IMAGINATION — IMAM
plus que des monstres, et n’excite plus que le mépris ou le dégoût. La raison se constitue quelquefois complice de ces monstruosités ; mais c’est la raison des peuples encore dans l’enfance. C’est ainsi que le symbolisme de l'Inde offre des monuments qui repoussent : la raison y permet à l'imagination d’amasser sur le même personnage une foule de têtes, une foule de bras, une foule d’emblèmes, qui se pressent, se génent, s’excluent, et tuent à la fois la beauté morale et la beauté physique. Dans les monuments de la Grèce, c’est au contraire la raison qui domine l’imagination, qui la tempère, la fortifie, l'élève et la fait briller. C’est là ce qui fait de ces monuments les chefs-d’œuvre et les types de l’humanité. Là, dans ce juste tempérament de l'imagination par la raison, est la gloire, est la puissance créatrice de l'imagination à son plus haut degré. Aussi le génie des peuples produit-il d’autres chefs-d’œuvre et s’approche-t-il ou s’éloigne-t-il de ces types, à mesure qu’il avance ou qu’il recule. Abandonner les rênes de l’imagination à elle-même, c’est les abandonner à un cheval fougueux, qui s’emporte et emporte son cavalier. Alors elle est la folle du logis ; alors elle crée toutes les monstruosités intellectuelles et morales ; alors elle devient une puissance effrénée et effroyable dans les petites choses comme dans les grandes. Ou elle nous berce des plus pitoyables illusions d’amour-propre, de vanité, d’ambition et de folie, ou elle nous jette dans les tortures de la terreur, de la superstition, de la misère, de l’ignominie. Rien n’est si haut ni si saint qu’elle le respecte, ni la science, ni la religion, ni le droit, ni la raison, ni la vie. Tous les genres d’enthousiasme, ou plutôt-de fanatisme, fanatisme moral, religieux et politique, sont ses enfants. Que de fous jette-t-elle dans nos hôpitaux, que d’aliénés pousse-t-elle au suicide ! Combien en précipite-t-elle dans les entreprises les plus extravagantes et les plus coupables ! Elle a pouvoir sur les plus sages ; car chacun a son grain de folie. Mais bien réglée par la raison, elle grandit tous ceux qu’elle inspire ; elle les élève au-dessus des peines de la vie, des entraves du corps, de l'enceinte de ce monde; elle n’inspire pas seulement les Homère et les Apelles, les Phidias et les Milton, les Arioste et les Cervantes, elle guide les Platon et les Descartes, les Galilée et les Newton, les Démosthène et les Bossuet. Les hypothèses les plus ingénieuses et les découvertes les plus admirables sont ses œuvres. C’est un syllogisme, aidé dé Pimagination de Christophe Colomb, qui nous a révélé VAmérique. Empirique ou transcendantale, l'imagination mérite nos études comme notre admiration.
Nous possédons sur cette faculté des monographies de Muratori (Sur l’Imagination, édition de Richerz, 1785), de Meister (Lettres sur l’Imagination, 1794), de Maass (Essai sur l’Imagination, 1792), et un poëme de Delille. MATTER.
IMAM , mot arabe qui signifie celui qui préside, celui qui enseigne, dont nous avons fait iman, et qui est surtout employé pour désigner les plus célèbres dogmatistes du mahométisme, notamment les quatre fondateurs des sectes orthodoxes. Dans l'usage ordinaire, on appelle imans les oulémas qui sont chargés du service des mosquées, Ils récitent les prières, lisent à haute voix le Coran, font des sermons , assistent les malades, bénissent les mariages et sont à bien dire les prêtres musulmans. Leur costume est le même que celui des laïcs, sauf le turban qu'ils portent un peu plus élevé. Ils reçoivent leurs traitements des mosquées qu'ils desservent, et sont généralement en grande vénération parmi le peuple. Le sultan lui-même prend le nom d'iman, comme chef suprême de la religion. Pour les chiites, l'iman est un être doué de vertus surnaturelles en qui réside l'autorité spirituelle et temporelle, et qui seul représente la divinité sur la terre. Ali, Hassan, Houssein et ses descendants sont pour eux des imanides.
En arabie, on donne le nom d’imans à certains chefs réunissant le pouvoir politique et religieux , comme le prince de l'Yémen et celui de Mascate.
