‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 179 sur 522 · IDIOME — IDIOTISME · texte numérisé non relu

IDIOME — IDIOTISME

l'allemand grossier quon parle en Lorraine et en Alsace; à l’ouest, le bas-breton ; dans le midi, depuis Grenoble iusqu’à Bordeaux, un latin corrompu, vieux débris de la langue romane des troubadours, Connu sous les noms de patois provençal, languedocien, gascon, béarnais ; et dans les Pyrénées l’euscara, ou escuara, que nous appelons improprement basque.

IDIOPATHIQUE (du grec toc, propre, et xédos, maladie). On donne ce nom aux symptômes de maladie qui procèdent immédiatement des causes du mal, par opposition aux symptômes sympathiques. Lorsque par suite d’un état maladif de l'estomac, des maux de tête et des étourdissements se manifestent, tandis que dans les blessures de la tête et des autres actions nuisibles sur cet organe, des congestions sanguines au cerveau se compliquent souvent avec le dégoût, lé malaise et les vomissements, dans le premier cas, les symptômes de l’estomac sont idiopathiques et ceux du cerveau sympathiques, et vice versa dans le second cas. Dans beaucoup de cas, il est facile au médecin d'apprécier les symptômes de ce genre selon leur ordre chronologique et leurs relations originelles; dans d'autres, au contraire, il lui est difficile d'arriver à une solution satisfaisante.

IDIOSYNCRASIE (du grec toc, propre, oûv avec, et xpäots, tempérament). On appelle ainsi une disposition particulière de l'organisme qui lui inspire un goût anormal ou une répugnance de même nature pour certaines choses. Cette disposition ne consiste pas seulement dans la répugnance invincible de certains hommes pour certains mets, certaines boissons, certains bruits, certains sons, etc., mais encore dans les résultats de son action, lorsqu'elle a lieu à l’insu de lindividu, et même quand la première sensation qu’elle produit est agréable; par exemple, lorsqu'une éructation a lieu quand on a mangé des fraises. Il faut en dire autant de ces aberrations de l’appétit, qui font aimer par quelques individus comme des friandises des choses qui répugnent généralement aux autres. L'idiosyncrasie peut aussi être négative, par exemple quand les choses qui plaisent généralement à tous sont indifférentes pour quelques-uns. Les idiosyncrasies sont ou constantes ou bornées seulement à un certain espace de temps, notamment si elles se manifestent pendant une maladie ou à sa suite, ou bien lorsqu'il s'opère un changement notable dans le corps; par exemple, dans les périodes de croissance, dans la grossesse, etc. Elles sont d’une grande importance pour le médecin, parce qu’elles exigent de scrupuleuses précautions dans le diagnostic et le traitement des maladies.

IDIOT , mot dérivé du iäwrns, qui signifie proprement un homme qui passe sa vie loin des agitations politiques, qui ne se mêle point du gouvernement. Il a été pris ensuite pour un homme simple, ignorañt, ne sachant que sa langue naturelle, et est devenu enfin synonyme d’imbécile et de stupide, puis il.a servi plus particulièrement à désigner les personnes afteintes d'idiotie. On appelait idiots autrefois les frères laïs ou convers qui ne savaient pas lire.

IDIOTIE , maladie ou imperfection de l’homme, dans laquelle les facultés de l'esprit ne se sont jamais manifestées ou n'ont pu se développer que d’une manière très-imparfaite. Jusque ici on a généralement employé dans le même sens le mot idiotisme ; mais on doit reléguer ce dernier mot à son sens primitif, et ne s’en servir que pour exprimer üne locution particulière au génie d’une langue. Esquirol, Georget et autres en ont donné l'exemple. On a confondu lidiotie avec la démence. Cependant les faits qui caractérisent l’une et l’autre de ces deux états moraux de l'homme sont très-différents et faciles à saisir. L’idiotie est une maladie que l'individu apporte en naissant; elle se manifeste au moment où les facultés affectives, morales et intellectuelles devraient commencer à se faire connaître, Elle est toujours accompagnée d’une imperfection plus où moins grande dans

le développement du cerveau, ou d’une altération dans son !

ment incurables, et rien ne peut leur donner de l'aptitude à raisonner ou à saisir les rapports existants entre les objets qui les entourent. Aussi, autant il est facile aux personnes de l’art de reconnaître celte espèce de dérangement cérébral, autant il leur est difficile de le faire disparaître. Les fonctions de la vie végétative chez les idiots se font ordinairement bien; toutefois, il est rare qu’un idiot complet vive au-delà de vingt-cinq ans.

S'il est vrai, comme on ne peut plus en douter, que l’intégrité et la perfection du cerveau sont nécessaires pour la manifestation des facultés de l'esprit, qu’en résultera-t-il quand un enfant naîtra avec un très-petit cerveau ou bien un cerveau malade, comprimé par la présence dé plus où moins de sérosité dans son intériéur? Une incapacité à remplir toute espèce de fonction cérébrale, un manque äbsolu de facultés morales et intellectuelles. Et bien, c’est là l’idsolie. Les observations de Gall et de tant d’autres nous ont prouvé que lé cerveau ne peut pas remplir ses fonctions quand le crâne, dans l’âge adulte, n’a que treize à dix-sept pouces de circonférence, mesure prise sur la pattie la plus bombéé de l'occiput, en passant par les tempes et par la partie la plus élevée du front. J’ai observé en 1824, dans l’hospice des aliénés de Crémone, en Italie, une femme d’environ trente ans, complétement idiote de naissance, qui n’avait que la moitié du volume de la tête d’une femme ordinaire. Un crâne de ma collection, qui appartient à un enfant mort à l’âge de dix ans dans un état d’idiotie si compket, qu’il ne savait pas même prendre les aliments qu’on lui présentait, présente le tiers du volume de celui d’un enfant ordinaire du même âge; et encore ce crâne contenait-il trois ou quatre onces de sérosité, qui comprimait le petit cerveau. Dans la collection de Gall, il y a deux crânes très-petits, l’un d’un enfant de sept ans, l’autre d’une fille de vingt, qui étaient également idiots. Villis a décrit le cerveau d’un jeune homme idiot de naissance : son volume comporte à peine la cinquième partie de celui d’un cerveau humain ordinaire. A mesure qu’il y à plus de développement dans le cerveau, l'idiotie est moins générale, et conséquemment l'incapacité de pareils individus devient moins sensible, jusqu’à ce qu’il se confonde avec cette masse de médiocrités et de demi«

! imbécillités dont est couverte la surface de la terre.

