INDES OCCIDENTALES — INDES ORIENTALES
plus de soins pour que l'administration soit dirigée dans esprit libéral et en même temps pour que ses possessio soient toujours en un état de défense convenable. Le gou verneur d’une île ou d’un groupe d’iles exerce le pouvoir exécutif au nom du souverain ; mais partout il lui est adjoint un conseil de gouvernement, composé d'habitants de la co= ilonie. Dans la plupart des colonies anglaises, il existe une ‘assemblée législative divisée en chambre haute et chambra basse, la première composée d’un certain nombre de membres à la nomipation de la couronne, la seconde de repré: scntants élus par les provinces. La puissance judiciaire y est indépendante, et la justice est rendue par diverses cours.
Les colonies françaises des Indes occidentales comprennent une superficie de 34 myr. car., avec 285,405 habitants (1868), et se composent des grandes îles la Martini que et la Guadeloupe et &e leurs dépendances, et desiles Marie-Galante, les Saintes, la Désirade et la partienord | de Sxint-Martin, qui fut mise en culture en 1638 par an et des Hollandais, puis partagée dix ans plus tard.
Les colonies hollandaises des Indes occidentales présentent une superficie de 12 myr. car., avec 36,000 habitants (1869), et se composent des îles : Curaçao, avec ses dépendances; Saint-Eustache, qui n'est guère qu’un volcan éteint, d'environ 3 kil. car. de superficie, avec 1,853 hab., dont 1,100 esclaves, jadis d’une grande importance pour la contrebande, et que les Hollandais oceupèrent en 1632; de la parliesud del’ile Saint-Martin, dont l'étendue totale est au plus de 14 kilom. carrés.
Les colonies danoises des Indes occidentales, d'une superficie totale de 5 myr. car., avec 38,161 hab. (recensement de 1860), pour la plus grande partie nègres libres, comprennent: {10 Sainte-Croix(3myr. car. et 23,124 hab.), qui fat occupée en 1640 par les flibustiers, puis enlevée aux Anglais par les Espagnols, lesquels la vendirent au Danemark en 1733. Elle est fertile et bien cultivée, riche surtout en sucre, et a pour capitale et siége du gouvernement CAristianstadt, avec un bon port, 8,256 âmes, et plusieurs missions; 2° Sain/-Thomrs (13,468 hab.); 3° Saint-Jean et une partie de l'£e res Crales (7 kil. car. et 1,574 hab.), deux établissements de missions, avec un port qui, de même que ceux de Saint-Thomas, est depuis 1815 ouvert comme port franc à toutes les nations.
La Suède ne possède que l’ilot de Saint- Barthélemy (90 kilom. carrés, avec 2,802 habitants, en 1860). Consultez Martin, The History, geography and statistics of the West-Indies(5 vol., Lond., 1835); Duperré, Notices statistiques sur les colonies françaises (4 wol., Paris, 1840).
INDES ORIENTALES. On comprend sous cette dénomination, et dans son sens le plus large, toutes les contrées de l'Asie situées au sud-est du plateau de l'Irân, au sud du plateau du Thibet et à l’ouest de la Chine, de même que les îles de l’océan Indien qui les entourent, et qu’on appelle aussi l’Archipel Indien ou Oriental. Appelées tout simplement Zn de par les anciens, on leur donna ce nom d’Indes orientales pour les distinguer des îles de l'Amérique auxquelles Colomb avait donné le nom d’Indes occidentales. Ce territoire est divisé en Inde en deçà du Gange, Inde au delà du Gange, et Iles des Indes orientales.
L'Inde en deçà du Gange (ainsi appelée parce que le
delta du Gange et du Brahmapoutra la sépare de l'Inde au delà du Gange, ou presqu'ile située par delà le Gange, qui est à bien dire l'{nde orientale), forme un carré irrégulier, dont les angles sont dirigés vers les quatre points cardinaux, tandis que ses côtés sont limités au nord-est par les monts Himalaya, au nord-ouest par l’Indus, der. rière lequel s'élève abruptement le plateau du Khorassän, au sud-est par le golfe du Bengale, et au sud-ôuest par la mer des Indes ou mer Persique. Ce carré, d'ine superficie d'environ 46,000 myriamètres carrés, est divisé de nouveau, en raison de sa constitution physique même, en deux parties principales, formant de grands triangles ine-
aux et séparés par une ligne à peu près droite se dirigeant de ‘est À l’ouest et parallèlement aux monts Vindhya, depuis embouchure du Gange jusqu’à celle de l’Indus, et auxquelles on donne les noms d’Hindostan et de Dekun. L'Hindostan, c'est-à-dire le pays des Hindous, le plus septentrional de ces deux triangles, forme dans la plus grande partie de sa surface (qui est d'environ 28,000 myriamètres carrés) une immense vallée, qui ne prend le caractère de pays de montagnes que dans sa partie nord-est, laquelle forme le, versant sud-ouest de l'Himalaya, et d’une manière moins marquée dans sa partie méridionale, laquelle forme le versant nord des monts Vindhya, qui la séparent du Dékan. Il ne se compose donc que d’une vaste plaine s'étendant des bouches du Gange à celles de lIndus, et le long de ce fleuve, sur sa rive gauche, jusqu'aux régions nord-ouest de l'Himalaya. L'Hindostan comprend dès lors tout le bassin du Gange et la gauche du bassin de lIndus, que ne sépare d’ailleurs pas une ligne de partage bien prononcée, de sorte que les contrées basses de Pindus et du Gange | forment une plaine non interrompue, une seule et même | vallée, dont l'extrémité orientale est limitée par le Brahmapoutra, après que ce cours d’eau s’est frayé passage à tra- | vers les monts Himalaya. En revanche, ces deux bassins diffèrent essentiellement l’un de l’autre par la nature de leur sol. En effet, tandis que la plaine du Gange offre l'exemple d’une grande fertilité et d’un riche système d'irrigation, le sol arrosé par l’Indus et les affluents qu’il regoit sur sa rive gauche est en général beaucoup plus pauvre : etce n’est guère que dans le Pendjab qu'il est un peu mieux cultivé. Partout ailleurs on y rencontre de nombreuses parties sablonneuses et incultes, dont la plus étendue est le grand désert salé de Thurr, qui à l’est du territoire sujet aux inondations de l’Indus s'étend parallèlement au cours de ce fleuve et dans la direction du nord, avec une largeur moyenne de 15 à 30 myriamètres sur une longueur de 70 myriamètres au nord du Runn, abaissement marécageux du sol de 1,400 myriamètres carrés de superficie, situé au sud-est de l'embouchure de l'Indus.
Le Dekan, c'est-à-dire le pays situé à droite, et auquel on donnerait à plus juste titre le nom de presqu'île indienne et d'Inde en decà du Gange, qui est rattaché par son côté septentrional à l’Hindostan, s'étend de là en forme de triangle jusqu'à ce qu’il se termine au sud en une pointe au sol bas et marécageux. Il comprend avec l’île de Ceylan, qui en fait partie, une surface d'environ 18,000 myriamètres carrés, et constitue un plateau bordé par une ceinture de montagnes. Les monts Vindhya , fort peu accessibles et par suite demeurés assez imparfaitement connus jusqu’à ce jour, en forment le rebord septentrional, le long des limites de l’Hindostan, base du triangle du Dekan; ils s'étendent depuis la presqu’ile de Gouzourate, située au sud-est de l'embouchure de l’Indus, dans la direction de l’ouest à l’est, jusqu'aux pays où se trouvent placées les sources du Nerbudda, et delà envoient encore quelques ramifications peu élevées jusqu’au Gange inférieur. JIs se composent de plusieurs chaînes parallèles, qui ne se rattachent qu'à l’est, près des sources du Nerbudda, avec l’intérieur du Dekan, par des montagnes en forme de plateaux et hautes de 6 à 700 mètres; tandis qu’à l’ouest ils s’abaissent très-abruptement vers la vallée basse et profondément creusée du Nerbudda, qui, après avoir coulé dans la direction de l'est à l’ouest, va se jeter dans le golfe de Cambay. Sur le rebord du côté ouest et sud-est du triangle que forme le Dekan s'élèvent, au contraire, les Gates de l’ouest et de l’est, ainsi appelés des étroits défilés (Gates) par lesquels on traverse ces montagnes. Les Gates de l’ouest, séparés au nord par une solution de continuité de l’extrémité occidentale des monts Vindhya, commencent au sud des embourlures du Nerbudda et du Tapty placées précisément das cette solution de continuité ; ils se prolongent ensuite, couverts d’é-
- paisses forêts, en formant une crête dont la hauteur varie
INDES ORIENTALES
titude de 2,000 mètres, le long de la côte du Malabar, séparés de la mer seulement par‘une plaine étroite, ju:qu’au onzième degré de latitude nord. La pente vers la côte est roide et escarpée; mais à l’est elle est douce et insensible. L’élévation du plateau intérieur peut être évaluée de 7 à 800 mètres. L'intérieur du Dekan n’est pas d’ailleurs un plateau proprement dit; mais sur sa base, qui esttrès-élevée, se trouvent quelques petites chaînes suivant diverses directions et atteignant, dit-on, une hauteur absolue de 14 à 1,500 mètres. Autant donc on trouve de difficultés à gravir la côte du Malabar, autant on la redescend sans peine et insensiblement du côté de l’est, jusqu’à ce qu’on atteigne les Ghattes ou Gates orientaux, dont le versant est conduit aux plaines de la côte de Cholomandel, vulgairement appelée Coromandel. Elles ne se composent que d’une suite de montagnes peu élevées, séparées par de nombreuses sclutions de continuité, commençant sur la rive droite du Marrahaddi et longeant la côte de Coromandel à une distance de 10 myriamètres de la mer. Quoique s’élevant parfois à un maximun de 1,000 à 1,100 mètres, ce n’est que du côté de la côte qu’elles apparaissent à l’état de montagnes; car elles forment moins un soulèvement particulier du sol que le versant oriental de tout le plateau. Par 122 de latitude nord, les extrémités méridionales des Gattes de l’est et de l’ouest sont unies par la montagne des Neil-Giri ou Montagnes bleues, qui atteignent une altitude de 2,700 mètres. Au sud-est, cette montagne s’abaisse de la manière la plus soudaine et la plus abrupte, en formant un renfoncement appelé Gap, espèce de profonde crevasse jetée à travers la montagne, qui parcourt en forme de sinueuse vallée l'extrémité méridionale de la presqu’ile, dans la direction de l’ouest à l’est et d’une mer à l’autre, et relie ainsi les côtes du Coromandel à celles du Malabar. Au sud du Gap, la montagne s'élève de nouveau abruptement, en formant une masse compacte de 2,200 mètres de hauteur, avec des pics plus élevés encore, et remplissant toute la partie occidentale de l’extrémité méridionale de la péninsule jusqu’au cap Comorin, qui en est le promontoire situé le plus au sud. A l'exception du Nerbudda et du Tapty, dont il à été fait mention plus haut, les grands cours d’eau du Dekan ont tous leurs sources au pied oriental des Gattes de l’ouest, parcourent tous en se dirigeant du nordouest au sud-est toute la largeur du plateau, se frayent ensuite passage à travers les Gattes de l'est, et constituent à leur embouchure dans le golfe du Bengale des dépressions de sol considérables, par exemple le Mahanaddy, le Godavery, le Kistna et le Cavery. La muraille de rochers escarpés des Gatles de l’ouest n’est, au contraire, franchie que par de petits cours d’eau, et la plupart en formant d’imposantes cataractes. Le système d'irrigation de tout ce plateau est d’ailleurs d’une richesse extrême ; aussi présentet-il, en raison de l’heureuse nature de son sol, le développement de la plus luxuriante végétation, et n’y rencontret-on nulle part de steppes ni de landes,
En ce qui touche la constitution physique des Indes orientales comme du reste de l’Asie méridionale, il faut distinguer les vallées et les côtes, régions chaudes et humides, des pays de montagnes, où l'air est plus froid. Le climat des plaines de l'Hindostan et des basses vallées fluviales de l’Inde au delà du Gange, de même que de toutes les côtes basses et plates des Indes orientales, diffère donc complétement de celui des hautes terres des régions montagneuses, tant de celles dés deux presqu'’iles que de celles des îles et de celles de l'Himalaya. Ces basses régions sont caractérisées par tous les phénomènes physiques du monde des tropiques, par des chaleurs accablantes et par des pluies torrentielles. Mais si de ces profondes vallées on pénètre jusque dans Ja région des montagnes, l'air devient alors plus frais et plus sec, en même temps que disparaît le climat tropical proprement dit. Ceci est surtout vrai du plateau du Dekan, qui, comme celui du Mexique, jouit du plus délicieux climat.