IMATRA — IMIRÊÉTIE
IMATRA (Saut d’), l’une des plus magnifiques chutes d’eau de la Finlande, située à environ six myriamètres au delà de Wiborg. L'impétueuse Wuoxa, large de près de 67 mètres, se précipite écumante de rocher en rocher, sur une étendue de plus de 500 mètres, et d’une hauteur de plus de 40 mètres, formant dans sa direction une chute d’eau oblique telle que n'en présente aucune autre cataracte du globe, excepté peut-être celle du Niaga ra. Des rochers surnagent pêle-mêle au milieu de cet effrayant abime, et, en brisant les flots qui se rompent contre eux, ajoutent à l'effet de ce spectacle imposant. Sur les rives du fleuve, dans le voisinage de la cataracte, on trouve une multitude de cailloux arrondis d’une manière toute particulière par l’action des vagues et connue sous le nom de pierres d'Imatra.
l'idiotie; cependant, l’on peut y remarquer quelque différence. C’est l'inaptitude à la manifestation d’une ou de toutes les facultés intelleetuelles proprement dites, et ce n’est que par extension qu’on l’applique au manque de quelques-unes des facultés affectives. Quand une partie seule du cerveau se trouvera défectueuse ou altérée dans son or ganisation intérieure, qu'est-ce qu’il en résultera ? évidemment une impossibilité à l’exercice des fonctions cérébrales qui se rapportent à la partie viciée ou défectueuse; car il en est du cerveau comme de tous autres organes. Nous pouvons ainsi nous rendre compte de ces individus privés d’intelligence, véritables imbécilles , qui sont en même temps dominés par des penchants très-violents, tels que ceux dela génération, de la destruction, du vol, etc. Nous pourrions citer mille exemples de cette espèce d’imbécillité, accompagnée de quelque penchant ou de quelque disposition instinctive particulière; mais on en rencontre partout, et il suffit seulement de fixer sur ces exemples une attention soutenue. Allons plus loin. Un individu peut avoir une incapacité, un manque d’aptitude pour une seule faculté, et avoir en même temps une intelligence parfaite sous tous les autres rapports. Comment expliquer cela? N'est-il pas vrai que l’on peut avoir son cerveau très-bien développé dans toutes ses parties, excepté une seule, très-petite, celle qui serait destinée à l'exercice d’un seul penchant, d’une seule faculté déterminée ? C’est comme cela qu’à l’aide de nos principes et des observations crânioscopiques, nous expliquons les anomalies de certains individus qui ont une inaptitude partielle, une imbécillité partielle, s’il m’est permis de la nommer ainsi.
Les diverses imbécillités, soit qu’elles affectent toutes les facultés intellectuelles , soit qu’elles soient partielles, sont presque incurables, comme l’idiotie de naissance. Certainement, à force d'exercer ces embryons de facultés, l’on parvient à produire quelque faible manifestation de leur puissance , mais le résultat de tant d'efforts est toujours imperceptible. Dès lors, on comprendra facilement pourquoi sont si souvent inutiles les soins de l’éducation, quand ils ont pour but de cultiver une faculté ou un talent pour lequel on n’est pas né. D° Fossari.
IMBERT (BarréLemy), poëte français, né en 1747, à Nîmes, où il fit ses études, vint à Paris et se fit homme de
le Gâteau des Rois, les Deux Sytphes, etc. Imbert a pendant quelques années fait les comptes rendus des ouvrages
| nouveaux dans le Mercure.
IMBIBITION (du latin imbibere, imbiber )., Ce mot se dit dans le travail de l'argent, du mélange des minerais de ce métal avec le plomb pour l’en séparer ensuite par la coupellation.