L’idiotie des crétins du Valais ne dépend pas généralement du défaut de développement de la masse cérébrale; elle provient, dans la plupart des cas, d’une sorte d’infiltration séreuse dans le cerveau , qui l’engourdit et rend ses fibres molles et incapables de remplir leurs fonctions. Plusieurs individus sont idiots ou presque idiots à la manière des crétins : sur eux, la crânioscopie peut se trouver en défaut, et on rencontre des hommes qui ont l'air d’être bien organisés, ef qui effectivement sont des idiots véritables.

D° Fossari.

IDIOTISME, mot formé d’id i ot, quand il désigne une sorte d’aliénation mentale, que l’on nomme plutôt idiotie maintenant, et d’idiome quand il s'emploie en grammaire. Dans ce cas, il signifie une construction, une locution, contraires aux règles communes et générales, mais propres et particulières à une langue. Chaque langue a des idiotismes qui lui appartiennent , des locutions qui lui sont propres, et qu'il est impossible ou du moins fort difficile de traduire exactement dans une autre langue. Les idiotismes grecs se nomment hellénismes; les idiotismes latins, latinismes ; les français, gallicismes ; les allemands, ger manismes ; les anglais, anglicismes. Il y à même des idiotismes provinciaux dans une même langue; et nous avons cité ailleurs les gasconismes. Sous le litre d’dioticon, les Allemands possèdent des vocabulaires pour les constructions propres à chacune des fractions de ce peuple. Un latiniste, même médiocre, comprendra très-bien le sens de ce premier vers du second livre de l’Éntide :

Conticuere omnes intentique ora tenebant ;

organisation intime. Les idiots parfaits sont conséquem- ; mais aucun traducteur ne parviendra à le rendre sans alté-

ration. Horace à dit quelque part, en parlant du plaisir que le vulgaire prend à entendre le récit des infortunes d’un tyran : bibit ore vulgus. Dire que La foule boit ces récits de la bouche serait mal fraduire; on ne peut y arriver que par un équivalent et toujours imparfaitement. Les idiotismes, en quelle langue que ce soit, sont généralement coniraires au bon sens, c’est-à-dire que la signification des mots y est toujours plus ou moins faussée, comme dans ces expressions : battre le pavé, la campagne, croquer le marmot, dormir un somme, passer une nuit blanche, tuer Le temps. Ce sont de toutes les difficultés les plus grandes que rencontrent les traducteurs; néanmoins, malgré leurs constructions vicieuses et contraires aux plus simples règles de la logique, les idiotismes contribuent souvent beaucoup à l'originalité et même à la beauté d’une langue. TEYSSÈDRE.

IDOCRASE (de eïôoç, forme, et xpäots, mélange). Les minéralogistes donnent ce nom à plusieurs silicates alumineux isomorphes, dont la composition chimique est identique à celles des grenats ayant les mêmes bases, Ce sont des minéraux à cassure vitreuse, fusibles en verre jaunâtre, assez durs pour rayer le quartz. Leur poids spécifique est 3,2. Les couleurs des diverses espèces d’idocrase sont le brun, le rouge violet, le vert obscur, le vert jaunâtre et le bleu. On les rencontre dans les terrains de cristallisation. Quand elles sont transparentes, on les taille et on les monte en bagues. Les idocrases ainsi taillées qui se vendent à Naples sous le nom de gemmes du Vésuve, sont à base de chaux, et colorées en brun par de l’oxyde de fer et un peu de manganèse ; elles appartiennent à l’espèce minéralogique dite idocrase du Vésuve, vulgairement vésuvienne, que l’on trouve en abondance dans les blocs de la Somma.

IDOLÂTRIE , IDOLES (du grec etäwlov, image, et Aurpeiæ, culte). Idole, dans sa signification la plus littérale et la plus étendue, signifie image, figure, représentation ; mais l’idée particulière que nous avons attachée à ce mot est celle d’une statue ou image représentant une divinité, l’idolätrie est le culte rendu à cette figure, et, par extension, le culte rendu à tout simulacre, à tout objet sensible, naturel ou factice, dans lequel l'imagination place quelque faux dieu. L'origine de l’idolâtrie se perd dans la nuit des temps : nous n’oserions répéter, avec l'abbé Bergier, qu’elle n'a commencé que quelque temps après le déluge et la confusion des langues; car nous pourrions, d’après la Bible, la faire remonter jusqu'à Caïn. Quoi qu'il en soit, les peuples qui l’adoptèrent les premiers, les Orientaux, avaient placé le siége de la puissance divine dans les astres, auxquels présidaient, d’après eux, des dieu x ou des intelligences toutes-puissantes. Après avoir ainsi peuplé le ciel de divinités, les hommes furent entraînés à en peupler la terre, et tout phénomène qui les épouvantait ou qui surpassait la portée de leur esprit était à leurs yeux la preuve, le gage, de la présence d’un dieu.

Nous n'avons point à nous occuper ici des différents modes d’idolâtrie qui se sont-succédé ou confondus sur la surface duglobe ;lesabéisme,lefétichisme,lepolythéisme, la religion des druides, le parsisme en sont les principales formes. Bornons-nous à constater que jusqu'à la venue du Christ tous les peuples de l’ancien continent ont été idonâtres, hormis les Juifs. La religion chrétienne détruisit lentement parmi nous ce culte trop souvent sanguinaire des idoles; quelques contrées de l'Orient, comme l’Inde , la Chine, le Japon, la plupart des peuplades de l'intérieur de l'Afrique, de l'Amérique, de la Polynésie, y demeurent cependant encore attachées, et, malgré les efforts tentés Jusqu'à ce jour par d’honorables missionnaires, on n’en saurait prédire avec certitude l'extinction prochaine.

