‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 178 sur 522 · IDÉE · texte numérisé non relu

IDÉE

par la pensée une collection innombrable, qui n’a d’autre lien dans notre esprit que les abstractions qui leur sont communes. Aussi envisage-t-on les idées générales sous deux point de vue : 1° par rapport aux individus réunis dans potre pensée par des qualités semblables; 2° par rapport aùx qualités elles-mêmes, qui servent à les réunir : c’est ce qu'on appelle dans l’école l'extension et la compréhension : l'extension, c’est le nombre des individus que l'idée générale peut enserrer ; la compréhension, ce sont les qualités communes aux individus qui forment une classe. Ainsi, l'extension de l’idée générale d’homme, ce sont tous les êtres auxquels nous attribuons ce nom; sa compréhension, ce sont les qualités qui constituent essentiellement l'espèce humaine, comme d'être organisé d’une certaine façon, et d’être doué d’une âme sensible , active et raisonnable.

Les idées peuvent être plus ou moins générales. Ainsi, celle d’omme est plus générale que celle d'ignorants et de savants, et l'est moins que celle d'animal. Celle-ci l’est moins que l’idée d’étre. L'idée d'étre est la plus vaste de toutes, celle qui contient toutes les autres : on l’appelait pour cette raison supremum genus. On donne le nom de genre aux classes qui en contiennent d’autres, et le nom d'espèces aux classes inférieures contenues dans ce genre. Si lon se demande ce qui donne lieu à diviser et subdiviser ainsi les idées générales, on peut remarquer que c’est l'augmentation ou la restriction apportée au nombre des qualités qui constituent les individus des diverses classes. Ainsi, on voit que plus nous exigeons de qualités réuniee, plus nous diminuons le nombre d'individus auxquels ces qualités sont communes; de sorte que l’extension est toujours en raison inverse de la compréhension, c’est-àdire que plus l’idée est générale, moins sont nombreuses les qualités qui servent à la former, et que plus le nombre de ces qualités augmente, plus nous voyons diminuer le nombre des individus auxquels elles conviennent.

Mais il est une qualité propre constitutive de chaque espèce, qui distingue à nos yeux cette espèce et du genre où elle est contenue, et des autres espèces qui y sont contenues avec elle. Sans ce caractère distinctif, en effet, il n’y aurait pas lieu pour nous à séparer cette classe des autres. On a appelé différence spécifique cette qualité, parce qu’elle différencie telle classe de toutes les autres, et qu’elle donne lieu à une espèce particulière, specifica. | Ainsi, le corps et l'esprit sont deux espèces du genre substance. Qu’y a-t:il donc dans l’idée de corps qui la distingue de l’idée de substance et de l’idée d'esprit? Il y a l’idée d’étendue. L'étendue est le caractère distinctif et, comme parle l’école, la différence spécifique de l’idée de corps. Ces qualités constitutives des espèces avaient de bonne heure attiré l'attention des philosophes : Platon les remarqua surtout, et s’éleva sur-le-champ à cette grande pensée, que c’est sur le type de ces qualités que Dieu a formé tous les individus contenus dans les espèces qui

composent l’univers. Quoique cette opinion ait été assez mal accueillie, je ne vois en elle rien que de simple et de rationnel. En effet, il est certain, comme il le dit, que Dieu à dû avoir de toute éternité dans sa pensée l’idée des qualités qui constituent les espèces auxquelles il devait donner une réalité en dehors de lui-même, et que c’est sur ce modèle, sur ce type, qu'ont été formés par lui les individus de ces espèces, puisque les qualités communes aux individus d’une même espèce sont comme l'unité qui rassemble ces différents êtres dans la pensée et lui permet d'en faire une seule famille. Or, comment veut-on que Dieu n’ait pas eu le secret de cette unité, n’ait point conçu son œuvre d’une manière générale, si l’homme, avec sa faible intelligence, peut s'élever à ces généralités? Mais Platon ne s’est point arrêté là. Non-seulement, selon lui, Dieu a de toute éternité l’idée de ces qualités essentielles, mais ces types de toutes les espèces sont par lui révélés à | l'homme avant qu'il ait ouvert les yeux à la Inmière, et |

font partie hérente de sa pensée avant tout développement intellectuel. En un mot, ces idées, selon Platon, sont innées. C’est cette opinion, beaucoup moins fondée que la première, que nous allons examiner, en considérant les idées sous le point de vue de leur origine,

Pour simplifier cette question immense, sur laquelle on a écritides volumes, et avant de discuter Aristote ou Platon, Descartes et Condillac, nous commencerons par exposer le plus brièvement possible notre propre croyance, qui aidera, nous l’espérons du moins, l'intelligence et la critique des systèmes dont nous avons à parler.

