IMPOSTEUR — IMPOT
est le premier dont l'histoire ait fait mention, et il a été le plus heureux de tous, puisqu'il a régné sept mois avant d’être reconnu et mis à mort. C’est par là que finissent ordinairement les imposteurs de cette classe, comme ce François de La Ramée, qui se disait fils de Charles IX, et que Henri IV fit pendre en place de Grève: L’Angleterre a eu les siens sous le règne de son Henri VII, dans Lambert Symnel et dans Perkin- Warbeck, qui prirent successivement la place du jeune Richard d’York. Le règne de l’usurpateur Boris- Godounof, en Russie, fut troublé par cinq imposteurs , qui se donnèrent successivement pour le prince Démétrius, assassiné par son frère le tsar Fédor. Il en parut un sixième sous le règne de Michel-Fédérowitz, pour être écartelé; mais Voltaire a tort de dire que ces aventures, presque fabuleuses, n'arrivent pas chez les peuples policés, qui ont une forme de gouvernement régulière. Ces imposteurs n’y ont sans doute aucune chance de succès; mais il ne s’en présente pas moins. N’avons-nous pas eu, nous, le peuple policé par excellence, une douzaine au moins de Louis XVII (voyez Daupexs | Faux ]) qui venaient, de temps en temps essayer de la crédulité française ? Nous avons été, heureusement pour eux, plus humains que nos devanciers. Le plus entêté de ces imposteurs en a été quitte pour quelques mois de prison. |
Au surplus, nous aurions trop à faire si nous voulions nous occuper de tous les charlatans politiques dont le pays fourmille. Ils n’ont pas {ous une couronne en perspective; ils laissent volontiers cette marque de la domination sugrème, pourvu qu'ils étendent la leur sur le peuple ; et cette race de charlatans, qui a pris naissance sur le mont Aventin, s’est prodigieusement multipliée dans ces dernières époques. Toute leur science consiste à bien reconnaitre les grands mots qui agissent sur les populations de leur temps, et à les encadrer dans des phrases sonores. Chez les Romains, c'était le partage des terres, la loi agraire et l’avarice des patriciens. Aujourd’hui, c’est la liberté, la réforme, le progrès, et autres mots qu’on se garde bien de définir, de peur d’être compris. Mais le peuple sera toujours dupe de ces déclamations. Il y a plus de deux mille cinq cents ans que l’histoire lui crie que les révolutions, quoique faites par lui et avec lui, ne tournent jamais à son profit ; les imposteurs trouvent toujours le moyen de lui faire croire que les révolutions à venir seront plus justes.
Quant aux imposteurs littéraires, ils datent au moins d’aussi loin que les charlatans politiques. Il y a des critiques qui prétendent que les deux poëmes d' Homère sont une imposture de Pisistrate. Celles-là du moins ne sont pas communes. Nous attendons encore la seconde, malgré les soleils poétiques qui nous inondent de torrents de lumière. Annius de Viterbe est le type le plus universellement connu de cette espèce d’imposteurs. Mais il diffère des nôtres en ce qu'il mettait ses propres rêveries sur le compte d'auteurs apocryphes, tandis que nos charlatans actuels mettent sous leur propre nom les pensées d'autrui. Nous avons aussi en littérature d’autres imposteurs que les plaglaires. Ce sont ceux qui portent aux nues de mauvais livres, et qui en déchirent d'excellents, avec l'intention bien avérée de faire la réputation d’un ami et d'enrichir un libraire aux dépens de la crédulité publique. Le règne des imposteurs n’est donc pas près de finir; mais le plus grand de tous ceux qui ont passé sous nos yeux est sans contredit le général qui en 1797 comparait la république à un s0leil, et qui la renversait trois ans après à son profit. Quant aux bonnes gens qui le confondent avec la liberté dans leurs acclamations patriotiques, ce ne sont pas des imposteurs, mais les imposteurs en feront tout ce qu’il leur plaira. VIENNET , de l’Académie Française,
IMPOT. L'impôt est une valeur délivrée au gouvernement par les particuliers pour subvenir aux dépenses publiques. I! se mesure sur le sacrifice exigé du contribuable, et non Sur la somme que reçoit le gouvernement, tellement que les frais de recouvrement, le temps perdu par le con-
tribuable, les services personnels qu'on exige de lui, etc. font partie des impôts.
