‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 219 sur 522 · N.-P. ANQUETIN · texte numérisé non relu

N.-P. ANQUETIN

INCONTINENCE ( Médecine). Dans le langage médical, ce mot ne s'applique guère qu’à l'expulsion involontaire des matières excrémentielles, le plus souvent l’urine, quand cette expulsion résulte du relâchement du sphincter. L’incontinence d'urine est plus commune chez les enfants que chez les adultes, chez les garçons que chez les filles. L'époque de la puberté est souvent le signal de la guévison. Toutefois, l’art ne reste pas désarmé devant cette affection; il trouve des secours dans l'emploi de la noix vomique, des cantharides, de l'éfectricité. Mais avant de recourir à ces moyens énergiques on devra essayer des exercices gynmastiques et d'une nourriture substantielle et légèrement stimulante; pour la nuit un lit un peu ferme, pour le jour des vêtements propres à exciter lattanspiration, complètent les mesures hygiéniques, qui la plupart du temps amèneront la cessation de l'incontinence d'urine.

INCONSÉQUENCE — INCRÉMENT

INCORPORATION, littéralement, union, mélange, d’un corps à un autre. Ce mot s'applique spécialement aux corps politiques , ecclésiastiques et militaires : on incorpore un peuple à un autre peuple, un chapitre à un autre chapitre, un régiment à un autre régiment, une province à une autre province. En droit, incorporation se dit d’une chose qui s’unit à une autre d’une manière tellement intime, qu’elle ne saurait plus en être séparée. L’incorporation est un mode d'acquérir la propriété par accession : tout ce qui s’unit et s’incorpore à la chose principale appartient av propriétaire, et le Code Civil a réglé assez longuement les règles de l’incorporation.

INCORRUPTIBLE, ce qui n’est pas sujet à corru ption.

Ce nom a aussi été donné à un parti d'Eutychiens opposé à celui des corrupticoles.

INCRÉDULE, INCRÉDULITÉ. Si la crédu lité est la facilité à croire toutes sortes de faits, l’incrédulité a un sens moins étendu, et ne se dit guère que du défaut de croyance religieuse. Il peut arriver, comme l’expérience l’a plus d’une fois démontré, que l'incrédule soit en hien d'autres points d’une crédulité complète. Entre la crédulité superstitieuse, qui admet sans examen jusqu'aux choses les plus absurdes, et l’incrédulité opiniâtre, qui rejette jusqu'aux preuves les plus convaincantes, il est un milieu, la foi, qui en nous recommandant de nous tenir en garde contre la doctrine des hommes, toujours exposée à l'erreur, demande une confiance aveugle pour tout ce qui est fondé sur le témoignage de Dieu. L’incrédulité, dit-on, est la marque d’un esprit indépendant ; elle naît de ce droit naturel à chaque individu d'examiner et de choisir dans sa croyance ce qui convient à sa raison. Nous passons ce prétendu droit, dont bien des hommes seraient fort embarrassés, et nous aimons à croire que si l’on en faisait vraiment usage. il serait non la source mais le tombeau de l’incrédulité. Il est en effet difficile à celui qui suit attentivement et sans prévention l’enchaînement des preuves qui attestent la vérité de la religion, de n’être pas convaincu. « J’ai cru, disait La Harpe, parceque j'aiexaminé; examinez comme moi, et vous croirez. » Mais examiner, c’est un travail qui demande du temps, des soins, qui suppose des connaissances; il est bien plus facile et bien plus commode de ne rien croire : il ne faut pour cela ni falents ni étude. On sait le proverbe : Plus negaret asinus quàäm negaret philosophus. Ce proverbe n’est pas ici sans application : sourire au seul mot de religion, en parler à tort et à travers, donner des assertions pour des preuves, des plaisanteries pour des arguments, répéter, bien où mal, quelques objections de Voltaire ou de Rousseau, c’est là toute la science de bien des incrédules. Il en est certaine ment qui ne sont pas dépourvus d’érudition, qu’on peut même dire très-instruits; mais en fait de religion leur savoir se réduit à peu de chose.