La question de l’origine des idées n’est autre que la question même des facultés de l’entendement, car il est évident que si l’entendement possède des idées, il en est redevable aux facultés en vertu desquelles il les possède, Demander quelle est l’origine de telle idée, c’est demander par quelle voie elle nous vient, c’est demander quelle est la faculté qui nous la donne. Donc, étudier les facultés de l’entendement, pour savoir s’il y en a une seule à laquelle on puisse ramener les autres, ou s’il y en a réellement plusieurs bien distinctes l’une de l’autre, c’est remonter à la source des idées, discuter sur leur origine. Sinous pouvons trouver entre toutes les idées de l’esprit humain une connexité telle que nous les jugions de la même nature ou pouvant s’engendrer les unes les autres, si en un mot nous ne découvrons qu’une seule famille d'idées , nous les rapporterons toutes à une même source. Si, au contraire, elles nous apparaissent comme partagées en classes bien distinctes , bien tranchées et irréductibles l’une à l’autre, nous serons obligés d'admettre autant de sources différentes qu'il y a d’espèces distinctes d'idées.

Or, si nous envisageons des idées sous le rapport de leurs objets , c’est-à-dire des faits qu’elles sont chargées de nous représenter, nous remarquons d’abord deux classes d’idées bien distinctes : les idées qui nous représentent les phénomènes du monde extérieur, et celles qui nous représentent les phénomènes du monde interne : ainsi, la perception de la couleur, de la forme d’un objet, n’a rien de commun avec la perception d’un acte de notre volonté ou d’un sentiment de plaisir éprouvé par l’âme. Et quoique ces deux perceptions puissent exister ensemble, et l’une à l’occasion de l’autre, cependant elles se rapportent chacune à des faits d’une nature si différente que nous ne pouvons les attribuer à la même faculté; nous supposons donc deux pouvoirs différents, l’un d'acquérir les idées du monde extérieur, l’autre de nous donner la notion des phénomènes de Pâme. Nous sommes conduits à cette distinction par une autre voie. Ainsi, nous remarquons que les circonstances dans lesquelles nous acquérons ces deux sortes d’idées sont toutes différentes. Nous avons besoin pour acquérir les premières d’être en communication par nos organes avec leurs objets. Nous n'avons besoin, au contraire, d'aucune relation avec l’extériorité pour que les secondes nous soient données. II est aussi une autre espèce d’objets pour la pensée que nous sommes forcés de distinguer, soit des faits de Pextériorité, soit des faits internes : ce sont les rapports. Mais

: il est une autre idée encore que nous ne pouvons en aucune

manière faire sortir de celles que nous venons de remarquer : c’est l’idée d’infini. Cette idée, que l'expérience ne peut nous donner, existe-t-elle en nous avant tout développement intellectuel, autrement dit, est-elle innée? Car, puisque le

. fini ne peut la donner et que lexpérience ne nous révèle

que le fini, qui nous la donne donc? La raison, direz-vous. Mais la raison, en vertu de laquelle nous la possédons, nous la fait-elle acquérir comme nous acquérons les autres, en

