‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 176 sur 522 · IDÉAL — IDÉE · texte numérisé non relu

IDÉAL — IDÉE

arts : l’'Apollon du Belvédère, les Madones de Raphael, le Jupiter de Phidias, sont l'idéal de l’art, c’est-àdire une représentation qui répond complétement ou du moins à un haut degré d’approximation aux idées qui servent de base à ces images de divinités. Lorsque des idées ne peuvent pas être exposées de manière à frapper les sens comme dans les arts, et lorsque, ainsi qu'il arrive dans les sciences, il s’agit de les préciser par des pensées, le mot idée est souvent employé dans le même sens que le mot idéal.

Idealiser, c'est traiter un sujet réel d'après une des règles de la perfection; c’est ainsi, par exemple, que l'artiste idéalise la nature. Dans le langage de la vie ordinaire, on désigne aussi quelquefois par là lillusion qui croit trouver dans la réalité plus de perfection qu'elle n’en a véritablement. Pris sous le rapport psychologique, l'idéal de l'homme se règle en général sur l’élévation de sa culture intellectuelle ; chacun se fait un idéal de ce qui lui offre, en quelque genre que ce soit, une mesure de perfection, de sorte qu’en ce sens l'idéal est esthétique, matériel, politique, ou bien religieux , et varie à l'infini, non-seulement suivant les indiwidus, mais encore suivant les siècles et les peuples. IDÉALISME, IDÉALISTES. En opposition au réalisme on désigne par le nom d’idéalisme le système philosophique qui ne voit pas de réalité dans les objets extérieurs, mais uniquement dans le sujet représentant, ou encore dans ce que l’on regarde comme réellement existant, Les formes diverses sous lesquelles l’idéalisme s’est pro- duit sont complétement le résultat de la philosophie mo- derne depuis Descartes ; dans l'antiquité, les systèmes les plus

savants même étaient réalistes. On se trompe en effet quand on qualifie d’idéaliste le système de Platon, et de réaliste | celui d’Aristote. Que si Platon déclare que les idées seules existent, il ne les considérait point cependant comme de | simples produits d’un être représentant, mais comme quel-

que chose d’existant indépendamment de toute intelligence, | Dans la philosophie moderne les doctrines idéalistes ont pour point de départ soit la question de savoir comment on se | représentera l'influence du monde corporel sur l’âme, in- | fluence par suite de laquelle les choses produisent les idées, | soit cette réflexion subtile, qu'admettre les objets extérieurs | n’est pas autre chose que la représentation du sujet repré- | sentant. Toutefois, les opinions diverses qui se maniles- } tèrent sur cette première question ne conduisirent point à | un idéalisme bien positif, Descartes, Malebranche et Leibnitz

se contentèrent de nier l’existence d’une influence physique à du corps sur les choses intellectuelles, et la remplacèrent | par les systèmes de l'assistance, des causes occasionnelles et de l'harmonie préétablie ; mais ils ne niaient point la réalité du monde physique, encore bien que Malebranche soutint qu’il est difficile de prouver qu’il existe des choses en dehors de nous. L’empirisme même d’un Hobbes et d’un Locke avait admis que les qualités sensibles des objets ne sont pas leur véritable être, mais de simples phénomènes ; et comme toute cette supposition des objets extérieurs ne repose empiriquement que sur la perception de ce qu’ils sont pour la sensation, on comprend pourquoi ce fut en An- |gleterre, où dominait l’'empirisme, que Collier et Berkeley essayèrent pour la première fois de traiter d’illusion l'existence Lobjective du monde physique et de n’attribuer de réalité qu'aux substances intellectuelles. Or, cet idéalisme de Berkeley ne considère point l'esprit humain, mais bien l'esprit \divin commele créateur des représentations d’un monde objectif apparent; ce qui ne l'empêche point de soutenir le principe de la non existence de ce monde objectif; aussi qualifia-t-on plus tard son système d’idéalisme doymadique.