IDOMÉNÉE, fils de Deucalion et petit-fils de Minos, régnait sur plusieurs villes de la Crète lorsque, accompagné de son neveu Mérion , il vint, dans un âge avancé, se joindre, avec 80 vaisseaux, aux Grecs qui faisaient le siége de

IDIOTISME — IDUN

Troie, ce qui l'a fait ranger par les mythographes au nombre des prétendants à la main d'Hélène. Homère parle souvent avec éloge de son courage et de l'amitié qui l’unissait à Agamemnon. Il eut, à l'occasion des jeux funèbres célébrés en l’honneur de Patrocle, une violente querelle avec Ajax Oilée. Suivant l’Iliade, Idoménée aurait ramené heureusement dans l’ile de Crète tous ceux de ses compagnons d’armes que la guerre avait épargnés. Diodore de Sicile raconte qu’on lui éleva, ainsi qu’à Mérion, un magnifique tombeau, et qu’on leur accorda même des honneurs divins. D’après quelques auteurs romains, ajoutant trop de foi aux traditions douteuses d’Alexandrie, Idoménée, à son retour de Troie, fut forcé de quitter la Crète à la suite d’un vœu indiscret : surpris par une violente tempête et en danger de périr avec son compagnon, il fit vœu à Neptune de sacrifier le premier homme qui s’offrirait à lui en touchant la terre natale, s’il pouvait y aborder. Or, ce fut son propre fils, ou plutôt Leucus, son fils adoptif, son gendre futur, auquel il avait laissé le gouvernement de ses États, qui se présenta et fut immolé. A ce sacrifice succéda une peste affreuse, qui détermina les sujets d’Idoménée à le chasser du pays, comme auteur du fléau. Suivant une autre version, Leucus s’opposa au débarquement du roi, sous prétexte qu'il apportait l'épidémie, etle força de serembarquer. Expulsé de ses États , il chercha un asile à Colophon, d’après les uns, dans la Calabre, où il aurait fondé Salente, selon d’autres. L'aventure d'Idoménée a fourni à Crébillon le sujet de sa première tragédie, et à Fénelon celui d’un des plus intéressants épisodes de son Télémaque.

IDRIA, ville de la capitainerie de Wippach, duché de Carniole, célèbre par ses riches mines de mercure, dont la découverte date de 1497, et siége d’une direction des mines , est située dans une profonde vallée, en forme d’entonnoir, qu’arrose l’Idrizza, et compte environ 4,500 habitants, dont près de 600 appartiennent au personnel de l’exploitation des mines. Le reste a pour industries le tissage du lin et des soies et la fabrication des eaux-de-vie de genièvre. On y trouve une école des mines, un collége allemand et un théâtre. Parmi les édifices, on distingue le chàteau de Gewerkenegg, bâti par le corps des métiers, en 1527, alors qu’idria appartenait à la république de Venise, et où est aujourd'hui la direction des mines. C’est là qu'est situé l’orifice de la fosse principale par laquelle on descend ordinairement dansla mine.

La mine de mercure d’Idria est, à cause de son organisation, une des plus curieuses de l'empire d’Autriche. Son produit annuel s'élève actuellement à environ 3,000 quinfaux, et la fabrique de cinabre en livre annuellement de 6 à 700 quintaux à la consommation. Le plus remarquable des minéraux que l’on y trouve est l’idrialithe ou idrialine dans lequel on a découvert un nouvel hydrogène carburé.

IDSTEDT, village du Schleswig, situé à 2 myriamètres au nord de la capitale de ce duché, est devenu célèbre de nos jours par la bataille qui s’y livra, le 24 et le 25 juillet 1850, entre les troupes du gouvernement national du S chle swig-Holstein, commandées par le générai Willisen, et l’armée danoise aux ordres du général Krogh.

IDUMÉE. Voyez Inuméens.

IDUMÉENS ou ÉDOMITES, descendants d’És a ü , habitaient l’Idumée, petite contrée montagneuse , entrecoupée de roches caverneuses, et située sur la frontière sud-est de la Palestine, d’où ils avaient expulsé les Horites, c'est-à-dire les habitants des cavernes. Sous Hyrcan, leur pays fut incorporéau royaume de Judée, auquel ils donnèrent plus tard dans la famille d'Hérode une dynastie de souverains. Après la dernière guerre de Judée, le nom de leur pays se confondit avec celui de l'Arabie.

IDÜN (c'est-à-dire qui aime le travail,) nom d’une divinité de la mythologie du Nord, qu'on appelle quelquefois aussi, mais à tort Jdüna ou Idunna. Sage lille du nan Svald, et initiée à la connaissance de l'avenir, elle fut ad-

IDUN — IÉNA

mise au nombre des A ses et donnée pour épouse à Bragi. C’est elle qui possédait cette pomme délicieuse qui donnait aux dieux une jeunesse éternelle. Le géant Thiassi, assisté par Loki, la lui ayant enlevée, les dieux ordonnèrent à Loki de la lui rapporter; et celui-ci, se métamorphosant en faucon en même temps qu’il changeait Idûn en noix, lui rapporta ce fruit, dont la perte était pour elle un sujet de vive afllicfon.

IÉDO. Voyez Jenno.

IDYLLE (du grec ed ov, diminutif d'ädos, figure, représentation), petit poëme du genre pastoral, et qui diffère de l’églogue en ce qu’il n’est pas dialogué, mais en forme de description etde méditation. Théocrite est le créateur du mot, qui n'avait pas d’abord ce sens précis, puisque la moitié à peine des trente petits poëmes que contient son recueil ont pour sujet la vie des champs, le calme, linnocence et le bonheur qu’on y trouve. On peut en dire autant de Bion, de Moschus et de Virgile, réduit, d’ailleurs, à copier des tableaux d'une nature qu’il n’avait pas vue. L’idylle ne reparut qu’à la renaissance des lettres; car on ne peut pas donner ce nom aux pastourelles provençales du moyen âge. Vauquelin de La Fresnaye fit paraître un recueil de poésies sous le nom de Foresteries et d’Idillies. Beaucoup d'autres auteurs s’exercèrent dans le genre pastoral; mais il faut arriver à Gessner pour retrouver de véritables idylles, admirables pour la pureté des sentiments, pour la moralité de la passion. IL n’a peint pourtant que des portraits de fantaisie, et ses actions imaginaires n’appartiennent ni à la campagne ni à la ville. André Chénier a peut-être mieux compris encore l’idylle antique, non pas élevée jusqu’à la hauteur héroïque ou lyrique que Théocrite lui a donnée quelquefois, mais pleine des graces naïves qui respirent dans quelques-unes de ses riantes compositions.

IERATERINBURG, KATHARINENBURG, ou CA- THÉRINENBOURG, chef-lieu de district, dans le gouverne. ment de Perm, qui faisait autrefois partie du royaume de Kasan, mais qui, dans la division politique actuelle de la Russie, forme un gouvernement particulier, dont Perm est le chef-lieu en même temps que le siége de ses autorités supérieures. Ce territoire est considéré comme appartenant encore à l’Europe.

