ICARIE — ICHNEUMON
de l’Icarie. Nous en avons emprunté les détails à l'ouvrage de M. Sudre ainsi qu'aux livres mêmes du citoyen Cabet. 11 nous reste à dire par quelle transition la communauté de l'Icurie a passé du régime affreux de la propriété sous lequel ce pays gémissail depuis longtemps, au régime actuel. Après un tableau effrayant des abus de l’ancien ordre de choses en Zcarie, des crimes de la monarchie représentative, de la corruption des mœurs parlementaires, de la garde nationale, des prêtres, des ignorantins et des jésuites, la révolution de 1789 éclate enfin en Jcarie. On dresse des barricades dans les rues ; on se bat avec acharnement ; la reine Cloramide est détrônée, le perfide ministre Lindox et ses complices sont livrés à la justice nationale. Jean, le chef de l'opposition démocratique, le héros de l’insurrection, ancien charretier, puis prêtre, puis renégat, puis calomniateur de Jésus-Christ, est nommé dictateur. Criblé de dettes apparemment, et n'ayant pas le courage, pour réparer ses affaires, de voler le bien d'autrui à force ouverte, il imagine de le rendre commun à tout le monde: il invente et fonde le communisme, A peine investi du pouvoir, il s’entoure d’un conseil de dictature et publie adresses sur adresses, décrets sur décrets, lesquels, chose étrange, semblent être le modèle de ceux que le gouvernement provisoire de la dernière république française a lancés avec une si foudroyante rapidité. Commissaires, garde mobile, armement de tous les citoyens, destitution en masse de tous les anciens fonctionnaires, etc., rien n’est oublié. Une assemblée nationale, de deux mille membres, élus par le suffrage universel, est convoquée; après quoi, une commission de publication est éhargée de rédiger un journal officiel, qui doit être distribué gratis et qui reppelle encore nos fameux bulletins de 1848. Jean proposeensuiteson projet de r'épublique démocratique, dont il veut bien ajourner l’établissement définitif à cinquante ans. Voici en quoi elle consiste : Les fortunes actuelles seront respectées; mais pour les acquisitions futures le système de l'inégalité décroissante et de l'égalité progressive servira de transition entre l’ancien système d'inégalité illimitée et le système futur d'égalité parfaite et de communauté. Le budget pourra n'être pas réduit; mais l'assiette et l'emploi en seront différents. Les objets de première nécessité et le travail seront affranchis de tout impôt. La richesse et le superflu seront imposés progressivement. Le salaire de l’ouvrier sera réglé, et le prix des objets de première nécessitétaxé. 500 millions au moins seront consacrés chaque année à fournir du travail aux ouvriers et des logements aux pauvres. Le domaine populaire sera transformé en villes, villages ou fermes, et livré aux paysans. 100 millions seront consacrés annuellement à l’éducation et à l'instruction des générations nouvelles. N’omettons pas de dire que, pour subvenir à ces largesses, les ministres et les prévaricateurs du régime déchu ont été condamnés à un milliard d’indemnité envers le peuple... Et dire pourtant que de pareilles monstruosités ont trouvé du crédit parmi certains hommes, et que quelques centaines
dimbéciles sont allés au delà des mers tenter Papplica-
tion de cette ineptiet Il est vrai que ces essais malheureux
sont venus finir en police correctionnelle. Charles Nisarn. ICARIENS. Voyez Icarre.
ICARIENS (Jeux). Voyez BALANÇOMRE,
ICHABOE, île située sur la côte occidentale d'Afrique, célèbre par le guano dont ses rochers étaient recouverts ; mais depuis 1851 ce dépôt paraît épuisé.
ICHNEUMON, genre d’insectes appartenant à la famille des Pupivores et à l’ordre des hyménoptères térébrants ( Latreille). Les ichneumons ont un tégument externe lisse, brillant, diversement coloré, mais assez souvent d’un noir éclatant, parsemé de taches jaunes et blanches; leur forme étroite est allongée à l’extrême; leur tête, arrondie et plus large que leur corselet, est munie de trois stemmates, et porte de longues antennes soyeuses , articulées, dirigees en avant, quelquefois roulées sur elles-mêmes : GÙ Presque constamment en vibration, L’abdomen, de lon-
gueur variable, mais toujours pédiculé est armé, chez les femelles d’une tarrière à {rois filets ; leurs pattes, allongées et épineuses, sont très-robustes ; leurs ailes sont inégales. En général, on peut déhmir ainsi l’ichneumon : hyménoptère à abdomen pétiolé, arrondi inférieurement, à lèvre inférieure courte, à antennes soyeuses, non brisées, de vingt à trente articles, à ailes supérieures simples, non doublées.
