HYDROGRAPHIE — HYDROPHOBIE
majeure que le commandement du bâtiment se trouve entre |
les mains d’un homme versé dans la connaissance des procédés de l'hydrographie; le salut de tous en dépend. Aussi w’accorde-t-on le brevet de capitaine au long cours qu'aux paarins qui, ayant suffisamment navigué pour offrir de sé-
rieuses garanties de leur instruction pratique, justifient en
outre de leurs études hydrographiques en subissant des examens sur la science qui nous occupe et ses annexes. Pour les préparer à celte carrière, la France possède trente quatre écoles d’hydrographie, dont les principales sont celles de Bordeaux, Marseille, Saint-Mälo, Le Havre, Nantes, Brest, Lorient, Toulon, Rochefort, Cherbourg, etc. Le grade de professeur à ces écoles (où l'enseignement est gratuit ) n’est lui-même conféré qu'après un concours et des examens dont le programme embrasse toutes les connaissances utiles à Phydrographie. C'est là que se forment la plupart de nos capitaines au long cours et de nos maitres au grand cabotage. La création de ces écoles, si utiles à notre marine marchande, est due à Colbert ( ordonnance de 1681). Quant à la marine de l’État, son état-major est fourni par l’École navale, à laquelle nous devons de posséder la marine milifaire la plus éclairée du monde civilisé.
Le mot Aydrographie sert aussi à désigner cette partie de la géographie qui traite de la distribution des eaux à la surface de la terre (voyez Bassin). E. MERLIEUX.
HYDROMANCIE ( du grec Üowp, eau, et mavteia, divination ), divination au moyen de l’eau. On la pratiquait de bien des manières. Elle recevait le nom d’2ydatoscopie quand elle résultait de l'inspection de la pluie, et celui de pégomantie si elle se faisait avec de l’eau de fontaine. En général, elle consistait à tirer des présages des diverses impressions, des changements, flux et reflux, couleurs, images que l’eau présentait. Voulait-on connaître l’état futur de la santé d’un malade, on plongeait un miroir dans une fontaine, et l’on s’en servait pour les prédictions, ou bien la personne qui consultait l’avenir tenait suspendu dans l'intérieur d’un vase rempli d’eau un anneau attaché par un fil à l’un de ses doigts. Elle faisait une courte prière aux dieux ; et si la chose qu’elle conjecturait devait se réaliser, l'anneau frappait de lui-même un certain nombre de fois les bords du vase. On recourait encore assez communément à un autre genre d'épreuves : On jetait trois petites Pierres dans l’eau : si elles se mouvaient en rond dans leur chute, c'était un signe de bonheur. Au lieu d’eau, on se servait aussi quelquefois d’huile, ou de vin, et l’on remplaçait encore les pierres par de petits coins d’or ou d'argent. L’inxention de l’hydromancie est attribuée par les uns à Numa Pompilius, par d’autres à Joseph. Ceux-ci se fondent sur ce passage de l’Ecriture : « La coupe que vous avez dérobée est celle-là même dont mon maître se sert pour les augures. » Saint Augustin fait mention de l’hydromancie.
HYDROMEL (de ÿôwp, eau, et p£x, miel). On donne ce nom à deux préparations distinctes, qu’il faut se garder de confondre. L’hydromel simple se prépare en faisant dissoudre dans seize parties d’eau tiède une partie de miel dépuré : il en résulte une boisson assez fade, dont les propriétés apéritives ont fait un agent thérapeutique utile dans les maladies des enfants. L'hydromel vineux, le LeÂtxpuTov des Grecs, le merum des Latins, possède de bien plus précieuses qualités : on le prépare en faisant dissoudre à chaud une partie de miel dans {rois parties d’eau, et en prolongeant lébullition jusqu’à ce que la dissolution soit assez épaisse pour faire flotter un œuf (c’est ainsi que s'expriment les
formulaires ). La solution, refroidie et filtrée à travers une |
éfamine, est abandonnée, dans un vase ouvert, à la fermentation, qui s'établit au bout de quelques jours, et qui se prolonge pendant deux ou trois mois : la fermentation détermine la séparation d’une quantité considérable de fèces, qui se précipitent, et produit une certaine quantité d'alcool
. ‘ui reste en solution : il en résulte un liquide transparent,
plus ou moins eoloré, qui possède plusieurs des qualités des vins d’Espagne.
