‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 218 sur 522 · INCLINAISON — INCOMMENSURABLE · texte numérisé non relu

INCLINAISON — INCOMMENSURABLE

soit dans les (héâtres, soit dans le monde, Il résulte des expériences qui ont été faites, nolamment en 1859, qu: p'usieurs sels possèdent la propriété de rendre la toile, 1: calicot, la mousseline, la soie inaccessibles à l’inflammation ; deux d’entre eux seulement, le tongstate de soud” et le sulfate d'ammoniique, donnent ce résultat sans ronger le tissu et sans en altérer la couleur. Le chlorure de calcium jouit de la même efficacité : une étoffe quelconque: plongée dans une dissolution de ce sel devient incombustible, c’e-t-à-dire brûle sans flamme, èt ne peut, en cas d'accident, commuriquer le feu aux objets environnants. Durant des siècles on a cru qie l'amiante était inattaquable par le feu, et qu'une toile formée de filaments de cette pierre était incombustible; des expériences faites avec soin ont appris que celte matière, exposée au feu perda:t un temps suffisant, s'y d'‘composait comme toules. les antres matières solides.

INCOME-TAX ou Taxe sur le revenu, impôt anglais déjà essayé en 1702, puis abandonné pour être repris par Pitt en 1798; aboli en 1802, il fut remis en vigueur en 1803 et dura jusqu’à la fin de la guerre. Les besoins de l'Etat le firent revivre en 1842. Robert Peel le fit rétablir pour avoir le moyen d'effectuer la révolution commerciale à laquelle il a attaché son nom. L’irncome-tlax devait être permaïent; mis on a toujours hésité devant une m sure si radicale; le goivernement le présente pour un temps li vité, trois ou cinq ans, et le fait renouveler en le: modifiant suivant les exigences du budget.

Cette taxe est prélevée sur toutes espèces de revenus, soit qu’ils procèdent des propriétés foncières, des hypothèques, des fonds publics, soit qu’ils dérivent des charges

cléricales, publiques, privées; soit, enfin, de l’industrie

en général. Les revenus provenant de l'étranger ne sont pas exempls de cette contribution, et il suffit d’être résident des îles Britanriques et de jouir d’un revenu quelconque s’é'evant au moins à 100 liv. st., pour y étresujet. Afin de remédier à l'impopularité de cette taxe inquisito— riale, qui donne au percepteur le droit d'examen des livres, papiers et titres du contribuable, dans le cas où il ne se rait point satisfait de la somme déclarée , le gouvernement accorde aux négociants, marchands et industriels, en gé: néral, la latitude de composer avec les fonctionnaires. préposés à cet effet, pour une somme déterminée, pendant un cerlain nombre d'années. A cette condition, l’abonné échappe à cet espionnage légal, en payant régulièrement chaque année la somme convenue,

Il est difficile de prévoir l’époque où le gouvernement pourra se passer de cette source imporlante de revenus. Depuis son établissement il a été modifié quinze fois. Fixé dès l’origine à 7 deniers par livre (70 c. par 25 fr.) à partir de 100 liv. st., cet impôt a été doublé en 1854 et porté en 1855 à 16 deniers; ramené après a guerre d'Orient au chiffre primitif (1857), réduit à 5 d. (1858), des embarras financiers l’ont fait élever à 9 d. (1859) et à 10 d. (1860). La crise passée il est revenu à 9 (1861): enfin à la suite de fluctuations constantes il es! remonté à 6 en 1871, n'ayant jamais été au-dessous de 4. L'ércome-lax était inscrit au budzet de 4871-1872 pour une somme de 201,250,000 fr,

INCOMMENSURABLE, IRRATIONNEL, expressions opposées, l’une à commensurable, l'autre à rationnel. Une grandeur est dite ‘incommenswrable par rapport à une autre quand elle n’a pas de commune mesure avec celle-ci, c’est-à-dire quand il n'existe aucune grandeur de même nature qui soit exactement contenue. à la fois dans l’une et dans l'autre. Supposons deux droites limitées, A et B, et cherchons leur plus grande commune mesure ; admettant que A soit la plus grande de ces droites, nous portons B sur À autant de fois que faire se pourraÿ si cette opération ne laisse pas de reste, B est la longueur cherchée; autrement, on porte le reste R sur B, comme on a porté B sur A ; s'il y a un nouveau reste R’, on le pon

INCOMMENSURABLE — INCONSÉÈQUENCE

tera à son tour sur R de la mème manière, etc., exécutant ainsi avec des lignes les opérations qu’exige la recherche du plus grand commun diviseur en arithmétique. Mais en continuant il peut se faire que l’on arrive à des restes assez petits pour que l’imperfection de nos instruments ne nous permette pas de pousser plus loin; on reste donc dans l'incertitude sur le résultat final. Le raisonnement doit alors intervenir, et nous faire savoir si cette recherche est susceptible de se terminer. On frouve alors, dans un grand rombre de cas, que les lignes que l’on considère n’ont aucune commune mesure ; tels sont la diagonale et le côté d’un carré, ou encore le rayon d’un cercle et le côté du triangle équilatéral inscrit, ete.

