‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 19 sur 522 · HÉRÉSIE — HÉRÉTIQUE · texte numérisé non relu

HÉRÉSIE — HÉRÉTIQUE

HÉRÉSIE (du grec afgeou, opinion séparée, formé de æloéw, je choisis). Ce mot, qui, d’après son étymologie, signifie simplement un choix, une adhésion à un parti quelconque dans l'hypothèse de deux opinions opposées, nest lus employé que pour désigner une erreur volontaire, opi-

iâtre, contre un dogme catholique : de là le nom d’Aér ésiarque, par lequel on désigne l’auteur d’une erreur pareille, ou le chef d’une secte qui l’embrasse, et celui d’ X érétique, donné tant aux partisans de cette erreur qu’à lopinion erronée qu’ils adoptent.

Dès l’origine du christianisme, des hérésies surgissent audacieuses , et se propagent non-seulement parmi les fidèles, mais au milieu même des nouveaux convertis, qui se laissent entrainer, iesuns par faiblesse, les autres par ignorance. Il était important que l'Évangile ne s’établit pas sans contradiction et comme dans les ténèbres. Si les apôtres eussent eu toujours des auditeurs dociles, prêts à les croire sur parole, on n’eùt pas manqué d’invoquer plus tard contre leur doctrine cette aveugle soumission, et d’arguer de faux les faits cités par eux et admis par des disciples trop prévenus en leur faveur pour les examiner. Si donc au premier siècle de lère chrétienne les novateurs attaquèrent les dogmes sans jamais démentir les faits miraculeux racontés dans l'Évangile; si, malgré l'avantage et la facilité qu’ils auraient eus à en démontrer l’imposture , ils n’eurent jamais a pensée de le faire, c’est là une des preuves les plus fortes de la véracité des hommes apostoliques.

Les prétentions peu déguisées des Juifs, qui voulaient introduire dans les rites chrétiens une partie de leurs cérémo« nies, celles des païens dont la conversion manquait de sincérité, et qui tentaient d’allier aux dogmes catholiques les prétendues vérités de leur philosophie, tels furent jusqu'à Manès les principes des diverses erreurs répandues parmi les chrétiens.

On conçoit aisément en effet combien dut paraître singulière aux discoureurs des écoles philosophiques une doctrine qui renferme des dogmes auxquels il faut se soumettre sans discuter, des mystères qu’il faut croire sans les expliquer, des vérités qu’il faut admettre sans les comprendre : l’orgueil humain se révolta contre de telles exigences ; il refusa de porter le joug qu’on voulait lui imposer; et comme on exigeait tout ensemble la soumission de l’esprit à la foi et celle du cœur à ia morale nouvelle comme on voulait maitriser et l'indépendance de l’un et les affections de l’autre, il préféra se créer, suivant ses goûts, des lois moins difficiles à observer. Telle à été depuis dix-huit siècles l’origine des hérésies qui ont tour à tour étonné le monde, les unes par la bizarrerie de leurs principes, les autres par le fanatisme dé leurs partisans, et qui toutes ont montré à quel danger on s’expose, dans quelles déplorables aberrations on se précipite, quand on renonce à la seule garantie offerte à l'homme contre l’erreur, le lien de l’unité,

Il faut, pour se rendre compte de ces scandales, se rappeler que si les supplices des martyrs ont été nécessaires

. pour montrer l’héroïsme né de la foi, les hérésies ne le sont pas moins autant pour distinguer les esprits dociles de ceux que la légèreté porte vers les nouveautés, que pour témoigner de l’admirable constitution de l'Église et pour tenir en garde les dépositaires de la saine doctrine. D'ailleurs, la forme seule varie d’une secte à une autre : le fond de l’erreur change peu; et comme dans une même communion les membres sont souvent divisés entre eux, que ses différentes sectes n’ont de commun que leur éloignement de l'Église catholique, la Providence semble avoir placé sans cesse une sauve-garde à côté des précipices, en donnant à tout homme de bonne foi le moyen de distinguer, même sans une grande instruction, la vérité du mensonge,

L'abbé J. DupLessy.