DIGT, DE LA CONVERS. — T, XI
S'il faut ajouter foi à l'autorité de Pline, c’est à Aristée, roi des Arcadiens et fils du Soleil, que l’humänité doit la découverte d’une liqueur dont l’usage paraît avoir été trèsgénéralement répandu parmi les peuples de l'antiquité. Les Celtibères ( Diodore de Sicile ), les Taulantiens, peuples da l'Hlyrie (Aristote), la Grèce, l'antique Égypte ( Diodore, Pline, Galien), buvaient largement le divin inélicraton, et le douzième livre de Columelle l’agrononome est en grande partie consacré à l'exposition des procédés dont les Romains faisaient usage dans la préparation de cette boisson favorite. Aujourd’hui encore l'usage de l'hydromel est généralement répandu en Pologne et en Russie, et les Abyssiniens en font une grande consommation. BELFIELD- LEFÈVRE.
HYDROMETRE, HYDROMÉTRIE (de ÿwp, eau, et étpov, mesure ). Le mot Aydrométrie a été créé vers Ja fin du dix-septième siècle, pour désigner l’art de mesurer le poids , la densité, la vitesse, enfin les diverses proprictés des liquides , et particulièrement des grandes masses d’eau ; ainsi, en 1694 l’université de Bologne fondait une chaire d’kydrométrie en faveur de Guglielmini. Mais ce mot n’est plus guère usité; du reste, l’objet auquel il s'applique est mal défini, et les éléments de l’hydrométrie rentrent pour la plupart dans le domaine de l'hydrostatique et de l’hydrodynamique.
Cependant, le nom d’hydromètre, donné d’abord aux instruments dont se servait l'hydrométrie, a été conservé pour désigner ceux de ces instruments spécialement destinés à mesurer la vitesse des courants d’eau. Les uns sont de simples flotteurs dont on observe la marche avec soin. D’autres offrent des applications plus ou moins ingénieuses des principes relatifs au mouvement des liquides : tels sont le volant à aubes, le pendule hydrométrique , le tube de Fitot, les balances hydrométriques, le tachomètre , le moulinet hydrométrique de Waltmann, etc.
HYDROPARATATES ( de we, eau, et noplormus, j'offre, je présente ). Voyez ENCRATITES.
HYDROPATHIE ( de Üwp, eau, et xéôoc, douleur). C’est le nom donné d’abord à l'hAydrothérapie ou méthode curative au moyen de l’eau froide, dont Priessnitz fut le généralisateur. Les médecins qui emploieut cette méthode sont souvent nommés Aydropathes ou hydrothérapeules.
HYDROPERICARDE , hydropisie du péricarde.
Voyez HYDROPISIE.
HYDROPHOBIE (de Üowp, eau, et »6680:;, crainte), aversion, horreur de l’eau ou des liquides. Comme l'horreur de l’eau et en général des liquides est un des symptômes les plus caractéristiques de la rage, on donne très-souvent à cette maladie le nom d’hydrophobie, dénomination qui, du reste, est plus technique, quoique moins exacte. L'avsrsion pour l’eau se manifeste néanmoins dans d’autres maladies que la rage : telles sont certaines affections nerveuses, quelques fièvres de mauvais caractère, et même des plhegmasies ; mais elle ne constitue jamais, ainsi que l'ont avancé des auteurs peu exacts, une sorte de rage spontanée, à laquelle l’homme succomberait en peu de jours, comme il arrive à celui qui a été mordu par un chien enragé. En lisant avec attention les observations d’hydrophobie spontanée essentielle rapportées dans les anciens recueils de faits, on voit que l'horreur de l'eau est toujours accompagnée d’autres accidents, indices d’une maladie primitive. Par conséquent, l’'hydrophobie est ici un symptôme et non une maladie essentielle qu'on peut faire entrer dans un cadre nosologique.
