INAMOVIBILITÉ — INCAPACITÉ
cassation et des Comptes, ceux des cours impériales et des tribunaux de première instance, excepté les magistrats du ministère public. L'ordonnance la plus ancienne touchant V'inamovibilité que nous ayons conservée, au sortir du chaos de la féodalité, est celle du 21 octobre 1467, par laquelle Louis XI déclare que les juges « ne devaient être privés de leur charge que pour forfaiture, préalablement jugée et déclarée judiciairement, selon les termes de justice, par juge compétent ». De ce jour jusqu’à notre grande régénération de 1789, l'inamovibilité des magistrats ne fut point mise en question; mais la constitution de 1791 fixa à quatre années la durée de l'office de juge. La constitution de l'an VIII rétablit l’inamovibilité de la magistrature. Bonaparte avait compris que c'était un principe étroitement lié au système monarchique qu'il s'agissait de restaurer en France, et les différentes constitutions qui se sont succédé jusqu’à celle de 1830 n’ont eu garde de rejeter ce principe. En 1848 linamovibilité fut détruite par un arrêtéidu gouvernement provisoire. La Constitution de 1848 la rétablit, et le président de la république procéda lui-même à la consécration de céprincipe dans une solennité au Palais de justice à Paris. « L'inamovibilité rend excellents des choix médiocres, » a dit M. Villemain, Il semblerait, au contraire, que l’amovibilité du pouvoir judiciaire serait un gage d'excellence dans le choix ; car les médiocrités pourraient être éliminées et avantageusement remplacées. On prétend cependant trouver dans linamovibilité une garantie de l'indépendance du pouvoir judiciaire, et l’on cite à cet égard l'exemple des tribunaux anglais, qui ont refusé les taxes arbitraires à Cromwell, comme ils les avaient refusées à Charles I, INANITION. Ce mot exprime l’état qui résulte d’un jeûne plus ou moins prolongé. Mourir d’inanition, c’est la même chose que mourir de faim ; mais cette dernière expression rappelle l’idée des souffrances causées par le besoin irrésistible de se nourrir, tandis que celle d’inanition exprime surtout la faiblesse extrême résultant du défaut de nourriture. La faim est la cause, l’inanition est l'effet. Quand Pinanition est complète, la faim cesse ordinairement de se faire sentir. L’inanition peut être produite par le manque total de nourriture; mais il n’est pourtant pas indispensable que le jeûne soit complet; si les aliments sont en trop petite quantité, ou si leur qualité est teile qu'ils ne fournissent pas à l’économie une nourriture suffisante, l’inanition peut se déclarer, et même causer la mort. Il n’est pas rare de voir des malheureux dans un état continuel d’inanition ; et c’est une des plus grandes causes de mortalité chez les indigents. Ainsi, le plus souvent l'inanition résulte du manque ou de l'insuffisance de nourriture; quelquefois, cependant, elle est produite par une cause interne, qui s'oppose
à l'ingestion ou à la digestion des aliments : par exemple,
dans certaines maladies du pharynx, de l’œsophage ou du pylore, les aliments ne peuvent plus arriver -dans l'estomac ou les intestins, ou ils y pénètrent en si petite quantité, que le malade ne tarde pas à tomber dans un état d’inanition souvent mortel. Quand l’inanition n'est pes parvenue au dernier degré, on peut y porter remède; il faut user alors des plus grandes précautions pour rendre à l’économie la nourriture dont elle a été longtemps privée ; l'estomac et les autres organes digestifs ont pour ainsi dire perdu l’habitude de leurs fonctions : ce n’est que peu à peu qu'il est possible de la leur faire reprendre, en ne leur donnant d’abord à digérer que des aliments légers et en petite quantité à la fois. Si l'inanition est portée au point de devenir incurable, la peau est sèche, décolorée, terreuse ; elle paraît collée sur
les os par suite do l’émaciation des muscles ; le pouls est : P ; P est à
peine sensible; le corps se refroidi ; l’haleine est fétide ; les urines sont rares, épaisses, et répandent une forle odeur
ammoniacale : la mort vient bientôt mettre fin à cet état.
; À N.-P. ANQUETN.