entre 700 et 1,200 mètres avec des pics atteignant une al- ‘ On n’y souffre ni de l’ardeur tropicale ni des froids et des
neiges ,ef il n’y a jamais que les pics les plus élevées des montagnes qui blanchissent en hiver. La rosée et la pluie y rafraichissent l'atmosphère, et il y règne pour ainsi âire un printemps perpétuel. Les saisons et les climats de la partie sud des Indes orientales située en deçà du tropique du Cancer sontdéterminés d’une manière remarquable par les moussons. Les moussons du sud-ouest apportent avec elles des brouillards, des ouragans et des pluies tropicales pour la côte occidentale de l’Inde en deçà du Gange, où les Gattes de l’ouest forment la ligne de partage de la température, en mettant obstacle à ce que les nuages apportés de la mer par les moussons aïllent plus loin. Pendant qu’ils s’abattent sur la côte du Malabar, où la saison des pluies dure de mai à septembre, la côte opposée, celle du Coromandel, jouit de la belle saison sèche. Ce n’est que lentement que la masse des nuages parvient à franchir la haute muraille des Gattes de l’ouest, et alors commence la saison des pluies pour le plateau du Dekan. Enfin, quand finit la mousson du sud-ouest, après de furieuses tempêtes, accompagnement habituel de la transformation de cette mousson en mousson du nord-est, qui commence alors et chasse lesnuages vers les côtes orientales de l’Inde en deçà du Gange, la saison des pluies commence pour la côte de Coromandel et y dure d’octobre à janvier; pendant qu’à son tour la côte du Malabar jouit de sa belle saison sèche, et que le plateau, où il n’y a point de saison régulière des pluies, est rafraichi par quelques pluies légères. On observe les mêmes phéno-
Gange et dans les îles des Indes rientales. 11 y a une différencenon moins tranchée entre les climats dans les vallées et les plateaux des Indes orientales, que pour ce qui est de la vie animale et végétale.
Si l’on descend le versant méridional de l'Himalaya, on est subitement exposé à une tout autre nature. Du froid et de l’air pur d’une contrée alpestre on arrive tout à coup sous la chaleur tropicale et dans l’atmosphère humide du Bengale, contrée où les cours d’eau sont si vastes et si nombreux ; et des gracieuses fôrêts où dominent le bouleau, le pin, etc., on est transporté dans les forêts tropicales qui couvrent le pied de la montagne, ainsi que dans les bois de palmiers et de rosiers de l'Hindostan, Mais là où l’eau manque, on voit se produire, même dans les vallées de l'Hindostan, des steppes et des landes que dessèchentencore davantage des vents secs et brûlants. Il en est ainsi dans les plaines qui s'étendent le long de l’Indus et des affluents de sa rive gauche. En revanche, la végétation du Bengale, des vallées et des fertiles côtes des deux presqu'iles dont se composent les Indes orientales, de même que celle des îles qui en dépendent, placées sous l'influence du soleil des tropiques et de l'humidité de l'Océan, présente tout le caractère grandiose de celle du Brésil. On y trouve des arbres qui ont plus de 33 mètres de hauteur, des fougères de la taille de nos arbres forestiers, des herbes dont la tige comme celle du bambou, ressemble à des arbres creux, des forêts aussi diverses que riches en bois de sandal et d’ébène, bois de téak, dragonnières, palmiers de tous les genres et particuliers à ces contrées, par exemple le palmier ombellifère, le palmier-chou et le palmier-sagou, dont les deux derniers servent de plantes alimentaires ; et il en est de même du palmier à cocos, Sous ce rapport, le bananier et l'arbre à pain sont aussi d’une grande utilité. Mais ce qui distingue surtout les Indes orientales, c’est la diversité de leurs arbres et de leurs plantes aromatiques, qui y croissent sans aucune culture et en immenses quantités. On peut citer notamment le muscadier, le cannellier, le giroflier, en même temps que de nombreuses espèces de poivriers. On peut en dire autant du règne animal. Les forêts marécageuses situées au pied de l'Himalaya, sur les bords du Gange et au pied du plateau du Dekan, les taillis des forêts vierges de l'Inde au delà du Gange et des îles, de Ceylan notamment, et les immenses plantations du riz du Bengale, etc., servent deretraite à l'éléphant, qui est beaucoup plus
INDES ORIENTALES
beau et beaucoup plus grand qu’en Afrique, et qui, en raïson de la facilité avec laquelle on l’apprivoise, est devenu un animal domestique d’une grande utilité dans toutes les Indes orientales. On trouve également dans ces forêts, indépendamment d’une foule d'espèces différentes de singes, le tigre royal, le lion, la panthère, le rhinocéros, des sangliers et des buffles de taille colossale, et d’autres bêtes sauvages qui l’emportent en ce qui est de Ja force et de la féro cité sur les animaux analogues de l’Amérique, comme sous le rapport de la taille sur ceux de l'Afrique, en même temps que des serpents, des crocodiles et d’autres amphibies, qui ne le cèdent en rien, soit pour la force, soit pour l’énergie du venin, à ceux des régions tropicales de l'Amérique. Les céréales d'Europe et celles des tropiques réussissent également bien dans les parties cultivées de l’Hindostan, de même que le coton, le sucre, le café, l’indigo, etc., dont la culture devient de plus en plus exclusive dans les régions basses à mesure qu’on va plus avant vers le sud, et qui ont fait des îles des Indes orientales le pays producteur par excellence des denrées. dites coloniales. Cependant, c’est le riz qui constitue encore l’objet alimentaire le plus répanda dans toutes Indes orientales, de même que c’est la plante la plus généralement cultivée dans les contrées basses. Dans les régions cultivées on trouve tous les animaux domestiques d'Europe, à l’exception du cheval, qui y
| est assez rare; depuis longtemps le buffle et le chameau | y sont devenus indigènes. A la différence des contrées basses, mènes pour l’arrivée des saisons dans l’Inde en deçà du |
que nous avons eu jusqu’à présent occasion de caractériser, l'empreinte tropicale qu'y ont la végétation et le règne animal s’y affaiblit de plus en plus à mesure qu’on gravit le plateau. On y {rouve des forêts de mangliers et de canelliers, le muscadier, le giroflier et l’arbre à pain. A une élévation de 350 à 500 mètres, le palmier à cocos disparaît ; à 1,000 mètres, le bananier , et la forme si caractéristique du palmier ne s'élève guère au delà. En revanche, on y rencontre d’épaisses forêts d’arbres élevés, conservant pour la plupart constamment leur verdure, et la nature y déploie tes richesses les plus immenses et les plus variées. Ces hautes régions, d’ailleurs, ne se prêtent pas moins bien à la culture des plantes et des arbres aromatiques, le Dekan notamment. C’est là qu’on voit les céréales de l’Europe cultivées en même temps que le café et le coton, et les espèces de fruits les plus délicats à côté des fruits des tropiques.
