IMPROVISATION — IMPUDICITÉ
qui cherchent à se délasser de leurs travaux de cabinet dans des compositions improvisées : tels étaient le duc de HMollo, Pabbé Serio, et ce chevalier Baldinoftti qui se fit entendre à Paris plusieurs fois en l’année 1788, à l'ancien musée
de la rue Dauphine. Les improvisatrices modernes sont, :
Bandettini, Fantastici de Florence, et Mazzei, née Lanti. En 1774 mourut à Vérone le célèbre improvisateur Zucco, qui laissa dans l’abbé Lorenzi un successear digne de lui.
L'avocat Bernardi était également célèbre à Rome comme
improvisateur. Au dix-neuvième siècle, Gianni fut l’idole de sa patrie, et mérita ses triomphes; à Gianni succéda Pistrucci, que nous avons applaudi à Paris, et qui alla faire fortune à Londres. Ensuite vint Sestini, l’improvisateur tendre et mélancolique, ravi par une mort prématurée, Puis celui qui les éclipsait tous, Syricci, dont la verve tragique fut honorablement accueillie en France, en Angleterre, et qui alla mourir à Florence, en 1826. Enfin, le plus jeune, le plus instruit de tous, Zuigi Cicconi, qu'un beau caractère et un talent de premier ordre avaient placé au sommet de l'échelle, vint faire consacrer à Paris l’éclat de sa réputation.
A ces noms italiens ajoutons celui de Bindocci, de Sienne, sans compter deux noms allemands, ceux de Wolff, d’Altona, mort professeur à Iéna, en 1852, et de M. Langenschwarsz ; et un nom hollandais, celui de #Willem de Clercq, né à Amsterdam, en 1793. Les improvisateurs sont nombreux en Espagne ,'en Portugal, au Brésil, dans les républiques de l'Amérique du Sud, et chez les Eus-
cariens (Basques) des deux versants des Pyrénées, lesquels ,
improvisent d'ordinaire vers et musique.
De l'examen des œuvres des improvisateurs italiens il résulte pour nous qu’il leur est plus facile de réussir dans les descriptions que dans la peinture des sentiments profonds et Yrais. Aussi trouve-t-on dans leurs drames beaucoup de comparaisons, d'images , de morceaux descriptifs, très-brillants, très-ricues de détails et d’effet, mais qui ne seraient point soufferts dans une tragédie française, où l’on exige que le poëte s’efface quand les personnages doivent parler et agir.
La difficulté d’improviser en vers français a fait déclarer cet art impossible. Il est vrai que notre poésie repousse une grande quantité de termes usuels, dont l’emploi donne au vers un tour familier et prosaïque. Néanmoins, la langue française est toujours assez riche pour qui sait s’en servir. Il est étrange cependant qu'aucun poëte, ne füt-ce que par délassement, n’ait osé se risquer dans cette voie; car nous ne qualifierons pas du titre d’improvisateurs ceux qui ont seulement essayé quelques vers. L’imprompitu, d’ailleurs n’est pas, à proprement parler , une improvisation ; Théophile, Maynard, Dangeau, Piron, le chevalier de Boufflers, de Ségur et tant d’autres, pour avoir rempli des bouts rimés, et produit deux ou trois quatrains, ne sont point des improvisateurs.
On à beaucoup écrit sur l’improvisation, et même en termes fort scientifiques ; mais presque toujours l'erreur et l’exagération ont égaré l'écrivain dans ses théories. Nous croyons, nous, qu'avec une instruction variée et la connaissance suffisante de sa langue, tout homme qui veu/ peut aborder l'improvisation. La volonté est une des conditions essentielles; mais on veut plus ou moins, et voilà le secret du succès. Des degrés s’établiront dans cet art $ comme dans tous les autres, entre ceux qui parcourront la carrière : les facultés étant inégales, les études devront présenter de notables différences, et tout influera sur les résultats, L'utilité de l'improvisation en prose est incontestable : à une époque où la vie publique s’est infiltrée dans foutes les classes de la société, on ne serait pas fondé à soutenir la thèse contraire, Quant à l'improvisation en vers,
elle offre une récréation agréable, des émotions vives ; c’est un noble délassement, qui plaîten mesure du degré d'intelligence dont on est doué. Eugène DE PRADEL.