Tant que le christianisme ne fut pas religion de l'État, les hérésiarques ne furent frappés qued’excommunication; mais depuis Constantin l'autorité temporelle prit fait et cause pour l’Église, et, outre l’excommunication dépendant

des évêques, ils encoururent le bannissement, la perte de leurs droits civils, et leurs livres furent condamnés aux flammes. La peine de mort leur fut appliquée pour la première fois par le synode de Trèves, dans la personne de Priscillien, en 385; toutefois, les condamnations semblables prononcées par les évêques avant l'établissement de linquisition ne pouvaient être exécutées qu'avec le concours du pouvoir séculier. Mais dès les premières années du treizième siècle s'établirent dans presque tous les pays de la chrétienté de formidables et tyranniques inquisiteurs, La croisade contre les Albigeoïs ne fut véritablemententreprise que pour exterminer l’hérésie en exterminant les hérétiques. Du quinzième au seizième siècle la France, l'Espagne et l'Italie furent désolées par les persécutions religieuses, que vint renouveler, au dix-septième, le fanatisme iutolérant des confesseurs de Louis XIV. Les inquisiteurs sévirent avec non moins de fureur en Allemagne.

L'Église protestante a eu aussi ses hérésies et ses hérétiques ; ainsi, au seizième siècle, Servet fut brûlé comme tel à Genève ; et l’Église anglicane, si elle ne brüûla pas les siens, les dépouilla au moins de leurs droits politiques, si ce n’est de leurs droits civils.

HEÉRÉTIQUE. On appelle ainsi l’homme qui, sans cesser de faire profession du christianisme, soutient volonfairement et avec opiniâtreté une erreur opposée à la foi. Il faut done pour devenir hérétique qu’on soit chrétien; que l'erreur dans laquelle on tombe ait pour objet un article de foi; qu’on n’ignore point qu’elle est opposée à la doctrine de l’Église catholique : on ne peut nier en effet qu’il soit possible d’errer de bonne foi. Un enfant né de parents hérétiques, élevé par eux dans les principes de leur secte, jeté plus fard dans une position où rien ne viendra lui révéler le vice de sa croyance, peut, à la rigueur, passer sa vie en-

tière sans concevoir un doute sur l’orthodoxie de ses prin-

cipes. La justice divine est trop miséricordieuse pour punir le péché quand il n’existe pas : or, sans volonté, il n’y a pas d’hérésie ; l'ignorance invincible a toujours été d’ailleurs une excuse suffisante. Mais donner ses opinions comme des dogmes et chercher à leur créer des prosélytes ; mépriser et les jugements et la censure de l'Église; se mettre soit à la tête, soit à la suite d’un parti qu’on sait être en dehors de son giron; se croire plus instruit que le corps entier des pasteurs , à qui l’assistance du Saint-Esprit a été promise; ne tenir compte ni de l'autorité des siècles ni de la parole de Dieu, c’est une témérité que le plus simple bon sens est en mesure d'apprécier, indépendamment des règles de la foi. On peut le dire, aujourd’hui que les controverses suscitées pour la propagation de l'erreur ont porté presque partout aussi la connaissance de la vérité, il est bien difficile de trouver un hérétique de bonne foi. Une illusion passagère peut entraîner, mais tôt ou tard le doute naît dans l'esprit, et dès quele doute apparaît la bonne foi cesse.

Il faut distinguer cependant avec soin l'erreur de ses partisans : le chrétien fidèle ne ménagera jamais l’hérésie, il ne pactisera point avecle mensonge et le poursuivra dans ses plus secrets retranchements. Le dépôt de la foin’est pas seulement confié au corps enseignant ; chaque membre est appelé à contribuer, selon ses forces, à le conserver intact; mais l’homme isolé, malgré son égarement , doit être traité avec bienveillance, si rien dans sa doctrine ne porte atteinte à l'ordre public et aux bonnes mœurs. Telle a toujours été, quoi qu’en disent les sectateurs des diverses hérésies qui ont déchiréson sein, la conduite de l'Église romaine : si elle frappe de peines sévères ceux de ses enfants qui se sont séparés d'elle, c’est quand le scandale l’y oblige; ses chàtiments sont d’ailleurs d’un ordre tout spirituel , et la conversion du coupable est bientôt suivie de son entière réconciliation avec elle.