En ce qui touche le nombre des habitants, on peut dire que l’Inde en deçà du Gange est un des pays les plus peuplés de l'Asie; car sa population ne s’élève pas à moins de 200 millions d’âmes. Les Hin dous proprement dits en forment la grande masse; ils habitent surtout les plaines du Gange, et on les rencontre aussi sur les diverses côtes de la péninsule : mais dans ces différentes contrées , ils forment toujours de: castes différant entre elles d’origine, de langage et de religion. A côté d'eux existent en outre une foule de peu plades tout aussi étrangères les unes aux autres, en ce qui est des usages, de la religion, de ia langue et de la conformation physique, et qui vraisemblablement sont les der niers débris des anciens habitants primitifs, restés jusqu’à ce jour purs de tout mélange avec la race des envahisseurs et des conquérants. Ordmarement ils habitent les endroits les plus inaccessibles des montagnes et des forêts, tandis que les vallées et les plaines, surtout dans l’Hindostan, sont habitées par les Hindous proprement dits. Mais partout ces peuples de montagnes et de forêts, qu'il ne faut pas confondre avec les Hindous, sont plus sauvages et plus grossiers que ceux-ci, qui ont fondé dans les pays de plaines et sur les côtes une civilisation particulière, et sont ainsi devenus, à proprement parler , la nation civilisée de l'Asie méridionale, Parmi les plus remarquables de ces peuplades plus ou moins étrangères aux Hindous, dont venons de par. ler, nous citerons les Ramousis, fixés s les Gattes, aux environs de Pounab ; les Pouharris, qui vivent de la chasse et de l’agriculture dans les sauvages contrées servant de frontières au Bengale, au Behar et au Gondwana; les Pow
lindas , race absolument indentique à celle des nègres, ixés aux sources du Nerbudda; les Pindaries, qui vivent adonnés au brigandage, dans les parties les plus inaccessibles des monts Vindhya, et qui ont embrassé l’islamisme ; les Bhils, caste méprisée, qui vivent disséminés en hordes diverses et exercent généralement le brigandage dans les monts Malwas, dans le pays des Radjpoutes et dans le Gouzourate; les CAonds ou Gonds, qui forment la population autochthone au nord du pays des Mahrattes, et surtout dans le Gondwana, dont ils sont les habitants; les Æoles, les Kands et les Sours, très-semblables à ces derniers et ayant vraisemblablement de grandes affinités d’origine, fixés dans les montagnes qui servent de limifes à la province d’Orissa ; les Kowlis, établis sur la rive septentrionale du Godavery; les Mianas, peuples mahométans, qui habitent aujourd’hui paisiblement les environs de Koutsch; ies Wandas et les Singalais, fixés dans l’île de Ceylan; enfin, un grand nombre de tribus réfugiées dans les monts Himalaya , par exemple les bouddhistes Nürwaris, dans le Népaul; les ZAotijas, dans le Bhotän; les Doms , en tout semblables aux nègres, dans les montagnes de Kamaoun; les habitants de Bissahir, chez lesquels règne la polyandrie; les Kanawaris, peuplades agricoles, qui habitent le Setledge supérieur ; les Zeptchas, les Mourmis , les Lim-
) laya. Indépendamment de toutes ces populations autochthones | de l'Inde, que souvent l’on confond sous la dénomination générique d’Hindous, il existe encore aux Indes orientale: | plusieurs peuplades qui y émigrèrent dans les temps histo- | riques. En première ligne, il faut citer les Mongoles, des- | cendants des Tatares mahométans, qu’on appelle les conquérants de l’Inde, généralement d’origine turco-persane, et qui de nos jours même ne connaissent pas d'autre langue que le persan. Plus vigoureux, plus grands, plus belliqueux que les Hindous, ils étaient devenus les maîtres du pays, et ils ont propagé l’islamisme même dans la population autochthone, avec laquelle ils se sont beaucoup mêlés. Après eux viennent les Afghans (voyez AFGHANISTAN), que la conquête a aussi mis en possession du territoire qu’ils habitent, et aue dans les Indes orientales on appelle Rohillas, de même que les Arabes qui, mahometans comme eux, se trouvent dans les villes du Malabar, à Calicut, à Goa, à Gouzourate et dans le Moultän, et dont les descendants, provenant de leur mélange avec les Hindous, sont appelés Mapoulers ou Moplas. Il faut encore mentionnerles Parsis (voyez GuËBRES) ainsi que les Juifs, qu’on prétend être arrivés dans PInde à l’époque de la captivité de Babylone, qu’on renconfre comme agriculteurs, ouvriers ou encore marchands dans diverses parties du Malabar, et qu’on appelle les Juifs blancs, pour les distinguer des Juifs noirs, qui, descendant peut-être d’indigènes convertis au judaïsme, sont aujourd’hui répandus dans toute la péninsule. Enfin, il ne faut pas non plus oublier les chrétiens qui résident dans Vinde en deçà du Gange ; ils se composent, en partie, de chrétiens de saint Thomas ou Nestoriens,au Malabar ; deprosélytes indiens-catholiqnes, dans les colonies françaises et portugaises ; et de protestants, le plus généralement au Malabar ; mais ilsne forment guère ensemble qu’un total de 1,100,000 âmes, y compris les Arméniens (voyez ARMÉNIE), qui vivent dans le pays comme marchands, un petit nombre d’'Abyssins (voyez AByssinie), et les Européens établis dans l'Inde.
En ce qui est de la civilisation de l'Inde en deçà du Gange, il est tout naturel, en raison de la diversité infinie des peuples qui l’habitent, qu’elle diffère extrêmement selon les lieux et les races. S’il s’agit de la civilisation des Hindous, la plus répandue de ces races, voici ce qu’on en peut dire d’une manière générale : toute la civilisation des Hindous, fout leur état social et moral, leur littérature, dont l'importance est extrême ( voyez INDIENNES [ Langue et Littérature ], leurs beaux arts (voyez INDIENNES [ Peinture, Sculpture, architecture ]), reposent sur leur religion, et se sont développés de la manière la plus intime avec elle (voyez Ix-
LICT, DE LA CONVERS. — T, XI
INDES ORIENTALES
bous, etc., établis dans les régions montagneuses de l'Hima-
DIENNE | Religion ]). Cependant le culte de Brahma n'est nullement la religion unique de tous les peuples hindous, généralement parlant, puisqu'il en est beaucoup qui ont conservé leurs antiques religions primitives, la plupart de nature polythéiste. Il ne domine, au contraire, que parmi les populations des contrées les plus accessibles, et surtout des villes ; mais là même il se présente avec les différences les plus tranchées; car le nombre des sectes qu'il compte dans son sein est très-considérable. D'autres peuples hindous, par exemple à Ceylan et dans l'Himalaya, pratiquent le bouddhisme (voyez Bouppua ). En outre, un grand nombre d’Hindous placés sous la domination tatare ont été contraints d’embrasser l'islamisme, qui, après le brahmanisme , est la religion la plus répandue dans l'Inde en deçà du Gange. On calcule qu’il est professé par un huitième de la population totale. C’est ainsi que l’Hindou, race douce, timide et raffinée, vit après mille années environ d’esclavage sous la domination de conquérants étrangers, qui sans doute ont réussi à l’amollir, à le rendre indolent et rämpant, mais qui n’ont pu lui enlever le sentiment de sa dignité intellectuelle; conservant, au milieu des ruines de son antique civilisation et de sa gloire passée, son antique foi avec une persévérance qui étorne l'observateur; menant une vie contemplative, vegétative, toute dans les domaines de l'imaginalion.
De grands efforts pour répandre l'instruction publique parmi les Hindous ont été faits depuis 1848, époque où 'e gouverneur d’Agra proposa d'installer un maître d’école dans chaque localité d'au moins une centaine de familles. Après trois années de discussions, la Compagnie des Indes accepta cette idée en principe, el des ordres furent donnés pour qu'une école convenable fût établie dans chaque houlkaboundi (espèce de canton), et que le traitement de l'instituteur fût payé sur les revenus fonciers. Un certain nombre d'écoles et de colléges entrérent en exercice, soit avec l’aide, soit sous le patronage du gouvernement; le nombre s’en augmenta rapidement, et en 1871 il était d jà du double de 1862 : ainsi l’on complait, à la pre: ière date, dans toutc l'Inde angiaise, 25,147 établissements scolaires, fréquentés en moyenne par 800,000 élèves des deux sexes par an, et dont l’entretivn coûtait 25,485,000 fr.
La civilisation industrielle de l’Inde en deçà du Ganges est tout aussi ancienne que sa civilisation intellectuelle, bien que toutes ses populations n’y participent point indistinctement, Il en est beaucoup, surtout celles qui sont demeurées à l’état sauvage, dans les régions montagneuses, qui vivent encore tout à fait à l’état de nature, comme pasteurs, comme chasseurs ou comme brigands, ne pratiquant point l’agriculture, et quelquefois même ne donnant aucun soin à l'élève du bétail. En revanche, les Hindous proprement dits, dans les anciennes contrées cullivées des bords du Gange, du Pendjab, du Kaschmir, des côtes de la presqu'ile et de Ceylan, n’ont pas seulement porté la culture du sol, mais aussi les différents métiers techniques à un degré de perfection qui sous beaucoup de rapports a servi de modèle aux nations plus jeunes de l’ancien monde. L’incomparable richesse de produits de leur sol de même que leur industrie ont donc fait de bonne beure du pays qu’ils habitent l’une des plus riches contrées de la terre. Les guerres dévastatrices, soutenues tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, qui depuis près de mille ans sans interruption onf afligé et ravagé l’Inde en decà du Gange ont insensiblement fait déchoir son agriculture et surtout son industrie de leur antique prospérité; l’emploi des machines et l’écrasante concurrence des manufactures anglaises leur ont porté le coup de grâce, quoique dans ces derniers temps l'Angleterre, n’obéissant en cela qu’à ses intérêts, ait beaucoup fait pour y ranimer l’agriculture. Néanmoins, comme on a pu s’en convaincre lors de l'Exposition universelle de Londres, ce pays conserve encore de brillants débris de son antique activité industrielle ; et il fournit aujourd’hui,
dans des proportions toujours croissantes, une incaleulable quantité de produits naturels, dont l'exportation va chaque jour en augmentant. Parmi les plus remarquables de ces produits, il faut mentionner le riz et les autres espèces de céréales, le coton, l’indigo, l’opium, le sucre, le tabac, le café, le thé dans l’Assam, le poivre, la cannelle à Ceylan, et divers autres aromates ct épices, des bois pricieux, de la soie, du fer dans le Koutsch, des diamants à Golconde, des chameaux, des éléphants et autres animaux domestiques, parmi lesquels la chèvre de Kaschmir est d’une haute importance. En fait de produits dart, on peut citer les tissus de coton, les tissus de laine de Lahore el de Kaschmir, leurs mousselines, leurs draps de soie, leurs châles et leurs tapis, pour l’excellence et la Gnesse de la fabrication, pour l'éclat des - couleurs; en outre, les armuriers, qui, habiles à fabriquer l'acier et travaillant le fer d’une manière loute particulière, livrent à la consommation une foule d’articles d'excellente qualité, Depuis que la direction des affaires de l'Inde a passé des mains de Ja Compagnie au gouvernement de la métropole (1858), une ère de régénération s’estouverte pour ce pays. L'industrie a pris un nouvel essor, le commerce a doublé d’importance. En 1248-50 la masse totale des exportations s’éleva à 450 millions de fr., tandis que les importations n’atteignirent que le chiffre de 330 millions. En 1871-72, le total des exportations n onlait à 1,617 millions de fr., dontla moitié à destination de l’Angleterre, et les importations dépassaient 1,066 millions.
Au point de vue politique, l'Inde en deçà du Gange se divise en pays placés immédiatement sous la domination européenne, en contrées qui en relèvent indirectement, et en États protégés ou tenus à l’état de vasselage par les Européens. D’après le recensement de 1872, la première mesure officielle de ce genre qui ait été exécutée, la population totale des Indes orientales (en y comprenant les territoires de la Birmanie et de Malacca, ainsi que l'ile de Ceylan) s'élevait à 239,678,995 habitants, répartis sur une étendue de 1,621,520 milles carrés; ce qui donne une moyenne de 147 individus par mille.
Les possessions anglaises immédiates, peuplées en 1872 de 191,307,070 hab. , se divisent en 8 provinces. Viennent d’abord les 8 anciennes présidences : 1° de Pombay, 14,042,596 hab.: 2° du Bengale, 66 856,859 hab.; 8° de Madras, 31.311,142 hab.; ensuite 4° les provinces du Nord-Ouest (30.759,056 hab.), qui ont maintenant pour chef-lieu Allahabad, au lieu d’Agra; 50 le Pendiab, avec 17,596,752 hab. et Lahore pour chef-lieu: 6° l’ancien royaume d'Oure, ayant 11,220.747 hab. et Lucknow pour chef-lieu; 7° la province du Centre (9,066,638 hab.), formée, le 2 novembre 1861, avec le Nagpour, et agrandie, en 1862, de plusieurs terriloires voisins; 8° la Birmante anglaise (2,562,393 hab.), ayant Rangoun pour chef-lieu. II faut ajouter à la liste de ces provinces celles d’Aÿmir, de Courg, du Berar etdu Maïssour, peuplées ensemble de 7,881,557 habitants, et placées sous le contrôle particulier du gouverneur général, Toutes ces provinces constituent plus particulièrement l'Inde proprement dite: elles sont divisées en 53 commissariats et 1,114 districts; lenombre des localités habitées y est de 487,061.
