ILLYRIE — ILLYRIENNES
toire ; eten 1170 ony vit surgir un royaume hongrois-slave de Rascie, duquel naquirent plus tard la Bosnie et la Servie. La Dalmatie passa d’abord sous les lois de Venise; mais en 1270 elle devint en grande partie la proie des Hongrois ; toutefois, ceux-ci de même que les Vénitiens se virent enlever par les Turcs presque tout ce qu’ils possédaient. Venise ne conserva plus qu'une petite partie de la Dalmatie, et la Hongrie que l'Esclavonie et une partie de la Croatie.
La paix de Campo-Formio, en 1797, plaça la Dalmatie-Vénitienne jusqu’au Cattaro sous la domination autrichienne. Douze années plus tard eut lieu une résurrection de l'antique Illyrie. Un décret de Napoléon , en date du 14 octobre 1809, portait : « Le cercle de Villach, de Carinthie, la ci-devant Istrie autrichienne, Fiume et Trieste , les contrées désignées sous le nom de Littoral, et tout ce qui nous a été cédé sur la rive droite de la Save, la Dalmatie et les îles qui en dépendent, prendront désormais le nom de Provinces Illyriennes. » Après avoir acquis un accroissement de territoire de près de 22 myriamètres carrés par la cession du Tyrol italien, consentie par la Bavière, les Provinces illyriennes reçurent une organisation définitive , tant sous le rapport militaire que sous le rapport financier, en vertu d’un décret impérial en date du 15 avril 1811. L’II- }yrie resta alors sous la domination française jusqu’à la chute de Napoléon; puis, en 1816, elle fut replacée sous la domination autrichienne comme royaume. Depuis, le Littoral hongrois et la Croatie en furent séparés en 1822 et réunis à la Hongrie, tandis qu’en 1825 on incorporait toute la Carinthie au royaume d’Illyrie, qui fut alors divisé en deux gouvernements, Laybach et Trieste, le premier comprenant la Carinthie et la Carniole, le second le reste du territoire situé au sud , le Frioul autrichien , les comtés de Goritz et de Gradiska, le territoire d’Aquilée et la presqu'ile d'Istrie. Laybach devint la capitale de tout ce royaume.
La constitution de 1867 raya le nom de l’Illyrie des divisions administratives de l'empire, mais ses diverses parties reçurent une organisation nouvelle,
ILLYRIENNES (Langue et Littérature). Il n’y a point de langue illyrienne proprement dite : la langue que le peuple parle en Illyrie est un dialecte du slave, divisé lui-même en autant de dialectes différents que l’Illyrie compte de provinces naturelles. Partout où il y a une langue, il y a une poésie et une littérature. Dans les langues perfectionnées, cette littérature devient classique, et finit par appartenir à tous les peuples. Dans les langues naïves, qu’on a peu cultivées hors de leur domaine autochthone, elle reste locale, et nese conserve guère que par la tradition ; tels sont les poèmes illyriques, vu plus proprement morlaques, dont je me propose de parler. Qu'on se représente d’abord le chantre morlaque, avec son turban cylindrique, sa ceinture de soie tissue à mailles, son poignard enfermé dans une gaine de laiton garnie de verroteries, sa longue pipe à tube de cerisier ou de jasmin, et son brodequin tricoté, chantant le pismé on la chanson héroïque, en s’accompagnant de la guzla, qui est une lyre à une seule corde, composée de crins entortillés. C’est ordinairement après les premières heures du soir que le Morlaque se promène sur la montagne, en racontant dans
son chant monotone, mais solennel, les exploits des anciens : chefs. 11 ne voit pas les ombres de ses pères dans les nuages, |
mais elles vivent partout autour de lui. Celle de l’homme hospitalier et fidèle, qui n’a point été désavoué par ses amis dans l’assemblée du peuple, et qui a été brave à la guerre, descend souvent à travers les rameaux des yeuses dans un rayon de la lune; elle tremble sur le gazon de sa tombe, la caresse d’une lumière douce, et remonte. Celle du méchant s'égare dans les lieux abandonnés ; elle fréquente les sépultures, déterre les morts, ou, plus téméraire, va boire dans un berceau négligé de la nourrice le sang des enfants nouveaunés. Souvent un père épouvanté a rencontré le vampire
tout pâle, les cheveux hérissés, les lèvres dégoûtantes, et,
le corps à demi enveloppé des restes de son linceul, penché sur la petite famille endormie , parmi laquelle, d’un regard DICT. DE LA CONVERS, — T. XI,
fixe et affreux, il choisit une victime. Heureux s’il parvient à trancher alors d’un coup de son hanzar les jarrets du cadavre, car désormais celui-ci ne sortira plus de son cercueil. Au même instant, les magiciennes préparent Icurs sortiléges; elles dansent trois à trois, comme les sorcières de Macbeth, en proférant d’effroyables conjurations : ce sont elles qui appellent l'orage, la grêle et les tempêtes. Quand un vaisseau vient se briser dans les dunes, on les a vues souvent bondir de vague en vague, en frappant de leur pied la cime écumeuse des flots.