Mosheim a donc calomnié l’Église lorsqu'il a soutenu dans son Histoire Ecclésiastique qu'au quatrième siècle elle adopta généralement la maxime que toute erreur en matièr de religion, dans laquelle on persistail après avoir été aù

ment averti, était punissable et méritait les peines civiles, même des tourments corporels ; jamais, au contraire, elle n’a regardé comme punissables que les erreurs qui intéressent l'ordre public. Les premiers auteurs d’une hérésie qui enreprennent de la répandre , de lui gagner des prosélytes, de faire un parti, doivent être considérés comme des perturbateurs du repos public. Une expérience de dix-huit siècles a convaincu tous les peuples qu’en géneral une secte nouvelle ne s’est établie qu’en causant du tumulte, des séditions, des révoltes contre les lois, des violences, et souvent même en amenant une effusion de sang plus ou moins considérable. On aura beau dire que suivant ce principe les Juifs et les païens ont bien fait de mettre à mort les Apôtres et les premuers chrétiens : il n’en est rien. Les Apôtres ont prouvé qu'ils avaient une mission divine, jamais un hérésiarque n’a prouvé la sienne; les Apôtres ont prêché constamment la paix, la patience, la soumission aux puissances séculières, les hérésiarques ont toujours faitle contraire.

Les peines portées contre les hérétiques sont :l ex c ommunication, la privation de la juridiction ecclésiastique, et l'irrégularité ; on conçoit aisément la justice de ces mesures. L'Église ,retranchant de son troupeau et privant de ses faveurs ceux qui renoncent à elle, leur laisse toujours la faculté de rentrer dans son sein ; malheureusement l’esprit d'erreur, essentiellement opiniâtre, sait trop rarement fléchir et rentrer dans la voie de la vérité.

£ L’abbé J. Dupcessy.

HERICART DE THURY (L.-E.-F.), né vers 1777, à Thury (arrondissement de Senlis), fut chargé de la surveillance des catacombes de Paris, sous le gouvernement impérial, qui lui donna les fonctions d’inspecteur général des carrières du département de la Seine. C'est au vicomte de Thury que l’on doit les immenses travaux qui, tout en rendant ces vastes souterrains praticables, ont affermi le sol de plusieurs quartiers de Paris. On lit avec intérêt les descriptions publiées en 1815, sous le titre de Description des Catacombes de Paris, par Héricart de Thury lui-même.

Successivement nommé membre de l’Académie des Sciences, officier de la Légion d'Honneur, gentilhomme de la

chambre du roi Charles X, député, inspecteur général des mines, etc.: ilmourut, en janvier 1854, à Rome,

HÉRICOURT (Bataille d’). Voyez MIL HUIT CENT SOIXANTE-pix (Guerre de).

HÉRISSON, genre de mammifères de l’ordre des car: aassiers, famille des insectivores. Les hérissons sont remarquables par les piquants roides et acérés dont leur dos est couvert, Ces piquants ne sont qu’une modification des poils, qui, au lieu de rester flexibles et soyeux comme chez les autres mammifères, gros-issent et prennent la dureté de la corne. Ces animaux, dont la longueur totale est d'environ trente centimètres, sont en général d’une couleur grise tirant sur le brun. Ils vivent dans les haies et les fourrés, et se nourrissent de jeunes crapauds, de vers, d'escargots, de crabes, de fruits et d'oiseaux. Ils se cachent dans leurs terriers pendant le jour, et en sortent la nuit pour aller chercher leur nourriture. Ils construisent leur nid avec de la mousse et mettent bas de quatre à cinq petits par portée, Le hérisson, que la nature n’a doué ni d’assez de force pour la lutte ni d’assez d’agilité pour la fuite, et quin’a pas non plus Y'instinct de se créer une retraite inaccessible à ses ennemis, est doué en revanche de la faculté de se ramasser en fléchissant la tête et les pattes sous le ventre, et de ne plus alors présenter à l'ennemi qu’une boule toute hérissée de piquants s’entre-croisant dans tous les sens, et que les olus hardis hésitent à attaquer. Plus Je danger auquel est exposé le hérisson est grand, et plus il a la faculté de se contracter de la sorte et de s’envelopper de sa peau comme d’une inexpugnable cuirasse, Quand il a une fois pris cette position, on ne peut le décider à revenir à sa forme naturelle qu’en l'aspergeant d’eau froide, ou bien en le jetant dans l’eau. Pendant ia saison d'hiver, il reste ainsi tout ratatiné dans son nid de mousse, opposant au froid sa seule armure; et ce