Les possessions médiates n’appartiennent pas à l'Angleterre : disséminées dans l'intérieur des provinces, elles sont encore désignées sous le nom d’États alliés ou protégés; en réalilé ce sont des vassaux de la couronne brilannique. Ces divers États occupent une superficie de 646,147 milles carrés, avec 46,245,888 habitants en 1872.
La forme actuelle du gouvernement de l'Inde brilannique a été déterminée par la loi du 2 août 1858. Aux termes de cette loi, tous les territoires placés jusque-là sous la direction de la Compagnie des Indes orientales ont fait retour au gouvernement royal; tous les pou-
INDES ORIENTALES
voirs sont exercés en son nom, et les impôts et revenus levés directement. Un des principaux membres du ministère anglais a été investi, sous le nom de secrétaire d'Etat de l'Inde, des prérogatives délézuées à la Compagnie ou à l’ancien Comité des Indes (board of control), el tous les actes, décrets ou ordres généraux concernant celle colonie doivent être accompagnés de sa signature, Quant à l’autorilé exécutive proprement dite, elle est atlribuée à un gouverneur général, au choix de la couronne el agissant sous les ordres du ministre particulier de l'Inde. D'après la législation en vigueur ce haut fonctionnaire a le droit de faire, avec l'assistance de son conseil, des lois et règlements sur tout ce qui concerne l’administration des territoires qui lui sont confiés, soit pour les indigènes, soil pour les vassaux, soit même pour les résiden(s anglais. 11 jouit d’une liste civile de 25,000 livres par an, non compris les frais de représentation estimés à 12,000 (en tout 925,000 fr.). Comme nous lavons dit, l'administration générale de l'Inde a été scindée en deux grandes divisions, l’une centrale et qui réside à Londres, l’autre locale. La première forme le ministère des affaires de l’Inde et se compose d’un sous-secrétaire d'Élal, qui a rang dans le cabinet, et d'un conseil de 15 membres nommés par lui pour dix ans, et qui doivent avoir servi ou résidé autant d'années dans la colonie. Toutes les affaires générales sont centralisées dans ce conseil; il siège au moins une fois par semaine, et ses résolutions doivent être contresignées par le sous-secrétaire d’État pour avoir force de loi. Le gouvernement local, qui réside à Calcutta, est représenté par le vice-roi et par un conseil exéculif de cinq membres, non compr's le commandant en chef, qui a voix consultative. L’administration est partagée en cinq grandes directions : finances, intérieur (instruction publique, cultes, justice, postes, police, agriculture et commerce), affaires élrangères (relations avec les résidents politiques), guerre et marine, travaux publics. Il y'a, en outre, un conseil législatif de 12 membres, dont moilié peut être choisie parmi les indigènes, et qui a pour mission de confectionner des lois et règlements pour les provinces qui, comme le Bengale, Madras et Bombay, sont privées de conseils particuliers. La désignation des gouverneurs provinciaux et des membres du conseil exécutif appartient à la couronne; celle des sous-gouverneurs peut être faite par le gouverneur général, sauf approbation du ministre. Avant la grande rébellion des cipayes, le budget de l'Inde n’offrait pas un état satisfaisant. Ainsi, pour les périodes 1838-1848 et 1848-1859, les recettes furent, en moyenne, de 575 et de 725 millions de fr., et les dép:nses de 600 et de 750, laissant un délicit annuel d'environ 25 millions par an. Cette situation ne s’est pas amliorée avec le nouveau régime, et il a fallu recourir aux emprunts pour équilibrer le budget. Depuis 1858 ce budget est soumis au contrôle du ministre de l’Inde, qui ne peut disposer d'aucun crédit ni en changer la deslination sans l’assentiment de la majorité du conseil: les comptes généraux sont envoyés tous les ans à l'examen du parlement. Depuis 1867 l’année financière s'ouvre au {er avril. Pour la période 1867-1872, les différents budgets ont laissé un déficit total de 225 millions de fr.; ce pendant la situation s'améliore, et les résultats de 1872 et de ‘873 ont permis de réaliser d'assez fortes économiss; c’e.t la conséquence de la bonne organisation des services, ainsi que de la réduction de leffectif militaire. Les dépenses du budget définitif de 1571-72 étaient de 1,215,362,800 fr. (administration centrale à Londres, 203,192,350 fr.; armée, 376,952,800 fr,gtravaux publics, 102,064,275 fr.); les recettes montaient à 1,252,755,375 francs, dont les plus grosses étaient fournies par l'impôt foncier (513,007,425 fr.), l'opium (231,346,475 fr.), Le sel (149,164,875 fr.), el les douanes, Le revenu de l'opium, dont la culture est monopolisée, a produit, depuis 1863
INDES ORIENTALES 347
ju qu'en 1872, une somme lolale excédant deux mildiards. En 1857 la dette publique de l'Inde était de 1,500 millions de fr. environ. Les réformes qui furent introduit. s, la constitution d’une armée nouvelle, les désastres causés par la rébellion, enfin l'extension des travaux publies élevèrent, en 1862, ce chiffre à 2,492 millions. Après avoir été diminuée d’une centaine de millions, la dette remonta, en avril 1872, à 2,667,683,025 fr., non compris l'intérêt à servir, qui était alors de 121 millions.
En transférant le gouvernement de l'Inde à la couronne, le parlement décida que l’armée serait réorganisée el placée sous les ordres du ministre d’État, mais qu’elle continuerait à jouir, comme par le passé, des pensions ei privilèges qui lui avaient été octroyés. Lors de la rébellion de 1857, l’armée de la Compagnie consistait en 45,000 soldats anglais el 232,000 soldats indigènes. On a renversé cette proportion : les régiments de cipayes, formés avec de nouveaux cadres, ont été conservés comme force
auxiliaire; mais l'effectif en à été réduit au point de ne |
dépasser guère 100 à 105,000 hommes, et tous leurs officiers sont anglais. Quant à ce qu’on nomm: spécialement éroupes de la reine, elles se composent (1874) de 82,977 hommes, tous Européens, dont 2,500 pour l’artillerie à cheval, 4,330 pour la cavalerie, 10,139 pour l’artillerie et le génie, et 45,958 pour l'infanterie. Dans l’accomplissement des devoirs de police at du service des frontières l’armée a pour auxiliaire un corps de 170,000 agents indigènes, commandés en grande partie par des Anglais.
Les premières entreprises de chemins de fer aux Indes |,
orientales datent de 1845, où deux compagnies furent !
consliluées : Zast India Company el Great Indian peninsula Railway Company. Au commencement l'argent fit défaut jusqu’à ce que lord Dalhousie eût réussi à attirer des cap:taux anglais sous la condition acceptée par le conseil des Directeurs que le terrain nécessaire serait fourni gratuitement pour 99 ans; à l’expiration de ce délai, le terrain et la voie devaient faire retour à l'État, Les deux grandes sociétés obtinrent leurs concessions en 1849 avec un capital, la première de 475 millions, la seconde de 300. Depuis la fin de 1861, neuf autres compagnies obtinrent des concessions; mais en 1869 le gouvernement refusa d’en accorder de nouvelles et entreprit à son compte l’achèvement du rés’au commencé. La première voie, d’ailleurs fort courte (14 kil.), fut ouverte en 1854; elle allait de Bombay à Tannah. A la fin de 1859 1,005 kil. de chemins de fer étaient en exploitation; en 1869, 6,861; et en juin 1873, 8,870 kil. Ajoutons qu’à cette dernière date on ne comptait pas moins de 3,928 kil. en voie de construction. On peut juger de la grandeur de ces entreprises par quelques délails : au commencement de 1864, on occupait sur les différentes voes 709 locomotives, 1,421 wagons à voyageurs et 12,372 à marchandises; on avait amené d'Angleterre, sur 3,570 navires, près de 55 millions de quintaux d’éclisses et autres matériaux d’une valeur de plus de 362 millions de fr. Les frais généraux de construction du réseau indien s’élevaient, en 1873, à 2,380 millions, dont 87 millions pour les chemins de fer de l'État. De 1864 à 1865, les recettes dépässaient déjà 33 millions et demi, et les voyageurs 12 millions et demi, dont plus des trois quarts, riches, commerçants et hindous de haut parage, avaient voyagé en troisième classe en compagnie de pauvres coulies. Les recettes de l’année 1872 montaient, pour tout le réseau, à 156 millions de fr.
La construction des voies ferrées, outre qu’elle à imprimé un essor considérable au commerce, a eu aussi cette conséquence de développer singulièrement les re lations sociales. Ainsi, en 1859, il n’y avait dans l'Inde
que 850 bureaux de poste ayant distribué 47,788,105 |
lettres et journaux; à la fin de l'année 1871-72 le nom-
bre des bureaux était de 4,769 et celui des lettres et des *
journaux de 87,476,768, envoyes principalement à destination des provinces du Bengale, de Madras, de Bombay, du Nord-Ouest et du Pendjab. Ce service AppOr= tait à PÉtat un revenu de 20 millions et demi par ar. Quant aux lignes télégraphiques, elles occupaient, en 1871, un développement de 24,303 kil., et avaient expédié 629,234 dépêches, dont 67,020 internationales.
Le gouvernement à fait de grands efforts pour répandre Pinstruclion parmi les populations si diverses et si pro= fondément iznorantes de l'Inde, Dès 1848 un projet, dû au gouverneur d'Agra et d’après lequel une école devait être établie au moins par cent familles, fut présenté à La Compagnie des Indes. La cour des Directeurs discuta celle question pendant des années; elle (init par décider en 1854 que chaque district (4ul/kabundi) ou circonscription agricole serait pourvue d’un instiluteur rétribué sur les fonds de l'impôt foncier. Ce système, à peine ébauché, fut amélioré en 1859; on créa une école normale d’inslituteurs dans chaque province et {rois écoles supérieures où universités à Calculta, Bombay et Madras, sans parler de nombreux collèges pour les études classiques. #n 1862 il y avait 13,219 écoles fréquentées par 350,762 élèves des deux sexes; en 1871 ces chiffres s’élevaient à 25,147 pour les écoles et à 799,622 pour les écoliers; l’entretien de ces écoles coûlait plus de 25 mill'os d: fr. P. Louisy.
Histoire.