INAPPETENCE (du latin inappelentia, formé de la particule négative in, et d'appetere, désirer), défaut d'appélit. Voyez ANOREXIE,
INAUGURATION (du latin inaugurare, consulter, prendre les augures (c'est-à-dire interroger le vol ou le chant des oiseaux). C'était Paction de cette cérémonie païenne qui avait lieu chez les Romains lorsqu'un pontife nouveau allait faire partie du collége d’un temple, cu lorsqu'il s'agissait du choix d’un emplacement pour y élever une ville, un temple, un tombeau, une statue, un cirque, un theâtre. Ainsi, dans un siècle d’éblouissante lumière , l’homme , auquel sa fatale raison donne la conscience de sa faiblesse, se mettait, lui et les pierres mêmes, sous la protection des présages, des auspices, des aruspices et des augures. Les Romains distinguaient l'inauguration de la dédicace; mais ce mot, tout profane, élant passé, par contrebande, dans la langue ecclésiastique, y signifia par extension consécration , dédicace , bénédiction.
Une des acceptions que donne le Dictionnaire de l'Académie à ce mot est celle-ci : « L'’inauguration est une cérémonie religieuse qui se pratique au sacre, au couronnement des souverains, » C’est un véritable abus de mots de dire de l'inauguration qu’elle est aussi une cérémonie qui se fait au sacre d’un prélat. C’est confondre le pontife de Jupiter et le pontife du Christ. Le mof inauguration ne doit donc Sappliquer nullement chez les modernes aux édifices religieux, mais aux monuments civils, à nos statues de rois, de grands hommes, à nos colonnes triomphales, à nos obélisques, à nos fontaines, ef cela non quand l’on pose la première pierre de leurs fondations ou de leurs bases, cérémonie à part, mais le jour qu’on les a dégagés des échafaudages ou des voiles qui les cachaient aux regards des citoyens durant leur construction. Enfin, l'inauguration ne saurait consister parmi nous aujourd’hui, ainsi que chez les anciens, en pratiques religieuses fixes et invariables dans leur pompe : nous en faisons simplement une fête populaire, changeante, capricieuse comme la mode, à laquelle se joignent souvent, il est vrai, les bénédictions de l’Église, mais qui n’en sont pas l’objet principal, tandis que la consécration, ou la dédicace, est une cérémonie ecclésiastique, dont le fond consiste dans la bénédiction du temple ou de l’autel nouveau.
On appelle aussi discours d’inauguration ou discours inauguwral, celui que prononce un professeur en prenant possession de sa chaire. DENNE-BARON.
INCANDESCENCE (du latin incandescere, devenir tout en feu), état d’un corps qui, naturellement opaque, devient visible dans un lieu plus ou moins obscur lorsqu'il est chauffé jusqu’à un certain degré. Un barreau de fer, par exemple, que l’on expose à un feu de forge prend d’abord une couleur rouge-brun; un peu après, il est de couleur rouge cerise, puis rouge tirant sur le blanc; puis enfin sa couleur est d’un blanc éclatant; alors il rayonne à la manière d’un corps lumineux : c’est le dernier degré d’incandescence auquel il puisse arriver; car, quoiqu’on augmente la violence du feu, son état ne change pas; mais il se décompose, en projetant de tous côtés des étincelles brillantes.
Tout porte à croire qu’il faut un même degré de température pour chaque état d’incandescence auquel une substance matérielle est susceptible de parvenir. On a cherché
à mesurer ces diverses températures : ainsi la chaleur rouge commente à 523°, la chaleur blanche à 1,300; la plus haute qu’on ait observée atteignait 13,941°.
Il ne faudrait pas confondre les corps qui brillent à la lumière avec les matières qui ne jouissent de celte propriété qu’autant qu’on les a chauffées à un certain degré. Le diamant, l'acier poli, ne sont pas des matières incandescentes. à TEYSSÈDRE.
INCAPACITE , terme de jurisprudence, qui désigne l’état des personnes auxquelles manque la capacité légale.
