‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 206 sur 522 · IMPRESSION — IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

IMPRESSION — IMPRIMERIE

ci suppose la production d’un creux ou d'un relief, Le sens de ces deux mots diffère également au figuré : l’impression qui résulte d’une cause morale doit être profonde pour mériter le nom d'empreinte. On sait combien il a été imprimé d’impressions de voyages dans ces derniers temps.

Bornons-nous à parler ici de l'impression dans les arts industriels. Au premier rang vient se placer l'impression typographique. Cette opération s’éxécute à l’aide d’une presse que fait mouvoir un ouvrier ou une machine. Quel que soit le mode employé, on obtient l’impression en appliquant avec force une feuille de papier sur la forme encrée convenablement : cette pression fait entrer l'œil du caractère dans la feuille de papier, trop peu pour la déchirer, assez pour y déposer l'encre dont il est couvert. Lorsqu'on se sert de la presse à bras, quand toutes iles feuilles sont imprimées d’un côté, on change la forme, si cela est nécessaire, et on recommence pour le second côté; veut-on imprimer en plusieurs couleurs, on doit avoir autant de compositions que de couleurs différentes. Avec la presse mécanique, les deux côtés de la feuille s’impriment toujours successivement, mais dans une même opération, et on peut en tirer de 6 à 12,000 par jour.

L'impression de la gravure sur bois s’effectue de la même manière, parce qu'ici le type qu’il s’agit de reproduire est encore en relief. Mais il n’en est pas ainsi pour la gravure en creux, Sur Cuivre, sur acier ou sur plaque de plomb. Là il ne faut laisser de l’encre que dans les creux, et faire passer la feuille de papier ou d’étoffe étendue sur la planche entre deux rouleaux recouverts de langes qui font entrer le papier dans les creux de la gravure. Pour lalithographie, il n’y a ni creux ni relief, ou du moinsils ne sont pour rien dans limpression. L’encre distribuée par l’ouvrier ne prend que sur les parties dessinées sur la pierre lithographique avec un crayon gras. Une sorte de râteau fortement fixé sur la presse, et sous lequel passent pierre et papier, fait décharger l’encre sur le papier, et produit l’impression.

L’impression à bien d’autres procédés encore. Ainsi, sans parler des copies obtenues par des planches à jour, et dont nos affiches peintes offrent un exemple, il nous faut encore mentionner impression sur éloffes, qui sera décrite à l’article Ixpienes, et l'impression des papiers peints.

IMPRESSION (Fautes d’). Voyez FAUTES D'IMPRESSION.

IMPREVOYANCE, manque de prévoyance, défaut de ce raisonnement, de cette vue intérieure, par lesquels on annonce/presque à coup sûr l'approche d’un événement. C’est une espèce d’étourderie vis-à-vis de l'avenir, qui entraîne maintes fois les plus graves inconvénients. La classe des imprévoyants est nombreuse ; et les maux que Pimprévoyance passée a fait naître.sont malheureusement pour eux une leçon trop souvent inutile. L’imprévoyance est bien moins rare dans les grandes villes que dans les campagnes : aussi les vices y sont-ils beaucoup plus communs, car lorsque la misère, qui en est presque toujours la suite est arrivée à sa période la plus hideuse, ceux en qui TRE tinct de la conservation étouffe toute idée d'honneur et de morale obéissent à la faim, et deviennent coupables. Les artistes dramatiques, les hommes de lettres , les étudiants ni grisettes de nos grandes villes, pourraient être cités avec raison comme des modèles d’imprévoyance. On con- Lisa le sort An Plupart d’entre eux et surtout

’entreelles, vers la fin de leurs jours, après at: vécu dans l’aisance. 1078 PTÉS qu'ils ont souvent

IMPRIMERIE. Par son influence sur la civilisation et les progrés de l'humanité en général, l'imprimerie occupe un des rangs les plus distingués parmi les découvertes de esprit humain. Elle fait donc à bon droit époque dans l'histoire du monde. Après que l’on se fut assuré de la possibilité de multiplier facilement et avec plus de célérité au moyen d’une impression en couleur, le dessin et l’é-