. présence de leur objet? On ne peut dire que nous nous trou-

vions en présence de Pinfini plutôt à un moment qu'äun autre; et quoique l’idée nous en apparaisse à l’occasion d’upe chose finie, l'infini n’est pas plus sous nos regards après qu'avant la perception du fini. Assurément avant d’avoir ouvert les yeux à la lumière nous n’avons aucune idée, si l’on entend par ce mot la notion claire et distincte d’un objet. Mais d’un autre

côté, comme l’idée d’infini n’est contenue dans aucune de celles qui nous sont données par l'expérience, qu’elle ne fait qu’apparaître à leur occasion, et que son objet n’est pas plus sous les regards de l'intelligence quand l’idée de fini se présente qu’elle ne Pétait avant, il est naturel de supposer qu’elle existe dans l’âme, non comme idée distincte, mais comme notion latente, qui n’a besoin pour se réveiller et se manifester clairement que de l’apparition de son contraire. En effet, l’infini n’est autre chose que Dieu même, au sein duquel nous vivons toujours. Or, comment l’intelligence pourrait-elle exister, même à l’état de puissance, sans avoir la notion du principe d’où elle émane, de cet infini au sein duquel elle vit et elle est plongée, à quelque degré qu’elle soit de son développement?

Après cette concession au système des idées innées, nous aurions mauvaise grâce à accuser, comme on l’a fait, de folie les doctrines de Platon. Cependant, si nous admettous une idée innée, nous sommes loin de vouloir comme lui meubler l'intelligence avant que l’expérience lui ait fourni ses richesses, Platon soutient en effet que nous avons primitivement dans l'esprit toutes les idées générales et toutes les vérités générales sur le type desquelles Dieu a créé lunivers, et qu’il a communiquées à l’homme en lui donnant la vie. Ainsi, avant d’avoir vu un arbre, un animal, l’homme a l'idée générale d’arbre, d'animal ; et la vue d’un individu de ces espèces suffit pour lui rappeler l’idée générale qui existe déjà comme type de l'espèce dans sa pensée. Ce système était une hypothèse, à laquelle le défaut d’analyse psychologique a seul prêté longtemps de l'appui. Voici, selon nous, d’où provenait l'erreur de Platon : il ne pouvait expliquer comment l'esprit, à l’aide de quelques faits, de quelques rapports, s'élève à les généraliser, c’est-à-dire à les étendre ainsi dans l’espace et dans le temps à un nombre illimité, Ne pouvant concevoir comment du particulier il pouvait conclure au général, il supposa le général connu par une révélation antérieure, et alors il dota l’homme à sa naissance de toutes les idées ; car quelle est l’idée qui n’est point générale?

Il ne sera pas difficile, après ce qui a été dit sur l’origine dés idées, de juger les différents systèmes des idées acquises. Le plus ancien est celui d’Aristote, dont la doctrine à ce sujet a été formulée dans cet aphorisme : Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu. Je demande comment les sens pourraient nous donner les idées de temps et d'espace, de nécessaire, les idées de l’âme et de ses phénornènes, Les sensualistes furent très-habiles à renverser la théorie de Platon, mais nullement à prouver queles sens étaient les seules sources de nos connaissances. La question fut longtemps renfermée dans ce faux dilemme : Si les idées ne sont point innées , elles nous sont acquises par les sens; et si toutes les idées ne nous sont point données par les sens, elles sont innées. Locke sortit de ce dilemme en admettant une deuxième source d'idées, la réflexion, c’està-dire la conscience. Mais il demeura fidèle au système de l'expérience, c’est-à-dire qu’il n'admit que des idées acquises; aussi s'est-il assez mal tiré de l’explication des vérités premières. Enfin, Laromiguière a admis quatre sources de connaisances, qu’il appelle des noms tant soit peu bizarres desentiment-sensation, sentiment des facultés de l'âme, sentiment-rapport, sentiment moral. Je ne ferai à l'égard de ce système si connu que quelques obsérvations. D'abord, Laromiguière confond le sentiment avec la notion, et par là place PRES tout entière dans le domaine de la sensibilité; mais je pénse qu'il y a ici confusion dans les mots plutôt qu’erreur véritable. Ensuite il ne nomme pas la raison : aussi n’a-t-il pu expliquer d’une manière satisfaisante l’acquisition des idées et des vérités générales ; enfin, les idées morales n'ont pas besoin d’une origine particulière ; car l'idée de bien et de mal s'explique facilement à l’aide de celles que fournit la conscience etla raison, Mns ce que nons devons dire à la gloire de Laromiguière, c’est qu'il est le premier qui ait distingué

IDÉE — JDIOME

nettement la notion (qu’il appelle sentiment) de l'idée preprement dite, et qui ait montré comment l’homme arrive à transformer les premiers développements obscurs et confus de sa pensée en idées claires et distinctes au moyen del’ aftention. C.-M. PAPFE.