Les entomologistes portent à trois cents environ le nom: bre des espèces distinctes que renferme le genre ichneumon , espèces différenciées entre elles par des diversités de formes et de mœurs assez remarquables. Nous ne parlerons ici que d’une seule espèce. La larve des ichneumons est une larve apode, incapable par conséquent de quitter d'elle-même le lieu où sa mère l’a déposée à l'état d'œuf ou de germe, incapable de se déplacer dans l’espace pour pourvoir elle-même à sa subsistance : de là résulte pour l’insecte parfait la nécessité de déposer ses œufs dans un lieu d'élection, où la larve, à peine éclose, puisse trouver une nourriture suffisante : ce lieu d'élection est constamment le corps d’un insecte vivant, dans l’un de ses quatre états d'œuf, de larve, de nymphe ou d’insecte parfait. Il est à remarquer que la même espèce d'ichneumon choisit en général, pour y déposer sa progéniture, la même espèce d'insectes, et toujours elle la choisit dans la même phase de son développement : nous prendrons pour exemple l’ichneumon qui dépose ses œufs dans la chenille du chou. Aussitôt que l’ichneumon femelle est devenue mère, elle cherche avec un insfinct vraiment merveilleux la malheureuse chenille qu’elle chargera de fournir à la subsistance de sa progéniture; dès qu’elle l’a entrevue, elle darde sur elle du haut des airs comme un oiseau de proie ; elle se cramponne à ses poils, et vingt, trente, cinquante fois, elle lui perfore la peau avec son aiguillon tridenté, puis elle l’abandonne, et la chenille, remise de cette chaude alerte, reprend ses paisibles habitudes, et voit ses nombreuses blessures se cicatriser peu à peu. Maïs à chaque piqûre, l’ichneumon a déposé dans le tissu sous-cutané de la chexille un germe qui bientôt doit éclore; et en effet de ce germe naît un petit ver blanc, apode, qui s’approprie et dévore la matière graisseuse que la chenille avait amassée dans son tissu adipeux, pour fournir aux nécessités de sa vie de chrysalide. Il est à remarquer que dans cette effrayante dévastation la larve n’attaque jamais les organes essentiels de la vie avant qu’elle soit elle-même parvenue au terme de son entier développement. Parasite intelligent, elle laisse existence à l'instrument qu’elle exploite, jusqu’à ce que cette existence lui devienne inutile : alors, et alors seulement, elle la brise. Lorsque les larves ont atteint leur entier développement, ce qui a lieu pour toutes à la même époque, elles perforent à leur tour le tégument de la chenille, qui meurt dans des angoisses ineffables, au milieu de ces insectes qu’elle a nourris aux dépens de sa substance la plus intime, et auxquels elle semble donner naissance. A peine sortis, fous ces vers, sans s'éloigner les uns des autres, sans s’écarter non plus du cadavre de la chenille, se mettent à filer en commun une espèce de cocon : ils jettent avec la filière qu’ils por: tent à leur lèvre inférieure quelques fils soyeux, et bientôt il résulte de leur travail combiné une masse floconneuse dans laquelle chaque vers se construit plus tard une petite coque particulière. Renfermée en sa coque, et abritée contre l'intempérie de l'air, la larve subit tranquillement ses diverses métamorphoses, et au printemps prochain il sort de chaque coque une petite mouche aux pattes jaunes ou rouges. Ces mouches s’accouplent, et quelques jours après on voit les femelles fécondées rechercher, comme l'avait fait leur mère, la chenille du chou, dans laquelle elles doivent, elles aussi, déposer leur progéniture,
Aux détails dans lesquels nous venons d'entrer, nous ajouterons seulement que dans un grand nombre d’espèces le germe déposé subit {outes ses métamorphoses dans le corps même de l’insecte qui lui a servi de pépinière, et
qu’il n’en sort qu’à l'état d’insecte parfait; que le nombre d'œufs déposés par la femelle dans chaque chenille est assez généralement en rapport avec les dimensions relatives que la larve doit atteindre avant d'abandonner son asile vivant.