} criture, et que jusque alors on avait été réduit à imiter, soit

avec la plume, soit avec le crayon, progrès qui ne fut réa-

lisé en Europe que vers le commencement du quinzième siècle; et quand l'invention du papier, comme la meilleure et la moins dispendieuse des substances propres à recevoir l'impression ,. eut pour ainsi dire, avec l'encre grasse et la presse à vis, complété l’attirail de l'imprimerie, il restait toujours encore à trouver le mode de faire leg caractères les plus convenables et les plus durables. La gravure sur bois et celle au burin sur métal, qui existait déjà depuis longtemps, reçurent alors une nouvelle application de l’imprimeur en lettres et de l'orfèvre, et le premier, qui ne produisait guère que des cartes à jouer ét des images de piété, fit dès lors usage de caractères gravés en bois, pour l’impression de petits livres d'école, composés uniquement de texte; ce fut un pas de plus fait vers la découverte de l’art de l'imprimerie proprement dit, en d’autres termes, de la typographie. Quelques-uns de ces im-

- primeurs en lettres paraissent même avoir trouvé vers le

milieu du quinzième siècle le moyen de produire des impressions avec des lettres moulées mobiles; mais leurs essais typographiques furent surpassés et en même temps guidés par l'invention faite à la même époque à Strasbourg ou à Mayence, invention qui les éclipsa entièrement, par l’importance de son application dans une sphère beaucoup plus étendue. Gutenberg, fut le premier qui conçut complétement le projet d'imprimer uniquement avec des caractères mobiles, projet étudié, poursuivi et essayé pendant bien des années, non sans appui de capitaux étrangers. Il réussit enfin à exécuter l’impression de toute la Bible, au moyen de la typographie et à créer à Mayence la première imprimerie proprement dite, qui devint le modèle de tous les autres,

Dans l’imprimerie xylographique, il faut que l'écrit à multiplier soit gravé en bois, sur au moins deux fois autant de planches qu'il aura de feuilles d'impression. Quand ces planches en bois ont reçu l’encre grasse, on en tire des épreuves par la presse de l’imprimeur, ce qui auparavant se faisait avec un rouleau, comme pour les cartes à jouer, et ne portait l'impression que sur un côté du papier. Ce mode d'impression est encore en usage aujourd'hui chez les Chinois, où pourtant l'imprimerie date de plusieurs siècles avant qu’elle s'introduisît en Europe. Leur langage écrit ne se composant point de lettres, mais de mots, ils ont pu et dû se contenter de ce procédé; leur littérature n’en est pas moins redevable à l'imprimerie xylographique d'une richesse de bibliothèques qui dépasse celle de bien des nations européennes. En Europe, au contraire, l'alphabet des langues dut conduire à tailler en bois, en plomb ou en étain, des lettres séparées pour les réunir dans une forme d’impression, d’où on les retire, après la production des épreuves ; pour les faire servir à’une nouvelle composition. Cependant le découpage de ces lettres en nombre suffisant, opération qui présentait à la fois l'inconvénient d’être pénible et de donner des produits inégaux, avait encore le défaut que la nature molle de la matière première rendait ces lettres peu durables. Pour remédier à ces défauts, on cisela en acier des caractères qui, en forme de coins, s’incrustèrent dans. des matrices en cuivre, où on introduisit une composition métallique propre à donner des caractères séparés.

Maïs où et par qui à été inventée l'imprimerie? Gutenberg paraît bien l'inventeur des caractères mobiles. Avant lui sans doute on imprimait par la xylographie. Coster de Harlem n’a probablement pas fait autre chose que d’imprimer des textes et des images sur des planches de bois gravées, à la façon des imagiers. Mais Gutenberg a-t-il réussi à imprimer à Mayence ou à Strasbourg, où il avait été obligé de se réfugier ? Tout fait présumer qu’il avait beaucoup avancé son art à Strasbourg. L'argent lui manqua, et à travers l'obscurité des fémoignages on peut apercevoir que c'était bien la mobilité des caractères qu'il cherchait. Plusieurs pensent qu’il l'avait trouvée, À Mayence il s’acsocrg avec Faust, et en 1455 ou 1456 paraît la Bible dite de Gutenberg, livre de quarante-deux lignes à la page, for-

mant deux volumes in-folio, et sans date. Quand l'habile | artiste-écrivain Pierre Schæffer, gendre de Faust, eut pris | un intérêt dans l’imprimerie de son beau-père, tous deux améliorèrent la fabrication des caractères au point de pouvoir imprimer avec des caractères beaucoup plus petits que ceux qui avaient jusque alors servi à.l’impression des missels. Ils augmentèrent le nombre de lettres des pages et diminuèrent le prix de revient. Le premier livre imprimé de quelque importance et portant l'indication fut le psautier de 1457 ; le Rationale de Durandus, qui est encore en usage comme livre de plain chant, date de 1459. L'un est imprimé en gros caractères de missel, l’autre en petits caractères.

