‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 194 sur 522 · IMITATION DE JÉSUS-CHRIST — IMMANENT · texte numérisé non relu

IMITATION DE JÉSUS-CHRIST — IMMANENT

fout on voulaitavoir celivre et le méditer, commeoffrantleguide le plus sûr dans le chemin si difficile de la vie, les consolations les plus vives et les plus efficaces dans toutes les afflictions , et la perspective du bonheur du juste, quand, après son pèlerinage sur la terre il entre calme et confiant dans l'éternité. »

Mais quel est l’auteur de ce livre? Nous avons déjà cité un bénédictin de Verceil, du nom de Gersen; d’autres l’attribuent au chanoïne régulier Thomas à Kempis; d’autres le réclament avee plus d'apparence de raison pour Gerson, chancelier de l'université de Paris. Nous ne nous occuperons pas de quelques autres réclamations.

Les chanoines réguliers de Saint-Augustin, les Jésuites flamandsetles Bollandistes, partisans de Thomas à Kempis, s'appuient sur un manuscrit de 1441, écrit de la main de ce frère et se terminant par ces mots : Finitus el complelus per manus fratris Thomæ à Kempis. Mais Thomas à Kempis était un habile calligraphe, passant sa vie à copier des maauscrits : sa formule n'implique pas autre chose que le travail de l'écrivain. L'auteur de l’!mitation demande à n'être point connu : il ne pouvait donc pas signer son livre comme auteur sans se mettre en contradiction avec lui-même, Et puis il n’y a qu'à lire quelque opuscule dù au pieux chanoine pour s’apercevoir qu’il n’était pas capable d'écrire l’ouvrage qu’on veut lui attribuer.

Les Ifaliens, avec lés Jésuites piémontais et les Bénédictins, qui revendiquent l’Zmitation de Jésus-Christ pour un certain abbé Gersen, s'appuient sur différents manuscrits où le nom de l’auteur est ainsi écrit; ils disent que le livre doit être d’un moine, d’un bénédictin même; ils ont retrouvé un historien italien qui cite un abbé du monastère de Saint-Étienne, à Verceil, du nom de Gersen Grégory découvre un manuscrit qui aurait appartenu à des Avogadri, famille dont on retrouve aussitôt un journal qui cite au treizième siècle le précieux manuscrit; le même auteur rencontre à Cavyaglia des Garzoni, qui se rappellent l’abbé du treizième siècle, et un manuscrit de la Bibliothèque impériale porte justement le nom de Jean de Canabaco. Enfin, l’Imitation fourmille d’ifalianismes. D'abord on oublie que plusieurs des manuscrits qui portent le nom de Gersen portent en même temps la qualification de chancelier de Paris ; ce qui peut bien faire penser que c’est une erreur de copiste, d’autant plus que la substitution de l’e à l’o est fréquente dans le Nord. Ensuite, les manuscrits anciens où il n’y aque Gersen ne l’appellent jamais abbé de Verceil : les: manuscrits avec cette qualification n’offrent pas assez de certitude. L'ouvrage n’est pas nécessairement d’un moine, aucontraire. Il est écrit pour les religieux, assurément, mais les gens du monde

ne sont pas oubliés. C’est bien plutôt l’œuvre d’un séculier: | l’auteur a certainement vécu dans le monde, il en a connu |

les grandeurs et la vanité; il a cherché un refuge dans la solitude des cloitres, mais il ne tient exclusivement à aucun.

31 parle aux religieux avec lesquels il vit; mais il n'oublie |

pas les hommes avec qui il a vécu, et s'adresse à tous.

Sans cela son livre n’eût pas eu le succès qu'il a obtenu. | Ses instructions ne sont pas plus celles d’un bénédictin que |

celles d’un autre religieux. C’est un théologien qui abandonne la science et la discussion pour parler aux simples de cœur et

d'esprit. L'existence d'une abbé de Verceil du nom de Gersen | est loin d’être prouvée par la simple assertion d’un historien |

trop postérieur, n’appuyant son dire sur aucun acte authentique. Quant aux Avogadri, personne n’y croit. Leur journal

offre des lacunes regrettables. Le manuscrit portant Jean de |

Canabaco ne l'appelle pas Gersen , et ne le cite pas comme abbé de Verceil;, il est d’ailleurs difficile de faire Cavaglia de Canubaco. Le même volume contient des pièces d’un professeur de Prague portant le nom de Joannes de Tambaco où Cambaco; Canabaco ne serait-il pas ce même nom estropié? Si l’Zmitation est du treizième siècle, comment ne

