IGNACE DE LOYOLA :- IGNIVORE
aplaties, ailées, La plupart des ignames sont des plantes vivaces, à tige volubile, originaires des contrées intertropicales.
Quelques espèces dece genre ont une très-grande importance, à cause de leurs volumineux rbizomes, fournissant une matière alimentaire comparable jusqu’à un certain point à lapomme de terre, Sous ce rapport il faut placer au premier rang l’igname ailée (dioscorca alata, L.), cultivée dans l'Inde et en Afrique. Son rhizome, ordinairement du volume de nos betteraves, noirâtre à l'extérieur, blanc ou rougeâtre à l'intérieur, constitue un aliment sain, d'une saveur assez douce lorsque son âcreté primitive a été enlevée par la cuisson.
Quelques agronomes s'occupent activement de propager en Francela culture de l’igname du Japon (dioscorea Japonica, Thunb.), plante dontla rusticité s’accommode à notre climat. Sa racine est volumineuse, riche en matière nutritive, déjà mangeable crue, d’une cuisson facile, soit dans l'eau, soit sous la cendre, et sans autre saveur que celle de la fécule, Elle pourrait peut-être suppléer la pomme de terre.
IGNITION ( du latin ignis, feu), état d’un corps combustible saturé de calorique, au point de produire de la lumière et d’être visible dans l’obscurité. Un même corps est susceptible d’éprouver divers degrés d'ignition : le fer, par exemple, qu’on expose à un feu de forge est d’abord d’un rouge brun ; il prend ensuite la couleur dite rouge-cerise ; enfin, il passe au rouge-blanc, qu’il conserve invariablement, quelque grande que soit la violence du feu. El esttrès-probable, s’il n’est pas même certain, que la température qui produit un certain degré d’ignition est constante et invariable.
IGNIVORE de ignis, feu, et vorare, dévorer). Cette expression manque de justesse, car il n’est personne qui puisse dévorer du feu : toutefois, an désigne par ces mots des baladins, des charlatans, qui, pour amuser le public et lever un impôt sur sa crédulité, introduisent réellement des matières enflammées dans leur bouche sans en éprouver aucune incommodité : la réussite de ces tours de force dépend de l’adresse de celui qui les exécute, de la constitution de sa bouche, et bien souvent aussi des exercices qu’il a faits pour diminuer la sensibilité de sa langue, de son palais, etc.
On voit assez souvent sur les places publiques des hommes qui introduisant un tampon d’étoupes dans leur bouche, en retirent des filaments tout enflammés : il n’y a rien là de merveilleux : les filaments embrasés ont été placés adroitement dans l’intérieur du tampon, de sorte qu'ils ne pourraient en aucune façon se mettre en contact avec les parois de la bouche. Il se rencontre des personnes qui introduisent la flamme d’une chandelle dans leur bouche, et l’en retirent tout allumée. Il n’y a là rien d'étonnant, pourvu que la bouche de ces personnes soit recouverte de beaucoup de salive, et qu’elles aient soin de retirer la chandelleavant que Pintérieur de la bouche soit devenu sec.
On lit dans le Journal des Savants de l’année 1677 qu’un certain Richardson, Anglais, dit mangeur de feu, mettait des charbons ardents dans sa bouche, et qu’on les y voyait dans un état complet d’ignition pendant assez longtemps. Richardson faisait cuire un morceau de chair dans un charbon allumé placé sur sa langue; il avalait du verre fondu. Dodart, de l’Académie des Sciences , donna dans le même journal une assez bonne explication des tours de Richardson. D'abord, il n’est pas très-rare de voir des personnes qui avalent des oublies toutes brülantes. 11 y a aussi des gens qui, grâce à l’abondance de leur salive, peuvent introduire uñ charbon allumé dans leur bouche et le mâcher sans se brûler, attendu que la salive éteint promptement le charbon, du moins à lextérieur , de sorte qu'il n'est brûlant que vers son centre, On peut ajouter à ces raisons qu’un charbon ardent éteint est un mauvais conducteur du calorique : chacun à pu voir qu'on peut saisir et tenir par un bout un charbon dont le bout opposé
IGNIVORE — IGNORANCE
est incandescent. Quant au morceau de chair cuit sur la langue du baladin anglais, rien que de très-simple : la chair enveloppait le charbon qui était destiné à la cuire. IL n’est pas aussi facile de rendre raison du tour de force de la dégustation du verre fondu : Dodart suppose qu’en accumulant dans la bouche une grande quantité de salive le tour est possible; il serait bien plus simple, à notre avis, d'y introduire de l’eau, et de l’y retenir par un moyen quelconque.