A côté de cette imprinerie', qui après la mort de Faust avait été continuée par Schæffer tout seul, puis qui le fut encore par ses descendants pendant près d’un siècle, Gutenberg en avait établi une autre après sa séparation d'avec Faust; et en 1460 il imprima le Catholicon de Janua, également en petits caractères, sans indication de nom d'imprimeur, mais portant à la fin du livre un éloge en faveur de Mayence, signalé comme le lieu où le nouvel art a été inventé. La prise et le pillage de cette ville, à l’occasion de la guerre privée qui éclata, en 1462, entre les deux archevèques Diether d’Isenbourg et Adolphe de Nassau, firent grand tort à ces deux imprimeries , qui furent réduites à l’inaction et dont les employés et les ouvriers portèrent ailleurs la connaissance d’un secret que Mayence seul avait possédé jusque alors. Cependant les ateliers de Faust et de Schæffer reprirent bientôt une nouvelle vie, tandis que celui de Gutenberg passait, de son vivant même, entre les mains d’un autre propriétaire.

L'art de l'imprimerie s’introduisit bien vite à Cologne et à Strasbourg; après ces deux villes l’on cite Bamberg, Augsbourg, Nuremberg, Spire, Ulm, Esslingen, Lubeck, Leipzig, Memmingen, Reutlingen, Erfurt, Magdebourg, Haguenau et autres lieux en Allemagne, comme ceux où l'imprimerie prit racine et fleurit de bonne heure. Les Allemands Sweynheim et Pannarz introduisirent cet art en Italie, d’abord au couvent de Subiaco, puis à Rome, en 1464; et Jean de Spire l’importa à Venise, en 1469, d’où il fut communiqué à toutes les autres villes d'Italie. En 1470 des imprimeur; allemands furent appelés à Paris, où ils établirent à la Sorbonne la première imprimerie typographique qu’il y ait eu en France. Dans ce pays, les imprimeries de Paris et de Lyon sont celles qui eurent le plus d'importance. Dans les Pays-Bas, les premiers imprimeurs proprement dits parurent peu après 1470; c’étaient surtout des natifs du pays. En Hollande, imprimerie avait gardé un caractère particulier, indigène, jusque vers 1480; et c’est seulement à cette époque que l'influence allemande s’y décèle aussi. Anvers, Leyde et Amsterdam étaient le siége des principales imprimeries de ces contrées. En Suisse, Bâle se distingua à partir de 1474; et c’est versle même temps que la première imprimerie fut éfablie en Angleterre , par Earton, à Westminster; en Espagne, par un Allemand; à Valence. On trouve dans le Repertorium bibliographicum de Hain (4 vol., Stutg., 1826-1838) à peu de chose près le catalogue de tous les livres imprimés dans le quinzième siècle, et l'on y voit les progrès que cet art nouveau avait déjà faits en Europe dans les cinquante premières années de sa création.

Le vice-roi Antonio de Mendoza l’introduisit au Mexique en 1550, en y appelant un imprimeur lombard, Dans le même siècle, vers 1586 , les jésuites imprimèrent à Lima, an Pérou, çà et là en Chine, à Java, sur la côte du Malabar et peut-être même aux Philippines; au dix-septième siècle les Maronites portèrent l'imprimerie au Liban, et en 1640 un ministre non conformiste fit venir le premier imprimeur de Londres à Cambridge, dans l'Amérique du Nord, alors colonie anglaise. Boston et Philadelphie eurent bientôt leurs imprimeries, et ce fut dans la dernière de ces villes que le célèbre Benj. Franklin travailla dans sa jeunesse