HÉRETIQUE — HÉRITIER

m'est plus qu'au printemps qu'il se décide à quitter sa retraité pour reprendre ses courses nocturnes. Il est d’ailleurs parfaitement inoffensif. On dit que dans quelques contrées il est susceptible de domestication, et que les Kalmoucks l’ernploient à débarrasser leurs demeures de divers insectes. Le hérisson, qui possède une odeur offrant beaucoup d’analogie avec celle du muse, est souvent chassé par les chiens, Cependant ceux-ci n’aiment pas en général à se frotter contre un pareil adversaire, dont les piquants et l'aspect peu engageant leur inspirent de la terreur, tant qu'ils n’ont pas été dressés à cette espèce de chasse. Mais ils ne tardent pas à s’aguerrir; et une fois que les petites blessures que leur causent les piquants de Panimal les ont irrités, ils font bientôt de leurs dents un usage tel, que force est au malheureux hérisson de se rendre. Plus prudent, le renard, embusqué patiemment, attend pour se jeter sur lui le moment où la fatigue le force à se dérouler et à présenter ainsi le défaut de son armure.

On ne connaît encore que deux espèces de ce genre : le hérisson commun, ou hérisson d'Europe (erinaceus Europæus, Linné), et le hérisson à longues oreilles (erinaceus auritus, Pallas) qui habite les environs dAstrakan, les bords de la mer d’Aral et même l'Égypte.

HÉRISSON (Botanique). Voyez CHATAIGNIER,

HÉRISSON (Zchthyologie), nom vulgaire de quelques poissons des genres baliste et diodon.

HÉRISSON (Malacologie), nom vulgaire de plusieurs coquilles du genre murex (voyez Rocuer) : le hérisson à grosses pointes courtes, ou hérisson pourpre, est le murex ricinus ; le hérisson à longues pointes, ou hérisson ombiliqué, estle murezx histrix; le hérisson à mille pointes est le murex nodus.

HERISSON (Fortification), poutre portée par le milieu sur un pivof, et armée de quantité de longues pointes de fer, qui sert , aux portes des villes, pour ouvrir et fermer le passage, selon qu’il est nécessaire, et qu’on fait rouler sur la rampe, Ou les débris de la brèche, pour empêcher l’ennemi d’y monter.

HÉRISSON (Tactique). Voyez Carré (Art militaire ).

HÉRISSON CUIRASSÉ. On donne vulgairement ce nom à plusieurs tatous.

HÉRISSON DE MALACCA , HÉRISSON D’AMÉ- RIQUE, noms vulgaires de deux espèces du genre porcépic.

HÉRISSON DE MER. Voyez Oursin.

” HÉRISTALL, HERSTALL, petite ville de la Belgique, avec 10,000 âmes, sur la rive gauche de la Meuse, à 6 kilom. sud de Liège. L'exploitation de la houille et la production du fer sont les principales industries de la population. La seigneurie d’Héristall appartint à partir de 1444 à la maison de Nassau , sous la souveraineté de l’évêque de Liége. En 1702, à la mort de Guillaume IH, roi d’Angleterre, des discussions s’élevèrent au sujet de cet héritage, qui finit par être adjugé, en 1714, à la Prusse; et vers 1740 cette puissance le vendit à l'évêché de Liége.

Le château qui le dominait jadis, et dont il reste à peine quelques vestiges, est le célèbre manoir héréditaire du maire du palais d’Austrasie, Pepin le Jeune ou le Gros, appelé de là Pepin d'Héristall. Par la suite, comme domaine de la famille des Carlovingiens, il fut souvent la résidence de Charlemagne.

Un château du même nom existait aussi autrefois sur les bords du Weser, aux environs de Minden, dans la province prussienne de Westphalie, Il fut complétement détruit pendant la guerre de trente ans, et le village qui s'était formé , el. de ses remparts porte aujourd’hui le nom d'Æerste

HÉRITAGE, ce qui vient par voie de succession, et par extension, les immeubles réels, comme terres, maisons, etc.