On a également vu des hommes qui avalaient du plomb fondu , de l’huile bouillante ; mais il est probable qu'ils avalent des substances qui ressemblent beaucoup à celles-ci, et entrent en fusion et en ébullition à une température moindre qu’elles ; l'habitude de la chaleur permet à de soidisant inc o mbustiblesde supporter une chaleur souvent supérieure à celle de 100 et 120 degrés. TEeyssÈpre.
IGNOMINIE , synonyme d’'infamie et de déshonneur. L'origine de ce mot remonte à la constitution même des Romains ; ils appelaient ignominia la note infâme dont ils flétrissaient les citoyens. Diderot définissait l’ignominie « dégradation du caractère public d’un homme; » mais notre législation en établissant des peines in fam antes n’a pas ratifié cette distinction. L’ignominie ne s'entend plus guère dans notre langue que d’une dégradation morale.
IGNORANCE. Ce mot, quant au sens, appartient à tous les idiomes, et il n’est pas de ceux qui se perdront : ce qu’il exprime est trop inhérent à la nature humaine. Toutefois, si l'ignorance où l’homme est plongé, et qui le presse de toutes parts comme une atmosphère ténébreuse, ne cesse de le ramener au sentiment de sa faiblesse et de sa misère, il y trouve aussi un indice certain de sa supériorité sur les êtres qui l’environnent : car, très-différente de celle de la brute, son ignorance n’est pas une simple privation, un état purement négatif; il sait qu’il ignore, et il ne peut le savoir que par une sorte de vue obscure de la vérité qui se dérobe à lui. Infinies dans leur source, finies dans leur développement et leur exercice possible, sesfa cultés rencontrent partout des bornes qu’elles ne sauraient franchir, Mais ces bornes mêmes l’instruisent de ce qu'il est, de ce que tôt ou tard il doit être, puisqu'il les sent et aspire au delà. Perpétuellement actif, son esprit se meut dans un milieu vague entre la science complète et le néant de la science, milieu que ses efforts tendent sans cesse à élargir. Il ne connaît rien parfaitement, il n’ignore rien entièrement. Etonnant de grandeur, effrayant de petitesse, selon l'aspect sous lequel on le considère, il ressemble à un monde naissant, qui, peu à peu se dilatant au sein de l’espace, reçoit des mondes voisins un nombre toujours croissant de rayons directs ou réfléchis, restant néanmoins comme englouti dans l’immensité de l'univers dont il fait partie, et où il disparait tel qu'un atome imperceptible.