Les anciens naturalistes ont donné le nom d'ichneumon à une petit mammifère : c’est la mangouste d'Égypte des naturalistes modernes. BELFIELD-LEFÈVRE.
ICHNOGRAPHIE (de vos, trace, et yo4gu, je décris). Ce mot, qui signifie au propre la trace que forme sur un plan la base d’un corps qui y est appuyé, sert à désigner, en perspective, la section d’un objet quelconque faite à sa base par un plan horizontal. En architecture et en termes de fortification, ce mot conserve un sens analogue : il est alors synonyme de plan géométral.
ICHOR (du grec {ywp, humeur), sérosité âcre, pus séreux, fétide et corrosif, qui découle des ulcères, C’est aussi le nom que donne Homère au sang qui coule dans les veines des dieux.
ICHTHYOCOLLE (du grec iy0ÿ, poisson, et x6é))x, colle). Voyez CoLce DE Poisson.
ICHTYOGENIE (de {x6ùs, poisson, et yevvéw, j’engendre), nom donné quelquefois à la pisciculture.
ICHTHYOLOGIE (de ty0%, poisson, et A6yos, discours ), partie de la zoologie qui traite des poissons. Cette branche de l’histoire naturelle ne remonte pas au delà d’Aristote, dont les descriptions imparfaites sont cependant les seules qui servirent de base à l’ichthyologie jusqu’au . seizième siècle de notre ère : car on ne peut compter dans
l'histoire de cette science les compilateurs qui, à l'exemple de Pline, d'Élien , etc., parlèrent des poissons sans en donner une description méthodique, sans fixer leurs caractères, mais simplement sous le rapport de leurs mœurs et de leurs usages. Bélon , le premier, essaya, au seizième siècle, une classification ichthyologique, assez remarquable pour le temps où elle parut. A peu de distance de là, Rondelet imprimait une vive impulsion à l’ichthyologie par des observations neuves, appuyées sur une saine critique. L’italien Salviani marchait dans la même voie vers la même époque, et avec un succès non moins grand. Conrad Gesner, de Zurich, auquel la botanique dut de si beaux travaux, enrichissait aussi l’ichthyologie de ses recherches. Nonobstant ses erreurs, Aldrovande contribua cependant pour sa part à populariser cette science. Mais malgré tous ces travaux, la véritable méthode ichthyologique n’était pas fondée. C’est à J. Ray, inspiré lui-même par Willughby, qu'était réservé cet honneur; c’est à Artedi, leur successeur, et dont Linné adoptala classification dans la première édition du Systema Naturæ , qu'appartient la gloire d’avoir fondé définitivement l’ichthyologie sur des bases stables et tout à fait scientifiques. Aussi quelques-unes de ses idées et sa nomenclature ont-elles survécu aux progrès de la science, Antoine Gouan modifia avec succès le système de Linné. Mais le plus beau monument élevé à l’ichthyologie dans le dix-huitième siècle, c'est sans contredit le grand ouvrage de Bloch, commencé en 1785. Ce naturaliste décrivit et figura plus de 600 espèces, et constitua un assez grand nombre de genres nouveaux. En ce qui concerne la classification, c’est celle de Linné qu’il adopte. C’est aussi une méthode artificielle que choisit Lacépède, dont l'ouvrage contribua beaucoup à répandre, au commencement de ce ciècle, le goût des recherches ichthyologiques. Mais de tous les ouvrages publiés jusqu’à présent sur cette partie de la zoologie, nul ne peut être comparé sous le rapport de l’importance , de l'étendue et des choses neuves qu’il renferme, à la magnilique Histoire des Poissons, commencée par Georges Cuvieret achevée par M. Valenciennes; ouvrage dans lequel on trouve la description de 6,000 espèces environ, D" SAUCEROTTE.