HÉRITIER. C'est celui qui succède, soit en vertu da la loi, soit en vertu d'un testament, à tous les droits actifs

HEÉRITIER — HERMANN

et passifs d'un défunt (voyez SuccEssioN). Ce mot vient du latin Aeres, fait de Lerus, maître. L’hérilier ab intestat ou héritier légitime est celui qui succède en vertu des dispositions de la loi ; l'héritier institué, celui qui est nommé par la volonté d’un défunt ; l'héritier présomptifest le parent le plus proche et que l'on présume devoir hériter ; l'héritier pur et simple est celui qui a accepté une successior purement et simplement; l'héritier bénéficiaire celui oui ne l’a acceptée que sous bénéfice d'inventaire; \'héritier réservataire celui en faveur duquel la loi a établi une réserve.

HERMAN | Jacques), né à Bâle, en 1678, mort dans la même ville en 1733, professa les mathématiques, d’abord à Padoue, ensuite à Saint-Pétersboug, où le ezar Pierre 1°" Pavait appelé, en 1724, pour y fonder une académie des sciences. Ami de Leïbnitz et initié par cet illustre savant aux principes du calcul différentiel, Herman en prit la défense contre Nieuwentyt, dans un livre qu'il fit paraître en 1700. On a de lui d’autres ouvrages, qui lui assignent une place distinguée parmi les géomètres de son époque.

HERMANARIC ou ERMANRICH, roi goth issu de V'illustre famille des Amales, naquit vers l’an 290 de notre ere, et succéda tout jeune encore à Geberic. Sous son long règne, la puissance des Goths devint considérable. A son avénement au trône, elle ne s’étendait guère que de l’embouchure du Danube aux monts Karpathes. Hermanaric Vétendit jusqu'au Don, à la Theiss, au Danube supérieur et à l'océan germanique ou mer Baltique, et selon Jornandès toutes les peuplades germaniques et scythiques reconnaissaient ses lois. Les Hérules, les Wendes, les Esthiens et les Roxolans avaient dû successivement lui rendre hommage. Mais comme il leur laissa leurs rois particuliers, il est probable que ses conquêtes n’eurent d’autres résultats que de créer des liens de suzeraineté et de vassalité entre lui et une foule de tribus alors errantes dans cette partie de l’Europe. D'ailleurs, il ne se trouva jamais en contact direct avec la puissance romaine. L'arrivée en Europe des hordes de Huns commandées par Balamir mit un terme à la puissance d'Hermanaric. Reconnaissant l'impossibilité de défendre son vaste empire contre ces nouveaux arrivants, qui éjà avaient triomphé des Alains, et ne voulant pas survivre à sa gloireet à sa puissance, il se précipita sur son épée et mourut volontairement, pour éviter la honte d’une défaite certaine (an 376 de J.-C.).

HERMANDAD, mot espagnol qui signifie confrérie (germanitas). C'était une association des villes de Castille et d'Aragon pour le maintien de la paix publique contre les usurpations et les brigandages de la noblesse, Elle fut, dans ce but, soutenue par les rois, qui y voyaient un moyen d’abattre la noblesse féodale. La première fédération de cette nature se forma en Aragon, vers le milieu du treizième siècle, dans la Castille, en 1282. Les villes de Castille et de Léon conclurent, en 1295, uneliguefraternelle, menaçant de dévaster les possessions de tout noble qui aurait volé ou vexéun membre de l'association, et qui refuserait de luirendre satisfaction, ou de donner des garanties pour l'observation de La loi. L’hermandad fut dès 1486 complétement organisée et munie de priviléges importants en Castille: elle forma une ligue de toutes les villes pour le maintien de la paix publique. Les communes espasnoles, à l'exemple de la Hanse allemande, soldèrent une armée et nommèrent des juges. Les perturbateurs de la paix publique étaient recherchés par la force armée, conduits devant le juge et punis. Ni le rang ni la position ne protégeaient contre l’hermandad, qui alors prit la dénomination de sainte, et contre laquelle le droit d’asile des églises était lui-même sans effet. La noblesse se souleva, il est vrai, contre l’hermañndad, mais en vain, parce que le roi protégeait cette institution. Elle fut aussi formellement organisée en Aragon, en 1488. Vers le milieu du seizième siècle, la sainte hermandad ne fut plus qu’une gendarmerie, qui, répartie dans plusieurs cantons des royau-

mes de Castille et de Léon, veillait à la sûreté des routes,

hors des villes, mais ne pouvait agir qu’en eas de flagrant délit. C’est à tort qu’on l’a confondue avec l'inquisition, ou regardée au moins comme une de ses dépendances. Elle a été remplacée dans ces derniers temps par la garde civile, véritahle gendarmerie espagnole, organisée sur le modèle de la nôtre.