IMPRIMERITE

comme simple ouvrier impri.neur. Quand ce pays se fut séparé de la mère-patrie pour former la confédération des États-Unis, l'imprimerie fit des progrès si rapides que ses ateliers dépassent aujourd’. ui en nombre ceux de tous les autres pays, eu égard au chiffre de la population. Au dixhuitième siècle l'imprimerie se fraya un chemin vers les In.les orientales, où elle parut aussi à Ceylan et à Batavia; puis elle prit soa essor à Sidney, en Australie,

Parmi les chrétiens de l'Orient, les Arméniens commencèrent à imprimer en 1587, à Venise et à Constantinople; aujourd’hui ils possèdent aussi des presses à Paris, à Vienne, à Pétersbourg, à Etschmiadzin, le siéze du chef de leur Église. et aux Jndes orientales. Parmi les sectes en dehors de la chrétienté, les juifs avaient déjà fait usage de l'imprimerie au quinzième siècle, d’abord en Iialie, en 1480, à Poncino, dans le duché de Milan, en Portugal, à Constantinople, dans plusieurs pays slaves, en Grèce et dans l'Asie Mineure. Chez les Turcs les sultans se montrèrent d’abord hostiles à l’introduct on de limprime.ie, et ce ne fut qu’en 1726 qu'il y eut un impr'meur du gr:ndseigneur à Constantinople, du nom d’Ibrahim-Elfendi. Avant ce temps les chrétiens melchites et maronites avaient déjà imprimé en langue arabe, à Alep et dans le Levant. En Égypte, où du temps de l'expédition française on avait imprimé à Alexandrie, au Caire et à Gizeh, le vice-roi Mohammed-Ali fit monter une imprimerie à Boulak, près du Caire, en 1822. Consultez Ternaux-Compans, les Imprimeries qui ont existé hors de l’Europe (Paris, 1842).

11 serait sans doute superflu d'analyser ici les bienfaits immenses dont on est redevable à l'imprimerie; comme elle a, surtout au seizième siècle, contribué à la renaissance de la littérature classique, à la culture de l'esprit, à Ja réformation; et depuis la fin du siècle dernier, à l’affra: chissement des peuples en hâtant la conquête de leur liberté civile, prodiges obtenus tous par l'influence de la presse périodique. C'est celle-ci qui a été le plus puissant moyen d'échange et de développement pour les idées. L'istoire de la littérature moderne est en même temps l'histoire des résultats dont nous sommes redevables à l'imprimerie ou à la presse périodique, dont les avantages dépassent considérablement les excès.

Les typographes des premiers temps éfaient pour la plupart tout à la fois fondeurs de caractères, imprimeurs et libraires, quelquefois même les auteurs des ouvrages qils imprimaient, et souvent des hommes d’une science assez profonde pour corriger eux-mêmes les erreurs de texte. La librairie et l'imprimerie ont co tinué à rester en général dans les mêm:s mains; seulement les collaborateurs attachés à l'imprimerie ont été divisés en compositeurs, imprimeurs et correcteurs. La fonte, la ciselure, la gravure des caractères forment depuis le dix-septièine siècle des branches d'industrie séparées.

Les familles les plus célèbres parmi les imprimeurs sont celles des Aldes Manuce, qui florissait de 1488 à 1580; des Giunti, de 1492 à 1592, et des Elzevir, de 1595 à 1680. Parmi les modernes on distingue surtout les Breitkopf, les Baskerville, les Didot, les Bodoni et autres. Dans les dix-septième et dix-huitième siècles, l'art de l'imprimerie resta négligé et stationnaire, et ce ne fut que vers le milieu du dix-huitième siècle qu'il reprit sa marche progressive. Quant aux instruments, on s'appliqua d’abord à créer des caractères pour tous les alphabets et les genres d'écriture en usage au monde, en même temps qu’on s’occupait de la variété et d : l'élégance à donner aux lettres. Sous le ra pport de la variété des caractères particulers aux langues étrangères, l'Imprimerie natio nale de Paris est la plus riche qui existe au monde,

L'appareil moteur, qui, depuis l'invention de l’imprimerie, avait à peu près conservé s1 forme de presse à vis en bois, reçut ses premières modifications de Haas, à Bâle, en 1772, Plus tard, ce furent les Anglais et les Américains qui s'appliquèrent avec persévérance à la cons-

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