ICHTHYOMANCIE (du grec 140%, poisson, et pavtaix, divination), art de prédire l'avenir par les entrailles des poissons, On les examinait comme celles des autres victimes, On croyait aussi trouver des présages dans
ICHNEUMON — ICOLMKILL
la nature, la forme, le mouvement, la nourriture, des poissons de certaines fontaines consacrées à quelque divinité. Athénée en cite une de la Lycie, dédiée à Apollon. On y offrait aux poissons, qui y venaient de la mer, les prémices des victimes, avec des broches de bois, et un prêtre assis les observait attentivement. Le même auteur mentionne aussi la fontaine Phellus. Pline rapporte qu’à Myra, en Lycie, on jouait de la flûte à trois reprises pour faire approcher ceux de la fontaine d’Appollon, lesquels, ne manquant pas de venir, tantôt dévoraient la viande qu’on leur jetait, ce qui était d’un heureux augure, tantôt la repoussaient avec leur queue, ce qui était d’un présage funeste.
ICHTHYOPHAGE (du mot greciy06s, poisson, et guyeiv, manger). C’est une qualification qu’on a donnée à toutes les peuplades voisines des bords de la mer ou des lacs, et qui se nourrissent principalement de poisson , soit frais, soit corrompu. Le nombre d’ichthyophages est trèsgrand, principalement en Amérique et vers les Terres Polaires. Les anciens donnaient ce nom d’ichthyophages a deux peuples différents ; l’un habitant la Gédrosie (aujourd’hui le Beloudjistan), sur les bords du golfe Persique, l'autre en Éthiopie, sur les bords de la mer rouge. La nourriture des ichthyophages, étant peu alimentaire, ne convient qu’à des hommes mous et dépourvus d'énergie : elle entraîne plusieurs maladies , telles que la lèpre, la gale, les dartres, etc. Du reste, on a remarqué que les ichthyophages vivaient longuement, et c’est une conséquence de la légèreté de cette alimentation , qui durcit moins les organes qu’une nourriture animale plus substantielle.
ICHTHYOSAURE (de {76% , poisson, et oaüpos, lézard), nom donné par Georges Cuvier à un genre de reptiles fossiles qui offrent des caractères intermédiaires entre les vertébrés de cette classe et les poissons, où plutôt encore avec les cétacés. Les restes de ces animaux antédiluviens se trouvent particulièrement dans les couches des terrains secondaires que l'on désigne sous le nom de calcaire jurassique, en Angleterre, en Allemagne, en France. Les échantillons recueillis dans un grand nombre de localités ont fourni le moyen de reconstruire en entier le squelette de l’animal, et même d’y distinguer plusieurs espèces, notamment : l'ichthyosaurus communis, l’'ichthyosaurus termirotris, l'ichthyosaurus lunevillensis , trouvé dans notre muschelkalk, etc. Rien de plus monstrueusement bizarre que la structure de cet animal. C’ était un reptile de 6 à 7 mètres de longueur, portant à l'extrémité d’une tête de lézard une mâchoire de dauphin avec des dents de crocodile, et une colonne vertébrale de poisson, avec des nageoires de cétacé disposées évidemment pour la vie aquatique, quoiqu’on ne puisse dire si l’ichthyosaure vivait dans les eaux douces ou dans la mer. D° SAUGEROTTE.
ICILIUS, nom d’une famille plébéienne de Rome, à laquelle appartenaient plusieurs défenseurs de la cause populaire contre les patriciens, notamment Seurius Icruus, tribun l'an 470 avant J.-C., lequel punit par une loi sévère quiconque troublerait un tribun tandis qu’il serait occupé avec le peuple; et Lucrus Iazrus, tribun en l’an 456, qui fit décider que le mont Aventin serait attribué au peuple et accorder aux tribuns le droit de convoquer le sénat. Fiancé avec la célèbre Virginie, L. Icilius fut l’un de ceux qui contribuèrent le plus au renversement du pouvoir des décemvirs.
ICILIUS (Quivrus). Voyez GUISCHART.
ICOGLANS, ou mieux ich oglans, c'est-à-dire pages de la chambre. C'est le nom que portent ies jeunes gens chargés du service personnel auprès du sultan. On les nomme encore i{ch agasin. Ce sont pour la plupart des Asiatiques de condition inférieure. Ils vivent renfermés dans le sérail, comme tous les autres officiers attachés au palais du sultan.
