IMMORTALITE DE L’AME
le dire, avec tous ses vices même, l’homme, tel qu’il appa. rait un instant dans cette vie sublunaire, est un être imparfait ou plutôt inachevé. On dirait ébauche d’un ange de lumières ou de ténèbres, oubliée dans l'atelier du statuaire, au milieu de diverses figures de quadrupèdes auxquelles aurait été donné le dernier coup de ciseau,
Qu'il soit maintenu par la volonté libre des sociétés dont la Providence a préparé la réunion dès l’origine des choses, ou que l'intervention de la force publique contribue à l’entretenir, l’ordre règne sur la terre, mais avec de tristes et déplorables exceptions. Si nous retranchons un petit nombre d’élans généreux dans les masses et quelques nobles caractères qui y surnagent, de grands désastres composent toute l’histoire des peuples. Pour des éclairs de vertu qui traversent ces âges éloignés de nous, on y voit que presque toujours une audace criminelle livre les nations à des êtres corrompus et immoraux. Plus tard, le pouvoir se régularise dans son propre intérêt ; car c’est là une des premières conditions de son existence. Mais ces archives de l'espèce humaine, trop souvent mensongères au gré de l’opinion dominante, sont loin de contenir toutes les attaques à l’ordre social, toutes les infractions de lois, toutes les violences exercées contre les populations, toutes les exactions par lesquelles des êtres pervers sont arrivés à la fortune, tous les attentats commis par un orgueil écrasant ou par un désir de jouissances acquises sans travail. Chaque matin les honnêtes gens ont à gémir sur une perversité dont les journaux déroulent trop complaisamment le tableau sous leurs yeux:
Que de fautes, que d’aberrations honteuses restent encore secrètes! la dureté de cœur, l’insensibilité qui laisse froidement succomber à la porte d’un somptueux hôtel l’ouvrier auquel il ne fallait que donner du travail; l’ingratitude de l'enfant qui n’assassine pas avec le poignard les parents dont la longévité l’afflige, mais qui leur sert chaque jour, à chaque repas, le poison lent et corrosif du chagrin; la cruauté réfléchie du séducteur qui, enveloppant de ses piéges une jeune femme, a détruit pour elle, pour son époux et pour leurs enfants tout bonheur domestique; la mauvaise foi dans les transactions, les captations testamentaires au préjudice des familles, les hypocrisies de sentiment, de religion, de politique, rien de tout cela n’est justiciable des tribunaux ; presque aucun de ces torts, de ces crimes même, dont se compose une vie coupable ne parvient à la connaissance des hommes ; dans le sens le plus rigoureux, il y a donc impunité.
Une plus équitable rétribution est-elle au moins assurée à la vertu? Les sacrifices qu’elle s’impose obtiennent-ils icibas une suffisante indemnité? Mon Dieu, non! elle aura pour elle le témoignage d’un bonne conscience, et ce sera tout! Froissée sur la terre, elle tourne des yeux noyés de pleurs vers le ciel, et elle se tait, car ce n’est pas pour elle que les hérauts de la publicité emboucheront la trompette. Elle ne demandera pas non plus aux feuilles du matin une place pour ses réclames. Sa renommé n'ira jamais jusqu’au bout de la rue qu’elle habite, et le cri de sa douleur ne sera entendu par personne; ou si sa voix, trop souvent étouffée sous les doigts de fer de l’indigence, parvient aux tribunaux, elle ne tardera pas à s’éteindre au milieu des ambages et des subtilités de la procédure. Que de fois en effet la justice humaine est mise en défaut ! Elle ne saurait tout voir, tout entendre ; elle ne lit pas au fond des cœurs ; et le magistrat lui-même, asservi aux formes légales, a souvent la douleur de voiler de sa propre main sa sainte mais impuissante image.
Je voudrais bien savoir ce que vous avez en réserve pour la jeune fille qui consume ses jours et ses nuits dans les soins donnés à un père ou à une mère infirme? qui, riche des seuls attraits dont la dota la nature, et qui, voyant près d’elle la compagne des jeux de son enfance entrer en possession des douceurs attachées à une vie voluplueuse, résiste aux mêmes séductions pour rester chaste et pure?
