‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 203 sur 522 · IMPOSITION — IMPOSTEUR · texte numérisé non relu

IMPOSITION — IMPOSTEUR

s'ils accusaient le législateur des Hébreux d’avoir inventé

| le charlatanisme sacré et profane. Les prêtres de Brahma et

| ceux d’Osiris seraient d’une date plus ancienne : ce sont, à

coup sûr, les imposteurs les plus anciens du globe; nous placerons après eux tous ces roitelets de la Grèce qui se disaient issus des dieux de let. pays. Quant à ces dieux, ce ne sont pas eux qui se sont donnés pour tels : ils sont de l’invention du charlatan Orphée, ou de tel autre ancien dont le nom a péri. Cet Orphée, le plus grand théologien de son temps, avait décidé gravement, et après mûr examen, que l'œuf était antérieur à la poule. Des imposteurs ont fait verser des flots de sang depuis Constantin jusqu’à Louis XIV, pour des questions moins importantes que celle-là. Alexandre le Grand a dù une partie de ses conquêtes à l’imposture : il se faisait passer pour le fils de Jupiter-Ammon ; c'était cependant le siècle d’Aristote; et Platon, Socrate, Pythagore, ainsi que tous les grands poëtes d’Athènes, avaient jeté leur lumière dans le monde, qui n’y voyait pas plus clair, Il yavait sept cents ans que lesau gures romains imposaient à la crédulité du peuple, quand Cicéron s’avisa de se moquer d’eux. Mais les clartés que répandirent les grands écrivains du siècle d’Auguste n’empêchèrent pas de croire à la divinité de tous les empereurs morts, y compris Claude et Néron. |

La bonne foi, la vérité, étaient alors dans les propagateurs ou confesseurs de la foi nouvelle: Mais, après la victoire, les charlatans chrétiens remplacèrent les martyrs. Alors ceux qui s’élaient moqués de la nourrice de Romulus firent nourrir leurs saints par des aigles, par des lions, par des colombes. On liquéfia du sang figé depuis des siècles, on conserva du lait frais pendant dix-huit cents ans. Des têtes, des clous, des suaires, des bras, des mains, ayant appartenu à de saints personnages, se trouvèrent à la fois dans plusieurs lieux différents, et produisirent les mêmes effets sur les populations; elles ne se doutaient point qu’à cent lieues plus loin le même objet de vénération opérait des miracles pareils; et ce qu’il y a de plaisant, ou de honteux, pour l'espèce humaine, c’est que les imposteurs qui attaquaient ces miracles en faisaient d’une autreespèce, pour assurer letriompbe de leurs doctrines. C’est toujours ainsi qu’on remue les masses, depuis le Persan Zoroastre, qui fit croître un cyprès énorme dans vingt-quatre heures, jusqu'aux inventeurs dela croix de Migné sous la Restauration. On parle beaucoup de la diffusion des lumières ; mais il ne faut qu’aller à quelques kilomètres de Paris, si ce n’est dans quelques-uns de ses faubourgs, pour reconnaître le peu de progrès qu'ont faits ces philosophes si follement accusés d’avoir perverti les populations. 11 n'y a peut-être pas de village où un paysan, un peu plus fin que les autres, ne guérisse la fièvre et les fractures avec des paroles magiques, ou ne fasse retrouver des objets perdus avec des grimaces. Étonnons-nous après cela que les Arabes aient leurs marabouts; les Turcs, leurs derviches; les Chinois, leurs bonzes; les Siamois, leurs talapoins ; les Japonais, leurs jammabos ; les Indiens, leurs fakirs ; les Illinois, leurs manitous; les Lapons et cent autres peuples, leurs magiciens; les Tatars-Mongols, leur khutuktu ; et Pautres Tatars, leur grand ama, qui, par parenthèse , fait bien le plus ennuyeux métier qu’on ait jamais fait dans ce monde. Tous ces imposteurs n'ont qu’un but , c’est de vivre dans l'abondance aux dépens des imbéciles; et si Voltaire obtenait la permission de revenir sur la terre dans quelques milliers d'années , il y trouverait les mêmes superstitions et les mêmes charlatans dont il a cru la débarrasser.

En voilà plus qu’il n'en faut sur les imposteurs sacrés ; mais il en est de toutes les sortes, Un certain Rocoles, que nous n'avons pas l'honneur de connaitre, a fait une biographie de tous les imposteurs qui ont tenté d'usurper un diadème à l'aide d'un nom supposé, suivant l'exemple donné par Jacob, qui se couvrit de peaux de bètes pour usurper la bénédiction d’Isaac, son père, à la place d'Esaü, son aîné.

| Le faux Smerdis, qui prit le nom du frère de Cambyse,

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