IMPOPULARITÉ — IMPOSER
pour ne pas s'être identifiés avec chacune de leurs phases, pour être demeurés ce qu’ils étaient, quand les circonstances au milieu desquelles ils vivaient ne restaient plus les mêmes.
Ce que nous venons de dire pourrait donner à croire que l’impopularité ne survient qu'aux hommes qui ont été populaires. Ce serait cependant là une grande erreur. 11 est une impopularité que nous pourrions appeler native : c’est celle qui, dans ses murmures improbateurs, s'attache avec acharnement à certains noms malheureux, à certains hommes que l’ignominie de leur conduite et la publicité de leurs vices livrent à la censure et à l’animadversion générale. Si l’on doit parfois gémir sur les suites terribles de limpopularité, ce n’est certes pas à ces hommes-là que la sensibilité réservera ses larmes.
Napoléon GALLOIS.
IMPORTANTS. Faction politique qui se forma à lamort de Louis XIII, et se composait de toutes les personnes qui, après avoir étéproscrites parR ic h elieu, croyaientavoir droit sous le nouveau gouvernement à toutes les faveurs. Le cardinal de Retz, qui refusa d’y entrer, raconte avec infiniment d'esprit l’origine de cette faction et sa déconfiture. « Le roi, dit-il, qui n’aimait ni n’estimait la reine sa femme, lui donna en mourantun conseil nécessaire pour limiter l’autorité de la régence. Il y nomma M.le cardinal Mazarin, M. le chancelier, M. Bouteiller et M. de Chavigny. Comme tous ces sujets étaient extrêmement odieux au public, parce qu'ils étaient tous créatures de M. ie cardinal de Richelieu, ils furent sifflés par tous leslaquais dans la cour de Saint- Germain, aussitôt que le roi eut expiré. M. de Beaufort, gouverneur des enfants d'Anne d'Autriche, qui était de tout temps à cette princesse et qui en faisait même le galant , se mit alors en tête de gouverner, dont il était moins capable que son valet de chambre, M. l’évêque de Beauvais (Augustin Potier), plus idiot que tous les idiots , prit la figure de premier ministre, et il demanda dès le premier jour aux Hollandais qu'ils se convertissent à la religion catholique, s'ils voulaient demeurer dans l'alliance de la France. La reine eut honte de cette momerie du ministre. Elle se mit entre les mains du-cardinal Mazarin. M. de Beaufort, qui avait le sens beaucoup au-dessous du médiocre, forma alors contre la régente, contre le ministre et contre les princes du sang une cabale de gens tels que Beaupuy, Fontrailles , Fiesque, auxquels il faut ajouter les Guise, les Vendôme, le duc d’Épernon, la duchesse de Chevreuse, la duchesse de Montbazon, le duc de Béthune et Monftrésor. Tous ces politiques avaient la mine de penser creux. Les princes unis contre eux tournèrent en ridicule la morgue qui avait donné aux amis de M. de Beaufort le nom d'importants, et ils se servirent en même temps trèshabilement des maladresses de M. de Beaufort pour s’en débarrasser. Les importants furent chassés et dispersés, et Von publia partout le royaume qu’ils avaient fait une entreprise sur la vie de M. le cardinal. »
La plupart des importants prirent part quelques années après aux troubles de la Fronde. Charles Nisarn.
IMPORTATION. L'économie politique donne ce nom à tous les produits qu'un peuple tire d’un territoire étranger par la voie du commerce. Réciproquement, on appelle exportation les produits qu’une nation laisse sortir de son territoire par suile des ventes conclues avec d’autres nations ; en d’autres termes, l'importation et exportation sont les deux aspects de l'échange, lorsqu'on étudie ce phénomène de peuple à peuple. Cette seule définition suffit à montrer qu'il ne peut guère exister que dans la barbarie et l'enfance de toute civilisation un peuple qui ne soif pas tout à la fois importateur et exportateur. La nation chinoise elle-même, de toutes les nations du monde la plus concentrée, la plus étroitement emprisonnée dans le cercle de ses vieux préjugés, la moins facile et la moins avancée dans les relations commerciales, figure chaque année dans le tableau des importations et des exportations d’Eu-
rope pour des valeurs considérables. Telle est en effet la constitution du globe et de l'humanité, que nul coin de terre n’est assez heureusement privilégié pour produire à lui seul linfinie variété de denrées nécessaires à la satisfaction de ceux quilhabitent, comme nul peuple n’est assez pauvrement organisé pour pouvoir tenir éternellement enfermés ses passions et ses désirs dans le cercle étroit que lui présente à parcourir sa production indigène. C’est dons uné loi du monde moral aussi bien que du monde intellectuel et du monde physique, qu'entre les diverses terres et les diverses nations se forment, se maintiennent et s’accroissent les relations commerciales qui amènent le double phénomène de l’importation et de l'exportation.