ICOLMRILLE, petite ile du groupe des Hébrides, appelée aussi Zona par les écrivains du moyen âge, et séparée par un étroit canal de l’ile de Mull, s’appelaït originairement hy ou À, c’est-à-dire tle, Elle reçut ce nom d'Icolmkill d'après
ICOLMKILL — [COSAËDRE
le moine irlandais Colomban, qu s’y établit au sixième siècle, C’est pourquoi on l’appela alors ZColumb-Kill, c’està-dire l'ile, cellule de Columban. On montre encore les ruines du couvent fondé par Colomban. Dans l’église, construite plus tard, vraisemblablement vers la fin du onzième siècle, se trouvent les tombeaux de quarante-huit rois d’Écosse, de quatre rois d'Irlande, et de huit rois de Norvège. Au moyen âge il y avait dans cette île une école célèbre, fréquentée par la première noblesse d'Écosse.
ICONIUM , capitale de la Lycaonie, en Asie Mineure, déjà célèbre dans l'antiquité, mais plus célèbre encore au moyen âge, du onzième au treizième siècle, comme siége d’un sultanat des Seljoucides. De nos jours, c’est une ville assez importante qu’on appelle Koniéh, et où l’on conserve plusieurs monuments intéressants d'art et d'architecture des temps anciens. 11 s’y tint, en l'an 235 de notre ère, un concile qui s’occupa surtout de la validité du baptème des hérétiques. Dans ces derniers temps, cette ville a pris de nouveau place dans l’histoire par la bataille livrée sous ses murs, le 20 décembre 1832, et dans laquelle Jbrahim-Pacha battit complétement l'armée turque.
ICONOCLASTES, c’est-à-dire briseurs d'images (du grec eixwv, image, et x\%w, je brise). On donna ce nom, au huitième siècle, à une secte d’hérétiques qui, se déclarant contre le culte des images , non-seulement les exilèrent de leurs temples, mais, se portant aux plus horribles profanations pour les détruire, troublèrent par leurs violences la paix de l'Église. Ils trouvèrent d’abord un puissant appui dans l’empereur Léon III, surnommé l’Isaurien, qu’excitait en secret Constantin, évêque schismatique. Les khalifes les favorisèrent ensuite, et bientôt Constantin Copronyme et Léon, fils et petit-fils de Léon l’Isaurien, contribuèrent à la propagation de cette nouvelle doctrine, que le premier de ces princes fit adopter par un concile tenu, en 726, à Constantinople, auquel assistèrent plus de trois cents évêques. Quand toutes les voies de persuasion furent épuisées , quand les efforts réunis du pape Grégoire II, de saint Germain, patriarche de Constantinople, de saintJean de Damas, et de plusieurs autres saints personnages, eurent échoué contre les prétentions de ces fanatiques, le second concile deNicée(septième æcuménique )les condamna, en 787, sous l'empire d’Irène et de son fils Constantin Porphyrogénète. Le concile de Constantinople, tenu sous le règne de Théodore, en 842, confirma cette condamnation. Plus tard, sous les empereurs grecs Léon l’Arménien, Michel le Bègue et Théophile, le pouvoir civil s'étant de nouveau déclaré leur protecteur, on les vit se porter envers les catholiques à des cruautés qui dégénérèrent en guerre civile. Ce ne fut que peu à peu qu'ils disparurent, pour renaître ensuite dans les vaudois, les albigeois, les hussites, les wiccléfites, les calvinistes etles luthériens, dont quelques-uns renouvelèrent les excès des anciens iconoclastes, et qui tous adoptèrent, en partie du moins, leurs principes. Il est essentiel de remarquer, cependant, que les luthériens conservent dans leurs temples les peintures historiques et même l’image du Christ.
