‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 173 sur 522 · IBRAHIM — ICARIE · texte numérisé non relu

IBRAHIM — ICARIE

ordres monastiques, et sous le nom de Padre Ottomano passa dans toute l'Europe pour le fils du sultan.

Une révolte des janissaires, auxquels se joignirent le mufti et les oulémas, mit fin au règne d’Ibrahim, qui fut étranglé dix jours après sa déposition, le 16 août 1648. Son fils Mahomet, âgé seulement de sept ans, lui succéda.

IBRAHIM-PACHA , fils adoptif du vice-roi d'Égypte, Méhémet-Ali, naquit en 1789. Ce fut contre les Wahabites qu’il donna, pour la première fois, des preuves éclatantes de sa valeur et de ses talents comme général. Il défit complétement ces rebelles en 1819, puis il subjugua le Sennaar et le Darfour. En 1825 il envahit la Morée, à la tête d’une armée égyptienne, pour soumettre la Grèce à son père; mais par suite de l’accord de l'Angleterre, de la France et de la Russie, il se vit forcé, en 1828, de renoncer à ses projets.

Après la paix d’Andrinople (1829), Méhémet-Ali songea à faire de la Syrie le boulevard d’un nouvel empire égyptiencrétois. Abdallah, pacha de Saint-Jean-d’Acre, n’étant pas entré dans ses vues, [brahim fut chargé par son père de trancher la question avec l'épée. En conséquence , Ibrahim, à la tête de l’armée de terre, franchit, le 29 octobre 1831, les frontières égyptiennes, occupa en peu de temps la Palestine, prit d'assaut Saint-Jean d’Acre, le 25 mai 1822, s’empara ensuite rapidement de toute la Syrie, battit les Turcs le 9 juillet 1832, à Homs, puis à Beilan, et le 20 décembre, à

Konieh, dans l'Asie Mineure, jusqu'à ce qu’enfin larrivée |

des Russes dans le Bosphore mit un terme à sa marche victorieuse, Cette campagne se termina par l’intervention des grandes puissances européennes; non-seulement, le 4 mai 1833, la Porte consentit à abandonner la Syrie à Méhémet- Ali, mais encore elle céda le cercle d’Adana, à titre de fermage, à Ibrahim personnellement. Ibrahim commença aussitôt l’organisation des provinces nouvellement acquises, et rendit de grands services aux populations , en rétablissant parmi elles, bien qu’à la manière orientale, l’ordre et la sécurité des personnes et des propriétés; mais comme il introduisit dans l'administration, à la place de la mansuétude dont tous les actes de l’ancien gouvernement élaient empreints, un système de rigueur calqué sur celui que Méhémet- Ali avait établi en Égypte, un soulèvement éclata dès 1834, de sorte que son père dut accourir à son secours. La tranquillité fut bien rétablie en apparence ; mais il dut faire au peuple d'importantes concessions. Indépendamment des troubles incessants dont la Syrie était le théâtre, et qui avaient principalement pour cause la conscription qu’Ibrahim y avait introduite, une guerre de protocoles se continua entre Méhémet-Ali et le sultan Mahmoud II, jusqu’en 1839, moment où de part et d'autre on résolut d’en appeler de nouveau à la force des armes. La guerre se trouva déclarée de fait entre les deux puissances par le passage de l’Euphrate qu’effectua, en avril 1839, près de Bri, par conséquent sur le territoire égyptien-syrien, l’armée turque, aux ordres du séraskier Hafiz-Pacha. Ibrahim battit toujours en retraite devant l'ennemi, jusqu’au 24 juin, jour où les deux adversaires se livrèrent, près de Nisib, une bataille dans laquelle l'armée turque fut complétement anéantie.

À ce moment Ibrahim fut encore une fois arrêté dans sa marche victorieuse par la France, qui l’engagea à suspendre toutes hostilités, pour que les grandes puissances pussent arranger le différend. Les négociations diplomatiques ouvertes à cet effet n’ayant point abouti, une flotte austro-anglaise parut dans l'été de 1840 sur les côtes de Syrie; elle bombarda et prit les villes de Beirout, de Jaffa et de Saint-Jean d’Acre, provoqua un soulèvement général parmi les populations du Liban, et chassa les Égyptiens de toutes les positions qu’ils occupaient sur les côtes. Dès lors la position d'Ibrabim, qui s'était retiré sur Damas avec son armée, ne fut plus tenable en présence d’une insurrection gagnant de plus en plus du terrain autour de lui. Aussi se vit-il forcé d'abandonner ses conquêtes en Syrie et de battre en retraite sur l'Égypte en traversant le désert sur trois colonnes, au milieu de difficultés de tous genres.

Ou sait que la France eut un instant la velléité de prendre en main la défense de Méhémet-Ali, comme le lui commandait la politique la plus élémentaire; mais au moment déeisif, au moment où la flotte française de la Méditerranée pouvait anéantir les flottes anglaise et autrichienne, le cœur manqua à nos gouvernants d'alors; et notre amiral reçut l’ordre de ramener nos vaisseaux à Toulon. Méhémet-Ali ne pouvant songer à lutter contre l’Europe tout entière, dut accepter les conditions des vainqueurs, et se résigner à se reconnaître de nouveau et de la manière la plus formelle vassal de la Porte, sous la réserve expresse toutefois de l’hérédité du grand fief d'Égypte dans sa famille.