La valeur, sous quelque forme qu’elle soit, qui est sacrifiée par le contribuable pour l’acquittement de impôt, n’est point réservée dans la société. Elie est consommée pour satisfaire les besoins du public, et par conséquent détruite. L'achat que fait le gouvernement des denrées ou des services qu’il juge à propos de consommer n’est point une restitution, mais un échange, dans lequel les vendeurs donnent en produits une valeur égale à celle qu’on leur paye en argent.
La société n’est donc indemnisée du sacrifice que lui coûte l'impôt que par la sûreté, par les jouissances quelconques qu’il procure à la société. Si ces jouissances peuvent être obtenues à meilleur compte, elle fait un marché onéreux.
Le sacrifice résultant de l’impôt ne tombe pas constamment et complétement sur celui par qui la contribution est payée. Lorsqu'il est producteur, et qu'il peut, en vertu de l'impôt, élever le prix de ses produits, cette augmentation de prix est une portion de l’impôt qui tombe sur le consommateur des produits qui ont renchéri. L'augmentation de prix ou de valeur que les produits subissent en vertu de l'impôt n’augmente en rien le revenu des producteurs de ces produits, et ils équivalent à une diminution dans le revenu de leurs consommateurs. J.-B. Say.
L’impôt est d’une nécessité absolue dans toutes les sociétés orgauisées. Il naît avec la civilisation et se développe avec elle, si bien qu'aux progrès successifs de l’industrie et de la richesse correspond infailliblement l'élévation graduelle des charges imposées aux contribuables. Le devoir et l'intérêt bien entendu des États est d'empêcher que ce fardeau ne devienne trop lourd et qu’il n’écrase les citoyens, au lieu d’assurer leur repos et leur bien-être. Il faut donc que la valeur du sacrifice demandé à la nation ne dépasse pas les besoins réels du gouvernement; il faut, en outre, que la quote part d'impôt payé par chacun soit proportionnelle à la part qui lui revient dans le revenu général. Ceci est comforme aux plus vulgaires notions de l’équité. Enfin, les frais de perception de l'impôt doivent être le moins onéreux que possible.
Ces principes posés, quel sera le meilleur système d'impôt ? Question capitale et qui de nos jours surtout a pris un intérêt immense.
Nous allons successivement examiner les différentes catégories d'impôts, en adoptant l’ingénieuse classification proposée par M. Hippolyte Passy, et rechercher les incon vénients et les avantages qu’ils présentent.
Les impôts directs sont ceux que les contribuables acquittent eux-mêmes et pour leur propre compte; les émpôts indirects, au contraire, sont ceux dont les fabricants ou marchands font l'avance à l’État, avance qui leur est remboursée par les consommateurs.