L'histoire ancienne de l’Inde est complétement obscure, car la littérature sanscrite ne possède pas d’ouvra- # s historiques, les chroniques ayant un cararactère mytique, et étant plutôt de la poisie que de l’histoire. Tout
| ce que nous savons de l’histoire primitive de l’Inde se borne
donc à des situations, à des résultats que nous ne constatons que par induction. Un fait qui se présente tout d’abord à nos regards avec tous les caractères de la plus irrécusable vérité, c’est que la plus ancienne civilisation de l'Inde fut le produit de la conquête. En effet, à une époque extrême-
ment recuiée, peut-être bien 2,000 ans av. J.-C., des con-
quérants de race caucasienne, et d’une civilisation beaucoup plus avancée, descendirent du sommet des hautes montagnes qui entourent l’Ind e au nord dans les contrées basses, où ils subjuguèrent les hordes d’habitants autochthones en les faisant participer à leur civilisation. C’est du mélange de ces deux races différentes, encore bien qu'il ait pu ne pas être complet, que provient le peuple hindou actuel, avec sa division en castes; de même que c’est de la civilisation plus avancée de la nation conquérante que sortirent la religion, la moralisation et toute la civilisation des Hindous, qui trèscertainement étaient à l’origine d’une nature plus pure et plus idéale que de nos jours, après avoir, dans le cours des âges et sous l’action de l’antagonisme constant existant entre des castes supérieures et plus éclairées, et des castes inférieures moins généreusement douées par la nature, développé de plus en plus cette grossière superstition, cette religiosité franchement fanatique, cette idolâtrie matérielle, cette démarcation despotique des castes, qui constituent les traits les plus saillants du caractère de ces populations. Dans cette première période mythique l’Inde en deçà du Gange, notamment l’Hindoustan (attendu que dans le Dekan, dont l’intérieur est inaccessible, la civilisation ne se développa jamais comme dans les plaines du Gange, le véritable foyer de la civilisation hindoue), était divisée en un grand nombre d’États indépendants, tels que ceux d’Ajodhja, de Mithyla, dans l’Inde supérieure, et de Magadha dans l’Inde centrale. Des radjahs, c'est-à-dire des rois, des princes, élaient placés à la tête de ces États, dent plusieurs reconnaissaient souvent l'autorité su prême d’un »naharadjahk, c’est-à-dire d’un grand roi. Les brahmanes ou
| prètres, comme auteurs et gardiens des lois, exerçaient une grande influence sur la direction des affaires publiques:
Des constructions prodigieuses, surtout des temples tail- PU
lée dans le roc vif, furent exécutées par eux. Des innovations religieuses, par exemple la fondation et la propagation du bouddhisme (voyez Boupona), occasionnèrent de temps à autre de grands troubles. La religion et la civilisation furent transportées aussi dans d’autres pays, par exemple dans les îles de Java et de Bali. Alors apparaît plus particulièrement comme grand conquérant le héros Rama, tant célébré dans l'épopée intitulée Ramayana, et qui porta ses armes jusque dans l’île de Ceylan. Toutefois, ce n’est qu'avec les conquêtes d'Alexandre le Grand, qui pénétra jusqu’à l’'Hyphasis, aujourd’hui le Setledge, dans le Pendjab, et d’après les renseignements sur l'Inde rapportés par les Grecs, que commence l’histoire et que son domaine devient plus lucide, Les princes indiens Taxile et Porus sont cités comme des contemporains d’Alexandre, lequel, après avoir vaincu le dernier, l’établit roi dans les régions de l'Inde qu'il venait de subjuguer. Depuis lors, et peut-être même bien auparavant, l’Europe entretint toujours des relations commerciales non interrompues avec l'Inde, soit par mer, soit par terre au moyen des caravanes ; et beaucoup de Grecs allèrent trafiquer dans l'Inde, où ils finirent même par s'établir. A la mort d'Alexandre surgit le roi indien Sandracot- Lus, qui régna sur toute la contrée située entre l’Indus et le Gange. L’un des successeurs d'Alexandre, Seleucus Nicator, pénétra jusqu'aux rives du Ganige pour châtier Sandracottus, mais conclut la paix avec lui moyennant des présents, et lui donna même sa fille en mariage. Depuis cette époque les relations de la Grèce avec l'Inde continuèrent sans interruption, et le roi greco-bactrien Eucratidas conquit même, peu de temps après qu’Antiochus le Grand eut entrepris son expédition contre le roi indien Sophragasenus, une partie du nord de l'Inde en deçà du Gange, qui fut perdue, il est vrai, peu de temps après la décadence de l'empire grecobactrien. Plus tard, les Saces ( Indo-Scythes) devinrent puissants dans l’Inde. Les Romains entretinrent également des relations avec l’Inde, et il est fait mention de diverses ambassades envoyées de l’Inde aux empereurs romains. Ce fut seulement à l’époque de la conquête de la Perse par les Arabes mahométans et de leur propagation dans l’Asie au huitième siècle, quand, sous le khalife Walid, une partie de l'Inde en deçà du Gange fut conquise par eux, que cessèrent les relations directes de l’Europe avec l'Inde ; mais les Arabes se chargèrent alors de leur servir d’intermédiaires. C'est avec eux que le mahométisme commença à exercer sur l'Inde une influence qui a élé si fatale à cette contrée, le mahométisme qui, en provoquant le fanatisme guerrier de tous les peuples qui lui étaient dévoués, précipita sur l’Inde une suite de conquérants dont les exploits détruisirent sa prospérité, parce que dans leur fanatisme religieux ils y exercérent d'impitoyables dévastations, anéantissant l’indépendance des États septentrionaux de l’Inde et y introduisant des éléments politiques, religieux et sociaux complétement hétérogènes. Ce ne fut qu’au sud, dans les contrées moins accessibles du Dekan, que se maintinrent quelques dynasties hindoues indépendantes, tandis que l'Hindoustan proprement dit, sauf quelques parties isolées, n’a jamais pu recouvrer depuis lors son indépendance. C’est ainsi que régnèrent successivement, et en fondant des empires mahométans, les dynasties des Ghasnévides, des Ghourides et plusieurs conquérants afghans, par exemple Timour, jusqu'au moment où le descendant de ce dernier, Babour, fonda, en 1526, l'empire dit du Gran d-Mog ol, qui à l’époque de sa plus grande prospérité, sous le règne d’Akba r , comprenait tout l’Hindoustan et une grande partie du Dekan. Les capitoles du Grand Mogol étaient Delhi et Agra. Il y avait alors des provinces immédiatement soumises et gouvernées par des nabobs, des provinces feudataires obéissant à leurs propres radjahs héréditaires, ayant leurs propres lois, et ne payant au Grand-Mogol qu’un simple tribut,
Pendant ce temps-là, et à la suite de la découverte de la route conduisant aux Indes en doublant le cap de Bonne- Espérance, is Portugais éaient parvenus, au commence-
INDES ORIENTALES
ment du seizième siècle, en construisant des forts et en éfablissant des factoreries, mais grâce surtout aux falents de leurs chefs, d’un Almeïda et d’un Albuquerque, à se rendre maîtres d'importantes possessions (voyez Go), qu’ils conservèrent pendant près d’un siècle en même temps que le monopole de l'important commerce des Indes. La
puissance de cette nation et lesprit d'entreprise qui lui était,
particulier ayant singulièrement déchu, même au sein du
Portugal, vers la fin du seizième siècle, les Hollandais réus-
sirent à s'emparer de la plus grande partie de ses possessions situées au delà des mers, et à se rendre pour longtemps les rhaîtres du fructueux monopole du commerce de l'Inde. Cela leur fut d'autant plus facile que par leur tyrannie et par leur fanatique prosélytisme les Portugais s'étaient fait des indigènes de ces contrées autant d'ennemis. Les Anglais ne fardèrent pas non plus à figurer parmi les nations européennes faisant le commerce avec les Indes, surtout quand le monopole en eut été législativement accordé à une compagnie fondée en 1660 (voyez ci-après INDES ORIENTALES [Compagnies des]). Mais les Français avaient également réussi à acquérir quelques possessions territoriales dans l'Inde, dont le chef-lieu, Pondichéry, parvint de bonne heure à une grande importance. La constante rivalité de ces deux nations se reproduisit aussi sur ces lointains rivages, qui devinrent également le théâtre de leurs sanglantes guerres, comme si l’Europe ne leur eût pas suffi pour s’entr'égorger. Dupleix, gouverneur général des possessions françaises dans l’Inde, exécuta d’abord avec autant d’habile persévérance que de succès le plan qu’il avait conçu pour expulser les Anglais de ces contrées ; mais son gouvernement, loin de le seconder, l'ayant rappelé et remplacé par des bormmes qui n'avaient nises talents ni sa connaissance profonde de l'Inde, les Français perdirenf, aux termes de la paix de Paris (1763), toutes les conquêtes que Dupleix avait su faire au sud de la Péninsule. En même temps une révolution intérieure s'était accomplie au Bengale. Fatigués des incessantes avanies et des préjudices de tous genres que leur faisaient essuyer les nabobs, à moitié indépendants, de l'empire du Grand-Mogol, dont la décadence était alors complète, et excités par le succès d’une attaque imprévue par suite de laquelle ils s'étaient emparés de Calcutta, les Anglais se décidèrent à recourir à la force des armes, et battirent si complétement l’ennemi dans plusieurs campagnes, que leur domination sur le cours inférieur du Gange s’en trouva aussi agrandie que consolidée. C’est ainsi que lord Clive devint le fondateur de la puissance anglaise dans l'Inde. Quelque peine que se donnât la Compagnie des Indes pour suivre un système de politique pacifique, elle n’y put réussir. L'empire du Grand-Mogol, en effet, était parvenu au point extrême de sa décadence. A la mort du puissant Aureng- Zeib, arrivée en 1707, on vit se succéder dans l’espace de cinquante années douze souverains, dont la plupart furent d’une complète nullité. Par suite de ces continuels changements de trône, l'anarchie et la révolte étaient constamment à l’ordre du jour ; et plusieurs des peuples qui avaient jusqu’alors constitué l'empire du Grand-Mogol en profitèrent pour se déclarer indépendants avec leurs gouverneurs ou princes jusque alors tributaires, par exemple le soubab du Dekan, le nabob d’Aoudh, ete. De leur côté, les Sik hs fondèrent le royaume de Lahore; et les Mahrattes réussirent à enlever de grandes provinces à l'empire du Grand-Mogol. L'expédition de Nadir, chah de Perse, en 1739, et les conquêtes des Afghans, notamment à partir de 1747 , les conquêtes du chah Achimet-Abdallah, lui furent encore autrement fatales. Par suite de cette complète décadence de l'empire du Grand-Mogol, il s'était constitué dans l’Inde en deçà du Gange une foule de petits États indépendants , dont les princes n'avaient d'autre politique que de tâcher sans cesse d'agrandir leurs États respectifs. De là des guerres intestines continuelles, et la prépondérance que l’un ou l’autre de ces États aurait acquise n’eût pu être que très:
dangereuse pour les Anglais attendu que les Français n'a .
INDES ORIENTALES
aient point encore renoncé à leurs anciens projets, et prenaïent à tâche de susciter constamment à leurs rivaux de nouveaux ennemis, qui trouvaient aussitôt aide et appui chez eux. Ils cherchèrent donc à obtenir de l'influence : dans PHindoustan, chez les Mabrattes; dans le Dekan, chez les sultans de Mysore et le nizam d'Hyderabad, Hyder-Ali, sultan de Mysore, devait en partie sa puissance à l'appui de la France. Après avoir, dès 1767 el 1769, été en guerre avec les Anglais, il projeta d’anéantir la puissance anglaise dans l'Inde, alors que la guerre éclata de nouveau entre la France et l’Angleterre à la suite de l'insurrection des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, guerre à laquelle les Indes orientales servirent aussi de théâtre. Le nizam s'était allié avec les Mabrattes. La Compagnie anglaise des Indes orientales ne dut son salut qu’à la prudence, à l’habileté et à l'énergie du gouverneur général, Warren Hastings. Celui-ci réussit à conclure la paix avec les Mahrattes, et Tippou-Saïb, fils et successeur d’Hyder-Ali, abandonné par la France, fut réduit, en 1784, à conclure la paix avec la Compagnie, sortie victorieuse et plus puissante que jamais aux Indes orientales de cette redoutable lutte.