C'est au milieu de ces prestiges que marche mon poëte, car il est poëte aussi, et ne se borne pas à répéter des chants connus. La douceur de sa langue harmonieuse, la liberté de son rhythme, qui n’admet ni la symétrie fatiguante d’une césure obligée, ni le monotone agrément de la rime, lui permettent d’obéir à toutes ses inspirations, et d’embellir de ses pensées la vieille ballade que la tradition lui a transmise, Il arrive même souvent que d’une montagne à l’autre un chantre inspiré fait succéder à la strophe qu'il achève une strophe nouvelle. Tous deux s’arrêtent et luttent d'invention poétique à la manière des bergers de Virgile. Ils ont encore ce rapport avec les interlocuteurs des bucoliques anciennes, qu'ils finissent ordinairement par faire l’éloge de leur chant, et cette dernière partie du poëme illyrien se modifie suivant l’homme qui le récite, ce qui est tout à fait conforme à la nature.
Le poëte illyrien le plus célèbre par ses chansons aura l'honneur de présider à la danse rustique. C’est autour de lui que le £olo se forme en rond ; c’est lui qui l’anime du son de sa cornemuse ou du bruit de sa voix ; il redouble, il presse, il précipite la mesure; la gaieté devient de l’enthousiasme, du délire ; le délire fait place à l’accablement, et les danseurs tombent épuisés autour du poëte. IL est remarquable que le goût du chant, de la poésie et des arts mimiques soit d'autant plus vif que ces arts sont moins perfectionnés et plus voisins de leur berceau. Jamais les lecteurs du plus prôné de nos poëtes de salons, les concerts du plus habile de nos virtuoses, les ballets symétriques du plus élégant de nos chorégraphes, n’ont produit l'ivresse qu’inspirent les accents sauvages d’un improvisateur des déserts. Pour se faire une idée du chant morlaque, il faut l'avoir entendu. Fortis essaye de le décrire, mais il oublie une chose qui me paraît essentielle à dire, c’est qu’il ressemble très-peu à la voix humaine. C’est une espèce d’instrument à deux parties qui oppose avec une rapidité surprenante les deux timbres les plus éloignés; et comme cette pensée ne peut guère s’exprimer par une seule définition, je croirais n’y avoir pas réussi autant que cela est possible, si je ne cherchais à faire comprendre à mon lecteur le contraste qui doit résulter d'un hurlement rauque, toujours suivi d’une cadence très-aigué, et la suivant toujours avec une célérité de mouvement et une justesse d'accord qui étonnent l'oreille. Les chants four-lans et tyroliens se rapprochent beaucoup de cette mélodie sauvage, mais ils annoncent plus de culture et de goût.
Le mètre le plus ordinaire du pismné illyrien a beaucoup de rapport avec celui de notre vers de dix syllabes. Quoique la césure soit généralement peu marquée dans la poésie slave, il est rare que l’enjambement de la mesure ou le caprice du chant la rejette au delà du douzième pied. La ballade n’est pas divisée en couplets, mais la pensée est ordinairement circonscrite dans les vers, forme très-antique, qui donne de la monotonie mais de la solennité à l’expression, surtout quand le chant s’y approprie heureusement, ce qui arrive presque toujours, à cause de la simplicité des motifs,
Le poëte illyrien ne s'est pas soumis à l'esclavage de la rime ; mais presque tous ses mots, terminés par des vocales sonores, prêtent infiniment à l'harmonie. Il a d’ailleurs deux procédés qui favorisent singulièrement la nombre, et qui consistent dans l’opposition ou le balancement de la phrase poétique, et dans la répétition contrastée de l'expression, cé qui est, par parenthèse, une forme très-naturelle aux jeunes langues et un artifice fort insipide dans les langues'en dé-
cadence. Le plus grand défaut d’un poëte qui a perdu de vue la nature, c’est la prétention de lui ressembler.