Toute personne est capable en principe, et celles-là seules sont incapables que la loi a déclarées telles. La loi, à vrai dire, ne règle que les causes d'incapacité; mais elle procède diversement. En effet, tantôt elle établit, par forme directe les causes d'incapacité; tantôt elle détérmine les
conditions qui constituent la capacité, faisant implicitement résulter l'incapacité de l'absence de ces conditions. Ce dernier mode est ordinairement employé pour déterminer l'aptitude aux fonctions puhliques.
L’incapacité peut porter ou sur la jouissance des droits et aussi, par une conséquence nécessaire, sur leur exercice (car il ne peut être question d'exercer un droit qui n’existe pas), ou sur l'exercice des droits seulement. Cette distinction est essentielle en droit pur.
L'incapacité d’exercice résulte principalement de la faiblesse del’Age,desinterdictions judiciaire et légale, de la qualité de femme mariée. S'il s’agit d'uneper sonne civile, elle est, par sa nature même, incapable d’exercer ses droits. Ces mêmes causes produisent aussi, dans cerfains cas, l'incapacité de jouissance. Les droits dont jouissent les incapables sont exercés en leur nom par le mari, le tuteur, ou autre représentant, selon les personnes.
11 faut aussi mentionner la mort civile, qui enlève la jouissance des droits les plus importants, et la perte de la qualité de Français. Ajoutons que certains actes et contrats exigent une capacité spéciale ; tels sont le mariage, le testament,
Quant aux droits politiques, les causes d’iméapacité civile y sont applicables, et la loi s'est même montrée plns rigoureuse en cette matière. Les conditions d’âge sont souvent plus sévères. Les femmes, mariées ou non mariées, ne sont point admises à les exercer. Enfin, il existe des causes spéciales d'incapacité, certaines condamnations, la dégradation civique, par exemple. De plus, comme V’exercice des droits civiques est tout personnel, l’incapacité d'exercice équivaut à la privation de jouissance. Cette vérité souffre toutefois une exception notable, que nous devons signaler : Dans une monarchie héréditaire, le monarque peut être incapable de gouverner, soit à cause de son âge, soit à cause d’un dérangement d'esprit : on en a vu des exemples. Cette incapacité temporaire ou accidentelle ne lui fait pas perdre le droit de la couronne; seulement, les rênes de l'État, qui lui échappent momentanément, passent aux mains d’un régent, qui gouverne au nom du monarque. :
INCARCÉRATION (du latin carcer, prison). C’est Vaction de mettre quelqu'un en prison ou bien l’état de celui qui s’y trouve (voyez EMPRISONNEMENT ).
INCARNAT (du latin incarnatus, fait de caro, carnñis, chair), qui est d’une teinte intermédiaire entre la couleur de chair et le rouge vif. L’incarnat plus faibie prend le nom d’incarnadin.
INCARNATIF. En thérapeutique, on spécifiait sous cette appellation tantôt les substances médicamenteuses auxquelles on supposait la propriété de favoriser la régénération des chairs à la surface des plaies et des ulcères, tantôt les bandages et les sulures propres à les réunir. C’est ainsi qu'on disait un bandage, un remède incarnatif.
INCARNATION, action de la divinité prenant un corps réel, se manifestant au monde sous la forme humaine. Ce n’est pas cette sorte d’anthropomorphisme qni donne aux dieux d'Homère la forme et les passions humaines; c’est une véritable union de la divinité à l’humanité, par laquelle Dieu accepte toutes les charges de la vie. Cependant ce n’est pas Dieu, en tant qu'être infini, absolu, qui s’incarne, c’est seulement une émaräation pius ou moins pure de la divinité, Chez les chrétiens, c’est le Logos ou Verbe, dans lequel la pensée divine se réalise, qui s’incarne dans le sein d’une vierge sans tache, même originelle, par l’opération du Saint-Esprit, « Le Verbe s’est fait chair, dit saint Jean, et il a habité parmi nous. » Dans la Trinité chrétienne, le Verbe est dit le Fils de Dieu. Il s’est soumis aux souffrances et aux épreuves de la vie humaine pour racheter Phumanité de la chute originelle. Sa Passion est le sacrifice qu'il offre à son Père, créateur de toutes choses. En vertu des mérites du Rédempteur , l'homme dont la vie est
pure peut être sauvé; sans ce sacrilice du divin agneau, |