Dans cs derniers temps l'improvisation a pris en France de plus hautes proportions. L'auteur de l’article précédent, M. de Pradel, mort en 1857, à l’âge de soixante-dix
mn.
ans, entreprit de donner aux Parisiens le spectacle dont jouissent tous les jours les habitués du môle de Naples ou de la place Saint-Mare, à Venise. On le vit remplir en plein théâtre des bouts-rimés do‘nés par le public, composer des couplets sur des sujets indiqués séance tenante, enfin déclamer une tragédie en plusieurs actes, Mais les vers de M, de Pradel, pâles, mêlés d’idées et de mots appartenant à tous les styles, de formes propres à toutes les écoles, n'étaient supportables que grâce à l'irr‘prochable débit de l’auteur, et perdaient à la lecture le mérite que leur donnait la conscience de la difficulté vaincue. Un poète de talent, Albert Glatigny, mort en 1872, a renouvelé plusieurs fois en public ce tour de force.
IMPRUDENCE , manque de cette qualité qu'on appelle prudence, On est imprudent de plusieurs manières : par caractère, lorsque l’étourderie s’est tellement rendue maîtresse de nous, que nous ne calculons plus la portée de nos démarches et de nos actes; par forfanterie, lorsque nous nous précipitons bénévolement dans des périls sans honneur ; on est imprudent par ignorance : tels l’idiot et l'enfant, qui ne cherchent pas à éviter un danger qui leur est inconnu , et qu’il n’est point donné à leur imagination de deviner. Du reste, les conséquences de l’imprudence, quelles que soient ses modifications originelles, n’en sont pas moins graves, tant au physique qu’au moral. Insisterons-nous sur la nécessité de prévenir ce défaut, si naturél dans le jeune âge, et contre lequel il est alors si facile d’être mis en garde, et de le réprimer peu à peu quand une paresse étourdie nous a habitués à agir sans délibération ? Cette nécessité est assez sentie, même par les imprudents. La loi punit quelquefois l’imprudence, notamment dans le: cas d'homicide.
IMPUBERE , celui ou celle qui n’a pas encore atteint Pâge de puberté. L'homme aux yeux de la loi est impubère jusqu’à dix-huit ans révolus ; la femme jusqu’à quinze.
IMPUDENCE. C’est le vice qui couronne tous les autres chez les hommes corrompus de bonne heure. Loin de s'émouvoir d’un reproche mérité, l’impudent affiche l’indifférence la plus complète pour le blâme qu’il encourt; ül met de l’audace dans le mensonge , nie l'évidence , redouble de hardiesse en face de la vérité qui l’accable, et se porte avec le plus imperturbable sang-froid aux actions que réprouvent la bienséance et l'honnêteté publique. L'impudence est cette insensibilité endurcie que l’aspect du mal ne déconcerte pas, et qui engagerait sans remords la fortune et l'avenir des autres pour satisfaire la plus frivole passion , le moindre besoin. Peu importe que l’incorrigible audace de ses assertions soit constamment vaincue par les faits, l’impudence élude la puissance des faits le mieux constatés; avec un front dairain, elle affirmera qu’ils ne sont pas. C’est à force d’impudence que se soutient la vie de ruse et d’expédients que tant d'hommes de néant mènent dans les grandes villes. L’impudence brave tous les embarras : affronts, respect humain, opinion publique, rien ne mord sur ce vice. Elle a créé l’art de devancer un éclat légitime par l'explosion d’un courroux sans motifs, qui désarme et conierd à la fois. L. LEVEL.
IMPUDEUR. L'absence de cette réserve, de cette retenue pleine de modestie qui empêche de dire ce qu’on ne devrait point dire ; le mépris de la crainte que nous deyons avoir de transgresser les lois de l’honnûteté et de la décence, constituent l’impudeur. Des discours obscènes seront donc ceux qu'on pourrait accuser d’impudeur, On appelle aussi impudeur ce sentiment sans frein qui porte certaines personnes à demander sans cesse, au fur et à mesure qu’elles obtiennent des faveurs : les grands solliciteurs sont insatiables ; et malgré les places et les dons qu'ils reçoivent, ils n'en continuent pas moins à demander : cette persévérance acharnée à la curée est une autre espèce d'impudeur.
