IDÉE
sans un être intelligent, Cependant, l'esprit conçoit l'odeur, la saveur, la couleur, la pensée, etc., indépendamment des êtres doués de ces qualités. Quand l’objet de notre pensée est ainsi indécomposable, l’idée qui y correspond est dite simple; mais si un objet quelconque peut se résoudre par la pensée en plusieurs éléments, quel qu’en soit le nombre, l’idée est dite composée. Ainsi l’idée d’odeur, de couleur, de son, l’idée d’une affection de plaisir ou de peine, d’un acte, d’une perception, l’idée d’être, de temps, d'espace, sont des idées simples. L'idée d’une plante, d’un insecte, l’idée d’une faculté complexe, comme l'imagination, sont des idées composées. Une des propriétés les plus remarquables des idées simples et composées, c’est que les idées simplesne peuvent se communiquer par aucun moyen à celui qui ne les aurait pas acquises par sa propre expérience. Les mots qui dési
gnent les couleurs seraient des sons dénués de sens pour un aveugle-né. Les idées composées, au contraire, peuvent se communiquer, au moyen des signes, à ceux qui ne les auraient point acquises par eux-mêmes, pourvu toutefois qu’ils aient acquis les idées simples qui entrent comme éléments dans la formation des idées composées qu'on leur transmet.
Nous avons remarqué que la pensée a le pouvoir de séparer ce qui n’est point séparé et ne peut l'être dans la nature. Ainsi, il n’existe point de qualité sans un être, pas plus qu’il n’existe de substance sans modification, ni de rapport sans termes. Mais nous pouvons cependant nous occuper des qualités d’un être sans nous occuper de l’être qui les contient, et les étudier isolément ; nous pouvons parler des rapports qui existent entre des objets, et négliger leurs termes. Si on considère les idées sous ce nouveau point de vue, on les divise en abstraites et concrètes ; abstraites, quand leur objet est une abstraction, concrètes, quand la pensée a laissé intact leur objet, et qu’il est représenté à l'esprit avec les parties qui le constituent, Toutes les idées simples sont abstraites, puisqu'il n’existe rien à l’état simple dans la nature, et qu'il faut que la pensée ait détaché cet élément du tout auquel il appartient. Mais toutes les idées abstraites ne sont pas simples. Ainsi, l'idée d’un triangle est abstraite, puisqu'il n'existe pas en dehors de notre pensée une figure composée uniquement de trois droites qui se coupent, c’est-à-dire de trois lignes qui n’aient ni largeur ni profondeur ; mais l’idée de triangle n’est pas simple, puisque son objet peut lui-même être décomposé en lignes, et en rapports de ces lignes entre elles.
La plupart des idées renfermées dans les ouvrages qui ont pour but le développement d’une science sont des idées abstraites. On peut dire que ce sont ces idées qui font toute la puissance de l'intelligence humaine, puisqu’elles lui permettent de considérer les divers points de vue d’un objet séparément de cet objet même, qui, s’il nous apparaissait toujours à l’état concret ne ferait qu'embarrasser l'esprit et s’opposerait à l'analyse, la mère des sciences, Mais puisque les idées abstraites deviennent ainsi les matériaux des sciences, pour que la raison puisse opérer sur elles, afin de s'élever aux vérités scientifiques, il faut que ces idées subissent pour ainsi dire un nouvel état, passent à l’état d'idées générales. Cette considération nous amène à distinguer cette nouvelle sorte d'idées, aussi remarquable qu’im« portante à étudier. En effet, nous ne nous bornons pas à abstraire, par exemple, de l’idée d’un homme l'idée de corps organisé, l’idée de sensibilité, d'activité, d’intelligence raisonnable; quand nous avons remarqué ces différents modes d'existence dans quelques individus, nous les étendons à un nombre indéfini d'individus, et nous nous élevons ainsi à l'idée générale d'homme, c’est-à-dire l’idée d'une classe d’êtres auxquels ces qualités sont communes, On voit donc que l’idée générale se forme au moyen des idées abstraites, puisque c’est après avoir abstrait d’un petit nombre d'individus les qualités principales qui les constituent que nous concevons ces qualités comme pou-
corps odorant, de saveur sans un corps sapide, de pensée | vant appartenir à des myriades d'êtres, dont nous formons