards étrangers, servant dans nos armées comme troupes auxiliaires. On ne les connaissait alors que sous le nom de cavalerie hongroise. Nous avons fait connaître l’origine du mot Aussard à Particle CAVALERIE (tome IV, p.723). En 1691, quelques déserteurs hongrois s’offrirent à prendre du service dans les régiments de cavalerie étrangère au service de Louis XIV; quelquesuns s’attachèrent à des officiers de marque, qui, en raison de la nouveauté de leur costume, les prirent pour ajouter une bigarrure de plus à leurs équipages. Cependant, lenombre de déserteurs hongrois augmentant chaque jour, on dut songer à utiliser des hommes braves et entreprenants. L’un d'eux, plus hardi que les autres, se présente, au nom de tous, au maréchal de Luxembourg, lui déclare que ses camarades n’ont abandonné leurs drapeaux que dans l'espoir qu’on les emploicra en France, et’ ne dissimule pas les dangers qu'il y aurait à entretenir plus longtemps le mécontentement qui se manifeste déjà parmi les siens. IL offre, comme première preuve de fidélité, de se mettre à la tête de 20 hommes, et Œaller, en partisan, inquiéter les derrières et les convois de l’ennemi. La proposition fut acceptée, et la petite troupe ne tarda pas à faire preuve d’une grande bravoure et de quelque expérience dans ce genre de guerre. Louis XIV, informé dela conduite de ces braves, ordonna qu'il fût formé autant de compagnies de hussards que le nombre des réfugiés hongrois pourrait le permettre. La nouvelle de la création de ces compagnies s’étant répandue parmi les troupes ennemies, le nombre des déserteurs augmenta à tel point, que l’année suivante (1692), on fut obligé d’en créer un régiment. Ces corps s’augmentèrent successivement: ils étaient au nombre de six en 1789, de douze à quatorze sous la République, le Consulat et l’Empire, et de six sous la Restauration. En 1840, ce nombre fut porté à neuf.
Les hussards combattaient sans aucune espèce d'ordre ni de tactique. Ils se groupaient confusément, et chargeaient ainsi leurs adversaires, les enveloppaient et les effrayaient par leurs cris et leurs mouvements. En cas d'échec, ils seralliaient avec promptitude > €t revenaient ensuite à la charge. On les employait plus particulièrement pour aller à la découverte, à l'avant-garde, à l’arrière-carde, harceler les convois, attaquer les fourrageurs, flanquer dans les marches les ailes de l’armée. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que l’on parvint à les habituer au joug de la discipline. Les anciens hussards étaient très-adroits à manier leurs chevaux : ils avaient des étriers fort courts, de manière que, les éperons se (rou= vant très-près des flancs de l’animal, ils le forçaient à courir avec beaucoup plus de vitesse que la grosse cavalerie,
Dès le commencement du règne de Louis XV cette arme fut adoptée par toutes les puissances du nord de l'Europe. Le Piémont et les États méridionaux, excepté l'Espagne, suivirent aussi cet exemple, et 1l est peu de princes souverains DA aujourd’hui un ou plusieurs régiments de huscards.
Les hussards se sont distingués dans plusieurs de nos
grandes guerres. La France se rappelle avec orgueil les noms de Berchini, Lauzun, Chamboran, Lassalle, Carignan, et de beaucoup d’autres, sous le commandement des-
| quels les hussards se couvrirent de gloire. L'habillement
de cette troupe est élégant et léger. Ses chevaux sont de petite faille; ses armes consistent en un sabre, une carabine, une paire de pistolets.
De tous les corps de l’armée française, c’est celui auquel on eut le plus de peine à faire adopter la coiffure à la Titus. Sous l'Empire, les hussards conservèrent encore les nattes, les cadenettes et la queue.
HUSSITES. C’est le nom que prirent les partisans de Jean Huss, qui l’honorèrent, lui etJérôme de Prague, à légal des martyrs, et qui, méprisantles décrets et les anathèmes des conciles, exercèrent de terribles représailles contre les prêtres et les moines. Ils adoptèrent pour emblème le calice, que, suivant la recommandation de Jacob de Nisa, approuvé par Jean Huss, ils présentaient aussi aux laïcs à qui ils administraient la communion sous les deux espèces ; et le roi Wenceslas IV leurconcéda en 1417 diverses églises. A la mort de Wenceslas, arrivée le 13 août 1419, la plupart des seigneurs et des villes de la Bohème refusèrent le serment d'obéissance et de fidélité à son déloyal frère, l’empereur Sigismond; et le cardinal légat, Jean Dominico, en se conformant aux instructions du pape qui lui ordonnaient d'employer la force pour en finir avec l’hérésie, provoqua une insurrection générale, que suivit ce qu’on appelle la guerre des hussites. On égorgea les prêtres et les moines; on réduisit en cendres les églises et les couvents. Les hussites se divisèrent eu deux partis : celui des Calixtins, plus modéré, et celui des Taborites, plus rigoureux. Ce dernier tirait son nom de la forteresse de Tabor, dont il avait fait sa place d’armes ; et il reconnaissait pour chef l’aveugle Jean Ziska, dont le lieutenant, Nicolas de Hassinecz, repoussa en {420 l’attaquetentée contre Tabor par l’armée impériale aux ordres du rénégat Ulrich de Rosenberg. Les calixtins, qui appelaient de leurs vœux le rétablissement de la paix dans l’Empire, offrirent la couronne de Bohême d’abord au roi Ladislas de Pologne, puis au grand-prince de Lithuanie, Vithold, et enfin à son neveu Koribut, Ziska refusa de donner son consentement à cet arrangement, et dès lors il y eut scission complète entre les deux partis. En 1420 et 1421 chacun d’eux publia de son côté une profession de foi distincte, résumée en articles particuliers. Les taborites rejetaient absolument