‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 227 sur 522 · ÉTÉ · texte numérisé non relu

ÉTÉ

INDES ORIENTALES

fout aussitôt le monopole de tout le commerce hollandais au delà du détroit de Magellan et du Cap de Bonne-Espérance , le droit de conclure des traités d'alliance au nom des états généraux, de construire des forteresses, de nommer des gouverneurs, ainsi que tous fonctionnaires militaires et civils, enfin de réglementer elle-même son organisation intérieure. On divisa la Compagnie en plusieurs chambres ou bureaux; mais pour la direction des affaires générales de la Compagnie on élut parmi les 60 directeurs des diverses chambres 17 directeurs (bewindhebber), dont les décisions durent avoir force de loi pour les chambres. La compagnie nouvelle obtint les plus brillants résultats. En peu de temps les Hollandais parvinrent à supplanter les Portugais, les Espagnols et même les Anglais dans les îles des Indes orientales, et leur commerce prit des développements inouïs jusque alors. Comme ils se bornèrent à peu près à exploiter les îles, ils échappèrent ainsi aux nombreuses complications dont la dissolution successive de l'empire mongol fut la cause pour les Anglais et les Français sur le continent indien, et ils s’attachèrent avec une rare Constance à développer toujours de plus en plus dans ces îles leur commerce, leur influence et leur considération. Acceptant toutes les humiliations, du moment où il y allait de leurs intérêts commerciaux, ils sacrifiaient à ce but suprême toutes espèces de considérations. En même temps, on maintenait avec rigueur le monopole; les employés de la Compagnie étaient l’objet de la surveillance la plus sévère, et tous ses payements s’effectuaient avec la plus ponctuelle exactitude. C’est par une telle conduite que dès l'année 1605 ia Compagnie hollandaise des Indes orientales se trouvait maîtresse des îles Moluques; en 1607 elle acquit Ternate et Banda. rt en 1637 le privilége exclusif du commerce du Japon; aussi pendant plus d’un siècle d’inca culables richesses arrivèrent-elles en Hollande. A la suite de petites luttes continuelles soutenues contre les indigènes des différentes îles, la domination des Hollandais s’y consolida tout à fait dans le courant du dix-septième siècle, et ils en établirent le siége à Batavia, fondée par eux en 1618 dans l’île de Java. Ils enlevèrent aux Portugais Malakka en 1641, Ceylan en 1658 , les Célèbes en 1663, et à partir de 1665 les points les plus importants de la côte du Malabar. Au commencement du dix-huitième siècle on comptait dans l’Inde hollandaise sept gouvernements, quatre établissements directoriaux, quatre commanderies et trois comptoirs. Jusqu’en 1697 la Compagnie ne contracta aucune espèce de dettes; mais depuis cette époque, le déficit alla toujours croissant, par suite d’une mauvaise et ruineuse administration , de la démoralisation de plus en plus grande des employés, mais surtout par suite de la concurrence politique et commerciale des Anglais, à tel point qu'en 1794 la Compagnie se trouvait endettée de 118,265,447 florins. Le délabrement de ses finances attira enfin l’attention des états généraux. En 1791 ils nommèrent une commission d'enquête, dont les travaux ne purent être terminés, la Compagnie ayant été supprimée, le 15 septembre 1795, par les nouveaux représentants provisoires du peuple, quand on fonda la République Batave à la suite des guerres de la révolution française. Les possessions de la Compagnie furent déclarées propriété nationale, sa dette fut également déclarée dette nationale ; et on abolit le monopole commercial dont elle avait été jusque alors investie.

En 1824 une nouvelle Compagnie des Indes orientales a été fondée en Hollande, et a obtenu sous certaines conditions et restrictions l’ancien monopole du commerce dans

es colonies hollandaises de l'Asie. Alors que tout est en |

progrès autour deux, les Hollandais persistent, comme on voit, à maintenir lantique organisation de leurs colonies,

système qui devra nécessairement y provoquer tôt ou tard |

de redoutables crises,

2° La Compagnie danoise des Indes orientales, fondée |

. En 1618, fit un commerce assez considérable avec les Indes orientales jusqu’à l’époque où les Anglais et les Hollandais DICT, DE LA CONVERS, — T. XI.