Si, au lieu des grandeurs elles-mêmes, on considère les nombres qui les représentent, on constatera plus facilement encore leur incommensurabilité. Dans les exemples que nous venons de citer, le diagonale est au côté du carré comme 4/2 est à 1, le côté du triangle équilatéral est au rayon du cercle circonscrit comme V/3 est à 1. Or, les nombres V2, V3, sont incommensurables ( sous-entendu avec l'unilé). On démontre en effet que si la racine de degré quelconque d’un nombre entier n’est pas elle-même un nombre entier, elle ne peut être exprimée par un nombre fractionnaire, et si on exécute l’extraction de cette racine, l’opération ne se termine pas ; on trouve une expression aussi approchée qu’on le veut, sans jamais atteindre la valeur exacte. Remarquons qu’il ne faut pas confondre les nombres qui résultent de ces opérations avec les quotients de divisions qui ne se terminent pas; ces derniers nombres se composent aussi d’une infinité de décimales ; mais ils se développent en fractions périodiques, et d’ailleurs on peut toujours compléter leur valeur à l’aide d’une fraction ordinaire. Ainsi, de ce que à, réduit en décimales donne 0,33333.. à l’infini, il ne faut pas conclure que + soit incommensurable : ce nombre infini de décimales ne provient que de la base du système de numération dans lequel on opère; au contraire, W/2, /3, elc., ne peuvent être exactement exprimées dans aucun système.

Les logarithmes des nombres commensurables autres que les puissances ou les racines dela base sont incommensurables. On prouve quee (désignation habituelle de la base des logarithmes népériens), que x (rapport de la circonférence au diamètre), sont des nombres incommensurables.

En arithmétique, incommensurable et irrationnel se disent indifféremment l’un pour l’autre. En algèbre, irrationnel qualifie plus spécialement les expressions radicales dont on ne peut obtenir la racine algébrique. Ainsi, l’équation x + x = 6 est irrationnelle par rapport à x; cependant sa solution est x — 4; et quand on substitue cette valeur, on trouve pour l'expression irrationnelle /x, la valeur 2, qui est commensurable. E. MERLIEUX.

INCOMPATIBILITÉ,. C’est l'impossibilité qu'il y a, suivant les lois, de réunir chez le même individu deux ou plusieurs qualités ou fonctions, Une incompatibilité qui dérive de la distinction des pouvoirs est celle qui existe entre les fonctions administratives et les fonctions judiciaires ; par une cause analogue, 1e service dela garde nationale était incompatible avec les fonctions de ceux à qui la loi accorde le droit de requérir la force publique. D’autres incompatibilités sont fondées sur la hiérarchie des fonctions, sur l'impossibilité réelle de suffire à la fois à deux emplois, enfin sur des raisons de convenance, : telles sont celles des fonctions de juré avec celles de ministre, de préfèt, de sous-préfet, de juge, de pro-

cureur général, de procureur, de substitut et de ministre d'un culte quelcorque, celles qui limitent l'exercice de la : profession d'avocat,

Le mandat de député à l’Assemblée est incompatible ayec toute fonction rétribuée. Le pensionnaire rétribué qui est élu député est réputé démissionnaire de ses fonctions

par le seul fait de son admission comme membre du corps législatif, s’il n'a pas opté avant la vérification de ses pouvoirs. Tout député est réputé démissionnaire par le seul fait de l'acceptation de fonctions publiques salariées.

L'article 28 de la constitution de 1848 établissait le même principe à quelques exceptions énumérées dans la loi organique électorale du 15 mars 1849. Sous la monarchie constitutionelle, il y avait incompatibilité entre les fonctions de député et celles de préfet, de sous-préfet, de receveur général, de receveur particulier des finances et de payeur. Les officiers généraux commandant les divisions ou subdivisions militaires, les procureurs généraux , les procureurs du roi, les directeurs des contributions directes et indirectes, des domaines et enregistrement et des douanes ne pouvaient être élus par le collége électoral d’un arrondissement compris, en tout ou en partie, dans le ressort de leurs fonctions. Les autres fonctions publiques salariées n'étaient pas absolument incompalib'e avec celles de député. L’Assemblée nationale a voté, en 1872, une loi nouvelle sur les incompatibilités.

En morale, on dit qu’il y a compatibilité ou incompati bilité entre certaines humeurs, certains esprits. L’incompatibilité d'humeur à servi pendant un temps de cause suffisante pour réclamer et faire prononcer le divorce.

INCOMPETENCE, défaut de compétence. Il ya incompétence lorsqu'un juge ou un tribunal n'a pas le pouvoir de juger une contestation. Il y a deux sortes d’incompétence : l’incompétence à raison de la matière, lorsqu'on porte devant un juge une affaire qui n’est pas dans ses attributions; l’incompétence à cause de la personne, lorsque les parties ne sont pas, à raison de leur domicile, par exemple, justiciables du juge devant lequel l’action est intentée.

L’incompétence à raison de la matière peut être proposée en tout état de cause; les juges eux-mêmes doivent dans ce cas ordonner d'office le renvoi, quoiqu'il n’ait pas été demandé. Celle à raison de la personne doit l’être préalablement à toutes autres exceptions et défenses. Elle est couverte par la défense au fond.