Depuis le moment où s’éleva contre les pratiques religieuses des fidèles une accusation d’idolAtrie , le culte rendu aux saints, la vénération dont on entoureles images qui rappellent quelque trait de leur vie et les objets qui leur ont appartenu ont été si souvent défendus contre les attaques renouvelées des hérétiques, qu'il semble aujourd’hui superflu de revenir sur une question résolue dès longtemps. J1 ne s’agit en effet, pour détruire les arguments des iconoclastes anciens et modernes, que d'établir une distinction bien simple et bien naturelle, à la portée de toutes les intelligences : il faut définir bien positivement ce qu’on doit entendre par adorer. Or, catholiques et dissidents convenant que l’adoration consiste à reconnaître le souverain domaine d’un être sur tout ce qui existe, les objections contre le culte des images s’'évanouissent par là même. Car, si l’on examine avant tout le culte rendu à Dieu, et celui qui a les saints
DICT. DE LA CONVERS, — T, XI
de Jésus-Christ, homme-Dieu, dans leucharistie, les catholiques l’adorent dans le pain consacré, et lui demandent directement les grâces qu’ils désirent en obtenir, tandis
| pour objet, on verra que, persuadés de la présence réelle
que, convaincus, d’un autre côté, du pouvoir des saints auprès de Dieu, ils les invoguent, mais seulement comme des intermédiaires dont le Tout-Puissant accueille favorablement la médiation. Cette différence ressort évidemment de la formule même d’'invocation mise par l’Église dans la bouche de ses enfants quand ils récitent les litanies. On y lit en effet : Ayez pilié de nous, quand on s'adresse à l’une des trois personnes de la sainte Trinité, et Priez pour nous, quand c’est la sainte Vierge ou un saint qu’on invoque. Cela posé, il devient incontestable que les catholiques sont bien éloignés de rendre à la figure un hommage qu’ils refusent à la réalité, et que jamais ils n’ont adoré ni les images ni les reliques : ils les conservent , ils les vénèrent, parce qu’elles leur rappellent le souvenir de sublimes vertus ; ils rapportent à celui qu’elles représentent, ou auquel elles ont appartenues, un hommage respectueux : là se borne tout leur culte.
11 est encore, dans les usages de l’Église, une expression dont on a singulièrement abusé : c’est celle d’'adoration de ‘a croix ; mais, tout en reconnaissant que vénérer la croix est plus convenable et plus orthodoxe qu’adorer la croix, disons cependant que nos hommages adressés à la figure du Sauveur sur la croix, ou à une parcelle du bois sur lequel il fut attaché, ne sont point uniquement destinés à l’image ou à la relique vénérée; qu’ils s'adressent au Dieu dont le supplice nous est ainsi rappelé ; que nous ne demandons jamais rien à la croix, mais que c’est par la croix , et en in- Yoquant un souvenir tout-puissant sur le cœur de celui qui s’est dévoué pour nous, que nous espérons obtenir l'effet de nos prières. L'abbé J. DupLessy.
ICONOGRAPHIE ou ICONOLOGIE, c’est-à-dire science des images ou des portraits. On appelait ainsi autrefois, comme l'indique l’étymologie même de ces deux mots, la démonstration, la description et l’histoire des images de personnages célèbres de l’antiquité représentés par des statues, des bustes, des médailles, des pierres gravées, peintures, etc. Michel-Ange et Fulvius Ursinus furent, au seizième siècle, les restaurateurs de cette science, que perfectionnèrent d’abord Giovanni-Angelo Canini, dans son Zconografia (Rome, 1699), mais surtout E.-A, Visconti. Dans ses derniers temps on a avec toute raison étendu la signification du mot iconographie à la connaissance des figures idéales, dieux, saints ou choses abstraites.
ICONOLATRIE (du grec eixwv, image, et hatpelo, adoration). L’iconolätrie est le culte des images, statues, ou tableaux, poussé jusqu'à l’adoration, comme chez les païens. Les païens étaient des iconolätres, adorateurs d'images. Ce terme injurieux fut plus tard adressé par les iconoclastes aux chrétiens. Il n’est plus employé aujourd’hui que parles protestants à l'égard des catholiques. Certes, l'Église et les catholiques instruits n’ont jamais adoré des images ; mais les gens peu éclairés, comme on en trouve enltalie, en Espagne, et même dans quelques-unes de nos provinces de France, comprennent-ils bien la différence qui existe entre le culte suprême, absolu, le culte de latrie, qui n’est dû qu'à Dieu, et les marques de respect, de piété, adressées aux symboles qui le représentent, aux Images, statues et tableaux dela Vierge et des saints, avec l’intention de rapporter ces hommages du cœur aux objets qu’ils représentent ? :
ICONOMAQUE (du grec eixwv, image, et péyectou, combattre, qui combat le culte des images), mot synonyme d'iconoclaste, qui a été à peu près exclusivement appliqué, comme surnom, à Léon l’Isaurien, quandil eut fait publier son édit pour ordonner la destruction de toutes les
images et de toutes les figures de saints peintes ou sculp-
tées. .