Quelque pacifiques que fussent les instructions données à lord Cornwallis, second successeur de Warren Hastings (12 septembre 1786, — 10 octobre 1793), les projets de conquête constamment entretenus par Tippou-Saïb le contraignirent à prendre les armes contre lui. La guerre de 1789 à 1792 coûta au sultan de Mysore la moitié de ses possessions, que se partagèrent les Anglais et leurs alliés les Mabrattes. Sir John Shore, qui succéda à lord Corn-
wallis dans le gouvernement général des Indes orientales |
(28 octobre 1793, —12 mars 1798), en suivant une politique pacifique nuisit beaucoup à son pays; sans compter que les Français, à la suite de la révolution qui venait de s’accomplir dans leur pays, s’efforçaient sans cesse d’exciter tous les ennemis de Angleterre dans l’Inde. Une masse d’émissaires et d'officiers français se rendirent dans l’Inde ; et ces derniers disciplinèrent, non sans succès, les troupes des princes qui les avaient pris à leur service. A Golconde, Raymond commandait une armée de 14,000 hommes , et sur le territoire de Delhy, Perron avait réuni 40,000 hommes prêts à entrer en ligne, parfaitement armés et équipés, commandés par des officiers français et munis d’une nombreuse artillerie, Tous les anciens amis de la France étaient préparés pour une attaque; et l'expédition de Bonaparte en Égypte se raftachait à l’exécution de ces plans. Le marquis de Wellesley,le nouveau gouverneur général des Indes orientales (17 mai 1798, — 30 juillet 1805), voyait approcher orage. Ses habiles négociations diplomatiques rattachèrent d’abord à l’Angleterre le nizam, qui conclut un traité des plus avantageux pour la Compagnie. Tippou-Saib attaqua trop tôt; il perdit le trône et la vie à la prise de Séringapatam , le 4 mai 1799, et quand la bataille navale d’Aboukir eut rendu inutile l'expédition française en Égypte, les autres partisans que la France comptait dans les Indes se virent abandonnés à leurs propres ressources. Aucun d’eux n’osa alors attaquer, et Wellesley put sans obstacle disposer librement des déstinées du Mysore. La chute de Tippou-Saïb accrut considérablement la puissance de l'Angleterre dans le Dekan, tant sous le rapport des territoires que sous celui de Pinfluence. Pendant ces opérations, les Mahrattes conservèrent toujours vis-à-vis des Anglais une attitude menaçante; mais les divisions intestines auxquelles ils étaient en proie hâtèrent aussi pour eux une catastrophe décisive. A la fin du dernier siècle, l’Angleterré se trouva déjà engagée avec eux dans de longues guerres, qui aboutirent, en 1818, à leur ruine complète, et dès lors la domination des Angiais dans l’Inde se trouva complétement consolidée, Dans la longue lutte soutenue par les Mahrattes, et à laquelle presque tous les autres États de l'Inde en deçà du Gange, restés jusque alors indépendants, se trouvèrent entraînés à prendre part, tous, jusqu’à l'ombre de souverain qui régnait encore à Delhi avec le titre de Grand-Mogol,
| perdirent leur inäépendance, et furent obligés d'abandonner
à Angleterre de vastes parties de leurs territoires respectifs, à l'exception du maharadja de Scindiah, qui se maintint encore quelque temps. Le radjah de Népal, les émirs du Sindh et le maharadjah de Lahore furent les seuls princes indiens qui restèrent véritablement indépendants, et continuèrent à inspirer de l'inquiétude aux Anglais, La guerre qui éclata en 1824 entre la Compagnie e! les Birmans se termina de même, en 1826, au détriment de ceux ci, par la cession du royaume d’Assaim et d’une vaste partie de l'Inde en deçà du Gange. Cependant, plus la Compagnie avait étendu son territoire, plus elle s’était fortifiée à l’intérieur, et plus elle se trouvait dans une position difficile relativement à l'extérieur, car elle eut alors affaire à des ennemis autrement difficiles à vaincre que ceux qu’elle avait rencontrés jusque ici ; etellese vit entraînée dans une foule de complications politiques, qui la contraignirent, bien malgré elle, à recommencer de périlleuses luttes. La première fut la guerre contre les Afghans, provoquée par les intrigues de la Russie en Perseet dans l'Afghanistan; cette puissance
: ayant employé tous les moyens pour exciter les souverains
de ces deux pays contre l’Angleterre, dans l'espoir de s’ouvrir ainsi une route par laquelle elle doit tôt ou tard menacer et même attaquer la puissance anglaise dans les Indes orien-
: tales. La guerre commença en octobre 1838, par ordre du
ministère de l’Inde, et les opérations en furent conduites par lord Auckland, alors gouverneur général des Indes; elle se termina en décembre 1841 et janvier {842, par la désastreuse retraite que l’armée anglaise fut forcée de faire depuis le Kaboul (voyez AFGHANISTAN et KaBour). Comprenant au’il leur serait impossible de se maintenir dans le Kaboul, les Anglais se décidèrent à l’évacuer complétement, mais non sans avoir préalablement rendu par une brillante campagne à leurs armes le prestige que leurs désastres avaient compromis. Une seconde expédition fut donc entreprise par lord Ellenborough, qui, le 28 janvier 1842, avait succédé à lord Auckland comme gouverneur général. Le général Nott, qui jusqu’alors s'était maintenu à Kandahar avec un corps de 10,000 hommes, marcha de là sur Ghasna, d’où la garnison anglaise avait été chassée ; et le général Pollock, à la tête d’un autre corps, marcha de Djellalabad, où le général Sale s'était si vaillamment défendu contre les Afghans, sur Kaboul. Cedernier, à la suite de divers engagements heureux avec Akbar- Khan, s’empara effectivement de Kaboul, le 16 septembre 1842, après que, de son côté, le général Nott se fut déjà rendu maître de Ghasna le 6 du même mois. Une fois l’honneur des armes ainsi rétabli, les troupes anglaises évacuèrent complétement l'Afghanistan, après avoir détruit les villes dIstalif et de Kaboul, et en dévastant tout sur leur passage. En janvier 1843 toutes les forces anglaises étaient revenues prendre position sur la rive gauche de l’Indus. Pendant cette lutte contre les Afghans, une grande agitation s'était manifestée parmi les différents princes tributaires de Angleterre. Des conspirations avaient éclaté contre les Anglais ; et s'ils ne s'étaient pas hâté d’évacuer l'Afghanistan, ils auraient eu affaire à deux ennemis à la fois Mais leurs précautions ayant été bien prises à l'intérieur, les conspirations avortèrent. Dans le Scindiah seulement, on était allé trop loin pour pouvoir maintenant reculer; et la haine qu'on y portait aux Anglais était aussi trop profonde pour qu’elle ne provoquât pas une guerre ouverte. C’est ce qui amena la courte mais dangereuse guerre contre le maharadjah de Scindhiah, qui se termina, en 1842, par sa complète soumission (voyez MAuRATTES). Pendant lemême temps, les Beloutches, excités par la guerre contre les Afghans, s'étaient aussi soulevés contre les Anglais; mais Napier dompta les premiers, et, à la bataille de Miani (17 février 1843), anéantit la puissance des seconds, dont les différents États, après la prise d’Hyderabad, furent transformés en une province anglaise (voyez Sixnn).
Toutes ces conquêtes étaient loin de plaire aux directeurs de la Comoagnie, qui les attribuaient à l'humeur gue:-
royante de lord Ellenborough. Celui-ci fut donc rappelé tout à coup, en 1845, et remplacé par sir W. Hardinge, envoyé aux Indes orientalesayec les instructionsles plus pacifiques. Mais celui-ci ne fut pas plus tôtarrivé qu’il se vit, bien malgré lui, entraîné dans une guerre contre les Sikhs, qui, les 12 et 13 décembre 1845, franchirent le Setledge sous les ordres de Tedj-Singh, et s’en vinrent attaquer les Anglais à l’improviste. Il en résulta une courte mais périlleuse guerre, dans laquelle la remarquable bravoure et l’incontestable habileté militaire des Sikhs d’une part, et de l’autre le défaut d'ensemble et les mauvaises combinaisons stratégiques des opérations de l’armée anglaise,dirigées par le gouverneur général en personne et par le général en chef sir Hugh Geugh, faillirent faire éprouver de grands désastres aux forces britanniques. Leur salüt tint uniquement à ce que les Sikhs ne surent pas profiter de leurs avantages, et anssi à l'incontestable supériorité des Anglais en stratégie. C’est ainsi qu'après les batailles de Moudki (18 décembre) et de Firozshah (21 et 22 décembre 1845) restées indécises, et à la suite des deux décisives victoires d’Alliwal (28 janvier) et de Sobraon (19 février 1846), les Anglais parvinrent à anéantir la puissance des Sikhs. Ceux-ci implorèrent alors Ja paix, qui fut signée à Lahore le9 mars, à des conditions équivalant à la destruction de Pindépendance du royaume de Lahore, On en opéra la division entre deux chefs, qui se reconnurent vassaux de la Compagnie, et la contrée qui s’étend entre Beas et le Sutledje fut en outre abandonnte à celle-ci à titre de possession immédiate.
Lord Hardinge crut alors la paix tellement assurée, qu'il fit opérer des réductions considérables dans l'effectif de l’armée indo-britannique. Son successeur, lord Dalhousie, arriva en 1848, et Gough conserva le commandement en chef. Malgré l’espoir du maintien de la paix, les Sikhs et les Moslems, oubliant leurs antiques haines, s’étaient conjurés contre l’oppresseur commun, L’insurrection fut commencée par le chef du Moultän, qui se détacha des Sikbs. Deux officiers anglais envoyés dans le pays pour déposer le gouverneur et établir l’ordre furent assassinés (avril 1848). Quand on reconnut que la lutte était in vilable, on livra rapidement trois sanglantes batailles, d’abord à Ramnagar (22 novembre 1848), sur la rive occidentale du Djénab, puis celle qui eut lieu près d’un gué de cette rivière, à Sadalapore (25 décembre 1848), enfin celle qui eut pour théâtre le marais de Chillianwallah (13 janvier 1849), dans lesquelles l’armée indo-brilannique demeura maîtresse du champ de bataille, muis qui pouvaient être regardées comme des défaites. L'affaire décisive eut lieu le 21 février 1849, à Goudjerate. Les Sikhs étaient au nombre de 60,000 homines; l'armée anglaise n’en comptait que 25,000; de part et d’autre on massacra les prisonniers. Dost Mohammed, avec son fils et à la tête de 1,600 cavaliers, parvint à s'échapper et à gagner l’autre rive de l’Indus. Pour prévenir de nouvelles guerres, l’incorporation du royaume des Sikhs fut proclamée le 29 mars 1849, Les Anglais se virent, en 1852, contraints de prendre les armes de nouveau, et de guerroyer contre les Birmans. Cette guerre eul pour cause les plaintes élevées par un certain nombre de négociants, à qui, en raison de l’état d'anarchie régnant dans le pays d'Ava, on avait fait éprouver diverses avanies. Secondés contre les Birmans par une formidable flotte de bâtiments à vapeur, les Anglais s'emparèrent rapidement, el sags rencontrer nulle part de véritable résistance, des villes de Martaban, Rangoun, Bassin, Pégu et Prome. Le 20 d'cembre 1852, lord Dalhousie déclara que le royaume d'Ava avait encouru la confiscation du Pégu; qu’en conséquence les Birmans eussent à évacuer cette contrée et à implorcr Ja paix.