La ville d'Jékaterinburg, bâtie sur les bords de l’Isset et du lac du même nom, sur la lisière orientale de l’Oural central, contrée riche en mines, doit à sa position au centre

du district où le minerai est le plus abondant, d’être la :

plus peuplée de toutes les villes de ce gouvernement, et compte (en 1867) au-delà de 21,929 habitants. C’est le siége d’un tribunal supérieur pour toutes les mines de l'Oural; on y trouve une école des mines, une fabrique de monnaies de cuivre, des usines importantes pour la fabrication du fer et du fil de fer, et une fonderie de canons, ainsi que d'importants lavages d’or établis sur l’Isset. Un musée destiné aux curiosités de l’Oural y a été fondé en

IERATERINODAR, capitale des Tchernomores ou Kosaks Tchernomoriques, c’est-à-dire habitant les bords de Ja mer Noire, dont le territoire (504 myriamètres car= rés, avec 125,000 hab.) est compris, d’après la plus récente division de la Russie, dans la Transcaucasie. C’est le siége de l’ataman et de diverses autorités militaires. La ville, dont la population est de 9,504 habitants, est située dans la marécageuse vallée du Kouban, dans un site malsain et humide. Elle est protégée par une assez bonne citadelle où, indépendamment de la cathédrale, se trouve aussi un magnifique hôpital militaire, de construction récente.

IÉKATÉRINOSLAFF, gouvernement de la Russie méridionale , entre Charkoff et Pultawa au nord, Cherson à l’ouest, la Tauride au sud, la mer d’Azofet le pays des Cosaques du Don (dans lequel est situé Taganrog) à l’est, compte, sur une superficie d'environ 800 myriamètres carrés, une population de 1,281,751 âmes (1867),

DICT, DE LA GONVERS, = Tr X

non compris le gouvernement de la ville de Taganrog ( 56 myriamètres carrés et 80,000 habitants) et le pays des Kosaks de la mer d’Azof (4 myriamètres carrés et 60,000 habitants). Ce gouvernement est une plaine immense, du genre des steppes et riche en herbages, dont la nature ne se modifie qu’à l'ouest de Dniepr et le long de ce fleuve, où les douze cataractes connues sous le nom de Porogi tombent successivement avec fracas dans une contrée montagneuse et presque romantique, en y interrompant la navigation. En raison de sa situation méridionale, ce gouvernement produit une foule de fruits qu’on ne trouve nulle part ailleurs en Russie, tels que abricots, poires , cerises, müres. On y cultive l’amandier, le figuier, la vigne, l’arbousier et le melon, qui y réussit en pleine terre. Un des arbres fruitiers qu’on rencontre le plus ordinairement dans les vallées, pour la plupart couvertes de beaux et riches villages, est le prunellier, dont les baies servent à préparer une espèce de vin appelée éerneffka. Il y a grande disette de bois, et en beaucoup d’endroits on est réduit aux jones, à la paille et à la bouse de vache pour tout combustible. Les plaines abondent en outardes , perdrix, coqs de bruyère, bécasses et cailles, de même qu’en loups, renards, lièvres et lapins ; on trouve même sur certains points des buffles. Le pélican, oiseau si rare dans le reste de l’Europe, y abonde, Dans ces derniers temps la sériciculture et le perfectionnement de la race ovine, au moyen du croisement avec des béliers mérinos, ont été l’objet de la sollicitude toute particulière du gouvernement, qui n’a rien négligé pour accroître le bien-être des peuplades, généralement nomades et d’acquisition nouvelle, qui habitent cette province. C’est ainsi que dans ce gouvernement, autrefois à peu près impénétrable, ont été fondées plusieurs centaines de colonies de nationalités les plus diverses. On y trouve des Prussiens et des Saxons, des Persans et des Tatares, des Grands-Russes et des Kosaks, des Grecs et des Arméniens, des Magyares et des Raïtzes, des Moldaves et des Valaques, des Albanais, des Bulgares et des Arnautes, vivant confondus de la manière la plus paisible.

Le chef-lieu de toutes les colonies Arméniennes est CAortiz ou Chortizkja, avec 12,000 habitants; Nachitschevan, sur le Don, avec le même chiffre de population, est le centre de toutes les colonies allemandes.

Cette contrée, qu’à partir de 1752 on commença à colo niser à l’aide de colons étrangers, reçut d’abord le nom de Nouvelle-Servie; en 1764 on lui donna celui de Nouvelle- Russie ; son organisation et sa dénomination actuelles datent de 1783.

TÉKATERINOSLAFF, sur la rive droite du Dniepr, audessous des cataractes, chef-lieu du gouvernement, fut fondée en 1784, par Potemkin. Cette ville, siége d’un archevêché et des principales autorités administratives et militaires, a des rues larges, 22,291 habitants, un séminaire, un collége, une école de chirurgie, plusieurs hôpitaux, .de nombreuses fabriques. On y a élevé un monument à la mémoire de l’impératrice Catherine IT. 11 faut encore citer, outre Pawlograd, Bachmut, Alexandrewsk et Werchne- Dnjeprowsk, les deux autres villes chefs-lieux de cercle, Novomoskowsk, sur la Samara, jadis capitale des Kosaks- Zaporogues, avec 12 à 15,000 habitants; et S/awænoserbsk, sur le Donetz, centre d’un commerce et d’une navigation assez importante; enfin, le port de mer Marioupol sur le Kalmius, et au voisinage de la mer d’Azof, Taganrog, Nachitschevän et les forts d'Azof et de Rostoff, ou Saint- Dimitria.

IÉNA, dans le grand-duché de Saxe-Weïmar-Eisenach, capitale de l’ancien duché de Saxe-Iéna, fondé en 1672 par Bernard, fils du duc Guillaume de Saxe-Wiemar, et qui s’éteignit dès l’an 1690, à la mort de son fils Jean-Guillaume. Après avoir passé alors à la maison de Saxe-Eisenach, il fil retour, à l'extinction de cette ligne, en 1741, à la maison de Saxe- Weimar. La ville est située dans une romantique vallée, au confluent de la Leutra et de la Saale, qu’on y traverse sur

un ponten pierre. Charles-Quint, qui avait vu tant de villes, frappé de la situation délicieuse d’Iéna, avouait qu'après Florence c'était la ville dont il avait conservé l'impression la plus agréable et la plus durable. Jéna, où l’on voit un château antique, compte 7,500 habitants (1867). La démolition de ses remparts et de ses bastions lui a fait perdre peu à peu sonair de vétusté, et une partie de ses fossés, après avoir été comblés, ont été transformés en un beau parc. Iéna est célèbre dans l’histoire par la mémorable bataille livrée sous ses murs en 1806 (voyez l’article ci-après) et par son université. Elle est le siége d’une cour d’appel commune au Grand-Duché et au duché de Saxe, ainsi qu’à la principauté de Reuss ; on y trouve une Société de Minéralogie et une Société de la Littérature latine. La Tour du Renard (Fuchsthurm), qui s'élève sur le Hausberg, situé près de la ville, est un débris du vieux manoir de Kirchberg,