Siloin que s’étende notre pensée, toujours elle découvre un horizon nouveau, et de plus elle ne pénètre au fond de rien : glissant sur les surfaces, l’intime et secrète nature des choses et toutes les essences lui échappent. Même ce quelle voit, elle ne le voit pas tel qu’il est en soi, mais suivant les relations qui subsistent entre elle et les objets de son aperception. Ils lui offrent mélangé avec ce qui vient d'eux une espèce de reflet d'elle-même, et toute connaissance a deux éléments primilifs et inséparables, l’être connu et l’être connaissant, et par conséquent elle ne représente rigoureusement que leur rapport. Cependant, à raison du lien nécessaire qui l’unit à lÂtre des êtres, à la cause éternelle et universelle, l’homme à une tendance invincible à tout comprendre, à tout expliquer, parce que toute explication, toute compréhension, est en effet renfermée dans cette cause suprême dont la lumière indéfectible l'éclaire intérieurement et lui révèle, dans les limites que sa nature comporte, l’immuable région desidées, Il cherche
-donc, il cherche forcément, opiniâtrement, et cette ardente recherche n’est qu’une aspiration perpétuelle vers Dieu, son terme véritable et le lieu de son repos. Et comme il ne
saurait, durant son existence présente, parvenir à ce terme de son être, à la vision parfaite du vrai, dont les rayons n'arrivent à lui qu'à travers le voile des choses sensibles et sous les conditions de son propre organisme, souvent il se rebute, perd courage, et avec une angoisse profonde désespère momentanément de ce qui néanmoins au fond de sa nature est l’objet à jamais vivant d’une impérissable espérance. C’est alors, c’est en ces heures de fatigue pesante et stérile, qu’on entend ces plaintes lamentables : « Je me suis proposé en mon âme de rechercher et d'examiner avec sagesse tout ce qui se passe sous le soleil, C'est Ja pire des occupations que Dieu ait données aux enfants des hommes pour s’y exercer, J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil, et tout est vanité et afiliction d’esprit. J’ai dit en mon cœur: Voilà que je suis devenu grand, et j'ai surpassé en sagesse tous ceux qui ont été avant moi, et mon esprit a contemplé beaucoup de choses attentivement, et j'ai beaucoup appris. Je me suis appliqué à connaître la prudence et la doctrine, les erreurs et la folie, et j'ai reconnu qu’en cela encore il n’y avait que travail, affliction d’esprit, et qu’accroître la science, c’est accroître le labeur. » (ZÆccles., TI, 18 et suiv.)
Nous apercevons des effets et l’enchaînement de ces effets; les causes nous sont à jamais cachées. Que de systèmes, inventés pour satisfaire une curicsité également insatiable et vaine, après avoir séduit la raison quelques courts instants, ont ensuite disparu sans retour! Chaque siècle en voit naître et mourir plusieurs. Un impénétrable mystère enveloppe toutes les origines, celle d’une mousse comme celle d'une planète, et c’est pourquoi Montaigne disait si sensément . « Oh le mol et doux chevet et sain, que l'ignorance et l’ineuriosité, à reposer une tête bien faite. » Ainsi donc, considérée sous des points de vue divers, notre ignorance, toujours relative, toujours accompagnée de l’instinctif besoin de reconnaître, révèle une puissance indéfinie de progrès dans la connaissance; et notre science, toujours limitée, toujours inséparable du sentiment de sa propre imperfection, n’est, en vertu même de ce qu’elle a de réel, qu'une manifestation plus vive de l'étendue de notre ignorance. Ce dernier fait surtout avait frappé Pascal, plus enclin à abaisser l’homme qu’à le relever, et dont le génie amer se plaisait aux contemplations douloureuses. « Les sciences ont, dit-il, deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle, où se trouvent tous les hommes en naïssant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent dans cette même ignorance d’où ils étaient partis. Mais c’est une ignorance savante, qui se connaît. Ceux qui sont sortis de l'ignorance naturelle et n’ont pu arriver à l’autre ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde, et jugent plus mal de tout que les autres, Le peuple et les habiles composent pour l'ordinaire le train du monde. Les autres le méprisent et en sont méprisés. »
On ne doit pas conclure de cette renarque, quelque incontestable qu’elle soit d’ailleurs, la nullité de la science, mais sa disproportion avec le vrai, qui est son terme, ou avec l’objet absolu et universel de la connaissance; et cette disproportion plus complétement sentie, plus clairement aperçue, est cette ignorance savunte, qui se connaît, suivant l’heureuse expression de Pascal. 11 l’oppose, avec grande raison, à la pure ignorance naturelle, où se trouvent tous les hommes en naissant. Celle-ci résulte directement de la loi générale et sans exception qui règle le développement des êtres créés. Chacun d’eux a en soi, dès le premier moment de son existence, le germe de diverses facultés, dont l’ensemble forme, sous certaines con ditions organiques, sa nature particulière, facultés latentes à l’origine, ef qui se manifestent successivement à mesure que se développent les organes dont elles dépendent , non
dans leur essence, mais quant à leur exercice. Il y a seulement cette différence entre l’homme et les êtres inférieurs à lui, que pour ceux-ci le progrès, purement individuel et renfermé en des bornes fixes, ne s'étend pas jusqu’à l’espèce, immuablement stationnaire, tandis que le genre humain se perfectionne comme l'individu par un développement continu sans aucune limite assignable : sublime privilége! qui ouvre à l’homme une carrière aussi vaste que le temps même, et lui présente encore au-delà le but. dernier qu'il doit atteindre.