IMPUDICITÉ. Comme l'impudeur , l’impudicite , elle aussi, est une absence de retenue, de bienséance, mais
Ai.
seulement dans fout ce qui tient à la chasteté, à la décence : ce mot est donc bien distinct de celui dont nous venons de nous occuper, quelle que soit d’ailleurs la fraternité qui semble les unir. L'impudicité est l'amour effréné des plaisirs charnels : les Bacchanales des anciens, leurs Jeux Floraux, les Lupercales, le culte de Vénus, celui du dieu Priape, n'étaient qu'un culte rendu à l’impudicité sous des noms plus ou moins doux, plus ou moins sonores, qui en réalité représentaient le même vice. L'impudicité n’est plus à l’ordre du jour des nations ; mais, pour cela, elle n’en existe pas moins dans les sociétés mo-
dernes : combien ne pourrions-nous point citer de Messa-.
lines, de Laïs! Combien de simples particuliers laissent encore bien loin derrière leurs déportements scandaleux les lubricités obscènes dont la publicité au grand jour a déshonoré les peuples qui nous ont précédés! combien de joyeuses orgies, chantées par les poëtes, enviées peut-être par le malheureux, dont l’impudicité est le fond dominant ! Et ce n’est pas sans raison que l’impudicité a été flétrie d’un blâme universel : elle déshonore celui qui s’y livre; elle abrutit l'âme, détruit le corps, et les tue tous deux. IMPUISSANCE. C’est l'incapacité d’engendrer produite par un vice naturel de conformation ou par un accident (voyez ANAPHRODISIE). La jurisprudence constante des tribunaux s’est refusée à voir dans l'impuissance un motif de nullité du mariage, bien que quelques auteurs aient pensé qu'elle-pourrait l’entraîner, si elleest le produit d’un accident antérieur au mariage et qu’elle ait été tenue cachée. On conçoit en effet que cette dernière sorte d’impuissance est bien plus facile à constater que l’autre, Ainsi, quoïque le mari ne puisse en alléguant son impuissance naturelle désavouer l'enfant conçu pendant le mariage, il le pourrait faire s’il prouvait que depuis le trois centième jusqu’au cent quatre-vingtième jour de la naissance de ses enfants il se trouvait, par l’effet,de quelque accident physique, dans l'impossibilité absolue de cohabiter avec sa femme. Dans l’ancien droit on pouvait, par la scandaleuse épreuve du congrès, faire constater légalement l'impuissance. IMPULSION. En mécanique on nomme Jorce d’impulsion celle qui agit sur un corps avec une vitesse finie, pendant un instant d'une durée infiniment petite, ou du ins inappréciable, Par exemple, le coup de raquette par iel on lance une balle est une force d’impulsion. IMPUNITÉ, manque de punition, indulgence et pardon blämable pour des fautes qui. devraient être sévèrement réprimées. C’est l'impunité qui enbardit le crime et donne aux criminels l’espérance d'échapper au châtiment qui les excite à le commettre. L’impunité n’est aussi quelquefois que la tolérance qui accueille certains défauts; c’est dans ce sens que Boileau a dit :
Tous les jours à la cour nn sot de qualité Peut juger de travers avec impunité,
IMPUTATION. En droit on appelle imputation de payement l'indication que le payement fait par le débiteur s'applique à l’une de ses obligations. Celui qui a plusieurs dettes a le droit de déclarer, lorsqu'il paye, quelle dette il entend acquitter; mais il ne peut pas nuire aux droits de son créancier : par exemple, lorsqu'une dette porte intérêt, ilne peut point, sans le consentement du créancier, imputer le payement qu’il fait sur le capital, par préférence aux intérêts; et le payement qui n’est point intégral s’impute d’abord sur les intérêts, à moins que le créancier n'ait consenti à ce qu’il en fût autrement, La faculté de faire l’insputation au moment du payement est laissée au créancier, si le débiteur ne l'a pas faite. Pour que le débiteur pût attaquer l’imputation du créancier, il faudrait qu'il y eût eu dol où surprise, Lorsque la quittance ne porte aucune imputation , le payement doit être imputé sur la dette que le débiteur avait le plus d'intérêt à acquitter entre celles qui sont pareillement échues; sinon sur la dette échue, quoique moins onéreuse que celles qui ne le sont point. C'est