Parlons maintenant du sujet principal de cet article, de lAydrophobie rabienne ou rabique , vulgairement appelée rage, l'une des maladies les plus terribles dont l'espèce humaine puisse être attaquée. La cause prochaine aussi bien que la nature intime de cette affection sont inconnues : on sait seulement qu’elle est produite par la morsure des ani: maux enragés, et particulièrement du chien, le plus exposé de tous à l’hydrophobie spontanée, On a fait intervenir un virus déposé dans la plaie faite par les dents de l'animal, et
auquel la salive et les mucosités de la bouche servent de véhicule ; mais ce virus n’est qu’une entité, dont l'existence n’est nullement démontrée. La chaleur n’influe pas, comme on pourrait le croire, sur le développement de l’hydrophobie spontanée : on l’observe dans toutes les saisons ; des recheruhes exactes ont prouvé que les mois de mars, d'avril, de mai et de septembre fournissaient le plus d'exemples d’hydrophobie spontanée, Aucun chien n’en est absolument exempt, on la rencontre sous toutes les latitudes; il y à pourtant certaines contrées, comme l'Égypte, Chypre, la Syrie, qui en sont presque entièrement préservées. Les loups, les chiens, les renards et les chats sont les animaux les plus exposés à la rage spontanée, et ceux qui la communiquent à l’homme ; les herbivores, comme le cheval, le bœuf, deviennent rarement hydrophobes, et ne peuvent communiquer cette terrible maladie; elle ne paraît pas susceptible de se transmettre de l’homme à son semblable : seulement la terreur inspirée par certains hydrophobes a quelquefois produit une aversion passagère pour l’eau (hydrophobie symptomatique).
La rage se reconnaît, chez les diverses espèces du genre canis, aux phénomènessuivants : l’animalest triste, recherche la solitude, refuse les aliments et les boissons; il s’agite, abandonne la maison, la tête basse et la queue traînante, la langue pendante , et la bouche pleine d’écume; sa marche vagabonde annonce qu’il n’a plus de repos : la soif le dévore, et cependant il s'éloigne en frémissant de toute espèce de liquide. La fureur qui l’agite par moments le porte à se jeter sur tout ce qu’il rencontre; la résistance ne fait que l'irriter. L'aboiement du chien enragé est remplacé par un affreux murmure rauque, qui effraye même sonespèce. Après avoir erré pendant quatre ou cinq jours, en proie aux convulsions, l'animal meurt après quelques redoublements rapprochés de son mal. Chez les autres mammifères, l’hydrophobie présente à peu près les mêmes caractères, sauf quelques particularités, dues à l’organisation des espèces. L'incubation de la rage communiquée est longue; elle ne se développe d'ordinaire chez l’homme et les animaux que cinq ou six semaines après la morsure. Toutefois, sans parler d’exceptions peu nombreuses citées par les auteurs, diverses causes peuvent hâter le développement de l’hydrophobie, comme une chaleur excessive, des affections morales, la terreur causée par la mort d’un hydrophobe, un excès de régime, etc,
Chez l'homme, la rage communiquée s’annonce par des douleurs dans la partie mordue, une pesanteur de tête, de l'ins , des rêves effrayants, une exaltation momentanéerou un affaissement notable des facultés mentales ; l’inquiétude s'empare du malade, ses yeux deviennent brillants, évitent la lumière, etc. Bientôt arrive le terrible frisson hydrophobique, causé par la vue d’un liquide, de corps brillants, et même la simple agitation de l’air. Approche-t-on de la bouche du malade un vase rempli de liquide, il frissonne, repousse | se avec effroi; la gorge et la poitrine éprouvent un serrement douloureux et spasmodique ; les yeux s’animent, le corps est agité de sanglots, de suffocations et de mouvements convulsifs. Cette horreur des liquides n’est pas ontinuelle : elle cesse, et permet au malade de boire, pour revenir bientôt après; une soif inextinguible, une ardeur brûlante, tourmentent le malheureux hydrophobe, qu'un:
invincible horreur éloigne des boissons ; une bave écumeuse |
mouille la bouche dans les moments d’agitation. L'homme atteint d’hydrophobie éprouve rarement le désir de mordre, et il n’y a aucun danger à l’approcher; il est même plus «ensible et plus affectueux que dans l’état de santé. L'exal- {ation cérébrale ne fait qu'augmenter. L’insomnie favorise des hallucinations continuelles. La vue et l'audition deviennent d’une susceptibilité extrême, le malade recherche l'obscurité, Vers la fin de la maladie, sa voix devient rauque, le délire s'empare de lui; la mort arrive ordinairement le cin-
quième, le sixième ou le huitième jour de l'invasion, au milieu |
des spasmes de la poitrine et des mouvements convulsifs. L'intensité de l’hydrophobie n’est point du tout en raison de V'étendue des morsures ni de leur nombre, ni de la force