L'université fut fondée en 1552, par l'électeur de Saxe Jean-Frédéric le Magnanime, qui en conçut le projet dès 1547, lorsque, prisonnier de Charles-Quint, après la bataille de Mubhlberg , il fut conduit à Iéna pour y avoir une entrevue avec ses trois fils. Par cette création, il voulait remplacer l’université de Wittenberg , qui lui avait été enlevée par le sort des armes ; et son but était de faire de cette nouvelle université le dépôt fidèle de la pure doctrine évangélique et le foyer des sciences et des lettres. Il assigna à son entretien les biens de trois couvents supprimés par la réformation; et l'ouverture solennelle en eut lieu le 2 février 1558, après que l’empereur Ferdinand I‘ eut à cet effet donné son consentement, longtemps refusé, Les revenus de l’université s’élevaient à près de 40,000 thalers. Son époque la plus brillante fut le règne du duc Charles-Auguste (1787 à 1806), protecteur éclairé des sciences et des lettres. Parmi les professeurs qui l'ont illustrée, on cite Schelling, Hegel, Voss,Fries, Oken, Hufeland,Feuerbach, Thibaut, Eichhorn. Le nombre de ses étudiants, qui en 1815 et années suivantes s'était élevé à 800, n’est plus aujourd’hui que d'environ 500, En 1866 on y comptait 26 professeurs en titre, 11 professeurs ordinaires et 29 professeurs agrégés. Sa bibliothèque se compose de plus de 200,000 volumes. On ya adjoint un cabinet de médailles et un musée d’antiques, des cabinets de minéralogie, d'anatomie comparée, etc,

IÉNA (Bataille de). Le 3 octobre 1806, Napoléon avait dit : « Le 8 je serai devant l'ennemi, le 10 je le battrai à Saalfeld, le 14 ou le 15 je battrai toute son armée, et avant la fin du mois mes aïgles entreront dans Berlin. » Le 13 au soir il répétait à Lannes, en lui donnant ses instructions : « L'armée prussienne est coupée comme celle de Mack l'était à Ulm Pannée dernière; ellé ne va plus manœuvrer que pour se faire jour; le corps qui se laisserait percer se déshonorerait. » Les troupes se mirent en marche dès l'aurore du 14, par le plus épais brouillard. La division Suchet attaqua le bois de Closwitz, défendu par Tauenzien, et à dix heures elle en avait délogé les Prussiens. Soult manœuvraït sur la droite. La cavalerie prussienne essaya vainement d’arrêter sa marche; elle fut rejetée dans les défilés de Rodchen, et toute l'infanterie d’Holtzendorf se replia en désordre sur les hauteurs de Stobra. Ney entendait le canon, mais, resserré entre des chemins étroits, il ne pouvait amener ses masses : il prit donc avec lui un corps d’élite de 4,000 grenadiers et voltigeurs, passa entre Reille et Suchet, et se porta sur le village de Vierzhen- Heilingen, Augereau gravit, à la tête de la division Desjardins, les vignes escarpées de Flohberg; et tout le corps d’Hohenlohe se trouva bientôt déposté des hauteurs et refoulé dans la plaine par les têtes de colonne des quatre corps français qui l'avaient attaqué.

Le prince s'attendait si peu à livrer bataille, qu'il signait l'ordre de ne pas fatiguer les troupes au moment où ses avant-gardes étaient eulbutées. La brigade saxonne de Cerrini était déjà détruite, Mais il avait réussi à rallier ses principales forces à Vierzehn-Heilingen,'et les décharges de son artillerie avaient accueilli le corps d'élite. La cava-

TÉNA

lerie de Colbert fondit sur cette artillerie et lui enleva treize pièces; mais elle fut presque aussitôt ramenée par les escadrons prussiens, Ney protégea son retour avec les carrés de son infanterie ; et le corps de Lannes, accourant à son aïde, emporta le village à la baïonnette, Ce fut là le centre des efforts des deux armées, Saxons ét Prussiens y firent des prodiges de valeur ; mais Lannes déborda leur extrême gauche , tandis que Ney pénétrait, avec son avant-garde, entre le village disputé et celui d’Isserstædt, Napoléon, rejoint alors par Augereau et la division Desjardins, la dirige sur ce dernier village, et la fait soutenir par la brigade Wedel de la division Suchet, La division Heudelet repousse en même temps un corps saxon au débouché de la Schnecke, et Murat arrive ayec ses masses de cavalerie. Le corps d’Holtzendorf, défait dans les environs de Stobra, livre l'aile gauche d'Hohenlohe aux attaques de Soult; Heudelet avance à grands pas sur son aile droite, et cet effort simullané de toute la ligne française porte ses têtes de colonne en avant des villages que l'ennemi lui a disputés, Tout se disperse devant elles; des régiments entiers sont foudroyéset détruits, Hohenlohe rallie un moment ses débris, et veut faire un changement de front. La brigade saxonne de Dyhern, qui forme son point d’appui, est assaillie par les troupes de Wedel et de Desjardins. Son artillerie est prise, ses quatre régiments sont mis en déroute, D’autres corps ennemis, ralliés entre les villages de Gross et Klein- Rompstadt, sont culbutés, malgré les efforts que fait leur cavalerie pour les soutenir.

