ICARIE
truites à l'instar d’Icara. Des établissements agricoles, non moins parfaits dans leur genre, ornent et fécondent les campagnes. Dans ces magnifiques demeures les Icariens vivent en communauté de biens et de travaux, de droits et de devoirs, de bénéfices et de charges. « Ils ne connaissent ni propriété, ni monnaie, ni ventes, ni achats; ils sont égaux en tout, à moins d’une impossibilité absolue. » Tous travaillent également pour la république ou la communauté. C’est elle qui recueille les produits de la terre et de l’industrie, et qui les partage également entre les citoyens; c’est elle qui les nourrit, les habille, les loge, les instruit et leur fournit tout ce dont ils ont besoin, d’abord le nécessaire, ensuite l’utile, et enfin l’agréable, si cela est possible. Pour rendre facile au gouvernement cette tâche gigantesque, des statistiques générales et particulières sont dressées chaque année , suivant lesquelles, étant constaté le droit de l'un à un pantalon, de l’antre à une livre de chandelle, d’un troisième à un ressemelage de bottes , d’un quatrième à un blanchissage de chemise, le gouvernement est tenu de s’exécuter dans le plus bref délai.
Le travail n’a rien de répugnant en Zcarie : des machines prodigieusement multipliées y dispensent l’homme de tout effort pénible. Les règlements, discutés par l’Assemblée nationale, y ont force de loi et sont communs à tous les ateliers, Toutes les professions y sont également estimées. Chacun choisit la sienne, suivant son goût, et s’il y à concurrence pour quelques-unes, l'admission a lieu au concours. Les rémunérktions en nature sont interdites, le génie étant un accident fortuit, un pur don de Dieu, qui doit être assez récompensé par la satisfaction qu’il trouve en lui-même. Cependant, l’Zcarien qui fait plus que son devoir obtient une estime particulière et des distinctions publiques.
Le mariage y est admis et respecté, grosse inconséquence dans un état où la communauté, en tout et pour tous, est un principe fondamental. Mais comme la promiscuité des sexes est une idée qui présente l’apparence de la débauche et de l’immoralité, et contre laquelle s'élève le respectable et redoutable hourra des défenseurs de la morale et de la pudeur, on la repousse quant à présent, sauf à la reprendre quand les esprits seront plus éclairés. Comme ôn ne connaît là ni dots ni successions, et que la plus entière liberté est laissée au choix des jeunes gens, les convenances personnelles président seules aux unions. Il va sans dire que le célibat est Aétri.
Après cet exposé de l’organisation économique et sociale ae l’Zcarie, passons à sa constitution politique, Une assemblée unique, de deux mille membres élus par le suffrage universel, et divisée en quinze comités, subdivisés eux-mêmes |
enun grand nombre de commissions spéciales, est investie de l'autorité législative pour tout ce qui concerne l'intérêt général, Chaque province a aussi son assemblée particulière, qui discute ses intérêts particuliers. Enfin, dans chaque commune, des assemblées primaires traitent les questions d’intérêt local, qui sont renvoyées à l'examen du peuple par l'assemblée générale. Les lois faites par celle-ci regardent aussi bien la politique que l’ameublement, le logement, la toilette et la cuisine des habitants de l’Zcarie. Le pouvoir exécutif y est confié à un exécutoire national, composé de quinze ministres et d’un président de conseil. Ils sont nomrmés tous par le peuple, sur une triple liste de candidats que lui présente l’Assemblée nationale. 11 y a aussi des exéculoires provinciaux et communaux. Les fonctionnaires publics sont nommés, les uns par l’Assemblée nationale, les autres par l’exéculoire général. Toutefois, depuis le dernier jusqu’au plus élevé, ils n’ont ni garde, ni liste civile, ni traitement. Les citoyens, qui doivent leur obéir sans résistance, ont aussi le droit de les traduire à la barre du peuple; mais l’ordre ne sera jamais troublé en carie, attendu que, par un heureux privilége de la communauté, il n’y a là ni partis politiques, ni discordes civiles, ni conspirations, ni émeutes, ni jalousies, ni haines, ni larcins, ni violences, ni meurtres.
Et pourtant dans cette communauté icarienne c’est en vain que le ciéoyen Cabet s'efforce d'établir une alliance contradictoire entre le communisme et une liberté politique illimitée; le despotisme et la contrainte ne tardent pas à reparaître sous la forme de la défiance la plus raffinée, la plus injurieuse, pour des êtres qu’il supposesi parfaits d’ailleurs, la proscription de la liberté de la presse ! Tout ce qu’il accorde à cet égard est un journal national, des journaux provinciaux et communaux, lesquels ne contiennent que des procès-verbaux et des statistiques, toute discussion, d’une nature quelconque, leur étant interdite. La liberté de la presse proprement dite est remplacée en carie par le droit de proposition dans les assemblées populaires. Pour tous autres ouvrages imprimés, la censure! N’y a-t-il pas d’ailleurs des écrivains nationaux, des savants nationaux, des poëtes, des artistes nationaux? Eh bien, ceux-ci ne travailleront que sur le commandement de la république, et feront des chefs-d’œuvre par ordre. Il n’y a aussi d'autre histoire que l’histoire officielle, écrite par des mstoriens nalionau +. Un tribunal juge la mémoire des personnages historiques, et décerne, sans appel, la gloire ou l’infamie. Une langue destinée à être universelle est créée en carie. On traduit dans cette langue les ouvrages jugés utiles; les autres sont supprimés.
Pendant que le ciloyen Cabet était en train de faire une langue, il ne lui en coûtait pas beaucoup plus de faire une religion? Donc, suivant le catéchisme icarien, Dieu existe, mais ses attributs sont inconnus. Jésus-Christ n’est qu’un homme, mais le premier des hommes pour avoir proclamé les principes de l'égalité, de la fraternité, de la communauté. Existe-t-il un paradis pour les justes? On félicite ceux qui y croient. Un enfer? Comme il n’y a en Zcarie ni tyrans, ni criminels, ni méchants, on n’y croit pas à un enfer, qui serait parfaitement inutile. Cependant, il existe
| des temples et des prêtres : ceux-ci sont de simples pré-
dicateurs de morale. Ils doivent êtres mariés. Il y a aussi : des prétresses. Les temples sont beaux et commodes, mais dépourvus de tout emblème. On sy réunit pour entendre des prédications de morale, et adorer en commun le mystérieux auteur des choses, Du reste, toutes les religions sont tolérées en Icarie. Seulement, il est de règle absolue que jusqu’à l’Age de seize à dix2sept ans les enfants n’entendent point parler de religion. La loi défend même aux parents de les entretenir de Dieu, C'est seulement quand leur raison est formée, qu'un professeur de philosophie, et non un prêtre, leur expose tous les systèmes religieux, pour qu’ils choisissent en connaissance de cause.
Telles sontles institutions sociales, politiques et religieuses