L'homme ne naît pas incrédule, il le devient : tant que le cœur est pur, lesprit est docile; mais dès que les passions ont élevé la voix, dès qu’elles ont pu nous porter à désirer que la loi de Dieu fût un préjugé, ses menaces une chimère, alors les doutes commencent. Un Dieu juste et sévère, qui voit le fond des cœurs , qui réprouve toute pensée criminelle, un Dieu qui réserve des supplices sans fin comme sans mesure à quiconque s’écarte du sentier de la vertu, c’est une croyance qui gêne celui qui voudrait se laisser aller à tous ses penchants et s'abandonner à tous ses désirs. Un cœur gâté ne s'accommode guère de Dieu ni de la justice. Et l’on croit fermer cet œil scrutateur, éteindre ces flammes vengeresses , en les niant! Du moins,

on cherche par là à calmer quelques inquiétudes, à étouffer |

quelques remords. L'abbé C. BANDEVILLE.

INCRÉMENT.,. Taylor, Emerson et quelques autres mathématiciens anglais ont donné ce nom au changement de valeur d'une quantité variable, C’est ce que Lacroix ap: pelle simplement différence. On doit à Taylor un traité

INCRÉMENT — INCUBATION

sur cette matière, intitulé: Methodus incrementorum directa et inversa ( Londres, 1717; in-4°).

INCROYABLES, MER VEILLEUSES. Par une de ces réactions qui sont dans le caractère français, à la sombre tristesse qu'avait répandue le système de la Terreur succéda, sous le Directoire, une sorte d’épidémie de dissipation et d’extravagances. Elle s’accrédita chez les jeunes gens qui sétaient arrogé le monopole du supréme bon ton, depuis le choix du costume jusqu'aux formes du langage. De longues tresses de cheveux, tombant sur les épaules, et que l’on nomma oreilles de chien ; un peigne d’écaille relevant derrière la tête des cheveux dont n’approchaïent plus les ciseaux, trop vulgaires, et qui devaient être coupés avec un rasoir; des redingotes très-courtes, avec des cu-

lottes de velours noir ou vert, tels furent les signes principaux auxquels on reconnut les élégants du jour. Leur manière de prononcer les mots ne les signalait pas moins par sa singularité et son affectation. La lettre r était tombée dans leur disgrâce: ces messieurs, qui avaient désossé notre langue, ne donnaient que leur paole d'honneu, leur petite paole; et leur racontait-on quelque chose qui les étonnait, ils s’écriaient : « C’est incoyable ! » Ce fut cette habitude qui leur fit donner dans la société le nom d’incroyables, tandis que la classe plus vulgaire les appela des muscadins. En grande toilette, l'incroyable devait rem- placer sa redingote courte par un habit à taille carrée et à grands revers; un chapeau claque d’une dimension mons- frueuse se glisssait sous son bras, et ses souliers pointus rappelaient les chaussures à la poulaine du moyen âge. Les salons de Barras, le moderne régent; ceux de M°° Tallien, le lycée-bal de l’hôtel Thélusson, tels furent les principaux lieux de réunion de cette jeunesse dorée. On y voyait figurer, avec les beaux danseurs du temps, les Trénitz, les Lafitte, un certain nombre de Jeunes gens, dont les noms aristocratiques avaient eu dans l’ancien régime plus d’un autre genre d'illustration. On y remarqua souvent un homme à qui ne devait guère coûter une extravagance de plus, le vieux duc de Lauraguais, imitant, outrant même le bizarre costume et l’inintelligible gazouillement de ces jeunes fous.

On pense bien que nos élégantes de 1797 ne restèrent pas en arrière de leurs cavaliers: leur toilette fut empruntée à l’antiquité païenne; les manteaux, les costumes, les tuniques à /a grecque, composèrent principalement leur parure, et le nom de merveilleuses, qui leur fut donné, leur sembla moins une expression railleuse qu’un hommage involontaire rendu à leurs attraits et à leur goût. Quelquesunes, voulant se faire remarquer davantage, joignirent à Padoption de ces costumes des bizarreries qui prêtèrent beaucoupà la critique. La reine des merveilleuses, madame Tallien, imagina d’orner de bagues de prix les doigts de ses pieds, laissés à nu : ceci n’était encore qu’une folie; mais plusieurs de ces dames, rendant leur Loilette, en quelque sorte plus indécente qu’une entière nudité, ne craïgnirent pas de se montrer, dans nos promenades et nos jardins publics couvertes seulement de gazes transparentes , de robes si légères, si diaphanes, qu'on pouvait les nommer de Vair tissu. Le public s’en trouva scandalisé, et une réprobation générale s’éleva contre ces ultra-merveilleuses, qui furent contraintes de renoncer à ces audacieuses innovations. À cette époque, on vit aussi plusieurs parvenues du jour, dont la fameuse madame Angot offrait la charge burlesque, se travestir en merveilleuses , et porter les vétements grecs avec une risible gaucherie : celleslà du moins se bornaient à être ridicules. Carle Vernet, dont on a dit avec justice :

Il fit de ses caricatures, Les épigrammes du dessin.

obtint un succès populaire dans celle, où il représenta les Incroyables et les Merveilleuses : C’est une des meilleures productions de son pinceau satirique. Ourry.