Au nombre des premiers, il faut compter l'impôt sur les personnes, autrement dit capitationou contribution personnelle, qui frappe également le pauvre et le riche; les impôts sur la terre ou contribution foncière, dont l’assiette est fixée en France d’après les contenances et les qualités du sol : la fixité même do cette sorte d'impôt est la source de fâcheuses inégalités, car elle s'oppose au remaniement des taxes que mille circonstances peuvent rendre nécessaire ; les impôts sur les bâtiments, impôts proportionnels et d’une perception facile, mais qui retombent toujours, en fin de compte, à la charge des locataires, c’est-à-dire des consommateurs ; impôt sur les portes et fenêtres, essentielle ment préjudiciable à l'hygiène et à ia salubrité publique; impôt sur l'exercice des professions, ou patentes, qui en réalité, est encore supporté par le consommateur, et qui d’ailleurs atfeint bien plus le etit que le haut commerce ; l'impôt sur le revenu, incontestablement le plus juste de tous en principe, mais dont la base est difficile à établir vis-à-vis des contribuables, intéressés à dissimuler leu, for-
tune; les impôts sur les transmissions par voie de succession ou de donation, impôts justes en principe, mais que notre législation a rendus très-peu équitables, en ne tenant pas compte des dettes et des charges qui diminuent la valeur réelle des héritages; les impôts sur les transmissions à titre onéreux, soit de propriétés foncières, soit de valeurs mobilières mentionnées dans les actes souscrits entre particuliers et portant, à divers titres, obligation de payement : l'intérêt de l’agriculture et des affaires en général s’oppose à ce que ces droits demutation soient trop considérables; l'impôt du timbre, auquel s'applique la même observation,
Les impôts indirects frappent certains produits agricoles ou industriels de droits qui s’acquittent soit à l’origine, soit pendant la circulation, soit à l'entrée dans les villes, soit à l’arrivée ou à la vente chez les marchands ou débitants ; ils ont pour eflet inévitable d’élever la valeur des produits, et c’est le consommateur qui les supporte seul en définitive. Si les taxes indirectes portent sur des objets de première nécessité, dont chaque individu, riche ou pauvre, consomme à peu près la même quantité, ce sont les plus niques de fous les impôts ; tels sont les impôts sur le sel, les farines, les boissons. Lorsqu’au contraire elles n’atteignent que des objets moins nécessaires aux besoins de l'existence, ce sont de simples charges somptuaires, comme les impôts sur le thé, le café, etc. Un des avantages des impôts indirects, c’est la facilité avec laquelle ils s’acquittent ; le public en effet ne payant qu’en détail, par sommes insignifiantes, au fur et à mesure de/ses achats, ne s’en aperçoit pour ainsi dire point. Mais ils présentent aussi de grands inconvénients ; ils font naître la fraude etlacontrebande, etnécessitent emploi d’une armée de commis pour les prévenir. Les impôts indirects, quand ils frappent des productions nationales, portent le nom decontributions indirectes ; on les nomme douanes lorsqu'ils sont perçus aux frontières, soit sur les produits étrangers importés, soit sur les produits nationaux exportés. Les villes lèvent en outre des octrois sur les objets consommés dans l’intérieur de leur enceinte.
Au nombre des impôts indirects, on range encore ceux qui se perçoivent au moyen de mono po es ou de régies, comme ceux qui existent sur le tabac, la poudre, les cartes à jouer.
Les énormes frais de perception qu’entraîne en pure perte notre système d’impôt a ramené quelques esprits à l'idée d’un impôt unique. Cet impôts unique a été proposé sur la propriété foncière par les uns, sur le revenu par les autres. La propriété foncière pourrait-elle subvenir à eile seule aux dépenses toujours croissantes de l’État? Pareille question ne se diseute pas. Le revenu représentant tous les genres de richesse et de production n’offre pas la même insuffisance. Mais comment amener chacun à dire la vérité ? Ici commencent les difficultés. Peut-être, pourtant, le problème n’est-il pas insoluble. Déjà l'État a souvent à lutter contre de fausses déclarations dans certains impôts actuels, et cependant il les maintient. Enfin, quelques économistes ont préconisé l'impôt progressif, c’est-à-dire croissant suivant une certaine progression avec la valeur de la matière imposable. Cet impôt existe pour quelques contributions , mais on n’a pas cru juste de l’étendre à toutes, de peur de nuire aux productions deluxe, et c’est la même raison qui a fait écarter de nos sociétés modernes les impôts somptuaires.
IMPRÉCATION (du latin émprecari, composé de in, contre, et precari, prier). Ce mot désigne certains actes, certaines formules, par lesquels on appelle la colère divine sur les autres, ct quelquefois même sur soi-même, L’imprécation, qui n’est le plus souvent que le cri de l'indignation, l'explosion d’une colère ou d’une fureur irritées par le sentiment de leur impuissance, avait revêtu chez les anciens, chez les Grecs et les Romains surtout, un caractère religieux, dont elle est entièrement dépouillée dans la société moderne : aussi distinguaient-ils les imprécations publiques, les imprécations des particuliers, et les impréca-
oo mom ————__————
| sortes de prières était d’at