ICOSAEDRE ( de exoo:, vingt, et Ep, siége, base),
polyèdre terminé par vingt faces régulières ou irrégulières. L’icosaèdre régulier a pour faces vingt triangles équilatéraux:
ICOSANDRIE (de éxoct, vingt, et ävñp, hornme ), douzième classe du système de Linné (voyez BOTANIQUE).
ICOSIUM, Voyez Acer:
ICTÈRE ; ICTÉRICIE. Ces noms désignent une teinte jaune, qui se répand sur la peau à la suite de diverses affections : il8 tirent leur origine, selon les étymologistes, d’une belette, ayant les yeux jaunes , appelée ixriç en grec, ou du loriot, txrepos, oiseau dont le plumage offre en grande partie la même couleur. Le vulgaire, ainsi que plusieurs médecins, nomme cette coloration anormale jaunisse, dénomination plausible, tandis qué l’autre est d'autant plus ridicule qu’on l’applique aussi à des colorations verdâtres ou noires. La jaunissé est populairement considérée comme une maladie : c’est à tort; elle n’est que l’effet d'un état morbide. Le point de l'organisme d’où provient un tel changement dans le coloris naturel de la peau est le foie, viscère qui exerce sur l’hématose, ainsi que sur la digestion des actions importantes, et si essentiel qu’on le trouve dans les premiers degrés de l’animalité.
Pour indiquer toutes les causes de la jaunisse, il faudrait mentionner toutes celles qui troublent les fonctions complexes du foie. Nous ne pouvons que les rappeler sommairement. Les unes agissent mécaniquement et directement sur l’hypochondre droit : telles sont les chutes et les blessures. D’autres dépravent la vitalité du foie par une relation plus ou moins proche, comme la surexcitation du centre épigastrique et de la plupart des viscères abdominaux. Il en est qui agissent par léntremise du cerveau : telles sont les plaies de tête, les travaux intellectuels, profonds et assidus, les émotions morales très-vives, etc. Les températures chaudes et humides, comme celles de certains climats ef des saisons intermédiaires, exercent aussi sur le foie une influence dont la jaunisse est l’expression, Des concrétions pierreuses qui se forment dans le réservoir et les conduits biliaires peuvent encore produiré et entretenir la jaunisse. C’est principalement dans l’âge où Vhomme est soumis à l’action des causes physiques et morales indiquées ci-dessus qu’on voit la peau se teindre en Jaune, Ce changement est commun aussi dans les pre< iiers jours qui suivent sa naissance, parce qu’alors l’enfant faisant lui-méine son sang, le rôle du foie éprouve un changement notable; ordinairement, la teinte apparait d’abord sur le blanc des yeux, vers les angles internes de ces organes, et se prononce ensuite sur toute cette surface. On a, dit-on, recueilli quelques faits indiquant que les personnes affectées de la jaunisse voient les objets colotiés en jauné. L’imprégnation des tissus de l’œil paraît même devoir produire cet effet; mais d’autres faits contraires ont été publiés : de sorte qu’il convient de sé rétrancher dans le doute à ce sujét. Après les yeux, ce sont les tempes, les pourtours du nez et de la bouche, qui se colorent. Finalement toute la peau prend une couleur jaune, assez souvent verdâtre; élle devient sèche, roide et quelquefois prurigineuse. Tandis que ces changements extérieurs s’opèrent, les urines prennent la couleur du safran, rougissent, s’épaississént, se troublent et déposent considérablement. Les matières excrétées par les selles se décolorent. Enfin, divers troubles généraux éclatent en même temps. La teinte disparaît comme elle apparaît : elle a commencé par la région du corps, c’est par là qu’elle s’efface d’abord.
Les causes de la jaunisse étant celles de l'hépatite, les moyens propres à y remédier sont à peu près ceux qui conviennent pour traiter cette maladie, qui dans la plupart des cas, ne doit pas être considérée comme alarmante, D' CHARBONNIER.
IDA , haute montagne, qui de la Phrygie s'étend à travérs la Mysie, et par conséquent aussi à travers la contrée qu'on appelle la Troade, C'est au pied de cette montagne qu'était bâtie la ville de Troie; et, en s'inchnaut douce-
ICOSAËDRE — IDÉAL
| ment vers la mer, elle forme une vaste plaine qui servit de
théâtre aux exploits du siége de Troie et à uñ grand nombre de mythes grecs. Sa partie méridionale s'appelait le Gargarus, dont le pic le plus élevé, le Kotyllus, offrait un temple de Cybèle, surnommée à cause de cela la mèreIdéenne (Idæa mater ). C'est là qué Pâris décida la disputé survenue entre Vénus, Junon et Minerve, en adjugeant à la première de ces déesses la pomme d’or, objet du débat, et aussi qu’eut lieu l’enlévément dé Ganymède.