{MMORTALITÉ DE L'AME
Quel compte tiendrez-vous ouvert avec ce eaissier qui, manipulant tous les jours l'or d'autrui, et entendant chaque soir à son foyer le cri d’une famille en proie au besoin ou avide de plaisirs, demeure incorruptible? Et Pinnocence injustement condamnée, et la probité calomniée, et le mérite éconduit par l'intrigue, et les plaies de cœur qu'aucun baume ne cicatrise, qu'aucune voix amie ne console, et les espérances trompées après un travail irréprochable, et les regrets devant la tombe qui dévore ce que nous chérissions! que ferez-vous de tout cela ? car le monde est plein de ces dissonnances et de ces amères douleurs; il n'y éclot pas une rose qui ne finisse par être arrosée de larmes. De grâce, ne me parlez pas de compensations! elles ne sont qu’un mensonge inventé par les heureux du siècle, qui s’en font un doux oreiller, ou par une foi faible et douteuse, qui, prenant son point d’appui dans une fiction dépourvue de réalité, ne s’aperçoit pas que ce misérable système aboutirait à un abime où s’engloutirait toute espérance humaine.
Oui, le pervers consomme souvent en paix le fruit de ses rapines ! oui, le remords, s’il n’est étouffé, est souvent endormi dans son sein! oui, les séductions par lesquelles il a corrompu l'innocence, naguère orgueil du toit paternel, lui donnent des souvenirs de triomphe! oui, la vertu a ses déboires, ses angoisses, ses misères et ses douloureux déchirements ! les privations la contristent ; le spectacle d’une félicité temporelle, à laquelle elle ne peut et ne veut atteindre, la fatigue, Vous aurez beau dire : il n’est pas gai de passer la nuit à prévoir d’où viendra la nourriture du lendemain. Voyez cette mère qui presse contre un sein desséché des enfants dont le sang est déjà appauvri : où est son indemnité? Honte à ce système de compensations qui placerait à côté du crime une peine légère, à laquelle il échappe; à côté de la vertu, une tranquillité stoïque, qui n’existe pas, et qui, füt-elle réelle, n’enlèverait rien à sa détresse! La résignation dans nos souffrances personnelles peut s’admettre; quand elle concerne des êtres qui ont droit à notre intérêt le plus tendre , elle n’est plus qu’une froide cruauté.
Voilà donc que se dresse devant nous un nouveau problème d’une solution assez difficile; car nous ne saurions nous dissimuler qu’envisagé dans ses apparences, telle qu’elle se montre à nos yeux dans ses rapports moraux, la société confond notre raison. Au premier aspect, on n’y aperçoit qu’une série d’injustices et un tissu d’absurdités. Un tel ordre de choses, s’il était permis de lui donner ce nom, serait la plus monstrueuse des combinaisons. Il y a donc nécessairement une vie future!
Admettons pour un moment la plus funeste, la plus épouvantable des suppositions que l'esprit de l’homme livré au paroxysme d’un délire fiévreux puisse se permettre contre lui-même. Ne voyons dans les promesses comme dans les menaces qui depuis des siècles partent de toutes les chaires évangéliques, pour rassurer un auditoire chrétien sur son avenir, ou lui inspirer des craintes sérieuses, ne voyons, dis-je, dans tout cela que prestige, déception , sacrifice fait à la peur, amour du merveilleux; foulons aux pieds les espérances données à la vertu, et les terreurs salutaires imposées au crime; proclamons à son de trompe le néant après la mort, et notre argument en faveur de la vie future surgira du sein de ce chaos, étincelant d’une lumière nouvelle et terrible de vérité ! L'univers, nous en convenons tous , n’est pas un accident : nous y avons reconnu l’œuvre d’une volonté intelligente. N’est-il pas vrai que le sublime architecte qui Va conçue dans sa force, n'ayant pas jugé à propos de prolonger notre vie par delà ce bas monde, l’homme qui aura eu seul la pensée de cette perpétuité d’existence et qui l’aura crue nécessaire, dans un sentiment de justice distributive, aura eu aussi des vues plus profondes que rordonnateur des sphères lumineuses appelées, par une yoix divine, à rouler dans l’espace? Ne jugez-vous pas ici la créature, faible roseau battu par les vents, souffle près
de s’éteindre dans une nuit éternelle, ne la jugez-vous pas plus avisée, plus grande, plus solennelle et plus majestueuse dans sa courte apparition sur la terre, que le Créateur, de la main duquel elle est imprévoyamment sor tie? Elle était pourtant digne de l'avenir qu’on lui dénie avec une sorte de cruauté! Elle l’a cherché; si elle n’a cru l’entrevoir, elle la au moins imaginé comme unique condition de son existence sociale ; elle y a eu foi, elle l’a mérité. O douleur! la pensée du Très-Haut s’abaisse à un état honteux d'infériorité en regard de la pensée humaine, Voilà donc la sagesse éternelle humiliée devant son propre ouvrage, et la toute-puissance créatrice de l'univers primée par un obscur vermisseau, qui s’est ajusté un instant des ailes pour s’élancer vers une région meilleure! Et production éphémère, il retomberait tristement sur le sol; il y rentrerait tout entier. Non, cela n’est pas possbile; cela n’est pas!