Quand lord Dalhousie fut remplacé, en 1856, comme gouverneur général des Indes, par lord Cannivg, il put se vanter d’avoir incorporé au terriloire anglais, soit par annexicn paisible, soit par conquéte, les royau:1.es de
INDES ORIENTALES
Pégu, Lahore, Nagpour et Audh (Oude), les principautés de Sallara, Hansi, Berar, et plusieurs autres territoires; d’avoir commencé le réseau dés chemins de fer destinés à établir un: communication jusqu’au cap Comorin; d’avoir. bâti une route de 3,220 kilom. entre Calcutta et Peschawer; d'avoir ouvert le canal du Gange, le plus grand du monde, et établi une ligne télégraphique de 6,450 kilom. Mais, par sa sévérité despolique, qui ne reculait pas . devant la crainte de blesser les croyances de la population indigène, et par les moyens qu'il avait employé; pour prendre possession du royaume d'Oude, il jeta les ferments d’une profonde insurrection. C’estle 7 janvier 1856 qu’un décret de lord Dalhousie annexa aux possessions anglaises le royaume d’Oude, comprenant un territoire de 25,000 lieues carrées, avec 11 millions d'habitants. Il rendit ce décret par suite d’un prétendu traité que le roi d'Oude avait refusé d'accepter, et aux termes duquel ce monarque cédait ses Etats à la Compagnie des Indes, moyennant une pension annuelle. En Angleterre même, on jugea sévèrement ce mode d'annexion, et on le qualifia de « brigandage ».
L’insurreclion commença le 9 mai 1857, à Meerout, par une révolle des cipayes, à propos de la condamnation de cavaliers qui refusaient de recevoir des cartouches enduites de graisse de porc; les révoltés entrèrent, le 11, à Delhi, où ils fraternisèrent avec les régiments indigènes et proclamèrent le rétablissement de l'empire mogol. Toute la vallée du Ganze fut bientôt soulevée; le massacre des Européens, accompagné de scènes d’une épouvantable barbarie, signala l'insurrection. Le 9 juin, Nana-Suhib, radjah de Bithour, s’empara de Cawnpour, et mit à mort les Anglais qu'il ÿ trouva; il en fut chassé, le 17 juillet, par le général Havelock, et le brisadier-général Wilson entra dans Delhi le 19 septembre. Les cipayes qui occupaient cette ville se replièrent en partie sur Lucknow, dont les insurgés étaient maîtres depuis le 29 juin, et assiégeaient dans la résidence sir Henri Lawrence, ainsi que le g'néral Havelock qui était allé le secourir. Sir Colin Campbell (lord Clyde), qui arrivait de Londres, chargé du commandement en chef, se mit aussitôt en marche pour délivrer les troupes anglaises bloquées à Lucknow par l’armée indienne, forle de 60 à 70,000 hommes; il accomplit ce dessein le 29 novembre, et, en retournant à Cawnpour, battit complétement, le 6 décembre, le contingent de Gwalior, Cependant, le royaume d’Oude restait en pleine révolte, ainsi qu’un : grande partie de l’Inde centrale: les présidences de Madras et de Bombay commençaient à s’agiter, et l'on craignait que les Mahrattes, sur les sollicitations de Nana-Sabhib, ne joignissent leurs forces à celles de l'insurrection.
Il n’y avait alors dans tout l’Hindoustan que 40,000 Anglais; mais 50,000 hommes de troupes étaient attendus d'Europe. Quand ils furent arrivés, sir Colin Campb2ll commença une campagne régulière, Quittant Cawnpour le 2 mars 1858, il s’'empara de Lucknow le 15 du même mois, et enleva, le 7 mai, la place principale du Rohilcund; de son côté, le colonel Hugh Rose reprit, le 19juin, possession de Gwalior. Les hostilités, qui cessèrent pendant la saison des grandes chaleurs, recommencèrent en octobre, et l'insurrection fut complétement étouffée, Nana- Sabib se retira dans les jungles, et son oncle, Tantia-Topi,. fait prisonnier, fut pendu; 1.420,000 armes de loutes espèces furent retirées des mains des indigènes; sur 1,560. forls ou forteresses, une quarantaine seulement furent conservés pour le service du gouvernement, el le resie détruit, Lord Clyde put annoncer, le 7 janvier 1859, à lord Canning, la fin de la campagne et le rétablissement de l'autorité britannique dans l'Oude. L'insurrection de 1857 amena la suppression de la Compagnie des Indes, à l'administration de laquelle on en attribuail les causes, et le transfert de tous ses droits à la couronne. Le billrelatif à cette importante modification reçut la sanction
INDES ORIENTALES
royale le 2 août 1858, et fut mis en vigueur le 1** septeubre suivant. Par suite de cet acte, le gouvernement des Indes se trouva transféré à la reine, et Les propriétés de la Compagnie devinrent propriétés de la couronne, qui accepta tous les engagements contractés par la Compagnie. Une proclamation de la reine Victoria, publiée dans l'Inde le 1er novembre 1858, nomma lord Canning vice-roi et gouverneur général, déclara que la reine de Ja Grande Bretagne ne désirait aucune augmentation de territoire, qu’elle remplirait envers les Indiens les mêmes levo'rs qu'envers les Anglais, qu’elle offrait l'amnislie à jous les insurgés qui n'avaient pas pris une part active à l'assassinat des sujets anglais, el qui feraient leur soumission avant le {er janvier 1860. Cette proclamation eut un effet considérable, ct détacha de l'insurrection plusieurs personnages influents. Le 25 octobre 1859, lord Canning fit connaître aux principaux chefs (tatouk-dars) du royaume d'Oude que leurs biens, confisqués pendant la guerre, leur étaient rendus avec leurs anciens priviléges. Quant au roi, qui avait été retenu en prison à Calcutta, pendant deux années, dans la crainte qu'il ne prit part à l'insurrection, il refusa de renoncer à ses droits sur le trône de ses pères, mais s’engagea à ne rien entreprendre pour le recouvrer, et accepta une pension annuelle de 120,000 livres sterling (3 millions de francs).
En 1861 fut créé, pour récompenser les services rendus dans l'Inde, l’ordre de l'Étoile de l’Inde, dont la première promotion comprit, avec le prince Albert, le prince de Galles et lord Clyde, les plus notables Indiens restés fidèles. Un bill, rendu la même année, créa un conseil du gouverneur général de l’Inde, comprenant des Européens et desindisènes.
Lord Canning, dont le climat de l'Inde avait ruiné la santé, fut remplacé, le 12 mars 1862, dans la charge de vice-roi, par lord Elgin, et celui-ci céda la place, pour la même cause, en décembre 1863, à sir John Lawrence. En 1864, sur le rapport de lenvoyé anglais près du debrajah, souverain du Boutan, que celui-ci l'avait gravement insulté, une expédition fut résolue dans le but d’occuper les passes qui conduisent du Boutan dans l'Inde, et les forts qui les commandent. L'armée anglaise se mit en marche au mois de décembre ,.et obtint d’abord des succès rapides; mais affaiblie ensuite par les fièvres des jungles, elle éprouva de telles difficultés qu’on se préparait à l'envoi de renforis importants, quand le deb-rajah consentit, le 11 novembre 1865, à signer un traité qui cédait à l'Angleterre les montagnes depuis Darjiling jusqu’à l’Assem.
Une famine terrible, résultant du manque de la récolte du riz, sévit, en 1866, dans le Bengale; on porta à 750,000 le nombre des victimes de ce fléau. La nousson du sud-ouest, qui dure de juin à septembre, n'avait pas apporté sur la contrée la moyenne de pluies, qui est d’un peu plus de 60 pouces. De là, diminution dans la quantité d’eau qui s'écoule par les rivières et dans celle fournie aux canaux d'irrigation; de là aussi insuflisance de récolte du pain de l’Indien, le riz, qui, ne recevant pas l'humidité nécessaire, ne se développe pas régulièrement ou n’arrive pas à maturité.
Au nois d'octobre 1868, une expédition annoncée à grand bruit, contre les tribus musulmanes des montagnes situées entre le Pendjab et l'Afghanistan, se termina au bout de quelques jours, la plus grande partie des tribus ayant fait leur soumission. De vives polémiques s’élevèrent, à celte occasion, sur la meilleure politique à suivre dans l'Asie centrale, en face des craintes inspirées par la Russie. Le parti de la conquête demandait une extension de frontières qui fil entrer dans le royaume indo-britannique l'Afghanistan avec Kaboul et Kandabar, afin d’arrêler la marche progressive des Russes. L'autre partiré-
* pondait que, si l’on occupait ces ‘pays, il fallait les occuper en forcz et les fortilier, ce qui paraissait très-dif-
ficile; qu’en outre, si l'Angleterre tenait l'Afghanistan à l'époque où les Russes s’avanceraient, les Afghans se joindraient inlailliblement à ceux-ci contre les Anglais, et que, si la Russie l’occupait, ils se joindraient au contraire aux Anglais contre les Russes; qu’enlin il valait mieux, si l'ennemi s’avançail, l’attendre chez soi, près de ses ressources, que dans l'Afghanistan. Sir John Lawrence se conformant à cesystème, et refusant de suivre l’exem= ple de lord Dalhousie, ne tenta pas l’annexion dont les circonstances semblaient lui offrir la possibilité. Lord Mayo, qui lui succéda en novembre 1868, et lord Northe brooke,nommé en mai 1872 vice-roi en remplacement de ce dernier, assassiné par un forçat, suivirent la même politique. Elle ne se modifia même pas lorsque Pexpédition des Russes à Khiva fil craindre que les deux grandes puissances en vinssent bientôt à se menacer directement au centre de l'Asie.
A la fin de 1873, une famine semblable à celle de 1866 et pour les mêmes causes, faillit sévir sur le Bengale.
INDES ORIENTALES ( Compagnies des). Telle est la dénomination générale sous laquelle on a désigné les associations créées chez les principales puissances maritimes pour faire le commerce dans les Indes orientales. La plus importante et la plus puissante de toutes [ul la Compagnie anglaise des Indes orientales.