INCRUSTATION (de in, dans, et crusta, croûte). Par ce mot on désigne les ornements qu'on forme sur des meubles, des ouvrages de tabletterie, etc., en introduisant et fixant dans les creux pratiqués sur leurs surfaces des découpures d'ivoire, de cuivre, d’ébène, etc. L'art d’incruster est fort ancien : on le pratiquait dans le seizième et le dix-septième siècle avec le plus grand succès. On trouve encore des meubles et des armes de ces époques qui en offrent des exemples admirables, tant pour la beauté du dessin que pour la délicatesse des matières incrustées. Les découpures qui doivent être incrustées se font le plus souvent au moyen d’une scie très-mince et très-étroite, avec beaucoup de célérité. La colle, les mastics, qu'on emploie pour fixer les incrustations, suffisent pour remplir les vides produits par les traits.

On donne aussi le nom d’incrustations aux dépôls que forment sur tous les corps qu’elles rencontrent certaines eaux chargées de matière calcaire. Ces incrustations, tantôt cristalines, tantôt compactes, ne doivent pas être confondues avec les pétrifications. L'eau d’Arcueil nous en offre de nombrenx exemples; mais les plus remarquables sont ceux que fournissent les fontaines de Saint-Allyre et d2 Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme). Lesincrustations, produites par des sels terreux que l’eau contient en quantité, et qui se forment sur les parois des chaudières à vapeur, peuvent parfois occasionner leur explosion.

INCUBATION (de in, sur, cubare, se coucher). On appelle ainsi l’acte par lequel les oiseau x, excitant, au moyen de la chaleur de leur corps, le principe vital du germe de leurs œufs, font croître le poulet dans l’œuf, jusqu’à ce que, ayant consommé toute la substance du jaune et du blanc, il casse sa coquille et en sort assez fort pour pouvoir marcher et manger. Tout œuf, pour être ufilément soumis à l’incubation, doit avoir été fécondé par le mâle : c’est lui qui place dans le germe l’élément de la vie. La chaleur de l’incubation altère très-promptement le blanc et le jaune des œufs non fécondés, les rend ce qu’on appelleclairs, punais, tandis qu’elle ne décompose pas ceux qui le sont. A la mire, un œuf non fécondé paraît clair et sans tache ; l'œuf germé, au contraire, présente une tache plus ou moins opaque : C’est l'embryon non développé. Quand l’œuf à passé trois ou quatre jours sous la poule, l'embryon a déjà pris un certain accroissement. Aussi est-il bien plus facile de distinguer alors les œufs fécondés de ceux qui ne le sont pas, On retire ces derniers du couvoir : ils sont encore bons à manger sans inconvénient. Les œufs qui ont un vide considérable sont tro» vieux pour être couvés : on doit les rejeter.

Il est toujours très-possible de substituer des œufs d’un autre oiseau domestique à ceux d’une couveuse : ainsi, on fait couver des œufs de canne à des poules, afin que les premières pondent plus longtemps. Les dindes ayant plus de volume que les poules, il est avantageux de leur faire couver des œufs de celles-ci, attendu qu’elles sont d'excellentes couveuses, et qu’elles peuvent en couvrir un plus grand nombre que les poules.

On reconnaît qu’une femelle a le désir de couver à une espèce de cri appelé gloussement, à l'inquiétude qu’elle montre dans sa démarche, au hérissement de ses plumes, etc., et surtout à la ténacité avec laquelle elle se tient dans le nid où elle a coutume de pondre, même quoiqu'il n'y ait pas d'œufs : c’est le moment, si on le désire, de lui donner des œufs à couver.