L'idéalisme critique ou transcendantal de Kant diffère de l’idéalisme dogmatique de Berkeley. I repose sur ce principe que la matière del’expérience est à la vérité fournie par la sensation, et qu'il lui faut présupposer les choses

comme des causes premières, mais que les formes de lex- |

périence (l’espace, le temps etles catégories ) préexistent en nous & priori, C'est-à-dire indépendamment de l’expérience comme condition de toute expérience possible, et que dès lors nous ne connaissons les choses que telles qu’elles paraissent, et non point telles qu’elles sont en réalité. En développant les conséquences du criticisme de Kant, quelques penseurs, Fichte entre autres, s’imaginèrent que la supposition de l'existence des choses serait inutile si on pouvait démontrer par quelle action nécessaire le moi, seule. ment actif et productif de tout notre cercle d'idées, en arrive à imaginer lui-même l’apparence d’un monde objectif et à mieux déterminer cette production qui lui est propre, Cet idéalisme a par conséquent pour base ce principe que le moi, le sujet qui se représente lui-même ainsi que le monde, n’est pas seulement le soutien, mais encore Ja eréation d'un monde des phénomènes donnés comme objectifs. Aussi l’a-t-on plus tard appelé idéalisme subjectif. Il ne comprenait que dans le moi l'identité de la pensée et de l'être du subjectif et de l’objectif. Mais plus tard ia philosophie de l'identité de Schelling ne se fit pas scrupule de placer cette identité de la pensée et de l'être même indépendante du moi à la tête de ce système de philosophie; et comme on attribuait une productivité absolue aux notions et aux idées, tant dans le domaine de l'intelligence que dans celui desobjets physiques, en vertu de la contemplation intellectuelle, on désigna cet idéalisme plus avancé sous le nom d’idéalisme objectif, dent l’idéalisme absolu dans le système philosophique de Hegel peut-être regardé comme la dernière émanation. Tandis que Fichte disait : Le moi, l'être pensant est, Hégel repliquait : La pensée, la notion, l'idée, ou plutôt le procédé, l’imminence future de la pensée, est seule vraie et réelle. Plus toutes ces formules diverses de l’idéalisme s’éloignent des opinions généralement admises, plus il importe de faire remarquer que l’idéalisme de Fichte marque un point nécessaire de transition de la pensée spéculative, et que le réalisme de l'opinion générale est hors d'état de réfuter les objections de l’idéalisme.

IDEE. L'idée est la représentation, dans notre esprit, d’un objet quelconque , ou, si l'on veut, le fait intellectuel qui répond, dans notre esprit, aux objets dont il a pris connaissance. Mais, pour mieux faire comprendre ce que nous entendons par ce mot, il faut distinguer l’idée des faits intellectuels qui ont avec elle le plus d'analogie. Le fait avee lequel elle semble se confondre le plus, c’est la notion. La notion se prend pour la connaissance d’un objet à quelque état qu’elle soit, On entend plus volontiers par idée la représentation claire et distincte d’un objet dans notre espril. Je sais qu'on dit une idée confuse, obscure; mais dans ce cas le mot idée est détourné de sa véritable signification philosophique, De plus, le mot notion s'emploie comme synonyme de connaissance, et le mot idée, dans son acception scientifique et rigoureuse, n’en est point tout à fait synonyme, puisque nos connaissances se composent de jugements, et que l’idée doit être considérée comme un élément des jugements. L’idée n’est pas non plus la perception. On donne le nom de perception à la notion, au moment où elle est acquise, où elle fait pour ainsi dire son entrée dans notre esprit, tandis qu’on entend plutôt par idée le fait de la notion quand elle a pris place dans l'esprit, quand elle y est domiciliée et y persiste malgré l'absence de l’objet dont elle est la représentation.