Ruchel arrive enfin au secours de Hohenlohe, à la tête de vingt-six bataillons et de vingt escadrons ; il rallie quelques brigades fugitives, et porte ses colonnes sur Frankendorf avec une grande résolution; mais il est trop tard : les divisions françaises n’ont plus d’autres ennemis à vaincre, Soult attaque son flanc gauche, et le fait prendre en écharpe par son artillerie; Wedel l’aborde de front, Desjardins se jette sur son flanc droit. La cavalerie de Murat est seule arrêtée un moment; mais celle des Prussiens, fusillée à bout portant par la division Saint-Hilaire, est refoulée à son tour sur l'infanterie. Il s’ensuit une mêlée à la baïonnette ; et au bout d’une heure tout le corps de Ruchel est poussé en désordre au delà de Cappellendorf, sur Ja chaussée de Weimar, où les débris de Hohenlohe ne tardent pas à le suivre, sous la protection d’un carré qui exécute sa retraite en bon ordre, La division saxonne de Niezemenchel, cependant , est restée sur le champ de bataille, entre Isserstædt et le ravin de Schwabhaüser, Les ordres de Hohenlohe ne lui sont point parvenus; elle ne s'aperçoit de son isolement qu’en se voyant cernée et attaquée de tous côtés par les divisions françaises. Sa résistance est longue et glorieuse; mais, après un combat terrible, où elle est ralliée plusieurs fois par Zechewitz, et toujours rompue par de nouvelles attaques, elle ne peut sauver quelques fuyards qu’en se jetant pêle-mêle dans le défilé de Denstædt. Tonte cette armée est enfin refoulée sur Weimar, et des 55,000 hommes de Hohenlohe, des 15,000 que Ruchel a amenés à son secours, il en reste à peine 20,000 qu’on puisse mettre en ligne,

Cette victoire, quelque brillante qu'elle fût, l'était moins cependant que ne le croyait Napoléon; car il était convaincu d’avoir lutté contre la principale armée prussienne, Ce fut seulement pendant la nuit qu’il connut son erreur, et la victoire, plus étonnante encore, de D a voust,. L'empereur lui avait écrit le 13 qu'il tenait l'armée prussienne réunie entre Léna et Weimar ; il lui ordonnait de marcher sur Apolda, et de tomber sur les derrières de l’ennemi, en combinant ses manœuvres avec celles de Bernadotte, arrivé à Dornburg. Mais celui-ci interpréta mal cet ordre, et ne prit part à aüeune des deux batailles, Davoust érut donc n'avoir affaire qu'à un gros détachement de l’armée prussienne, tandis que ses principales forces marchaïent sur lui sous la conduite du roi et de Brunswick. Arrivée dans les environs d’Apolda, le 13 au matin, cette

IÉNA — IÉNISEISK

armée s'arrêta au bruit du canon d’Iéna : c’était l'attaque } de Hassen-Hausen; mais les colonnes de Morand les y

du plateau de Landgrafenberg par Lannes. Mais les courriers de Hohenlohe n’y avaient vu qu’un engagement sans importance, et le roi de Prusse avait porté le soir son quarcier général à Auerstædt, Davoust, qui de son côté avait fait occuper le défilé de Koësen, passe la Saale à six heures du matin le 14, avec ses trois divisions. Les deux armées marchent l’une sur l’autre à travers le brouillard épais qui couvre la contrée, croyant ne pousser qu’une reconnaissance, quand la brigade Gauthier heurte tout à coup des masses dont elle ne peut juger la force. C’est une avantgarde de vingt-cinq escadrons, d’un bataillon de grenadiers et d’une batterie d'artillerie légère, conduite par Blücher, et qui a déjà dépassé le village de Hassen-Hausen. Averti par le colonel Burke, qui a le premier reconnu l'ennemi, le 25° forme ses carrés à droite du village, tandis que le 85° les forme à gauche, et que l'artillerie de la brigade se place sur la chaussée. Blücher, repoussé dans une première charge, perd ses canons , et se replie sur le corps de Schmettau, que Brunswick vient de mettre en ligne. La brigade Petit joint en même temps la brigade Gauthier, et toute la division Gudin se trouve ainsi engagée sur ce point. Blücher reparaît à la chute du brouillard, déterminé à se venger d’un premier échec. Mais reçu à bout portant, avec une froide intrépidité, par les carrés de la division française, foudroyé dans plusieurs attaques infructueuses, il s'enfuit dans le plus grand désordre vers Spilberg, etest poussé à son tour par la cavalerie de Vialannes à 4 kilomètres du champ de bataille.

Cependant, les masses prussiennes entraient en ligne; et Warstenleben, retardé par le passage de l’Ems, débouchait à huit heures du matin du village de Garnstædt sur le flanc droit de Gudin. La division Friant court à la rencontre de ces nouvelles troupes; Davoust fait enlever une de leurs batteries par le 108°, et réussit à déborder leur aile gauche.

Mais, de l’autre côté de Hassen-Hausen, le 85° a seul soutenu le choc de deux brigades prussiennes , et Brunswick, ayantreconnu sur ce point lafaiblesse de son ennemi, forme le projet de l’accabler, de se placer entre la Saale et la chaussée, et de couper ainsi à Davoust la retraite sur Koesen. L’infanterie du prince d'Orange vient renforcer le corps de Schmettau, que foudroient les batteries de Gudin; et Vaile droite de ce corps, l'infanterie de Warstenleben, les réserves de Kunheim et d’Arnim, et la cavalerie de Blücher, se jettent en masse sur le village de Hassen-Hausen, où Petit s’est établi à la tête de sa brigade. Davoust lui ordonne de s’y maintenir avec le 21°, et d'envoyer le 12° au secours du 85°. Ces deux derniers se postent sur les escarpements des chemins creux qui sillonnent cette côte, et opposent longtemps une résistance héroïque. Mais, accablés par le nombre, ils sont contraints de se replier dans l’intérieur et en arrière du village, où ils se font une position inexpugnable. Brunswick, indigné de cette résistance opiniâtre de trois régiments, ordonnait un assaut général, quand une balle vient le frapper d’un coup mortel; une autre renverse Schmetfau, et Warstenleben a son cheval tué sous lui. Au reste, ces accidents ne jettent qu’une hésitation momentance dans les colonnes prussiennes; elles se raniment à la voix de Frédéric-Guillaume et de Blücher : la division Gudin va être forcée dans ses positions, quand Davoust fait avancer la division Morand, sa dernière réserve. La cavalerie du prince Guillaume de Prusse veut en vain lui barrer le passage. Les carrés de Morand font un feu terrible sur les escadrons prussiens, et Davoust , qui se trouve partout , les fait mitrailler par son artillerie. Le prince Guillaume est mis, à son tour, hors de combat, et sa cavalerie s’enfuit en désordre à travers les champs d’Auerstædt.