Je ne sais si la langue slave aura jamais une littérature classique; je l'en crois très-digne sous tous les rapports, et il est du moins certain qu’elle a déjà son Zliade ou sa Jérusalem : c’est lOsmanide, poëme épique de Gondola, aussi célèbre chez les Dalmates qu'il est inconnu à Paris. Toutefois, ce poëme assez récent n’existe lui-même que dans la bouche des rapsodes et dans quelques manuscrits trèsrares; encore le temps en a-t-il fait perdre deux chants, que M. le comte de Sorgo a rétablis avec un talent très-distingué, mais qui sont bien loin d'atteindre, au gré des connaisseurs délicats, à la naïve sublimité du modèle. En attendant que le poëte esclavon prenne son rang parmi les maîtres de l'épopée, ce qui peut arriver un jour, son existence, à peine constatée, n’occupe pas la renommée à vingt lieues du pays qui conserve ses cendres, et je n’ai jamais entendu nommer un de ses émules dans tout le reste de l’Europe. Cependant ces bardes obscurs, dont le nom sera tout à fait ignoré de l’avenir, font le charme d’une nation vive, spirituelle, sensible, qui confine d’un côté à la patrie de Virgile, de l’autre à celle d'Homère, et qui ne le cède ni à l’Italie ni à la Grèce antique dans la beauté du territoire, dans la variété des sites, dans l’originalité des mœurs et des inspirations. Cette singularité dans la destinée littéraire des nations vaudrait la peine d’être approfondie.
J’ai dit que l'opposition de la phrase poétique et la répé-
tition contrastée de l'expression ou de la figure étaient un
des artifices les plus communs du poëte illyrien, et l’on peuten conclure, comme je l'ai déjà insinué, qu’il n’y a rien qui ressemble mieux à l’enfance d’un art que sa caducité. Je ne vois que cette différence entre le poëte primitif et celui des littératures très-raffinées , que l’un obéit à l’impulsion d’une sensibilité naturelle, et pour ainsi dire enfantine, qui s’amuse du choc des idées et des images, et que l’autre, fatigué de l’éternelle beauté des sentiments simples, les tourmente pour les renouveler. Il serait peut-être hardi, mais il serait vrai de dire que le bon sens est l’âge adulte des arts.
La littérature illyrienne dont je parle ici, c’est la littérature originale et spontanée de la langue naïve. Ce n’est pas la littérature acquise, la littérature d'importation , que l’Illyrie possède comme tous les autres pays de l’Europe, pour ne pas dire mieux qu'aucun autre. Il n’y en a point en effet où les langues classiques des anciens et des modernes soient cultivées avec plus d'éclat; et il suffit de rappeler aux savants, pour le prouver, les noms des Boscovich, des Stay, des Zamagna, des Sorgo, des Appendini , des Albinoni, si chers aux muses grecques et-latines.
Le culte de la muse slave a dû être beaucoup plus dédaigné dans la civilisation scolastique et universitaire des âges modernes; mais je ne doute pas qu’il ne se rétablisse un jour. Le patriotisme des nations éclairées réveillera tôt ou tard la poésie des vieilles langues, et ne saurait mieux faire, car il n’y a plus, hélas, de poésie que là. Par rapport à lIllyrie, j'ai déjà dit qu’elle avait au moins son Tasse dans le Gondola. Le vieux Wragnin ou Waragnin, que les Italiens appellent Ragnino, ne le cède pas de beaucoup à Horace, et Giorgi a des pièces charmantes, qui auraient rendu jaloux Anacréon et Théocrite. On n’a pas le droit d’abdiquer une langue qui a produit de telles merveilles. Charles Noter, de l’Académie Française,
ILLYRIENNES (Provinces). Voyez ILLYRIE.
ILMEN (Lac d’), dans le gouvernement russe de la Grande Novogorod, long de quatre myriamètres sur trois de large, très-profond et très-dangereux. C’est sur sa rive septentrionale, à deux myriamètres de Novogorod, à l'endroit où il reçoit les eaux du Wolchow, que s'élève le magnifique couvent de Saint-Juri, qui se distingue de la plupart des autres monastères de la Russie, non-seulement par le style simple et noble de son architecture, par son antiquité et ses trésors, Inais encore par d’imvortantes collections de vérita-