On ne peut pas non plus attribuer le nom d’idées à ces assemblages de notions qui constituent ce qu’on appelle des connaissances et que la philosophie scolastique a désignés du nom de jugements. Les mots jugement, idée, sont bien des termes corrélalifs, mais c’est précisément pour cette raison que l’on ne doit pas les confondre. Une connaissance proprement dite, un jugement, c’est par exemple : La terre est ronde. Or, dans ce jugement nous distingons trois idées, celle de terre, celle de rondeur et celle du rapport que notre esprit conçoit entre ja qualité de rondeur et le terre. Les idées considérées en elles-mêmes et isolément ne cons-

tituent doncpoint des connaissances, elles en sont seulement les éléments et comme les matériaux. On dit à ce sujet qu'il m’existe point dans notre esprit d'idées proprement dites, puisque nous ne pouvons penser sans former des jugements, qu’il est impossibleque l'esprit procède ainsi par faits intellectuels isolés et abstraits ; que par conséquent les idées ne doivent point être considérées comme un phénomène particulier et sui generis. Nous convenons bien que l'intelligence ne peut avoir. d'idées isolées et qu’elle ne procède que par jugements. Il n’en est pas moins vrai que chaque jugement peut se décomposer, par l'analyse, en éléments distincts, et l’on ne saurait s'empêcher de donner à ces éléments un nom, celui d'idées. Assurément ces éléments ne sont isolés que par l'analyse, ou, si l’on veut, l’abstraction, Mais aux yeux de l’abstraction ils n’en existent pas moins, ïs ne doivent pas moins être distingués du jugement luimême, de même que dans un solide nous pourrons dis- ‘inguer les surfaces, les angles les lignes, quoique ces surfaces, ces angles, ces lignes n'existent pas indépendamment

du solide. Cette comparaison doit servir à mieux faire :

comprendre la relation de lidée au jugement, et le rôle qu’elle remplit à son égard. L'idée est certainement un phénomène abstrait, mais on ne peut mer l’existence d’une abstraction, pas plus que celle d’un phénomène complet.

L'idée est un fait si distinct et si remarquable qu’on a pu l’étudier sous ses différentes faces, ce qui a permis de distinguer différentes espèces d’idées selon les points de vues divers sous lesquels on l’a envisagée. On a d’abord considéré les idées par rapport à leurs objets, et c’est ce qui a donné lieu aux catégories, ou grandes classes, où l’on a fait rentrer toutes les idées de l'esprit humain. Les catégories d’Aristote son célèbres; elles ont longtemps occupé l’école, qui pour en aïder le souvenir les a renfermées dans ce distique barbare si connu :

Arbor Tres Servos Ardore Refrigerat Ustos; Ruri Cras Stabo, sed Tunicatus ero.

Arbor représente la substance, tres le nombre, servos l'idée de rapport, ardore la qualité, refrigerat l’action, ustos la passion, ruri le lieu, cras le temps, s{abo la position, tunicatus la possession. Les modernes n’ont point été si prodigues, et ont réduit ces dix catégories à trois, savoir : la substance, la qualité, et le rapport. En effet, il est impossible à la pensée de concevoir autre chose que des êtres, des qualités par lesquelles ces êtres se manifestent, et des rapports entre ces êtres, et il est facile de voir que la passion, par exemple, ou la possession ne sont que des manières d’être, des états; que l’idée de nombre est une idée de rapport; que l’idée de temps et de lieu sont également des idées de rapport, si on les considère relativement aux êtres qui y sont placés, ou bien des idées de qualité, si on considère le temps et l’espace en eux-mêmes, c’est-à-dire comme des attributs del’être nécessaire, éternel et infini. On a encore admis une autre division des idées, toujours en les considérant sous le point de vue de leurs objets. Les objets de nos idées sont de deux natures : ou Dien ils tombent sous les sens, ou bien ils leur échappent et ne peuvent être atteints que par l'intelligence : de là deux sortes d'idées, les idées sensibles et les idées intellectuelles.

Si nous cessons de considérer ‘les idées selon leurs objets ou la nature de leurs objets, et que nous les envisagions selon les différentes formes qu’elles font prendre pour ainsi dire à leurs objets en nous les représentant, nous aurons encore de nouvelles espèces d'idées. En effet, les objets de notre pensée sont loin d'exister toujours au dehors de nous comme ils existent dans notre esprit : tantôt la pensée les scinde, les analyse; tantôt elle les groupe, les réunit, pour opérer sur eux avec plus de facilité, Ainsi, il n'existe dans Ja nature rien de simple, c’est-à-dire rien qui ne puisse se décomposer par la pensée. 11 n'existe pas d’odeur sans un

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