Depuis cette époque Ibrahim, qui, par suite des conventions arrêtées entre son père et la Porte, était désigné pour

| lui succéder, se retira des affaires publiques, du moins en

apparence, et s’occupa seulement d'encourager l’agriculture dans ses domaines. Ce ne fut que postérieurement, et lorsque le grand âge de Méhémet-Ali dut faire pressentir sa fin prochaine, gw’Ibrahim-Pacha reparut sur la scène comme héritier présomptif du pachalik. Mais déjà il ressentait les premières atteintes du mal auquel il devait succomber, Les médecins lui conseillèrent d’aller passer l’hiver de 1846 dans le midi de la France; et les soins que lui donna le célèbre docteur Lallemand, de Montpellier, réussirent assez pour lui permettre d'entreprendre au printemps suivant le voyage de Paris, à l'effet de venir saluer le roi Louis-Philippe. Le fils et héritier présomptif de Méhémet-Ali obtint dans notre capitale une réception toute princière; le gouvernement le logea à l'Élysée-Bourbon et lui fit tous les honneurs de Paris, comme s’il se fût agi d’une tête couronnée et encore de la plus huppée. Après un mois de séjour passé à Paris en liesses, en féstins, en bals et en revues, Ibrahim-Pacha s’en retourna en Égypte, où il mourut, en 1848, quelques mois avant Méhémet-Ali. Sa descendance fut écartée de la succession, qui passa au petit-fils favori de Méhémet-Ali, Abbas-Pacha,

IBRAIL ou IBRAILA. Voyez BRAÏLOW.

IBYCUS, poëte lyrique grec et contemporain d’Anacréon, né à Rhegium , dans l’Italie inférieure, vint vers le milieu du sixième siècle avant J.-C. à la cour, alors très-brillante, de Polycrate, tyran de Samos. Plus tard, après avoir entrepris plusieurs voyages, il retourna dans sa ville natale, où il mourut. Suivant une tradition répandue déjà dans l’antiquité, il fut attaqué et assassiné par des brigands. Les anciens mentionnent d’Ibycus sept livres de poésies épiques, en dialecte dorique-éolien, qui traitaient de sujets héroï-érotiques, et se distinguaient par le feu de l'imagination et de Ja passion, comme le prouvent les fragments qui en subsistent encore, et qui ont été recueillis par Schneiïdewin dans le Delectus poesis Græcorum Elegiacæ, etc. (Gœttingue, 1839), et en dernier lieu par Bergk, dans ses Poëlæ Lyrici Græci (Leipzig, 1843 ). :

ICARE. Voyez DÉDALE.

ICARIE , terre promise à la nation des communistes , située dans la cervelle du citoyen Cabet, sous une latitude où les matières les plus dures, le diamant lui-même , entrent en liquéfaction, tant la chaleur s’y maintient à un degré dont le feu de l’enfer même ne saurait donner une idée! Icara en est la capitale. Elle est remarquable par ses rues en chemins de fer, ses trottoirs abrités, ses tunnels, ses fontaines, ete., et réalise sous le rapport de la propreté, de la commodité et de l'élégance , les rêves du plus difficile des architectes-voyers. Telle est du moins le témoignage. qu’en porte, dans son Histoire du Communisme, M. Alfred Sudre, qui a eu la singulière fantaisie de voyager dans ce pays- A , et quinous en 4 rapporté d’étranges nouvelles. A Zcara, pul accident à craindre pour les piétons « du côté des voiures, des chevaux, ou des autres animaux, ni d’aucun autre côté quelconque » ; car l’entrée de la ville est interdite aux coursiers fringants; les conducteurs de diligences et d’omnibus doivent aller au pas, et tout le monde enfin, bêtes et gens, prendre toujours la droite. « Les chiens, bridés et muselés, ou conduifs en laisse, ne peuvent jamais ni

prendre la rage, ni mordre, ni effrayer, ni surtout causer un scandale qui, dans les villes du vieux monde, détruit en un instant toutes les prévoyances d’une éducation de plusieurs années. » Jamais cheminée, jamais pot de fleurs ni de chambre, jamais aucun corps quelconque ne peut être, ni lancé par l'orage, ni jeté par les croisées , tant les lieux , les volontés et les mouvements de chacun sont habilement disposés , calculés et prévus! On ne voit à Zeara ni guinguettes, ni estaminets , ni bourses , ni cafés, ni réceptacles vour de honteux et coupables plaisirs, ni corps-de-garde, ni gendarmes, ni mouchards, ni filous, ni ivrognes, ni mendiants , ni filles de joie; en revanche, on y voit partout des indispensables, aussi élégants, aussi engageants que propres, lès uns pour les femmes, les autres pour les hommes, où la pudeur peut entrer un moment, sans rien craindre ni pour elle-même, ni pour la décence publique. Les regards n’y sont jamais offensés de tous ces crayonnages, de tous ces dessins, de toutes ces écritures, qui salissent les murs des autres villes en même temps qu’ils ‘font baisser les yeux.

Autour d’Icara se groupent cent villes provinciales, dont chacune est entourée de dix villes communales, placées au centre de territoires égaux. Elles sont naturellement cons-

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