Pendant cette glorieuse résistance des divisions Gudin ét Morand, la division Friant continue à tourner la gauche de ia ligne prussienne, et culbute dans le vallon de Rehausen la brigade du prince Henri. C'est là que viennent bientôt

poursuivent l'épée dans les reins. Le roi de Prusse accourt en personne, à la tête d’une forte réserve. Par bonheur, Morand a imprimé à ses soldats un élanirrésistible. 11 chasse les Prussiens du plateau de Sonnendorf, et, prenant en flanc la colonne du roi, porte la mort etle désordre dans ses rangs. La division Gudin chasse en même temps les débris de Schmettau et de Warstenleben. La division Friant, arrètée un moment par les troupes du prince d'Orange, qui a couru soutenir le prince Henri, s'ouvre enfin un passage à travers leurs bataillons enfoncés. Cependant, les Prussiens comptent encore quelques ressources, et Davoust a engagé toutes ses troupes. Kalkreuth, qui est resté en réserve avec deux divisions à la hauteur de Juba, s’approche pour sauver le corps d'armée. Blücher, ayant en même temps rallié sa cavalerie, demande à reprendre l'offensive. Pendant qu’on délibère, les divisions françaises attaquent, débordent , écrasent ce nouveau corps prussien, le refoulent sur Gernstædt et lui enlèvent encore cette belle position. Blücher, étourdi du coup, ne peut même trouver un refuge au village d’Auerstædt, qu’incendient les boulets français. A cinq heures du soir, les Prussiens, écrasés de toutes parts, abandonnent le champ de bataille, jonché de 10,000 morts, laissant en nos mains un nombre incaleulable de blessés et de prisonniers, 60 drapeaux, 300 pièces de canon et 30 généraux. Brunswick et deux autres meurent de leurs blessures, et Berlin reçoit la loi du vainqueur. VIENNET, de l'Académie Française.

IENIRALE , ville de la Crimée, sur le détroit de Kertch ou détroit de lénikalé, qui joint la mer Noire à la mer d’'Azof, par 45°28’ de latitude septentrionale et 3426’ de longitude orientale. Les Turcs bâtirent cette ville en 1703, pour défendre l'entrée de la mer Noire aux Russes; mais ceux-ci la prirent en 1771, Au mois de mai 1855, les troupes anglaises, françaises ct turques s'étant emparées de Kertch, les Russes évacuèrent Iénikalé en faisant sauter leurs magasins et leurs batteries etincendiant leurs vaisseaux à vapeur.

IENISEI ou IÉNISSEI, le plus long des fleuves gigantesques de la Sibérie tributaires de la mer Glaciale du Nord, traverse la provincedeléniseisk, et provient de la réunion du grand et du petit Kun, dont l’un prend sa source dans la contrée où se rejoignent les monts Sayân et Baïkal, et l’autre dans lEktagh, l’une des ramifications de l’Altaï. Le Jéniséi traverse, en formant de nombreuses cataractes, la chaîne des Sayaets, atteint la région des plaines au-dessous de Krasnojarsk, et y reçoit les eaux d’un grand nombre d’affluents, notamment, à sa droite : le Tungouska supérieur ou Angara, qui provient du lac Baïkal, le Tungouska moyen et le Tungouska inférieur. Son parcours, y compris ses nombreux détours, est de 490 myriamètres; et son bassin embrasse une surface d'environ 35,000 myriamètres carrés, dans laquelle se trouve aussi comprise le gigantesque-bassin du lac de Baïikal. La ville la plus méridionale, bâtie sur le féniséi, et par 51° de latit. septentrionale, est Minousinsk ; la plus septentrionale, bâtie à son embouchure par 72° de latitude septentrionale, est Kantaïsk. Entre ces deux points extrèmes on ne rencontre que trois villes, Xrasnojarsk, Iéniseisk et Tourouchansk, quelques chétifs villages de relais et de misérables huttes ; de sorte que ceux qui, pour la chasse, la pêche et la récolte des os et des dents de mammouth, longent ses rivages, sont souvent obligés de voyager toute une journée avant de trouver un asile hospitalier.

IENISEISK, un des deux grands gouvernements qui composent la Sibérie orientale, se subdivise en cinq arrondissements : Krasnojarsk, Iéniseisk, Atschinsk, Kansk et Minousinsk. Sur son immense superficie, qui égale celle de l’Allemagne, de la France et de l'Angleterre réunies, on compte (en 1867) 345,586 habitants, consistant priucipalement, au nord, en Samoyèdes, et au midi en Tongouses. Ce pays n’est pour la plus grande partie qu'une vaste plaine déserte, s’étendant jusqu’à la Léna, dont le sol,

se rallier toutes les masses que Davoust a enfin repoussées ! qui participe de la nature de celui des steppes, est rebelle à

toute culture en raison du grand nombre de maraïs qu’on y rencontre et du froid glacial qui règne en tout temps. C’est seulement dans sa partie la plus méridionale, sur les frontières de la Chine, qu’on y peut cultiver des légumes et quelques arbres fruitiers ; le gros concombre de la Chine notamment y réussit très bien et y est d’un goût délicieux. La pêche, dans les grands fleuves le Taz, le Jéniséi, le Katanga et V'Anabara, ainsi que dans beaucoup de lacs, par exemple le Pjasino, et la chasse, sont les principales occupations des habitants. Le commerce des pelleteries y constitue l'industrie la plus importante. Les centres commerciaux sont Krasnojarsk, léniseisk, et Tourouchansk : Iéniseisk surtout est pendant quelques semaines, à cause de la grande foire qui s’y tient au mois d’août, le rendez-vous de presque tous les habitants de la grande contrée des steppes.

La ville principale de ce pays est Krasnojarsk, sur le Jéniséi, avec 9,102 hab. (1862); les autres en comptent à peine 1,000 à 2,000. C’est à l’extrémité nord de ce gouvernement, dans la presqu’îile des Samoyèdes, que se trouve le cap le plus septentrional du continent asiatique, appelé cap Nord-Est ou cap Sjewerowostoknoi, par 78° latitude nord.

IERMAR TIMOTEJEW, turbulent chef de Kosaks, fut, pour cause de sédition, obligé de fuir avec beaucoup de ses adhérents, devant le czar Iwan Wasiljewitsch; et Ssemen Stroganoff le décida ensuite à; entreprendre une expédition en Sibérie. Après plusieurs campagnes faites avec ses Kosacks contre les Tatares, alors maîtres de cette contrée, il réussit, en 1581, à battre dans trois rencontres successives leur khan, Koutschjoum, et le 26 octobre, à la suite d’un assaut livré au camp établi par ces hordes sur l'Irtisch, il s’empara deSsibir, capitale de laSibérie, fait d'armes qui soumit ce pays à la Russie, Il entreprit plus tard encore, pour l'agrandissement de sa conquête, d’autres expéditions, dans l’une desquelles il trouva la mort, en 1584. On lui a érigé un monument à Tobolsk.