tous les dogrnes de l'Église qui ne sauraient étre prouvés à la lettre par un texte de l’Écriture. Cependant, en face de l'ennemi commun, les deux partis se prêtaient un mutuel appui. En 1422 Ziska battit les Impériaux à Deutschbrot, puis dans une succession non interrompue de petits engagements ; et en 1424 la ville de Prague n’échappa à une dévastation complète qu’en souscrivant la plus dure des capitulations. A la mort de Ziska, arrivée la même année, les hussites se donnèrent pour chef le grand Pro'cope, tandis que le commandement de leur armée était déféré au petit Procope. En 1427, lorsque Koribut fut forcé de renoncer à la couronne de Bohême, et de même, en 1431, Procope remporta des victoires signalées sur les croisés mercenaires de l'Empire d'Allemagne ; et jusqu’à la fin de l’année 1432 il demeura la terreur des contrées voisines, où il entreprenait continuellement de dévastatrices expéditions. Le concile de Bâle étant entré en négociations, en 1433, par l'intermédiaire de Sigismond avec les révoltés , une transaction, connue sous le nom de Compactata de Prague, fut conclue avec les calixtins. Les taborites et les orphelins (comme se nommaïent ceux qui regardaient Ziska comme irremplaçable) se refusèrent à accéder à cette transaction; mais ils furent complétement battus à la bataille de Bœhmischbrot, le 30 mai 1434, par les catholiques unis aux calixtins. Par le traité conclu en 1436 à Iglau l’empereur Sigismond confirma les Compactata, et garantit aux habitants dela Bohëme la jouissance de la liberté politique et religieuse. Toutefois, la guerre civile
continua toujours, et ne cessa complétement qu’en 1455, époque où, dans la diète de Kuttenberg, le roi Ladislas accorda une paix de religion qui assurait aux calixtins et aux catholiques la paisible jouissance de leurs droits respectifs. Plus tard les taborites se confondirent avec la secte des frères Bohèmes, sortie de leur sein. Consultez Schubert, Histoire de la guerre des hussites (Neustadt, 1825).
HUSTINGS. La cour des hustings était jadis la plus haute et la plus anciennement établie des juridictions de la cité de Londres; et c’est encore aujourd’hui à cette cour, présidée par le lord-maire et les aldermen, qu’on en appelle des jugement rendus par la cour des sheriffs. D’autres villes et cités, telles que York, Lincoln, etc., possèdent une semblable juridiction.
On appelle aussi hustings les espèces de tribunes en plein vent, décorées de bannières à leurs couleurs, où les candidats à la députation viennent faire leur profession de foi devant les électeurs dont ils recherchent les suffrages. Chacun sait avec quelle liberté, pour ne pas dire quelle licence, le peuple anglais use de son droit électoral. Il ne se borne pas toujours à accabler de ses sifflets les candidats dont il ne partage pas les principes politiques ; il a le plus souvent recours à des démonstrations plus humiliantes encore. Les projectiles les plus immondes sont employés pour forcer l’orateur à battre en retraite et à abandonner les hustings, trop heureux lorsque la violence directe n’est pas employée à cet effet. C’est sans doute parce qu’à l'origine le choix des bourgeois appelés à représenter la cité de Londres au parlement devait se faire devant la cour des hustings, qu’on aura appelé Æustings d’abord le lieu où se faisait une élection parlementaire , puis l’échafaudage même servant aux candidats pour haranguer la foule.
HUTCHESON (Francis), naquit en 1694, dans l’Irlande septentrionale, et fit ses premières études à une époque où les doctrines religieuses et philosophiques subissaient le contre-coup des deux grandes crises que venaient de subir, en 1649 et en 1688, les institutions politiques d'Angleterre. C'était, dans les sciences et dans les lettres, l’époque des Newton , des Locke, des Shaftesbury. Doné d'un beau génie, le jeune Hutcheson , qu’on destinait à l'Eglise, s’appliqua, à l’université de Glasgow, avec une ardeur égale, aux langues anciennes, à la philosophie et à la théologie. Après avoir terminé ses études, il entra comme professeur dans une institution particulière de Dublin. Hutcheson y eut des succès, qu’il releva par une publication importante sur la philosophie. Une grande question de philosophie pratique s’agitait alors dans les écoles d’Angleterre ; c'était celle du principe même de la morale, Sbaftesbury fondait toute sa doctrine morale sur les affections surveillantes du cœur humain et sur les directions qu’elles impriment à l’amour-propre ou à l'intérêt personnel. Cette doctrine plut à Hutcheson. 11 la développa dans un volume intitulé Recherches sur l’origine de nos idées de beauté et de vertu (Londres, 1720). L'auteur avait alors vingt-six ans, et son ouvrage n’était pas remarquable sous le rapport de lasscience. Il exposait, au contraire, une sorte de sensualisme moral très-vulnérable; et un frère du célèbre Samuel Clarke, John Clarke, le réfuta avec beaucoup de vivacité et de raison, dans un ouvrage publié à York, sous ce titre : Fondement de la morale en théorie et en pratique. Cependant cette réfutation, loin de nuire à Hutcheson, contribua au succès de son livre. Hutcheson plut par sa prétention d’apporter à la science des sentiments la précision et la rigueur de la démonstralion mathématique. 11 fut recherché et encouragé. ;
Huit ans après, il publia son ouvrage sur les passions, Essay on the nature and conduct of passions and affections, with illustrations on the moral sense (Londres, 1728). C'est celui deses ouvrages où il professe avec le plus d’entrainementles sentiments les plus nobles, et qui le mit le
mieux à sa place : il le fit nommer à la chaire de morale !