‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 172 sur 522 · IBIS — IBRAHIM · texte numérisé non relu

IBIS — IBRAHIM

facile à pratiquer que dans les lointaines contrées où l’amène son humeur vagabonde elle ne risque point d’être exploitée. Aussi bien le voyageur arabe, presque toujours jurisconsulte ou médecin, exerce sa profession tout en voyageant; et partout où il s’arrête, rien ne s’oppose à ce qu'il devienne bientôt un personnage considérable, Sous ce rapport, rien de varié et d'étonnant comme la vie d’Ibn-Batoutah, que le lecteur voit tantôt vivant dans la société des princes et des puissants , tantôt tant celle des ermites, ou bien encore recueilli dans les fondations pieuses, véritables hôtelleries gratuites, créées par les croyants dévots pour faciliter aux pèlerins pauvres le voyage à la Mecque, cette visite à la Kaaba dont la loi de Mahomet fait un devoir de conscience à tout fidèle musulman. Ibn-Batoutah exerce d’ailleurs successivement tous les métiers; nous le voyons khadi à Delhy, ambassadeur en Chine, juge aux îles Maldives, partout fort honoré, ayant le soin aussi de se marier partout où il se fixe pour quelque temps, et la précaution de divorcer quand il se remet en route, afin de pouvoir à la plus prochaine station contracter un nouveau mariage.

IBN-KHALDOUN ( Vazy-EDDIN-ABOUD-ZEYD-ABD- ALRAHMAN ), écrivain arabe, né à Tunis, l’an 1332 de Jésus- Christ, mort au Caire, en 1406, âgé d’environ soixantequinze ans, étudia, auprès de son père et des hommes les plus habiles de son pays, le Coran, les traditions de Mahomet, la grammaire, la poésieet la jurisprudence, fit un voyage en Espagne, séjourna quelques années à Grenade, remplit de hautes fonctions à Tunis, à Fez et en Égypte, et laissa, entre autres ouvages, une Histoire des Arabes et des Berbères, regardée par les Orientaux comme la meilleure école de politique. Deux précieux manuscrits de ce livre ont été récemment découverts à Constantinople et à Constantine. Il a été publié en arabe et en français, avec des notes, par MM. de Slane et Noël Desvergers (1841-1843).

IBRAHIM, sultan ottoman, naquit en 1617, et succéda, en 1640, à son frère Amurat IV. L'avénement de ce prince offre un trait caractéristique des mœurs orientales. Lorsque les grands dignitaires se rendirent au sérail où il vivait rélégué, pour lni faire ceindre le sabre d'Osman, il refusa d'ouvrir et se barricada, croyant toucher à sa dernière heure; on parvint enfin jusqu’à lui en brisant les portes, mais on ne put calmer sa frayeur; et comme il redoutait un piége de son frère, il protesta longtemps contre les honneurs qu’on lui rendait, assurant qu’il préférait à la société des hommes celle des petits oiseaux qu’il avait élevés. Enfin, la sultane Validé fit apporter le cadavre d’Amurat; aussitôt Ibrahim, changeant de langage : « Dieu soit loué, dit-il, l'empire est délivré de son bourreau! »

D'un extérieur chétif et d’une santé chancelante, le nouveau sultan se montra rarement au peuple et à l’armée; ilne quitta guère le harem, etabandonna le gouvernement à sa nièce et au grand, vizir. D’importants événements se passèrent cependant sous son règne. Deux expéditions successives contre les Cosaques amenèrent la reddition d’Azof, et Candie, la seule île de l’Archipel qui n’était pas encore soumise au croissant, succomba en 1645, à l'exception de la capitale, qui ne se rendit qu’en 1669.

Une intrigue du sérail avait été la cause première de cette longue guerre. Ibrahim s'était attaché à une jeune eselave qui était la nourrice de son propre fils Mahomet; celle-ci, redoutant le courroux de la sultane, obtint la per. mission de quitter le sérail avec son enfant, sous le prétexte d’un pèlerinage à La Mecque. Le vaisseau qu’elle montait fut pris par des galères de Malte qui relächèrent à la Cane, La Porte aussitôt proclama que la république de Venise avait violé la neutralité, et lui déclara la guerre. Quant aux chevaliers, ils crurent d’abord que l'héritier présomptif du trône des Osmanlis était tombé en leur pouvoir, Plus tard ils reconnurent leur erreur, et l'enfant fut élevé dans la religion chrétienps. Ce personnage entra par la suite dans des

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