Il existait dans l'ile dé Crète un autre 1nont Ida ; of l’appelle aujourd’hui le Psiloriti. Cette montagne la traverse de l’ouest à l’est. D’abondantes sources jaillissent de ses flancs et fertilisent ce sol rocheux. Parmi les plantes qui ÿ réussissent plus particulièrement, il faut mentionner la #'agacanthe, dont on retire la gomme adragänte, objet imporfant d'exportation. Non-seulement la légende racontait que Jupiter avait été élevé dans les gorges de cette montagne, maïs on ÿ plaçait les dactyles idéens, démons familiers.
IDAHO, territoire des États-Unis d'Amérique dont l’organisation date du 3 mars 1863, formant ün carré allongé el compris entre les territoires de Montaña, de Whashinglon, de Wyoming, de Colorado, d'Utah ét de Däcolah, et les États de l'Oregon, du Nebraska et de Nevada. Sa superficie est estimée à 850,000 kilom. carrés énviron, et sa population (1870) à 15,000 habitants, doit la moitié sont de race indienne. Le chef-lieu de l’Idaho est Boisé- City, ville naissante de 1,500 Amés.
IDALIE, IDALIUM et IDALIA, ville antique et fameuse de lile de Cypre (aujourd'hui Chypre), située dans l’intérieur dés terres, avec dés bois, in altos Iduliæ lucos, dit Virgile, et une montagne du même nom. Vénus, qui passait pour être née et sortie de la mer sur une nacre éblouissante, dans les parages dé cette île, y avait choisi, disent les poètes, trois villes, Amathonte, Paphos et Idalie, pour y reriser ses colombes et son char. Cette dernière fut ainsi nommée par les Phéniciens, nation voisine, adorateurs de la Vénus Astarté, Idalah, dans leur idiome, signifiant lieu de la déesse, si l’on n'aime mieux cette étymologie grecque, @#%kpoc, humide, à cause des sources de ses bois, où la mère de Cupidon cacha le jeune Ascagne, auquel elle avait substitué son fils, sans carquois et sans iles, sur :es genoux de Didon, à Carthage. C’est dans les bois idaliens qu'Adonis fut tué par un sanglier. Idalie ne subsistait déjà plus du temps de Pline, Strabon ni Pomponius Mela n’en parlent, et au siècle d’Auguste les poètes seuls en évoquent le souvenir. Il existe néanmoins aujourd’hui dans l’intérieur de l'ile de Chypre une ville du nom de Dalin : son site riant et enchañteur fait croire que c’est l'antique Idalie, qui, relevée pat les modernes insulaires, n’a pu quitter ni sa douce appellation, ni son exposition, propice à la volupté el aux amours. DENNE-BARON.
IDÉAL. Dans le sens le plus étendu, ce mot est 6pposé à réel, et désigne ce qui n’est que conçu par la pensée, ce que lon se figure dans l'esprit, en opposition à la réalité, qui existe en dehors et indépendamment de la pensée, Dans un sens plus restreint, on entend par idéal un objet réellement conçu par la pensée, qui répond complétement à une idée, à un type, à un modèle, Les notions où la pensée du modèle, du parfait, de l’achevé, ont une signification propre, ne sont pas moins variées que lés acceptions mêmes du mot idéal. Il y a donc en général l'idéal moral et esthétique; puis, dans les détails, Pidéal de la science, l'idéal de la sagesse, de la vertu, de l'État, de la famille, ete. Kant parle même d’un idéal théorique de la raison pure, c’est-à-dire de l'idéal d'un être qui répondrait à l’idée intelléctuelle d’un absolu liant tout ce qui est contingent, On pourrait également se faire un idéal de la laideur, de la méchanceté, ete. En tant que l’on peut et que l'on doit essayer, dans le domaine de la matière, de déteriminer le réel par rapport à l'idéal, on se sert aussi du mot idéal là où une réalité semble à un haut degré répondre à une idée. Ilen est ainsi notamment dans le domaine des