Les femelles des oiseaux sont en général plus exposées à devenir la proie de leurs ennemis pendant le temps de l'incubation que dans toute autre circonstance ; cependant, Ja nature leur a donné l’instinct de déposer et de couver leurs œufs dans des lieux aussi retirés, aussi cachés que possible. Les oiseaux domestiques sont ordinairement à couvert de ce genre de destruction. On place les couveuses dans un lieu isolé, dans lequel règne une faible lumière, éloigné de tout bruit, et inaccessible aux chiens, aux chats, aux rats, Cle. 11 ne faut pas mettre plusieurs couveuses,

soit de même espèce, soit d’espece différente, dans un même local, à moins que chacune d’elles ne soit isolée de tous côtés par une cloison. Les femelles des oiseaux domestiques établissent leur nid sur le sol même ; elles le composent avec bien moins d’art et de perfection que la plupart des femelles des espèces sauvages. Après avoir formé avec les matières qui se trouvent à leur portée une sorte de demi-boule creuse, clles en garnissent l’intérieur avec des plumes qu’elles s’arrachent du ventre. On épargne une partie de ces soins à la couyeuse en formant soi-même un nid dans un panier de forme et de grandeur convenables, dont on garnit l’intérieur de foin ou de paille froissée avec les mains. Dans tous les cas, le nid doit être placé dans un endroit sec et tempéré.

L'état d’une femelle qui couve est vraiment intéressant :

ses yeux étincellent, sa peau est brûlante; elle se livre avec |

une ardeur et un plaisir extraordinaires à ses fonctions; elle mange peu, boit beaucoup. Il est bon de mettre des aliments à sa portée. Néanmoins, elle peut s’absenter pendant quelque temps sans inconvénient, soit pour aller prendre de la nourriture, soit pour se vider : dans ce cas, elle a soin de couvrir ses œufs de plumes, afin qu'ils se refroidissent moins vite. Tous les jours à la même heure, la couveuse retourne ses œufs pour amener en haut le côté qui était en bas, afin que ce dernier reçoive de plus près à son tour la chaleur de son ventre. Il arrive très-souvent que des femelles vont pondre et couver dans des granges, des greniers, des haies, des bois, et qu’au moment où on s’y attend le moins, on les voit arriver entourées d'une nombrense famille. Ces couvées sont celles qui réussissent le mieux, lorsqu'elles ne sont pas la proie des animaux destructeurs.

On met ordinairement quinze œufs de dinde et trente de poule sous une dinde; quinze œufs d’oie et vingt-cinq de canne sous une oie; quinze œufs de canne sous une canne, douze enfin de poule et dix de canne sous une poule. En général, il faut diminuer ces nombres dans les premières

couvées, c’est-à-dire quand le temps est encore froid. Ilest |

rare qu’on fasse couver aux oies, aux cannes et autres oiseaux qui vont à l’eau, des œufs d'oiseaux qui ne sont pas aquatiques, tels que la poule, la dinde, etc. On ne doit jamais faire couver en même temps à une couveuse des œufs provenant de femelles d'espèces différentes, par la raison que les uns venant à éclore plus tôt que les autres, il serait impossible à la mère adoptive de donner ses soins à tous les petits au moment de leur naissance. Parmentier conseille aux riches fermiers qui veulent élever une grande quantité de volailles sans embarras et à moins de frais, de se proeurer plusieurs dindes, qu’ils destineraient à faire les fonctions de couvenses, par la raison que la ponte de ces oiseaux commencant et finissant de bonne heure, on aurait la facilité de leur confier des œufs de poule, Celles-ci auraient plus de temps pour continuer leur ponte , et l'éducation des poussins en serait d'autant plus facile qu’ils seraient nés dans ia saison la plus favorable à leur développement. L'incubation de la dinde dure 32 jours, celle de la poule 20, celle de la canne ‘9, celle de l’oie 31, celle de la pintade 28, celle du pigeon 18, celle du faisan 24, celle du paon 30 environ.

Voici un aperçu de ce qui se passe, suivant Haller, dans un œuf de poule qui est soumis à l’incubation : au bout de douze heures, on aperçoit un commencement d’organisation dans la tache gélatineuse appelée germe , laquelle occupe toujours la partie supérieure du jaune, quelle que soit la position de l’œuf ; à la fin du premier jour, on distingue la tête et l’épine dorsale du poulet; à la fin du second, on reconnait les vertèbres et ie cœur ; le troisième fournit au développement du col et de la poitrine ; le quatrième à celui des yeux et du foie; le cinquième rend sensibles l'estomac et les reins ; le sixième le poumon et la peau, le seplième les intestins et le bec; le huitième la vésicule du fiei et les ventriçules du cerveau; le neuvième les ailes et les cuisses; le dixième, loutes les parties qui constituent le poulet sont à

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