L'homme se survivra donc à lui-même, selon les belles paroles du Fils de David ; il est inexterminable. Vous nous demanderez comment il sera perpétué dans son identité spirituelle et corporelle? Ici se présentent, non des impossibilités (car il n’y en aura jamais pour l'Éternel , lorsque sa justice ou sa bonté y seront intéressées), mais deux difficultés . l’une tient à l’essence de l’âme, telle qu’il nous est permis de la concevoir , et c’est à notre avis la plus grande; nous l’aborderons la première; l’autre n’a qu’une origine voltairienne, elle sera plus facilement résolue.
Il n’y a d’esprit pur que Dieu lui-même. Pascal, dans sa forte raison, a été conduit à dire qu’il pouvait se représenter un homme privé de tous ses membres, qu’on lui enlèverait successivement ; mais qu'il ne saurait se l’imager sans tête. En effet, si le sentiment a diverses manières de saisir notre âme, il est préalablement averti par la pensée, qui elle-même se forme soit sur des réminiscences intimes, soit sur le témoignage extérieur des sens. De cette série d'images réveillées, de sensations, de réactions, d’actes exécutés librement et en conpaissance de cause, résulte un ensemble de faits constitutifs de l’identité de l'être, sous une condition essentielle : c’est que la mémoire en conserve le dépôt. Ce registre a-t-il péri, l'homme s’efface, l’âme dès lors a perdu sa conscience : elle nese rend plus compte de sa vie ; la chaîne de ses jours est brisée; et dans le cas. où Dieu exercerait ses jugements sur un pareil être, soustrait par continuation à ses souvenirs, il punirait ou il récompenserait sans couse et sans motif.
Ce que nous établissons à cet égard est d’une évidence palpable. Maintenanit il reste à savoir si une âme privée de toute texture organique, de toute communication avec la monde posilif, peut exister, et surtout si elles peut se représenter sa vie passée, sans avoir le droit d’en parcourir les feuillets. Une substance purement intellectuelle, en bonne logique , est inadmissible. Parcelle échappée du sein de l’esprit infini, cette sorte d’intuition en ferait un Dieu. Les anges eux-mêmes n’ont point été doués de ce privilége, ainsi que nous l’avons prouvé dans nos Inductions morales et physiologiques par la chute des intelligences déchues, telle qu’elle est rapportée dans les livres saints. Ces substances éthérées, pas plus que celle de l’homme dépouillé de tout organisme, ne sont susceptibles d’entendre, de comprendre, que suivant leur portée, comme Pa si bien dit Bossuet. Or, la portée d’un pur esprit ne saurait être partielle ; elle est nulle ou totale, et celle-ci est exclusivement celle de la Divinité. Il nous est donc loisible de nous figurer le monde des esprits à l'instar d’une immense échelle, sur les degrés de laquelle ils s’élèveraient successivement à mesure que leur tissu organique deviendrait plus fin et plus délié, sans que jamais, en leur qualité d’étres mixtes (et nous n’en admettons pas d’autres), il leur soit donné de se confondre dans l'essence divine.