IMPORTUN, IMPORTUNITÉ. 11 n'existe point de plus grand fléau que l’importun : malheur à ceux qu'il a choisis pour victimes, soit par désœuvrement, soit par nécessité! 11 s’acharne sur eux, comme sur autant de proies qui ne doivent plus lui échapper, et avec une persévérance sans exemple. On peut dire de l’importun ce que le bonhomme disait du naturel : ;
Qu'on lui ferme la porte au nez, 11 reviendra par la fenétre.
L'importun est un homme à la fois ennuyé et ennuyeux : il ne sait dépenser son temps qu’au détriment de ses amis ou de ses connaissances, qu'il accable de sa présence. « C’est le rôle d’un sotque d’être importun, dit La Bruyère: un homme d'esprit sent qu’il ennuie. » Notre grand moreliste avait peut-être tort d'avancer que l’importun ne sent pas cela. Quoi de plus importun qu’un solliciteur ? Et cependant, qu'est-ce qu’un solliciteur, sinon un homme qui a l’esprit d’être importun jusqu’à ce qu'il ait obtenu ce qu’il demande. Le provincial fraîchement débarqué, qui accapare à la fois le logis, et les heures, et les pas de l'habitant de Paris assez malheureux pour être son parent ou son ami ; Pauteur qui veut décider un libraire à publier son œuvre, Pécrivain dramatique qui vient de terminer une tragédie ou un drame, et qui réclame le patronage d’un acteur tout puissant; le poëte qui vous oblige à écouter d’un bout à Vautre la lecture de ses chefs-d’œuvre, sont autant de types : divers de cette innombrabie famille.
Le mot importun s'emploie aussi adjectivement dans le sens d’incommode, fâcheux, qui entraîne de l'ennui, qui déplaît.
L'importunité n’est autre chose que l’action d’incommoder, de fatiguer, d'ennuyer, de déplaire , soit par des assiduités, soit par discours , soit par des demandes, soit par une présence trop assidue, etc. Elle est quelquefois si tenace, que l'éloignement même ne saurait en garanlir : elle fatigue alors par écrit, et sufirait à elle seule pour faire maudire l'invention de la poste aux lettres.
IMPOSER, EN IMPOSER. Dans sa première signification, ce mot, dérivé dulatinimponere, signifieposer sur. C’est dans ce sens que théologiquement on dit imposer les mains. Pmposer se dit ensuite pour charger d’une chose embarrassante, difficile, pénible; et par extension, il signifie or donner, prescrire, infliger. Enfin, il s'emploie même dans le sens de faire, en quelque sorte, violence à une personne pour qu’elle en accueille une autre, ou pour qu’ele reçoive une chose malgré elle .
Dans le langage financier,imposer est synonyme de lever un impôt : imposer un tribut, des droits, etc. ; poser un pays, une personne ; il faut une loi expresse pour autoriser une commune, un département, etc., à s'imposer extraordinairement,.
Une autre acception non moins usitée du verbe imposer est celle dans laquelle on le prend pour inspirer du respect de la crainte : Notre contenance imposa à l'ennemi. En imposer, au contraire, signifie abuser, tromper, faire accroire; et c’est à lort qu’on l'a souvent pris dans la signification précédente + Vous en imposez, En iraposer pardes airs de douceur.
IMPOSITION, action d'imposer soit un nom, soit une peine, soit une mission, soit un tribut, etc.