Arouve-t-on pas de manuscrits certains de cette époque, ni

du quatorzième? Pourquoi n’y en a-t-il pas de trace dans les auteurs du temps? Enfin, les italianismes prétendus sont aussi bien des gallicismes,

DICT, DE LA CONVERS, — T, XI

Rappelons seulement pour mémoire qu’un chanome de Ratisbonne, M. Weigl, a, vers 1840, imaginé de revendiquer l’?mitalion pour un Jean de Canabac ou de Rorbac, lequel aurait été moine sous le nom de Ghersem, et aurait vécu à Viblingen, au treizième siècle. Citons encore une opinion qui attribue l’Zmilation à saint Bernard.

Les défenseurs de Gerson , parmi lesquels il faut citer le docte Gence, s'appuient sur ce que les plus anciens et les meilleurs manuscrits de lZmitation de Jésus-Christ portent le nom du chancelier de Paris, sur ce que les premières éditions imprimées portent la même attribution. Ils citent surtout un manuscrit de la seconde moitié du quinzième siècle, ayant appartenu au neveu de Gerson, et portant le nom, la miniature du chancelier. Ils disent qu’un livre de cette valeur n'a pu être écrit que par un homme savant et éprouvé, comme il l’a été. Ils pensent que Gerson écrivit ce livre à l’abbaye de Mœlck en Autriche, où il s'était réfugié après ie concile de Constance, vers 1458, lorsqu'il était poursuivi par les sicaires du duc de Bourgogne , qu'il avait osé altaquer en chaire, et où on a trouvé vingt-deux manuscrits de l’Imitation, dont le plus ancien connu portant la date de 1421. Là, au milieu des moines, dans le silence de la retraite, le chancelier de l’université de Paris, qui plus tard devait catéchiser les enfants dans la cathédrale de Lyon, le grand théologien qui écrivait à son propre frère, prieur des Célestins de cette ville, des lettres pleines d’onction, pouvait bien écrire un traité sur la vanité du monde. Gence a donné des parallèles , tirés des œuvres de Gerson, où l’on retrouve le même latin, les mêmes tournures de phrases, le même fonds de pensées, de sentiments, d'images , les mêmes gallicismes, les mêmes mots forgés que dans l’Imitalion. Les quelques idiotismes étrangers s'expliquent suffisamment par le séjour du chancelier en Allemagne, en Flandre et en Italie, s’ils ne sont pas dus aux divers copistes. Son frère, répond-on, a fait le catalogue de ses œuvres, et il ne cite pas l’Zmitation; mais l’auteur de ce livre ne veut pas être connu, son frère a bien pu respecter ce vœu. Néanmoins, à peine Gerson est-il mort, que son neveu, Thomas de Gerson, chanoine de la Sainte-Chapelle, fait copier l’Zmitation avec le nom de son oncle, à la suite d’un sermon de la Passion, incontestablement de Gerson. Et puis, si sa modestie n’y eût pas été intéressée, com-

| ment Gerson eût-il oublié de citer l’Imitation parmi les livres

qu’il recommande. Ce livre est tout italien, dit un critique, mais d’où vient que c’est en France qu’il a eu le plus d'éditions et de traductions, qu’on trouve le plus de manuscrits? Pourquoi jusqu’au seizième siècle l'Italie imprime-t-elle l’'Imitation sous le nom de Gerson, chancelier de Paris ? pourquoi y trouve-t-on des manuscrits avec la même attribution. Supposera-t-on avec Grégory que les copistes italiens, connaissant mieux Gerson de Paris que leur compatriote de Verceil, changeaient Gersen en Gerson? Ce serait pousser un peu loin la complaisance. Enfin, en lisant attentivement ce livre célèbre. on reste convaincu que c’est le chancelier de Paris qui parie ; tous les faits s'appliquent à lui, ainsi que Gence l’a prouvé dans vingt endroits, notamment dans ses Nouvelles Considérations sur l’auteur et le livre de l’Imitation de Jésus-Christ. L. LOUVET.

IMMACULEE CONCEPTION. Voyez CONCEPTION DE LA VIERGE.