acquirent une prépondérance marquée dans ces contrées. Dès 1634 elle était obligée de se dissoudre; mais on la reconstitua en 1670. Cette résurrection ne fut pas de longue durée ; en 1729 la Compagnie se vit forcée d'abandonner à l'État tous ses droits et possessions, notamment Tranquebar, sur la côte de Coromandel., En 1732 il se reconstitua encore, sous le patronage de l’État, une nouvelle Compagnie, qui prit le nom de Compagnie Dano-Asiatique, et fit d'assez bonnes affaires pendant tout le cours du siècle dernier; mais depuis ses bénéfices sont tombés à zéro. On sait qu’en 1845 le Danemark a cédé à l’Angleterre, moyennant une minime indemnité pécuniaire, ses possessions de Tranquebar et de Sérampore.

3° La Compagnie suédoise des Indes orientales, fondée à Gothenbourg en 1741, s’est toujours bornée à faire le commerce ; et ses affaires ont été assez prospères pour qu’elle ait pu à diverses époques distribuer des dividendes de 26 p. 100 à ses actionnaires. Réorganisée en 1806, cette institution commerciale n’a pu jusqu’à présent acquérir d'importance réelle,

{La France, elle aussi, eut autrefois sa Compagnie des Indes. Dès 1604 Henri IV avait accordé le privilége exclusif du commerce à une Compagnie de marchands ignorants et avides, qui restèrent dans l’inaction. En 1616 et 1519, une nouvelle compagnie, constituée par des négociants de la Normandie, fit à Java des expéditions dont les bénéfices ne furent p&s suffisants pour l’encourager à continuer ses entreprises. Une tentative que des Dieppois firent sur Madagascar, en 1633, détermina le cardinal de Richelieu à créer, en 1642, une espèce de Compagnie des Indes, qui voulut former un grand établissement à Madagascar. La perfidie et les cruautés de ses agents la .endirent odieuse aux naturels du pays; elle se ruina en peu d’années, et le maréchal de La Meilleraye ne put réussir à relever pour son compte cet établissement. Ces tentatives annonçaient déjà ce que la suite a bien prouvé, à savoir que l’inconstance, la vanité, le peu de ténacité des Français, les rendent moins propres aux grandes entreprises coloniales et commerciales que les flegmatiques et parcimonieux Hollandais, que l'audacieuse et opiniâtre race britannique.

Si une compagnie des Indes eût pu réussir et prospérer en France, ce devait être celle que Louis XIV fonda, en 1664, par les soins de Colbert. Un privilége de cinquante ans, les concessions les plus honorables et les plus avantageuses, une avance de 4 millions par an, qui en feraient 8 aujourd’hui, devaient assurer sa durée et sa prospérité. Mais dès son début elle portait le foyer de la discorde qui devait la miner ; la morgue nobiliaire en fut ia première cause. Deux gentilshommes du roi et trois députés de la Compagnie furent envoyés au chah de Perse et à l’empereur mongol. Les premiers prétendaient qu’étant nobles, leur avis devait prévaloir ; et les autres soutenaïent avec assez de raison qu’étant marchands, ils connaissaient mieux les véritables intérêts de la Compagnie. Ce fut en 1668 que les premiers directeurs arrivèrent à Surate, où À uren g-Z e y b leur avait permis d'établir un comptoir. Ils y firent, ainsi que la plupart de leurs successeurs, sottises sur sottises. La Compagnie , qui aurait trouvé des avantages en Perse, préféra porter alternativement ses vues du côté de Siam, du Tonquin, de la Cochinchine et de Madagascar, où elle échoua, soit par l’inconduite et l'incapacité de ses chefs et de ses agents, soit par le décousu et la versatilité de ses opérations. Pondichér y, son principal établissement, lui fut enlevé, en 1693, par les Hollandais, qui le rendirent après la paix de Riswyck. Le directeur Martin, par ses talents et sa probité, releva cette colonie. Mais le naturel du Français reprit le dessus. Une expédition désastreuse à Madagascar obligea d'abandonner plusieurs comptoirs et de se concentrer à Surate et à Pondichéry. La mauvaise gestion, la COrruption, les emprunts onéreux , avaient endetté la Compagnie de 10 millions, lorsqu’elle obtint, en 1714 > la prolongation pour dix ans d'un privilége qu’elle n’était plus en état da