En économie politique imposition est synonyme de contribution, d'impôt.
Pour l'imposition, en typographie, voyez ComrosiTIon.
IMPOSITION DES MAINS , action de poser, d’étendre les mains sur la tête de quelqu'un. Cette pratique religieuse était déjà en usage chez les Hébreux ; ceux-ci, lorsqu'ils priaient pour quelqu'un, mettaient leurs mains sur sa tête, en adressant des vœux à Dieu pour qu’il leur fût favorable. Jésus-Christ, se conformant à cette antique coutume, imposait les mains aux enfants qu'il voulait bénir, ou aux malades dont il opérait la guérison par ses prières. Les apôtres imposaient les mains aux hommes à qui il conféraient le Saint-Esprit, et à ceux qu’ils ordonæaient ministres du christianisme, et qu’ils recevaient dans la foi. Les ecclésiastiques n’imposent les mains aujourd’hui que lorsqu'ils confèrent les ordres.
IMPOSTE. On désigne, en architecture, par ce mot un cordon en saillie, ou espèce de corniche ordinairement peu ornée, et qui bien souvent consiste en une bande carrée qui reçoit la retombée des archivoltes des arcades percées dans les murs d’un édifice. L’imposte quelquefois n’est que le couronnement d’un pilier ; on a même donné ce nom au bandeau sans ornement qui entoure les bords d’une fenêtre. IL y a des impostes brisées, c’est-à-dire qui sont coupées par les ouvertures d’arcades de fenêtres; d’autres sont continues. Alors les arcs dont elles reçoivent les retombées ne présentent que des ouvertures demi-circulaires.
TEYSSÈDRE
IMPOSTEUR, IMPOSTURE. L’imposture est un mensonge d'importance et d’un certain renom. Le menteur agit sur les individus , limposteur travaille plus en grand; il s'adresse aux masses, aux partis, aux peuples, qu’il cherche à séduire par de faux miracles, ou par des doctrines erronées. Si le monde avait pris au mot tous ceux qui se sont réciproquement traités d’imposteurs, il est peu de philosophes et de théologiens qui eussent échappé à cette qualification injurieuse. Les imposteurs abondent où la crédulité domine, a dit Dulaure. Maïs quel est le siècle où la crédulité ne domine point? L'histoire des imposteurs serait l’histoire da monde. La crédulité ne fait que changer d'objet. Les hommes, selon Vauvenargues, semblent être nés pour faire des dupes ou pour l'être eux-mêmes. Saint- Évremond avait dit ayant lui qu’un imposteur réussissait mieux dans le monde qu'un honnête homme rustique et sauvage. C’est décourageant pour la vertu, mais c’est vrai. Deux grands hommes de l'antiquité, entre des centaines d’autres, l'ont si bien senti, qu’ils se sont appuyés sur l’imposture pour faire comprendre aux hommes de leur temps la justice et la vérité. Socrate ne-croyait pas au génie familier dont il prétendait recevoir ses inspirations ; Numa savait très-bien qu’il mentait en parlant de son Égérie; mais ils faisaient servir le mensonge au triomphe de la raison. Que de poisons la pharmacie n’emploie-t-elle pas contre les maladies du corps humain? Mais c’est à forte dose que les imposteurs administrent les leurs à l'animal prétendu raisonnable qui se dit supérieur à tous les autres, et tous ces charlatans ne sont point des Numa ni des Socrate.
La nomenclature des imposteurs à mauvaises intentions serait infinie, Le livre De tribus Imposloribus, que le pape Grégoire 1X attribuait à l'empereur Frédéric IF, ou à son chancelier Pierre Desvignes, et que Voltaire prétend n’avoir jamais existé, remontait à Moïse pour trouver le premier en date de ce trio, dont l’Europe presque entière s’accorde à retrancher le second, et dont le troisième est défendu par les populations de l'Afrique et de l’Asie. Les philosophes, qui veulent trouver la raison de tout, regardent le buisson ardent et les merveilles du mont Sinaï comme des tours de gobelet, et traitent Moïse de charlatan, Il est évident qu'ils ont tort; mais leur tort serait plus grand