IDEÉE FIXE. Voyez Fixe (Idée),

IDÉES (Association des), Voyez ASSOCIATION DES Ines.

IDENTITÉ, Le Dictionnaire de l'Académie définit ainsi l'identité : « Ce qui fait qu'une chose est la même qu’une autre, que deux ou plusieurs choses ne sont qu’une où sont comprises sous une même idée. » En philosophie, on appelle identité la conscience qu'a une personne d’ellemême, qu’elle est toujours elle, n’a point cessé d’être elle, que le moi n’a pas changé dans elle,

Dans le langage de la jurisprudence, on entend par idenlité la reconnaissance qui est faite en justice de l’existence d’une personne prétendue homicidée, ou d’un condamné qui est repris après s'être évadé. Les articles 444 et 518 à 520 du Code d'instruction criminelle déterminent les formes à suivre en ces cas, Les arrêts d'identité peuvent être attaqués en cassation,

En algèbre, on donne le nom d'identité à une égalité dont le second membre est la répétition du premier ou n’en diffère que par la manière dont il est écrit (voyez Équarion), L'identité est donc, en quelque sorte, une {autologie. Cependant les identités sont souvent utiles pour opérer des transformations dans les calculs ou pour vérifier leurs résultats,

On a donné plus particulièrement le nom de philosophie de l'identité au système de Schelling aussi qu'à celui de Hegel, parce qu’ils ont pour base essentielle ce principe que la pensée et l'existence sont tout un ou identiques,

IDÉOLOGIE, IDÉOLOGUES. On appelle idéologie cette partie de la philosophie qui traite des idées, de leurs différentes espèces, de leur formation , de leur génération et de leurs rapports avec l'expression de la pensée, ou les langues. Mais ensuite on a donné une extension plus grande à ce mot, et l’on s’en est servi pour désigner la science qui s’occupe d’analyser les faits de l’esprit humain; il est devenu alors le synonyme du mot vieilli de mét aphysique ;et l'idéologie a été regardée comme la science opposée aux sciences physiques, qui traitent de la matière, tandis que celle-ci s’oceupe des idées. Dans ce cas, on entend par idées les faits psychologiques , lesquels ne tombent pas sous l'observation sensible. Mais ce mot idéologie a vieilli lui-même, pour faire place au mot psychologie, plus large, et mieux fait. C'est dans ce dernier sens que l’entendait Napoléon, qui s’était déclaré l’ennemi des idéologues, et qui désignait sous ce nom, auquel il attachait une idée de réprobation , tous les hommes qui s'occupaient de philosophie, c’est-à-dire des idées sur lesquelles reposent les droits des individus et des nations, Il avait oublié sans doute qu'il devait à l'idéologie d’avoir succédé à la vieille monarchie; et il ne pensait pas non plus qu’un jour elle serait plus forte que lui, et qu’elle enverrait ses légions pour le précipiter de son trône. C.-M, Pare,

1DES, terme du calendrier romain, Les Ides étaient ainsi nommées du mot iduare, diviser, parce qu'elles divisaient le mois en deux parties presque égales.

IDIOME (du grec iätwuæ, langage particulier), Ce mot en français est substantif, et signifie langue propre à un pays, à une nalion ; ainsi, l'on dit: « L'idiome que parlaient les Grecs était plus élégant que celui qui était en usage à Rome, » Il n'y a jamais eu de peuple un peu nombreux qui ait parlé absolument et sans mélange le même idiome : les Grecs en comptaient quatre principaux , sans y comprendre le dialecte macédonien. Du temps des Romains on parlait grec dans le midi de l'Italie, latin vers le milieu, et barbare au pied des Alpes. L'Italie moderne parle dix espèces d'italien, depuis Naples jusqu'à Venise et Turin, En France, outre la langue nationale et, classique proprement dite, nous avons cinq idiomes principaux : au nord, le flamand et

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