IMBROGLIO. Ce mot n’est pas le moins expressif de tous ceux que notre langue a empruntés à celle des Italiens. Il y à dans lui un onomatopée qui fait déjà deviner la con-
| fusion , le désordre, l’embrouillement qu'il est destiné à
peindre. Ainsi, l’on dit d’une pièce de théâtre, d’un roman, dont l'intrigue est complétement désordonnée : C’est un vé-
| ritable imbroglio. On a aussi donné ce nom, dans le lan- IMBÉCILLITÉ. Cest à peu près la même chose que |
gage dramatique, à des pièces dans lesquelles ce désordre et cette confusion sont jetés à dessein : les imbroglios
| espagnols et les imbroglios italiens sont quelquefois fort
lettres. Il écrivit des vers gracieux et spirituels, mais trop :
faciles. À vingt ans il publia son poëme /e Jugement de Pris, qui fit: sensation. Ce succès le gâta : produisant presque sans travail, il s’essaya dans tous les genres, s’éleva de l’épître badine à la comédie de caractère, et de la même plume qu’il aiguisait des épigrammes, il rima des tragédies. Il mourut dans un état voisin de la misère, le 23 août1790. Onlui doit des Fables nouvelles, des Historiettes ou Nouvelles en vers, Les Égarements de l’Amour, ou Lettres de Faneli et de Milfort; les Lectures du matin et dusoir; les Lectures variées, ou Bigarrures littéraires, un Choix de fabliaux mis en vers; les Jaloux sans amour, comédie en 5 actes et en vers libres; le Jaloux malgré lui, comédie en 3 actes et en vers; Marie de Brabant, tragédie; Gabrielle de Passy, parodie; le Lord anglais ;
divertissants, et rentrent assez dans ce que nous appelons le genre amphigourique. Héraclius est un imbroglio tragique, et le Mariage de Figaro un spirituel imbrog lio, Ce genre, en présentant au publie une sorte d’énigme, ne doit pas la lui offrir tellement obscure, qu’il lui soit impossible ou même trop pénible de la deviner. L’imbroglio, qu’on ne peut débrouiller, ne mérite plus ce nom : il doit prendre celui degalimatias.
IMIRÉTIE , IMÉRETH ou IMÉRÉTHIE, province de la Russie asiatique, bornée au nord par le Caucase, qui la sépare de la Circassie; à l’est, par la Géorgie, dont elle est séparée par la chaîne de l’Oloumba; au sud par le pachalik turc d’Akhal-Tsikhe ; au sud-ouest par la Gourie; à l’ouest par la Mingrélie : elle a environ 7 myriamètres de long du nord au sud , 16 myriamètres dans sa plus grande
| largeur , et environ 210 myriamètres carrés de surface. Cette province , tout entière comprise dans le bassin du Rioni, le Phase des anciens, et entourée de montagnes presque toujours couvertes de neiges, en contient ellemême un grand nombre dont les flancs sont couverts de superbes forêts; ses vallées offrent de riches prairies. En général, le sol en est d’une grande fertilité ; les arbres à fruits, tels que châtaigniers, noisetiers, y éroïssent et s'y multiplient sans culture; la vigne, grimpe spontanément le long des arbres. Les habitants, qui appartiennent à la race caucasienne, la plus belle du genre humain, comme on sait, mais dont la paresse est extrême, récoltent un peu de froment et d'orge, du maïs, du tabac, du chanvre, de la garance; les bœufs, les chevaux y sont peu nombreux et de médiocre stature, On importe dans le pays du sel, de la toile, des étoffes de laine, de soie, des ustensiles de cuivre, des armes, de la quincaillerie, de la monnaie, des cuirs, de l'orfévrerie et des denrées coloniales. Les exportations consistent en vin, blé, soie, étoffes de coton, taffetas, miel, cire, peaux, laine et fruits. Mais de tous les articles d’exportation il n’en est pas de plus avantageux que la vente des jeunes filles : tous les ans il en part un certain nombre pour alimenter les harems de la Perse et de la Turquie les Russes ont inutilement tenté jusqu'ici de mettre un terme à cet odieux trafic; la contrebande se,joue de toutes les précautions de la prohibition et de toutes les sanctions pénales de la répression. Le gouvernement ture, sur les instances de ses alliés, et notamment de l'Angleterre, a défendu ce commerce; sera-t-il plus heureux? du moins les agents anglais doivent-ils veiller partout à l’exécution de l’ordre impérial. Le commerce du pays.est entre les mains des Juifs, des Grecs et des Arméniens ; la religion dominante est celle des Grecs schismatiques.
Au quatorzième siècle, l’Imirétie faisait partie de la Géor-
gie; au commencement du quinzième siècle, le roi Alexan-
| dre 1° la donna à son fils aîné; dès lors elle forma un état in-
dépendant; dans la suite les Turcs la subjuguèrent et lui laissèrent une ombre d'indépendance : ‘moyennant un tribut annuel de quarante jeunes filles et d’autant de jeunes garçons. En 1804, Salomon, le prince régnant, se soumit vo-
lontairement à la Russie moyennant une pension que cette puissance continue à payer à ses descendants et successeurs.