HERMANN et mieux HERMAN, nom très-répandu aujourd’hui en Allemagne, mais qui ne devint possible qu'à partir du sixième siècle de l’ère chrétienne, et que dès lors on n’a pu que par ignorance de l’histoire et des origines de la langue allemande attribuer au prince des Chérusques, Armine, que les écrivains latins s'accordent unanimemenl à nommer Arminius, et les grecs Armenios.

Né l’an 16 avant J.-C, il était fils de Sigimer, prince chérusque. Sa jeunesse s’écoula dans un temps de troubles et d’agitations, où l'indépendance de la Germanie fut gravement compromise. En effet, pour protéger d’une manière suffisante les frontières de l’empire contre les insultes des barbares, les Romains avaient dû envahir les terres même de ceux-ci et y établir un grand nombre de postes avancés. C’est de la sorte que non-seulement la plus grande partie de la population celte, depuis les Alpes jusqu’au Danube, avait été successivement subjuguée, mais encore que, de l’an 9 avant J.-C. à l’an 4 de notre ère, Drusus et Tibère pénétrèrent dans le nord-ouest de la Germanie jusqu'aux rives de l’Elbe, en construisant sur le sol germanique un grand nombre de routes militaires et de places fortes et en réduisant les diverses populations de ces contrées à une telle dépendance de Rome, qu’on pouvait les considérer en fait comme désormais subjuguées et soumises. Tibère, non moins habile comme général que comme politique, avait agi avec tant d’adresse et de prudence, que les Germains senfaient à peine le joug qui leur avait été imposé, qu'ils étaient dès lors dans les meilleurs termes avecles Romains, jusqu'à prendre déjà goût à leurs mœurs et à leurs usages; et beaucoup se faisaient même admettre dans les rangs des légions romaines. C’est aïnsi qu’Armine était entré avec son frère Flavius au service de l'empire, et qu’à la tête d’un corps auxiliaire de Chérusques, employé dans les pays riverains du Danube, il avait non-seulement obtenu les droits de citoyen romain et la dignité de chevalier, mais encore qu'il avait pu se rendre la langue latine familière et acquérir une connaissance parfaite de la tactique et de la politique des Romains. Revenu au bout de quelques années dans ses foyers, tandis que son frère Flavius était demeuré à Rome, il reconnut que la situation des choses avait beaucoup empiré. Le gouverneur Sentius Saturninus, homme prudent, expérimenté et actif, qui par sa modération, sa bonté et sa manière large d’exercer l'hospitalité avait gagné l’attachement et la confiance des Germains, avait été rappelé et remplacé par Quintilius Varus. Celui-ci, gâté par une longue résidence en Syrie, pays riche et fort peu belliqueux, erut la soumission des populations germaines déjà assez consolidée, pour pouvoir brusquement procéder à la complète romanisation du pays et y agir en souverain absolu. Dans sa folle confiance, il blessa profondément le sentiment national des Germains en exigeant d'eux qu’ils acquittassent des impôts et des redevances en nature, et que dans son camp ils se soumissent au droit romain et fissent plaider leurs causes devant des juges romains par des avocats romains. C’est alors qu’Armine conçut le projet de délivrer son pays d’une telle oppression et de conjurer les périls dont l'indépendance de sa nation lui semblait menacée. Pour cela il ne fallait pas seulement vaincre, mais encore exterminer l'armée romaine; or c'était là un résultat qu’il ne pouvait pas espérer d’une simple levée de boucliers contre une armée d'environ 50,000 hommes d’élite et parfaitement aguerris, ayant pour base d'opération la ligne du Rbin et s’appuyant en outre sur un bon système de routes stratéyiques et de points fortifiés. Armine eut donc recours aux moyens qu'il avait vu les Romains employer éux-mêmes, Toutes les peuplades et tous les chefs jusqu'à lElbe furent secrètement enroiés par lui,