faire valoir. En 1719 on la fondit avec la Compagnie d’Occident, nouvellement établie; on reconstruisit son édifice avec les débris du système de Law. Pour la soutenir, on lui céda le monopole du tabac, le privilége des loteries. Mais alors elle devint une société de fermiers plutôt que de négociarts ; elle laissa incultes et dépeuplés les pays les plus fertiles du monde; elle arrêta les progrès de nos colonies d'Amérique- Le contrôleur général Orri la releva pourtant encore, et, à sa persuasion, le cardinal de Fleury lui accorda une protection efficace. On fit alors un meilleur choix d'agents. Dumas, envoyé à Pondichéry, obtint de la cour de Dehly la permission de battre monnaie et la cession du territoire de Karikal dans le Tandjaour. Mahé de La Bourdonais créa la colonie de l'Ile de France, dont il était gouverneur, fitun commerce avantageux à main armée en ouvrant des débouchés avec le Thibet et les autres parties de l'Asie centrale, dispersa une flotte anglaise, et prit, en 1746, Madras, alors le boulevard de la puissance britannique dans l'Inde.

Dupleix, qui, après avoir fait de Chandernagor un établissement commercial de la plus haute importance, avait remplacé Dumas à Pondichéry, se montra jaloux de La Bourdonnais; ille dénonça comme prévaricateur. La Bourdonnais, mis à la Bastille, y languit près de quatre ans, et n’en sortit que pour mourir de la maladie que sa prison lui avait causée. Mais Dupleix répara ses torts en 1748 par sa belle défense de Pondichéry contre les Anglais. Les souverainetés de la soubabie du Dekan et de la nababie du Karnatik ou d’Arcat étaient vacantes. Il osa en disposer en faveur de deux princes sur lesquels il croyait pouvoir compter, se fit céder l’île de Scheringam avec une augmentation des territoires de Karikal et de Pondichéry, et devint si puissant que l’empereur mogol ne put se refuser à le décorer du titre de nabab. Tandis qu’il soutenait la guerre avec succès dans le Karnatik contre les Anglais, qui avaient pris parti pour un autre prétendant, Bussy, à la tête des Français, faisait des conquêtes dans le Dekan aux dépens des alliés de l’Angleterre. Dupleix, à son tour, inspira de la jalousie aux directeurs de la Compagnie; il fut rappelé en Europe en 1754, publia contre elle des mémoires qui ne zestèrent pas sans réponse, et mourut du chagrin de n’avoir pu obtenir justice.

Les chances de la guerre avaient changé dans l’Inde entre les Français et les Anglais, ou plutôt entre les Compagnies des Indes des deux nations. Le général Lall y, gouverneur de Pondichéry, après plusieurs succès importants, n'ayant pu s'emparer du fort Saint-Georges ni empêcher la prise de Pondichéry par les Anglais, en 1761, fut une nouvelle victime de la Compagnie française. Accusé de trahison, il périt

- sur l’échafaud, en 1766, quoiqu'il ait été bien prouvé de- |

puis qu’en raison de la violence et de la dureté de son caractère, tout le monde avait le droit de le tuer, excepté le bourreau.

Cet acte de cruauté ne rendit point la vie à la Compagnie des Indes, qui d’ailleurs n'avait jamais paru florissante qu’en grands préparatifs, en magasins, en fortifications, en

dépenses d’apparat , soit à Pondichéry , soit à Lorient en |

Bretagne, que le gouvernement lui avait cédé, et qui était devenu l’entrepôt de son commerce avec l’Inde. Mais elle ne fit jamais de bénéfices; du moins elle ne donna pendant plus de cinquante ans aucun dividende à ses actionnaires. Le gouvernement, qui trop longtemps l'avait soutenue, se plaignait d’un corps dont les membres changeaient tous les jours, et qui n'avait su faire ni le commerce ni la guerre; et la Compagnie reprochait au gouvernement de l'avoir enchaînée sous le jong d’un commissaire du roi, puis de deux, puis de trois, qui ne pouvaient s'entendre, et d’avoir ainsi ajouté au despotisme la division et l'anarchie. Les ministres voulaient la priver de son privilége exclusif; ils employerent la plume de l'abbé Morellet. La Compagnie trouva quelques défenseurs, et cette polémique, où la plaisanterie et le ridicule se mélèrent, comme il est d'usage chez les Français, amusa quelque temps le public, même

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