IERMOLOF (Azexis-Perroviren), général russe, né le 4 juin 1777, à Moscou , descend d’une des plus nobles familles de la Russie. Entré de bonne heure au service, il prit part aux campagnes de 1805 et 1807, comme aussi à celles de 1812 et 1813, et commandait en avril 1815 le deuxième corps de l'armée russe qui, sous les ordres de Barclay de Tolly, vint de la Pologne sur le Rhin. En 1817

il fut nommé gouverneur général des provinces transcauca-

siennes et général en chef de l'armée du Caucase, puis envoyé en ambassade extraordinaire à la cour de Perse avec une suile qui réunissait la fleur de la noblesse russe. Cette mission avait pour but de combattre l'influence anglaise et de la décruire s’il était possible : elle réussit complétement. De retour dans son gouvernement, le général Jermolof s’appliqua à y encourager les entreprises du commerce russe, à y fonder des colonies allemandes, et à y favoriser l’introduction de la civilisation européenne. En 1826, avecson armée, dont depuis 1820 ilavait porté l'effectif jusqu’à 100,000 hommes , il repoussa les atlaques des Persans, qui, sous Abbas Mirza, avaient rompu la paix ; châtia, après plusieurs années de combats, les montagnards maraudeurs des Tshetschenz, et mit en fuite le traître Amoulad-Beg; ce qui ne Vempêcha pas, en 1827, d’encourir, au milieu de ses succès, la disgrâce de l'empereur ; et le général Paskéwitsch le remplaça au commandement en chef de l’arméé contre les Persans, Depuis cette époque, Iermolof vécut retiré à Moscou, consacrant ses loisirs à la culture des lettres. Quoique parvenu à un âge déjà avancé , il jouit d’une verte vieillesse, et ne se gênait pas pour exprimer erûment son opinion sur les hommes et les choses, habitude de franchise qui lui fit de nombreux ennemis. Après la mort de l’empereur Nicolas, son successeur avait appelé le général lermolof au commandement de la milice de Moscou ; mais il ne le

conserva pas longtemps, 11 s’est aussi fait connaître dans | un cercle assez restreint comme écrivain ; et on y connaît

IÉNISEISK — IF

de lui, entre autres, la relation de son voyage en Perse, celle de la campagne de 1812 et quelques livres sur Part militaire ; mais aucun de ces ouvrages n’a été publié. Un dés traits particuliers du caractère du général ermolof, c’est qu'il relie lui-même ses ouvrages avec autant d’art que pourraient le faireles Simier, les Kæller, ete. Sa mine imposante, sa familiarité avec le soldat, son talent supérieur pour l'exécution en grand des plans stratégiques, ont conservé sa mémoire dans le Caucase; il y passe encore pour le plus habile gonverneur général que ce pays ait eu jusqu’à présent. 11 est mort le 23 avril 1861.

IF, genre de la tribu des taxinées, famille des conifères de Jussieu , de la diœcie monadelphie de Linné. Ce genre renferme de nombreuses espèces, pour la plupart originaires de la Chine et du Japon : l’une d’elles, l’if commun (taxus baccata, L.), aujourd’hui très-répandu dans toute l’Europe septentrionale, est la seule qui doive nous occuper ici. 258

L’if commun est un arbre dont la tige, cylindrique et droite, atteint une hauteur de 12 mètres environ : cette tige se partage latéralement en branches extrêmement nombreuses, presque verticillées, dont les ramifications dernières sont couronnées de feuilles éparses, sombres de couleur, linéaires, très-courtement pétiolées, dirigées des côtés de la branche, et qui tendent à s’étaler dans le même sens; les fleurs sont axillaires, sessiles et dioïques ; la fleur mâle forme un petit chaton globuleux, porté sur un pédoncule creux et chargé d’écailles imbriquées; la fleur femelle est appliquée sur un petit disque orbiculaire et peu saillant, qui se développe plus tard pour former au fruit une enveloppe parenchymateuse; à cette fleur fécondée succède une baie grosse comme une merise, dont la partie charnue et d’un rouge écarlate est d’une saveur douceâtre, tandis que le véritable fruit, renfermé dans cette cupule parenchymateuse, est une petite noix ovoïde, d’une saveur amère et térébinthacée. Le bois de l’if est d'un rouge brun, plus ou moins veiné : c’est le plus compact et le plus pesant de tous les bois d’Europe, le buis seul excepté,

L'if croît lentement, et acquiert parfois des dimensions énormes ; on cite des troncs qui comptent 5,7,16 mètres de circonférence ; sa longévité n’est pas moins extraordinaire que ses dimensions, car sur des troncs de 1,10 de circonférence on a compté jusqu’à cent cinquante couches annuelles; on en a compté deux cent quatre-vingts sur un tronc de 1" 60; ce qui assignerait à quelques ifs connus deux à trois mille ans d’existence.

La tradition a attribué à l’if les propriétés les plus malfaisantes : ses feuilles tuent les chevaux qui les mangent, mais épargnent les herbivores ruminants (Théophraste); leur suc servait aux Gaulois pour empoisorner leurs flèches (Strabon), etCativolque, roides Éburons, en but pour se donner la mort (César, de Bello Gallico, liv. VI). Les émanations de cet arbre en fleurs sont fatales aux abeilles (Virgile, Géorg., liv. IV; Lucrèce, Plutarque), et ses fruits donnent des diarrhées colliquatives mortelles (Diescoride). Pline, exagérant encore les dires de ses prédécesseurs, fait de l'if le symbole des plantes vénéneuses, et prétend que le mot grec roËtxoy (poison) descend en ligne directe du nom latin de l'if, éaxus. Quelques auteurs modernes ont adopté ces assertions des anciens naturalistes : Matthioli, J. Baubin, Scolt et Ray, ont tous longuement insisté sur les dangereuses propriétés de cet arbre; et toute la Normandie répète encore la légende de ces deux curés qui moururent subitement pour avoir couché une nuit dans une chambre lambrissée en bois d'if,

Des expériences ont démontré que ces assertions traditionnelles, quoiqu'un peu exagérées, n'étaient pas complétement dépourvues de fondement : l'extrait aqueux et la poudre des feuilles et de lécorce de l'if, administrés à des doses assez faibles, ont déterminé des vertiges, des vomis= sements, etc. et même la mort dans quelques cas; il paraît constant aussi que dans quelques circonstances, encore

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