Relativement à un fonctionnaire public, l’incompétence est aussi la négation du pouvoir de faire tel ou tel acte qui n’est point de son ressort : c’est dans le même sens que l’officier civil est incompétent à prononcer le mariage dans toute autre commune que celle où il remplit les fonctions d’officier civil. ;

INCOMPRESSIBILITE (du latin in, non, et comrimere, comprimer). Voyez COoMPRESSIBILITÉ.

INCONNUE , nom que donnent ordinairement les mathématiciens à la quantité dont on cherche la valeur dans la solution d’un problème (voyez Données ).

INCONSEQUENCE, marque d'accord entre les principes, les opinions et la conduite. On appelle souvent inconséquente une action qui compromet la personne qui l’a faite. Tous les hommes sont plus ou moins inconséquents par nature; Car il en est très-peu qui osent professer l’amour du mal, bien qu'ils le commettent. L’inconséquence est une suite de la faiblesse humaine, digne de pitié et de miséricorde, quand les actes en sont rares et qu’ils excitent la confusion; elle ne mérite que du mépris lorsqu'elle est le résultat d’une vanité qui, sans examen, s’élance présomptueusement dans une carrière dont elle n’a point mesuré l'étendue. On est forcé de reconnaître que les lois sont inconséquentes lorsque les mœurs d’un peuple les rendent à peu près impraticables. On trouve encore beaucoup d’inconséquences dans plusieurs institutions peu en rapport avec les devoirs, les droits et les besoins de l’homme; .et c’est peut-être de l’inconséquence que dérivent les plaies les plus graves des sociétés modernes.

. On confond parfois l’inconséquence aveclalégèreté et l’é tourderis; elle en diffère par le caractère attribué à celui qui la commet, Les suites’ de linconséquence sont la déconsidération. On se préserve et l’on se corrige de l'incon-

séquence en se défiant de soi-même, et en ne se hâtant ni de parler ni d'agir. C“* pe Brant.

INCONSTANCE. C'est la mobilité et la légèreté réunies : l’inconstance est le propre de ceux qui marchent au hasard, n’ayént pour moteurs que les caprices qui leur passent par la tête. Elle s'applique à tout, aux choses les plus graves comme à celles de minime importance, et nous devons dire ici que le peuple français n’est pas de tous le moins inconstant, si toutefois la palme ne lui appartient point en propre sous ce rapport. En amour, l’inconstance est une propension au changement, entraînant l’homme à voltiger de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur, au dire de feu Dorat. Appliquée aux fantaisies du goût, l’inconstance constitue ce que nous appelonslamode: la toilette recherchée aujourd’hui sera dédaignée demain par notre inconstant beau sexe. En politique, l’inconstance est l'apanage d'un caractère faible et impressionnable ; elle constitue les innocentes variétés de la girouette : l’inconstant adopte aujourd’hui sans conviction l'opinion qu’il combattait hier de même, et à laquelle il reviendra demain pour un jour seulement; sa versatilité, à lui, n’est le fruit

ni de l'ambition ni dela corruption; c’est tout simplement :

l'indice d’une imagination vive et mobile.

INCONSTITUTIONNALITÉ , qualité d’un acte ou d'une opinion contraire à la constitution. Aux termes de la constitution de 1852, le sénat devait s'opposer à la promulgation des lois contraires ou qui porteraient atteinte à la constitution; il n’usa jamais de ce droit.

INCONTINENCE ( Morale, Hygiène ) abus des plaisirs de l’amour; mais quelle est la limite qui sépare l’usage de l’abus? Grande question, qui intéresse à la fois la morale, l'hygiène, et même l’économie sociale et politique. Sous le rapport moral, la limite de la continence est fixée d’une manière invariable et certaine. Dans l’état de mariage, il n’y a pas d’incontinence morale; mais hors les liens consacrés par la loi et la religion, les deux sexes ne peuvent pas avoir de rapports intimes sans incontinence. Il n’en est plus de même sous le rapport de l'hygiène : ici la limite de l'usage et de l’abus devient incertaine et variable; elle est loin d’être la même pour chaque individu, elle est bien différente pour les deux sexes. Ce qui est continence pour les uns est incontinence pour les autres. Il n’y a plus de règle générale, il faut que chacun s’en crée une particulière. Et pourtant, de la sévère observation de cette règle d'hygiène dépendent la santé, la vie, souvent plus encore, l'intégrité et l’énergie des facultés intellectuelles et morales. Les plaisirs de l'amour sont sous l’empire de deux causes, les sens et l'imagination : toutes les fois que les sens seuls donnent l'éveil, on est presque toujours dans les limites de la continence ; mais si le désir naît de imagination, il faut se tenir sur ses gardes; car elle agit souvent à la légère , sans consulter les iorces de l’économie. Les résultats de l’incontinence sont toujours fâcheux, et quelquefois terribles. Nous ne parlons pas seulement des résultats moraux, mais encore de ceux Güi intéressent la santé.

Page 1