IMMANENT. C’est en termes d'école, par opposition à ce qui est {ranscendant, tout ce qui reste en dedans d’une chose ou d’une idée, et n’en sort jamais. Le langage philosophique emploie ce mot dans plusieurs acceptions : il distingue les causes extérieures éranscendantes des causes intérieures immanentes : celles, par exemple, qui existent dans des choses susceptibles par elles-mêmes de modifications, comme la volonté. Ainsi Spinosa appelait Dieu la cause immanente du monde, pour faire comprendre par là que; par son essence, il ne diffère point du monde; forme de définition que les systèmes panthéistes postérieurs se sont aussi appropriée. Kant parle d’un emploi immanent de la

raison, et par là ilentend un emploi de la raison qui ne dépasse pas les limites du monde visible donné, par opposition à un emploi {ranscendant de cette même raison, dépassant ces limites. On dit de même méthode immanente pour désigner celle qu’on peut déterminer par l’objet même de la recherche, On dit aussi le développement immanent d’une science, et un savoir immanent, c’est-à-dire qui n’est point extérieur, qui estappronfondi dans le sujet même. Le mystique qui contemple face à face l'essence divine, parle de l’immanence de son propre moi en Dieu.

IMMATRICULATION, du mot latin matricula, qui désignait le registre servant à contenir les noms des soldats. L’immatriculation est l’action d'inscrire sur un registre public (voyez. MATRICULE ).

IMMÉDIATS (États). On donnait autrefois en Allemagne ce nom aux seigneurs et aux princes investis du privilége de n’être justiciables que de la juridiction directe de l’empereur, sans être soumis à un pouvoir territorial intermédiaire , soit ecclésiastique, soit temporel. Lors de la dissolution de l'Empire d'Allemagne, en 1806, la plupart de ces États immédiats furent médiatisés, c’est-à-dire qu'ils furent soumis à l'autorité directe des princes souverains dans les États desquels leurs possessions et domaines se trouvaient enclavés, et les actes de la Confédération germanique ne leur conférèrent plus que certains priviléges d’un ordre secondaire.

IMMENSITÉ , grandeur infinie, étendue sans bornes. Au sens propre, ce mot ne peut s'appliquer qu’à Dieu. Par analogie, nous l’employons pour indiquer des étendues dont les limites échappent à nos sens, comme lorsque nous parlons de l'immensité des cieux. Par extension, on s’en sert encore pour caractériser des étendues très-vastes, l’immensité de l'Océan; et fréquemment pour marquer des choses considérabies dans leur genre : c’est ainsi qu’on dit qu’une personne est immensément riche. L. LOouver.

IMMERSION (en latin immersio, fait de in, dans, et merso, je plonge), action par laquelle une chose est plongée dans de l’eau ou tout autre liquide.

On dit immersion, en astronomie, quand une étoile ou une planète est si près du soleil, relativement à nos observations, que nous ne pouvons pas la voir, se trouvant comme enveloppée et cachée dans les rayons de cet astre. Ce mot désigne aussi les premiers instants d’une éclipse de lune, au moment où la lune commence à devenir sombre et à entrer dans l'ombre de la terre; le même terme est aussi appliqué, mais moins fréquemment, à une éclipse de soleil, lorsque le disque de la lune commence à le couvrir. Ce mot est donc l'opposé d’émersion. Il est fréquemment appliqué aux satellites de Jupiter, et spécialement au premier satellite, dont l’observation est si utile pour découvrir la longitude. Par immersion de ce satellite on entend le moment où il semble entrer dans le disque de Jupiter, et son émersion est le moment où il en paraît sortir. Les immersions sont observées depuis le moment de la conjonction de Jupiter avec le Soleil , jusqu’au moment de son opposition,

IMMEUBLES (du latin immobilis, immobile). Par ce mot on entend, dans le langage du droit, les biens fonds, ou ceux qui sont réputés en avoir la nature. Les fonds de terre et les bâtiments sont immeubles par nature, ainsi que les récoltes pendantes par leurs racines etles fruits des arbres non encore recueillis; les moulins fixés sur piliers et faisant partie du bâtiment; les tuyaux servant à la conduite des eaux dans les maisons et autres héritages, etc. Les objets que le propriétaire a placés sur son fonds pour le service et l'exploitation sont immeubles par destination : ainsi, les animaux attachés à la culture, les ustensiles aratoires , les semences données aux fermiers ou colons partiaires, les pigeons des colombiers, les lapins des garennes , les ruches à miel, les poissons des étangs, les pressoirs, chaudières, cuves et tonnes , les ustensiles nécessaires à l'exploitation d’une {urge, d'uneusine, les pailles, les engrais. Sont encore immeu-

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