Et puisque l’humanité, quoi qu’il en soit de ses fractions appelées races, nations, peuples, est, dans son unité totale, évidemment régie par une loi de progrès, il s'ensuit que ses commencements ont dû ressembler à ceux de l’homme même ; qu’elle a dû passer par l’enfance , l’adolescence, la jeunesse, avant d’arriver à l’âge viril, si pour elle l’âge
viril est venu. Transposez cet ordre de croissance, imaginez !
des alternatives de décadence et d'avancement, ou, mieux encore, placez la plus haute perfection dans l'antiquité la plus reculée, toutes les lois naturelles étant interverties,
l'esprit ne sait plus à quoi se prendre au sein du chaos |
qu’engendre une semblable hypothèse. Vivre, c’est observer ; vieillir, c’est apprendre. Nous ne croyons donc point à une science primitive perdue, aux incompréhensibles rêveries d’une philosophie selon laquelle, à des époques antérieures à l’histoire, c’est-à-dire ignorées de quiconque ne possède que les moyens ordinaires d'investigation, l’homme, incomparablement supérieur à ce qu’il fut depuis, aurait, par son union plus intime avec l'univers, pénétréles mystères de la vie, connu les Choses et leurs essences, à l’aide d’une claire
intuition, et disposé en dominateur des forces générales de la ; nature soumises à sa puissante volonté. Ces idées et d’autres |
analogues ont eu cours surtout en Allemagne, où des écri-
vains d’un rare mérite, mais d’une imagination peu réglée, : ; g P glce,
renouvelant les opinions les plus bizarres de quelques sectes orientales, et les exagérant même sur plusieurs points, semblent avoir pris à tâche d’étonner la raison au lieu de l'éclairer. Aucun fait certain, aucun monument, aucune preuve de quelque valeur n’appuie de pareilles conjectures. Il reste à la vérité dans l’Inde, en Perse, en Chaldée, en Égypte, de splendides vestiges d’une civilisation dont l’o-
rigine se perd dans la nuit des âges; mais, de quelque |
côté qu’on l’envisage, elle est loin de justifier les spéculations qu'un moderne mysticisme y a rattachées. Les immenses travaux exécutés à ces époques lointaines, et d’au-
tant plus grossiers qu’ils sont plus anciens , attestent moins | une science profonde qu’un grand déploiement de forces !
physiques, que le despotisme seul, un despotisme gigan-
tesque, a pu faire concourir à un but déterminé, soit de | caprice individuel, soit d'utilité générale. On y reconnait |
les vigoureux, mais informes essais de l’art qu’un génie plus cultivé perfectionna depuis. Il en est ainsi de la poésie et de la philosophie toute poétique, qui, près du berceau du genre humain, se confondait avec la religion. On ne nous donnera pas apparemment les doctrines chinoises, indiennes, égyptiennes, non plus que les vastes épopées postérieures aux Védas, quelque admirables d’ailleurs qu’elles puissent être à certains égards, comme le prototype de toute vérité et de toute beauté. Le privilége des habitants primitifs de la terre fut d'ouvrir à leurs descendants les voies où ceux-ci ont marché. Tel est l’ordre invariable du monde. Toutes les inventions nécessaires ont dû appartenir aux premiers temps et se produire en quelque manière l'une et l’autre, selon les besoins progressifs de la vie humaine; car tout besoin senti détermine l'effort destiné à le satisfaire, et c’est ainsi que l'humanité avance perpétuellement vers sa fin. La plus importante des sciences, la science sociale, celle des droits et des devoirs de l’homme, avait-elle atteint dès l’origine son plus haut degré de perfectionnement? Et ne la voyons-nous pas au contraire se développer de siècle en siècle par une sorte de travail naturel et continu, plus que jamais sensible de n0$ jours ?