en même temps que, redoublant d'efforts pour augmenter la séenrité de Varus, il parvenait à lui faire disséminer une partie de son armée sur différents points et à le décider à abandonner la route ordinaire avec le reste de ses forces, à la tête desquelles il se disposait à évacuer le territoire des Chérusques pour regagner les bords du Rhin. C’est ainsi que Varus se trouva attiré dans les contrées de la foré£ de Teutoburg ( répondant au pays de Lippe actuel ou à la partie du territoire prussien qui l’avoisine ), et y fut exterminé avec son armée tout entière ( an 9 de J.-C. ), dans une bataille qui dura trois jours, par une incessante pluie d’automne. La nouvelle de ce désastre produisit à Rome une profonde consternation. Mais les Germains ne songèrent pas à tirer autrement parti de leur victoire; tout ce qu'ils avaient en vue, c’était de secouer le joug des Romains, et la politique de Tibère, qui d’ailleurs reconnaissait parfaitement l'impossibilité et l’inutilité d’une conquête permanente de la Germanie, se borna les années suivantes à assurer les rives du Rhin confre toute insulte et à relever en même temps le moral de ses troupes en occupant le plus longtemps possible le territoire ennemi situé de l'autre côté du Rhin.

Germanicus, à qui Auguste, peu de temps avant de mourir, confia, en l’an 14 de notre ère, le commandement des contrées du Rhin inférieur, pensa autrement. Plutôt général d'armée que politique, il se laissa séduire par le désir et la gloire de venger l’orgueil national des Romains, que le désastre de Varus avait si vivement blessé; peut-être bien aussi, en sa qualité d’héritier présompl# du trône, par la pensée de s'assurer ainsi l’affection de l'armée et du peuple, il entreprit de grandes expéditions qui mirent les forces et l'intelligence d’Armine aux plus rudes épreuves. Dans l’automne de l’an 14, il partit à la tête de 28,000 hommes pour aller tenter un audacieux coup de main contre les Marses ; toutefois, ce ne fut pas sans peine qu’il put rentrer dans ses cantonnements. La campagne de l’année suivante fut entreprise avec des ressources et des forces autrement considérables; elle eut pour résultats l'invasion du territoire des Cattes, exécutée avec succès sur deux points différents à la fois, et la délivrance de Segest, assiégé par Armine. Depuis longtemps en effet la discorde régnait parmi les princes chérusques, dont quelques-uns faisaient cause commune avec les Romains, Segest, entre autres, qui déjà avait essayé, mais en vain, de mettre Varus en garde contre les projets d’Armine, Celui-ci, après avoir plus tard inutilement demandé en mariage Thusnelda, fille de Segest, l’enleva; fait prisonnier par Segest, Armine avait été délivré de sa captivité par les siens, et à son tour il s’était rendu maître de la personne de Segest, qui, lui aussi, avait pu non-seulement s'échapper, mais encore emmenait avec lui Thusnelda, sa fille, qu'il avait mise en sûreté dans son château fort. Segest, ayant invoqué à ce moment la protection des Romains, fut conduit sur la rive gauche du Rhin avec Sigismond, son fils, et sa fille Thusnelda , qui était enceinte; et deux ans plus tard il subissait à Rome la douloureuse humiliation de voir son fils, sa fille et Thumélicus, le petit-fils que lui avait donné Thusnelda, orner le triomphe de Germanicus. La perte de la femme qu'il aimait porta l'irritation d’Armine jusqu’à la fureur, et il appela de nouveau aux armes les Chérusques et les peuples voisins. Germanicus marcha contre lui à la tête de plus de 80,000 hommes, qui pénétrèrent sur le territoire ennemi, une partie par la voie de terre, et l’autre partie à bord d’une flotte, qui, après avoir longé les côtes de la mer, remonta l'Ems. Quand les deux divisions de son armée eurent opéré leur jonction, il visita le champ de bataille où avaient péri Varus et ses légions, dont les ossements blanchis couvraient encore au loin le sol, et leur fit rendre les honneurs de la sépulture. Reculant devant des forces évidemment supérieures, Armine s’enfonça dans des contrées boisées $t marécageuses jusqu'au moment où une occasion favorable se présenta à lui d'attaquer les Romains avec tant de vigueur, que les légions de Germanicus, après la déroute complète

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