Le célèbre évêque de Meaux était tellement gêné par la difficulté de donner à l’âme une existence identique à ellemême sans lui adjoindre un système sensitif, qu’il termine
son admirable Zntroduction à la Philosophie par des concessions textuellement faites à notre doctrine : « Autant que Dieu restera à l'âme, dit-il en concluant, autant vivra notre intelligence ; et quoi qu’il arrive de nos sens et de notre corps, la vie de notre raison est en sûreté. Que s’il faut un corps à notre âme, qui est née pour lui étre unie, la loi de la Providence veut que le plus digne l'emporte, et Dieu rendra à l’âme son corps immortel, plutôt que de laisser l'âme, faute de corps, dans un état imparfait. » Il fallait que le génie qui a mérité le titre de père de l’Église fût obsédé par la nécessité de donner à l’immortalité de l’homme des moyens organiques, mais épurés, de communication avec l'univers, pour qu’un peu plus loin, dans le même traité, il ait ajouté : « L'âme s’unit à Dieu, qui est le vrai principe de l’intelligence , et ne craint point de le perdre en perdant le corps, d'autant plus que la sagesse éternelle, qui fait servir le moindre au plus digne, si l’âme a besoin d’un corps pour vivre dans sa naturelle perfection, lui rendra plutôt le sien que de laisser défaillir son intelligence par ce manquement. » Quand une aussi forte tête, et aussi imbue du principe spirituel annexé à la nature humaine, se permet de pareilles concessions , on peut les tenir pour des vérités devenues le cri de la conscience. Il faut que Bossuet se soit avoué à lui-même l'impossibilité d'enlever l'âme à tout système organique, pour avoir marqué du sceau de sa puissante raison une théorie contraire à toutes les idées admises de son temps, et au milieu de la vogue ,du cartésianisme, auquel, jusqu’à un certain point, il s’était laissé entrainer.
La seconde difficulté nous embarrassera peu. Voltaire à dit dans son Dictionnaire prétendu philosophique, et quelques esprits légers ont répété après lui, que la réintégration des corps est impossible , les mêmes particules élémentaires étant entrées dans la formation des individus humains qui, de génération en génération, ont paru sur la surface du globe. Notre réponse se réduira à peu de mots. Qui a prétendu que cette réintégration ait lieu positivement sur notre planète? Qui sait seulement si elle est différée? Est-ce*dans notre jeunnesse ou dans notre vieillesse qu’elle nous saisira? Dieu n’a-t-il pas le pouvoir d’appeler, à son grand jour de justice , des molécules homogènes et identiques à notre existence passée, et de nous les incorporer dans une mesure exacte? Ne pourrait-il pas les demander aux quatre points cardinaux ? Le néant aurait-il déjà révélé toutes ses richesses? Après avoir obéi une première fois, peut-être six fois, à la voix du Créateur, lui deviendra-t-il rebelle? Où la force d’un Dieu donne la main à sa justice, ne craignons plus ! notre avenir est en sûreté, KÉRATRY.
IMMORTELLE. Dans le langage vulgaire, on confond sous le nom d’immortelles diverses espèces distinctes de la famille des synanthérées, qui toutes appartiennent à deux genres très-rapprochés l’un de lautre, les genres xeranthemum et helichrysum. L'immortelle jaune, que l’on cultive dans nos jardins d'Europe, et dont les tiges fleuries tressées en couronnes, enlacent les croix de nos cimetières, est une plante originaire d'Afrique : c’est l’Aelichryse orientale. Tous nos lecteurs connaissent ses tiges grêles et ligneuses, qui se subdivisenten branches simples, tortueuses, blanchâtres, à feuilles alternes, sessiles, et blanchâtres aussi sur leurs deux faces; et ses calathides disposées en corymbes terminaux ; et les écailles de leurs involucres, arrondies, scarieuses, persistantes, d’un jaune d'or, qui, étant naturellement sèches et colorées, se conservent sans ältération pendant un grand nombre d'années,
Adanson, qui a divisé en dix sections l'ordre des synanthérées, à assigné à la quatrième d’entre elles le nom d'immortelle; mais cette section, qu'il distingue de celle des chardons par le péricline non épineux, est complétement artificielie, puisque les quinze genres qu'elle renferme appartiennent à neuf tribus naturelles distinctes (IH, Cassin },
BELFIELD-LEFÈVRE, IMMUABLE. Voyez Iuuuramurré.