IMITA TION. L’imitation a été le premier mobile de tous les arts. La faiblesse humaine se serait arrêtée, après être parvenue à un certain degré de vérité matérielle, qu’il ne lui est pas permis de dépasser, sile génie créateur, dédaignant cette barrière, ne l'avait franchie, en arrivant jusqu’à la beauté idéale dont la reproduction seule constitue l’art. L’observation des choses réelles condnit les esprits élevés à la recherche de leurs principes et de leurs conséquences . c’est cette étude des objets appréciables à l'œil ou à l'oreille, dans leurs rapports entre eux, d'ordre, de grandeur et d’harmonie, qui forme l'imagination poétique, pittoresque et musicale. L'invention poétique, dans toutes ses acceptions, résultant de l’observation des objets matériels , n’est donc , en définitive, qu’une imitation embellie. Mais, dans un siècle aussi vieux que Le nôtre, où la nature a été observée et décrite sous tous ses aspects , où les sentiments et les passions de l’homme ont été exploréset exprimés de toutes les manières, il est, indépendamment de limitation des choses réelles et naturelles, une autre imitation, inévitable aujourd’hui, celle des ouvrages antérieurement produits par les génies de l’antiquité et des temps modernes.
Deux routes se présentent. Les Grecs ont voulu plaire par le moyen du beau; et cette inspiration de leur ciel brillant et doux, de l'éducation du gymnase, de leur lan-
gue harmonieuse, leur a fait créer, dans tous les genres, des
ouvrages qui ont obtenu l’admiration de leurs contemporains et de la postérité, parce que ces ouvrages , bien que différents par leur forme, sont tous composés d’après le même principe: ils spiritualisaient. Les nations modernes, qui ont consacré une littérature propre à elles, comme les Anglais, moins favorisés par le ciel, sous l'influence d’une religion sévère et soumise à des besoins impérieux; peu sensibles, d’ailleurs, à la beauté, voilée à leurs regards, sous un climat froid et nébuleux, mais susceptibles de toutes les impressions morales et physiques de la douleur, ont exhalé leurs plaintes et exprimé l’amertume de leur cœur. Désirant, par un sentiment bien naturel, intéresser à leurs maux, rendre sensibles à leurs regrets et à leurs plaintes, elles ont matérialisé.
Cette assertion peut paraître paradoxale à une ecole qui a la prétention de n’abandonner les formes anciennes que par amour pour la spiritualité, qui ne dédaigne la beauté des corps que pour préconiser la sublimité de l’âÂme et la divinité de la pensée. On ne peut donc trouver hors de propos des développements qui, peut-être, ne sont pas indispensables. Les Grecs, par l'étude des formes, avaient été conduits à la connaissance de l’âme : Socrate avait été sculpteur, et Platon est postérieur à Phidias. Ils ont donc spiritualisé, puisqu'ils ont été du corps à l’esprit. Les nations modernes , éclairées par la morale du Christ, n’ont adopté des formes que forcés, pour ainsi dire, par l'obligation de transmettre ce dogme aux yeux et à l’entendement. Elles ont été de l’âme à la matière; elles ont donc matérialisé, Chez ces dernières enfin les impressions de l’âme ont été interprétées par les formes de la matière, tandis que les Grecs, par la perfection sublime à laquelle ils ont porté les arts d'imitation , ont donné l'idée d’une beauté tellement supérieure à celle qui tombe habituellement sous les sens, qu’elle ne peut provenir que d'une imitation d’un principe divin. Ce n'est pasune raison pour que nous prétendions qu’il faille imiter servilement les ouvrages de l'antiquité : nous voulons dire seulement que, dansla composition de nos ouvrages, nous devons nous conformer aux principes qui dirigeaient les Grecs dans leurs compositions.
VioLer-Le-Duc.
L'homme porte en tout et partout la manie de limitation : Aristote prétend même qu'il ne diffère des autres animaux qu’en ce qu’il est imitateur à un plus haut degré. On a remarqué qu'à certaines époques, il y a comme une épidémie de suicides, d'infanticides, de crimes de la même