Vers la fin de l’année 1600, plusieurs riches négociants de Londres, ayant à leur tête le comte de Cumberland, présentèrent à la reine Élisabeth une supplique à leffet d’être autorisés à créer une compagnie privilégiée pour le commerce des Indes orientales. Il fut fait droit à leur requête par un acte à la dafe du 31 décembre 1600. La nouvelle société, qui prit le nom de Governors and Company of merchants of London, trading to the East Indies, obtint un privilége exclusif de quinze années pour faire le commerce dans les places d'Afrique, d'Asie et d’Amérique situées entre le Cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan. II lui fut en outre accordé le droit de faire usage d’un sceau particulier et délire un gouverneur et vingt directeurs, de même que l'autorisation de prendre des arrêtés administratifs (bye-laws) ayant force de loi pour la Compagnie et ses agents. Avec un capital de 72,000 liv. st., qui fut tout aussitôt constitué, elle arma et fréta cinq navires, qui arrivèrent le 5 juin 1602, sous le commandement du capitaine James Lancaster, à Afchin, dans l’île de Sumatra. L’expédition fit de si bonnes affaires, qu’il en partit une seconde en 1604, et une froisième en 1610. Ce fut celle-ci qui, sous les ordres du capitaine Keeling, réalisa les bénéfices les plusconsidérables. Pour que les relations créées se consolidassent, il fallait, à l'instar des autres nations européennes qui trafiquaient avec l’Inde, et déjà regardaient d’un œil jaloux ces nouveaux rivaux , obtenir le droit de se fixer et de commercer sur certains points. Une ambassade envoyée à cet effet dès 1608 au Grand-Mogol avait complétementréussi; mais les intrigues des Portugais empêchèrent les Anglais d'utiliser les concessions qui leur avaient été faites, Ce fut seulement en 1612, lorsque le brave capitaine Thomas Best eut à deux reprises battu dans les eaux de Surate les forces navales des Portugais, que la Compagnie put exercer sur ce pointses priviléges et fonder de la sorte le premier établissement de commerce que l’Angleterre ait possédé sur le continent indien.
Quoiqu’elle eût obtenu un grand nombre d'avantages nouveaux, la Compagnie tomba de plus en plus dans une incurable décadence, par suite de la constante jalousie dont elle fut l’objet de la part des Portugais et des Hollandais, ceux-ci ayant même anéanti par un impitoyable massacre, en 1622, un premier établissement que les Anglais avaient essayé de fonder à Amboine. Cromwell, qui, en 1657, renouvela le privilége de la Compagnie, eut beau sacrifier à peu près complétement les intérèls du commerce de l’Inde aux Hollandais, les Anglais n’en réussirent pas moins dans ces temps de calamités à jeter dès lors (1640) les
premiers fondements de Madras et de Hooghly, devenus plus tard deux de leurs plus importantes possessions. Le 3 avril 1661, Charles II non-seulerment confirma les anciens priviléges de la Compagnie, mais encore lui accorda le droit de juridiction civile, le droit d’entretenir des troupes ainsi que celui de faire soit la guerre, soit la paix dans les Indes avec les nations infidèles. 11 lui octroya en outre la possession de Bombay à titre de fief, et aussi, quelques années plus tard, l’île Sainte-Hélène. Jacques II, dans l'espoir de l'élever ainsi au même degré de prospérité et de puissance que la Compagnie hollandaise des Indes orientales, lui concéda encore le droit de construire des places fortes, de lever des troupes, d'établir des tribunaux militaires et de battre monnaie. Avec de telles immunités, les affaires de la Compagnie prospérèrent tellement qu’en 1680 les Zadia- Stocks (actions de la compagnie des Indes) se vendaient avec une prime de 360 p. 100. Mais le despotisme que Ja Compagnie exerçait dans l'Inde, joint à la jalousie causée par la prospérité toujours croissante de son commerce, irritèrent tellement contre elle les marchands de Londres, qu’en 1691 le parlement dut procéder à une enquête sur les griefs allégués. Les intrigues des adversaires de la Compagnie échouèrent , à la vérité, et en 1694 elle obtint même le renouvellement de ses priviléges; mais ses ennemis ne se tinrent pas pour battus.
En 1698 les marchands de Londres ayant eu occasion de faire au gouvernement une avance de 2 millions de liv. st., obtinrent enfin l'autorisation de créer une compagnie nouvelle pour le commerce des Indes orientales, Les deux compagnies cherchèrent naturellement à se ruiner l’une l'autre; mais, comme dans une situation pareille, il était impossible de songer à donner plus de développement aux affaires, elles finirent par comprendre qu’elles se ruinaient toutes deux sans profit pour l’une ou pour l’autre, et elles eurent le bon esprit de se fusionner en 1708, sous la dénomination de Uniled East-India Company. Les actions furent portées au jchiffre de 500 liv. st., et tout porteur d’une de ces actions eut le droit de voter dans l'assemblée générale (General Court), tandis que les vingt-quatre directeurs ne pouvaient être choisis que parmi les propriétaires de quatre actions, Le commerce extérieur parvint bientôt alors à un degré de prospérité encore inouï, résultat auquel ne contribuèrent pas peu les années de paix qui suivirent la conclusion du traité d’Utrecht (1713). La Compagnie, dont laction devint toujours plus indépendante dans des colonies, dont le territoire prenait constamment plus d'extension, exerça dès lors une visible influence sur les affaires politiques de l’Inde. Dès l’année 1767, époque où pour la première fois le parlement eut à s'occuper des affaires de l’Inde, l'opinion générale de la nation réclama l'abolition de Pindépendance de la Compagnie et une modification profonde de toute son organisation intérieure. On voulait que le gouvernement et le parlement exerçassent de l'influence sur l’administration des possessions anglaises en Asie ainsi qu'une surveillance cornplètesur tous les actes politiques de l'£as{-India House. Lord North soumit à la chambre des communes, le {8 mai 1773, un bill qui réglementait et régularisait les affaires de la Compagnie des Indes orientales, tant dans les Indes qu'en Angleterre. Les dispositions essentielles de cette loi, désignée d'ordinaire sous le nom de regulating-Act, ont toujours été conservées depuis lors, et ont servi de base à tous les règlements postérieurs. 11 fut en outre créé en Angleterre un ministère de l'Inde, sous le nom de Board of countrol.
En 1773 il y avait à la tête du gouvernement du Bengale, de Bihar ct d’Orissa un gouverneur général, auquel était adjoint un conseil investi des mêmes droits que lui et composé de quatre personnes. Le gouverneur généra! agissant en conseil fut investi de toute l'administration civile et militaire. À la présidence du Bengale fut en même temps attaché le droit de surveillance sur les gouvernements de Madras et de Bombay; de telle sorte que ceux-ci, sauf les cas d’absolue nécessité, ne pouvaient ni commencer une guerre
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INDES ORIENTALES
ni conclure de traités de paix avec les princes indiens. C’est
dans ces dispositions légales, désignées ordinairement sous le”
nom de Pills bill, que se trouvait placée la destinée des populations de l’Inde et des contrées limitrophes. La Compa
perdit ainsi sa position indépendante, et cessa d’être un pe dans PÉtat. La Cour des Directeurs ne fut plus dès lors qu’une autorité secondaire, chargée de mettre à exécution les résolutions prises par le président du Board of Countrol,
en d’autres termes, du ministre des affaires de l'Inde, en
tant qu’elles ont trait à l’état civil ou militaire, ou au budget de l'empire indo-britaunique. Depuis lors les profits les plus réels et les attributions les plus importantes des actionnaires consistèrent surtout dans la distribution des
Charges et emplois, Comme les emplois dans les diverses
présidences étaient, pour la plus grande partie, à la nomi-
nalion de la Cour des D'rec teurs, des gouverneurs et con-
seillers du gouvernement de l'Inde, les membres de la Compagnie trouvaient là l’o ccasion de pourvoir leurs proches de positions lucratives et via gères. Afin de foriner des fonc-
lio:naires munis des connai ssances spéciales qu’exigeait administration de l’Inde, on fo nds, en 1806, l'école d’Haileybury pour le service civil, et les écoles de Woolwich
et d’Addiscombe pour le service militaire.
A l'expiration de son privi lège, qui d'ordinaire lui était accordé pour une période de vingt arnées (1791, 1813, 1833), la Compagnie s’efforçait toujours d’en obtenir le renouvellement, malgré les nombreuses restrictions qui y étaient alo:s apportées. A insi, la charte de renouvellement qu’elle obtint en 1833 lui enleva tous ses privilèges commerciaux, notamment Je monopole du commerce de la Chine (elle avait perdu dès 1813 celui de l’Inde) ; la Compagnie ne fut plus en réalité qu'une corporation politique; elle conserva en effet le gouvernement de l’Inde, et le droit de patronat qui s’y rattachait ne fut quetrès-peu modifié. Ainsi le droit de décision suprêm e dans toutes les affaires civiles et militaires de l'Inde appartint au gouverneur général, assisté de ses quatre conseillers; depuis 1833 il fut aussi investi du droit de prendre des arrêtés «yant force de loi. Comme le privilège de la Compagnie devait encore expirer en 1854, un comité spécial fut formé dès 1852, à l'effet de procéder à une enquête sur la situation de l'Inde; et à celte occasion il parut plusieurs volumes des rapports de ce comité d'enquête. — Le parti des libres échangistes et tout le commerce de Manchester réclamaient à grands cris la supnression définitive de la Compagnie, Le 24 août 1853 un nouveau bill relatif au gouvernement de l'Inde fu t promulgué pour être mis en visueur à partir du 30 avril 1854. Aux termes de cet acte, l'Inde anglaise devait rester jusqu’à nouvelle décision du parlement sous le gouvernement de la Compagnie des Indes, à diverses condit ons : la Compagnie n’eut plus que 18 directeurs au lieu de 24; la reine en nommait 3; les direcleurs étaient nommés pour six ans, maïs ils étaient rééligibles ; ils devaient être propriétaires chacun de 1,000 liv. st. de fonds de l’inde; des conseillers pris dans la législature furent adjoints au conseil de l'Inde lorsqu'il s’agit de faire des lois et règlements ; etc. Après la grande rébellion de 1857 le gou vernement anglais songea à prévenir le retour d’une crise qui avait failli ruiner sa domination dans l’Hindoustan : une loi du 2 août 1858 supprima le privilège de la Compagnie, remplaça l'ancien bureau de contrôle par un ministère des Indes, et transféra tous les pouvoirs à la couronne,
Parmi les compagnies des Indes orientales créées 4 d’autres nations et encore existantes aujourd'hui, il faut mentionner surtout :
1° La Compagnie hollandaise des Indes orientales, dont le fondateur fut Cornelius Houtman, Elle se cons- Litua le 20 mars 1602, par la réunion et la fusion de diverses peliles associations qui faisaient alors le commerce de l'Inde, el sur des bases telles que tout citoyen de la république
des Provinces-Unies pût y prendre part. On lui accorda